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  • BLISS SIGNAL, mariage de l' électro, du grime et du ...Métal.

    Je vous parle souvent de ce qui me parait être à mes yeux le meilleur festival de musique du monde, le Unsound Festival de Cracovie. Chaque année je regrette de ne pouvoir m' y rendre tellement les artistes défendus dans ce blogs y sont régulièrement présents. Et ne parlons pas du nombre incalculable de fois où ce sont justement cette bande de polonais qui me les ont fait découvrir. Chaque année ce festival a la particularité de nous offrir des collaborations exclusives de multiples artistes. Bliss Signal est ainsi né à l' occasion pendant l' édition 2017 quand Jack Adams aka Mumdance s' associa avec James Kelly aka WIFE. Mumdance n' est bien sûr pas un inconnu dans ce blog tant je ne cesse de vous parler de son Grime Weightless et de son pote Logos avec lequel il a créé le label Different Circles. Un label où les oeillères sont interdites permettant ainsi de nous délecter d' hybridations de tout types à base de Grime, UK Bass, Indus, Techno, Post-Club, Dark Ambient etc etc. Récemment Different Circles nous a offert le merveilleux "Always Yours" de Chevel et un ep rafraîchissant de Raime. Jack Adams quant à lui avait été un peu abordé pour son travail électro pop sous le pseudo de WIFE pour Tri Angle Records. Déjà on avait constaté chez lui sa passion Black Métal provenant de son premier groupe de métalleux Altar Of Pragues. Après le ep "Drift" fort remarqué les voilà qui confirment sur le long format les promesses contenues par ce dernier. Premier album donc au titre éponyme sorti sur deux structures spécialisé dans l' expérimentation à tout va et surtout le Métal. Mais ce disque aurait pu sortir tout aussi bien sur Different Circles tant il n' aurait pas juré aux côté de Shapednoise et FIS présents par exemple sur la compilation essentielle parue en 2016 et défendue par ici ("Mumdance & Logos presents Different Circles"). Ce que "Drift" laissait entrevoir l' album confirme et perfectionne. Ce n' est pas la première fois que le Métal se confronte à la culture dancefloor/Rave et l' expérimentation mais avec ces deux artistes talentueux l' hybridation prend une nouvelle dimension. Le Métal et sa lourdeur se voit gonflé à l' hélium et décolle tel un immense Zeppelin. Il n' en perd pas pour autant sa force initiale et son intensité. Loin de là! Chacun amène son savoir faire, Kelly bien sûr son expérience dans le genre, mais probablement aussi les leçons retenues de WIFE. Mumdance n' a pas de mal à s 'initier dans la noirceur Métal tant son amour de la dystopie dans son Grime Weightless s' y apparente. Les rythmiques sont lourdes et hyper répétitives comme il se doit. Si leur rythme accéléré semblent évidemment flirter avec celui de l'indus ou du Noise on sent aussi que le traitement électronique et les manipulations de Mumdance les font se rapprocher de genre éloignés tel le Footwork. Mumdance est un artiste qui aime la notion de conception sonore et ici aussi cela s' applique parfaitement avec l' apport de mélodies instrumentales chatoyantes et scintillantes susceptibles de provenir de son bagage ambient. La légèreté qui se faufile entre les détonations de grosses caisses et de cymbale symptomatiques du Métal permet également d' évoquer la cousine Blackgaze mais aussi son grand père et son père, le bon vieux Shoegaze et le Post Rock. PS: L' affiche du Unsound Festival 2018 qui commence le Dimanche 7 Octobre ne déroge pas à la règle. Une tuerie et une offre rarissime pour les belles découvertes et les futurs grands noms. Je vous le redit, c' est le meilleur festival électro du monde. Berlin à côté avec son Atonal n' a pas à la ramener trop. Quant aux Nuits Sonores... pfffff! Rien qu 'énumérer les noms vous fait regretter de ne pas vivre dans ce pays pas vraiment synonyme de fun. Que du lourd, Sophie, Jlin, Lotic, Amnesia Scanner la légende himself Terry Riley (!!!), Sinjin Hawkes et Zora Jones, RP Boo, Sarah Davachi, Rian Treanor, Rabit, Objekt, Gabor Lazar, Marie Davidson, Nazar, Gaika, Huerco S, Bampa Pana, Dj Lag, Lilicox etc etc. Je sais, cette succession de noms, c' est exactement celle susceptible de figurer dans une playlist de Dancing With The Noise. Plus d'info ici. "Floodlight": Rythmique indus métaleuse, synthé planant, Blitz très "You made me realise" de qui vous savait et détonation Grime Weightless. Dystopie euphorique déjà parmi les titres de l' année.

  • CHANNEL TRES, curieuse faille spatio-temporelle House & Hip-Hop.

    Alors que certains s'engouffrent dans les profondeurs du passé en quête d' inspiration et s'y perdent, d' autres réussissent à délivrer un vague machin à la fois rétro et...original. Les manières de faire peuvent être multiples et variées mais si une se distingue c' est l' hybridation de deux genres anciens par le danger qu' elle comporte justement. Se dire, je vais prendre de ceci et mélanger avec cela parce que cela n' a jamais été fait et ça va le faire grâve peut se révéler totalement artificiel. Channel Tres passe au travers des cafouillages des uns et des maquillages trop voyant des autres. Elevé au son du funk et de la Soul de sa grande mémé, du jazz de son grand pépé et enfin du G-funk 90's de sa maman le petit a été plus malin que se vautrer dans un collage facile mais franchement risqué. Il lui manquait la clé entre ces différents courants afin d' éviter de mettre bout à bout toutes ces influences sans réellement de liant. Suffisait de regarder la frise historique musicale de son pays. Le petit machin si petit la-bas en terme de succès populaire, surtout face à celui des Snoop Doggy Dog et Doctor Dre et leur G-Funk, et si grand par son poids historique en Europe. L' illumination lui est venu en écoutant un titre du gentillet mais parfois franchement nunuche, Drake. Le canadien y avait glissé un sample de Moodymann l' un des champions incontestés de la Deep House, cette House devenue pépère par ses BPM ralentis. Sur son premier ep éponyme la délicieuse et hypnotique voix grave de Channel Tres débite son héritage hip hop/G-Funk californien en plein milieu des dancefloors dorés de la grande époque House de Chicago et Detroit. Un Snoop Doggy Dog toujours cool mais exposant plus facilement sa fragilité blablate sur un Mr Fingers assuré. Plus les titres défilent et plus l' amour récent de Tres pour la House semble prendre le dessus et effectuer ainsi le classique pèlerinage initiatique allant de Chicago vers Détroit que tout bon apôtre de la culture Dancefloor doit effectuer une fois dans sa vie. Souvent tenté par le passé la petite recette de Channel Tres semble réussir entre les mains de ce producteurs qui avait déjà bossé avec des cadors. En attendant de savoir si ça tiendra sur la longueur d'un album dégustons cette petite hybridation un brin passéiste.

  • KODE9 & BURIAL fabriclive100, la bonne mondialisation en un mix

    Est-il utile de présenter les deux compères auteurs de ce mix? Qui de mieux le légendaire club Fabric bien pouvait aller chercher afin de fêter la 100 ème sortie de la prestigieuse série Fabriclive? A ma gauche, Steve Goodman aka Kode 9 , légende vivante du Dubstep et d' à peu près tout ce qui touche de près ou de loin à la culture dancefloor british de ces 15 dernières années. Personnage omniprésent dans ce blog via son label Hyperdub et sa passion pour certaines musiques. Lee Gamble, Dj Rashad, Laurel Halo, Doon Kanda, Proc Fiskal, Dj Taye, Jessi Lanza, Fatima Al Qadiri, Hype Williams (Dean Blunt & Inga Copeland etc etc. A ma droite, Burial, rien de moins que l' auteur du plus grand disque électro des 00's ("Untrue"). Lui aussi un monument. Ce dernier, fidèle à sa légende, est du style discret. Pas de live et très peu de mix. Quand c' est le cas Kode 9 est souvent à l' initiative. Déjà sa seule présence au crédit de ce mix est un événement en soi. Avec ces deux vieux routiers on pouvait s' attendre à un mix un tantinet récapitulatif avec les yeux dans le rétroviseur pour cet album anniversaire d' autant plus que les 20 ans de ce club haut lieu de la culture dancefloor approchent également. C' est un petit peu le cas. Vous y retrouverez du Grime, de la jungle, de la drum&bass, du hardcore et bien sûr du Dubstep des origines. Des vieilleries qui ont marqués les esprits à jamais. Des vieux noms souvent proche de la galaxie Hyperdub. Mais pas seulement. En 2018 comme en 2008 Kode 9 avec Burial désirent et réussissent encore à pointer du doigt le futur et ainsi demeurer les guides suprêmes des chemins de traverse débouchant souvent sur les cités du futur. Ils continuent à regarder, scruter, guetter partout dans le monde ce qui va compter. Leur démarche est encrée dans le Passé ET le présent. Ce mix est donc tout sauf passéiste. Il tisse les liens entre les époques. Ce disque est également tout sauf nombriliste. Il va plus bien plus loin que l' Angleterre. La construction du mix est aussi remarquable et symbolique d'une certaine ouverture d' esprit. L' impression de passer d'un chapitre bien distinct à un autre, parfois dansant, parfois calme et ambient. Le diktat de la montée et de la danse à tout prix est oublié. A d' autres moment ces chapitres se chevauchent et offrent des trésors d' hybridations impensables mais totalement jouissifs. La première partie du mix semble clairement être l' oeuvre de Burial. On notera l' apparition de la géniale Klein (récente signature d' Hyperdub à voir ici) vite suivie par une autre vieille connaissance du label avec Cooly G. Puis première surprise qui n'en est pas vraiment une tant on connait les goûts curieux et sans bornes de Burial. La légende nous offre une bonne dose de Gqom avec trois artistes parmi les meilleurs représentants de ce genre Sud-Africain dont je ne cesse de vanter les mérites (voir ici et là). A peine fini la section africaine, Burial prend la direction des pays latin avec un inédit de NAZAR qui reluque autant le label Principe de Lisbonne (on en parle ici) que la clique Mexicaine de NAAFI (voir là) et le Bala Club (ici). Après cela le mix semble regarder un peu dans le passé et surtout l' Angleterre quand un vieux titre électropop de Luke Slater enclenche la vitesse supérieur en terme de Bpm avec tout ce qu'il faut par la suite de Hardcore et de Jungle pour ravir les nostalgico-gaga de service. Clairement, c' est Kode 9 qui vient de prendre la main tandis que Burial se charge de certains intermèdes. On pense que ce dernier va reprendre la main quand un Vladislav Delay ambiant met fin à la furie précédentes mais il semble que Kode 9 surenchérit et nous offre l' une des passions qu' il possède en commun avec votre serviteur, le Footwork. Bien sûr il y aura l' homage inévitable à Dj Rashad mais aussi quelques inédits de Dj Spinn et de celui que l'on avait perdu de vue, Dj Tre. La suite confrontera encore le footwork avec tout ce qui peut passer sur les platines des deux génies. Ben Frost maltraité par Jlin se voit taquiner par Dj Taye et le renouveau du Grime de Proc Fiskal précède un feu d' artifice Chicagoans avec le maître RP Boo et Dj Chap. Bref, en un peu plus d' une heure ces deux grands bonhommes vous délivre une véritable leçon en matière de Dj set. Diversité, richesse et refus de tout diktat. DWTN vous recommande fortement son écoute tant Burial et Kode 9 s' inscrivent dans la ligne éditoriale de ce blog. Dansons avec tous les bruits, d' où qu'ils viennent et qu' ils ne soient surtout pas déjà entendus mille fois.

  • DEBIT et NAAFI, vers un futur castagneur, ambient et latin.

    Pour une fois on ne va pas parler de la diaspora africaine regroupée dans le collectif NON Worldwide, quoique. Ici il va toujours être question de diaspora mais ce coup-ci sa version latine. Je sais qu' il y a bien quelques latins chez NON (Elysia Crampton par exemple) et que ces derniers ouvrent souvent leurs portes à quiconque en a un peu ras le bol de l' égèmonie blanche occidentale et de ses sales manies et mensonges d' anciens colonisateurs. Vous allez vous apercevoir aussi qu' en matière d' héritage Sud Américains musicale Arca et Elysia Crampton ne sont que les deux arbres qui cachent une forêt à la densité et à la richesse typiquement amazonienne. Il y a un autre point commun en terme d' attraction entre NON et l' artiste et son collectif dont il va être question et vous allez vite comprendre pourquoi chez DWTN on préfère surveiller de près ces collectifs venus d' ailleurs plutot que les bégayeurs blancs adeptes du mensonge indie music et revivalistes. Le futur est la-bas! La vrai vie avec ce qu'elle peut avoir de plus moche comme le plus enthousiasmant est AUSSI la-bas! Où ça va me demander goguenard le crétin fan de Garage? La-bas! A Mexico. Et plus précisément à Oaxaca sur la côte. Et malheureusement pour lui pas une guitare en vue. Comme à Durban (Gqom), Chicago (Footwork), Londres (Néo-grime), Berlin (Post-dancefloor), à Lisbonne (et sa batada mutante), à San Francisco à Mexico et Oaxaca il s' en passe de belle sur les dancefloors. On y danse, on y baise, et pas seulement! On y revendique, on y lutte. Parfois même, on n'y danse pas du tout ! On y fait...autre chose. On cherche à illustrer ce monde si triste, hypocrite et violent où les vieilles habitudes de la colonisations persistent derrière les oripeaux d'un autre système d' exploitation de l'humain, le néo-libéralisme. NAAFI tente de rédéfinir l' underground et le dancefloot via unemusique parfaite pour illustrer une dystopie devenue réalité. On y consomme pas de la posture sociale bourgeoise passéiste avec dégustation de pinard sur fond de musiques pseudo branchouilles et "alternatives" tellement vieillotte et rébarbatives. NAAFI est une espèce de collectif latin sur lequel repose les bases d'un label appelé à devenir important ces prochains mois. Basé à Mexico City il fait de plus en plus parler de lui. Eduqués dans les rave sauvage organisées dans les entrepôts désafectés de la capital mexicaine, et oui il y a aussi des raves sauvages ailleurs que chez les blancs européens, NAAFI sort le premier album d'une artiste parmi les plus prometteuses. Ces gamins se revendiquent Punk et ils le peuvent. Il y a bien longtemps que cette vieille marotte occidentale s' est muée en une chose bien plus passionnante et vivante que la caricature que l'on nous offre par ici. A leurs débuts proches du binôme Fade To Mind/Night Slugs ils se sont rapprochés de la clique du Club Chai de San Francisco (via Zutzut) et parfois d' autres liens apparaissent avec le Bala Club londoniens (Kamixlo) et évidemment, parce que le monde avant gardiste est petit, NON Worldwide. Le son des artistes NAAFi est à base d'un brassage intense de leur culture propre et de tout ce qu'il s' est fait ou peut de faire en électronique. Et surtout ce que l'on apprécie par ici c 'est que leurs sources d' inspirations alternent sans arrêt et pince-nez entre musique "populaire" et d' avant-garde. Ce son est autant arrogant et tabasseur qu' intriguant quand il décide de planer ou de faire peur. Les NAAFI nous viennent du dancefloor mais n' hésitent pas à désobéir aux dogmes dancefloor. Les oreilles grandes ouvertes sur le monde, le passé, le présent et le futur, les NAAFI questionnent aussi leur identité latine sans se ghettoïser. NAAFI comme NON Worldwide c' est le début de la mondialisation heureuse par la critique acerbe de la mondialisation malheureuse. Pas étonnant donc qu'il y a quelques mois les deux collectifs se soient associés pour nous offrir une compilation et des mixtapes collectives. Chez NAAFI on peut croiser une version latine de l'UK Bass et du Grime sous les doigts agiles de Omaar et de Lato, un funk Carioca surprenant du brésilien MC Bin Laden, un Reggaeton latinos teinté d' indus de Imaabs à faire pâlir les grands manitous du métissage british. NAAFI nous offre donc le premier album de la mexicaine récemment installée à New York, Delia Beatriz aka Debit. Cette proche d' Arca a beaucoup traîné sur les dancefloor mais offre sur "Animus" une version personnelle qui en rappellera tant d' autres. Une musique franchement post-dancefloor à force de lorgner sur l' ambient et de ne pas rechercher systématiquement l' objectif dansant. Comme avec un Dedekind Cut certaines habitudes des pistes de danse sont certes identifiables mais très vite on se retrouve face à de la vraie ambient un brin agressive et flippante. A la différence du dernier Dedekind Cut et de ses tentations post-New Age réussies par un virage à 180° Delit garde en elle la violence et l' agressivité des dancehall qui l'on vut mûrir. Les couches de réverbération sont taillées au scalpel, elles lorgne souvent sur l'indus et les voix semblent à la fois angéliques ou diaboliques. Les synthés filent la pétoche et rajoutent aux ambiances insolites et préoccupantes de ce disque tout autant cultivées par l'usage récurent de rythmiques tribales. Souvent le reggaeton sert de fil d' ariane puis parfois nous quittons les ambiances agressives et claustrophobes pour une ambient toujours sombre mais également expansive susceptible de surprendre par ses capacités d' élévation et d' espoir. Comme avec beaucoup d' autres productions facilement affiliées au terme post-dancefloor, M.E.S.H. ou Rabit et Chino Amobi, Debit réussit à offrir un paysage sonore riche susceptible d' éviter la monotonie musicale actuelle. Chez elle aussi les questionnements sur le genre, le sexe et le corps s' habillent de revendications sociales et politiques et de questionnement sur nos inconscients refoulés. Evidemment la dystopie n' est jamais loin et la démarche de l' artiste mexicaine évoque ainsi encore plus sa filiation avec la clique de Different Circles (Logos, Mumdance). Si la clique fait déjà parler d' elle depuis deux ans un palier semble avoir été franchi en maturité artistique et en qualité avec le dernier Debit qui est d' hors déjà l'un des grands disques d'une année pas encore à sa moitié.

  • LOW, les vétérans qui rénovent l' indie.

    A quoi peut-on voir qu'un mouvement musicale piétine. Qu'il part dans une mauvaise direction fatale pour lui? Que le renouvellement ne se fait pas? Peut être quand un de ses vétérans offre un disque qui fout la honte à tous les jeunots par ce qu'il comporte. Innovation, remise en question, surprise et courage artistique. Quand il révèle ce qu'il manque aux autres. Est-ce qu'un jour LOW a sorti un mauvais disque? Jamais. Est-ce qu'un jour LOW a ennuyé? Jamais. Mais est-ce que LOW pouvait encore nous étonner après 25 ans de carrière plutot que simplement réconforter nos nostalgies? Et bien oui! Après Slowdive au sujet du shoeagze c' est au tour de LOW de remettre les points sur les i. Comment vous expliquer en quoi le dernier LOW, leur 13ème album, peut s' apparenter une réel cure de jouvence pour la scène dite indie/alternative à laquelle ce groupe unique appartient. Comment il va bousculer les "vieux cons" et jeunes cons. Par exemple un Dj malicieux pourrait très bien glisser au cours de l'un de ces mix qui ont la côte en ce moment , soit souvent un brassage de techno indus et de Dark Ambient pour le peloton et du post-club pour les échappées, le titre qui entame le dernier Low , "Quorum". Si le jeune ou le vieux-jeune appréciant déjà le mix va flipper mais étrangement se sentir bien face à leur exploration des tréfonds humains comme il se doit avec Low, pour le vieux quadra ou d' autres jeunes déjà vieux qui ne cesse de les cultifier au nom de leur nostalgie-gaga ça risque devenir gênant. Bref l' étroitesse d' esprit et de curiosité des uns va leur exploser à la gueule. Ces derniers vont quant à eux après avoir écouter le mix des pincettes sur le nez faisant bonne figure pour cacher leur désintérêt si ce n'est leur mépris pour ces musique trop modernes pour eux, vont éprouver un profond malaise quand le nom de la formation leur sera dévoilé. Si au moins ils reconnaissent. Ou on peut être vicieux et si par de miraculeuse circonstance ils ont eut vent du nom d' Andy Stott leur mentir en attribuant à l' anglais ce titre qu' il aurait fait pour une voix féminine inconnue. "Double Negative" est leur disque le plus réussi depuis très longtemps. Un des plus beaux joyaux de leur couronne indie. Inespéré aux regards d' autres vieilles formations indie (Flaming Lips, Granddaddy par exemple) mais totalement prévisible tant ce groupe s' avère l'un des plus endurant et capable de réelles remise en question. Il leur redonne une seconde jeunesse qu'ils n' avaient jamais réellement perdu. Plus décapant et culotté que les précédent cet album s' avère surtout le plus énergique et violent mais il garde cependant leurs légendaire obscurités et sérénités en guise d' arme massive contre le renoncement et la démission. L' apathie des émotions et des idées. On en ressort plus fort et rempli d'optimisme ce qui continuera d' étonner encore plus d' un néophyte. "Comment une musique triste peut rendre heureux?". Réponse LOW, Nick Drake, Joy Division etc etc etc. Comment Low réussit ce miracle? Savant mélange de vieilles méthodes avec des outils récents et des références originale et neuves. Ils avaient déjà bosser avec B.J. Burton en tant que producteur pour le précédent mais ce coup-ci ils l'ont fait à la l' ancienne en lui laissant une plus grande liberté. Débarquement en studio avec des croquis sous les bras et totale confiance à ce jeunot de Burton dans son rôle de tuteur si ce n' est de guide. Plus d'un vieux ou jeune borné indie ne sait plus faire ça se contentant d' ordonner au type derrière la vitre à quel vieille référence leur musique doit ressembler pile poil. Burton connu et respecté pour ces travaux avec James Blake et Bon Iver apporte sa touche moderniste et aventureuse. Et ça passe par son goût pour l' électro dans ses formes les plus expérimentales et ses coup d' oeil lointains à la scène des dancefloors. Bref, Low fricote avec bien autre chose et sort une nouvelle fois de la niniche des chiens indie. Je ne pensai pas l' écrire un jour mais LOW vient de nous offrir son "Kid A", LE Radiohead révolutionnaire. Ici aussi on retrouve des touches glitchy, un enrobage électro pas artificiel hantant et propulsant la musique du groupe hors de ses terres dans le futur. La production est donc primordiale par l' importance nouvelle des textures et du grain. Si la Touch Dubstep présente chez James Blake est aussi présente les Low laissent leur producteur les rapprocher de gens très éloignés et intransigeant comme Basinsky, Tim Hecker ou GAS. Que les vieux se rassurent, les harmonies divine de Sparhawk et de sa femme Mimi sont toujours la caractéristique principale de leur musique. Mais parfois elles sont noyées, maltraitées voir impossible à identifier. Les fameuses mélodies et crochets qui nous chopent sans prévenir depuis 25 ans pendant leur lente divagation introspectives faussement monotones dévoilent elles aussi un sacré coup de jeune. Les oreilles bouchées vont encore à ce propos nous parler d' ennuie face à leur aspect "monotone" amplifié ici par de plus fort et assumé drone mais c' est qu 'ils ne comprendront toujours pas une chose évidente depuis toujours. Une de ces incompréhensions qui fait louper tant de choses à certains esprits légers. A quel point ce groupe dit "Slowcore" et indie ont toujours fait vogué leur héritage rock, dreampop voir post-rock sur la rivière de l' ambient et ses affluents proche. A quel point également derrière le ressenti de calme et parfois de lassitude ce nichait dans leurs albums une diversité et une richesse insoupçonnée. En temps normal un disque de LOW serait classé à la fin d' année dans le top des monuments historiques. Cette fameuse petite séparation que j' opère entre les disques réussis par les jeunots et ceux par les "vieux". Ces derniers dévoilant un peu trop l' âge des auteurs et de leur style musical parfois un brin déconnecté du présent. Low n' a pas leur place chez les vieux tant leur musique dans "Double Negative" se révèlent bien plus qu'une canne pour traverser notre époque puante, mais une arme surpuissante susceptible de changer profondément vos aspirations musicales ou autres. Comme quoi, les vieux ont toujours un avenir et ça passe par la fréquentation des jeunes pluto que l' ehpad indie. PS: Euh ...comme Low est allé cherché le jeune Burton, c' est quand que Yves Tumor s' occupe de Siritualized parce que là, Papy Jason Pierce, il commence sérieux et réutiliser toujours la même came

  • IDLES, les gentillets soubresauts des guitares à l' agonie.

    Depuis la création de ce blog je ne cesse d' avancer cette constatation, le salut du rock et plus particulièrement celui de ses guitares passe par le post-punk entre autres choses. Mais alors que Idles balance son deuxième album et rencontre un succès critique et "populaire" hallucinant, tout deux mérités, un goût amer reste dans le gosier. "Dans un premier temps !" aurais-je du écrire plus souvent et d' autres de l' affirmer plus clairement en ce qui concerne le salut. Parce que tout réussit qu'il est le IDLES s'il affiche une volonté de changer les choses ne va pas pour autant tuer les poisons actuels de la scène rock actuelle et d'une partie de son publique, leur cynisme et cette horrible ironie de gens bien retranchés dans le passé et leur petit monde. Ce post-punk est semble-t-il le courant qui subit le moins les affres du revivalisme. Celui que la patine du temps néo-libérale n' arrive jamais tout à fait à édulcorer ou rendre totalement inoffensif par l' effet gentillet du vintage nostalgique(cf le garage pour ça). Mais attention ce processus est inévitable et comme il est déjà en cours il deviendra fatalement problématique. N' est-ce pas déjà le cas et ce qui justifie cette chronique de IDLES. C' était dans ses gènes au post-punk de tenir le route encore un temps tant l' aspect politique a toujours été prédominant. Mais pas seulement. Et le début du problème des IDLES commence ici. Le post-punk signifie pour une personne comme moi bien autre chose que guitares énervées et paroles politiques et sociétales. Par la variétés de ses formes et esthétiques ce courant avait également une approche artistique franchement diversifiée à la vision très large. Pour les héros des origines la forme devait elle aussi à l' instar du fond nécessiter une accroche dans le présent et si possible dans le futur afin l' anticiper si ce n'est de le provoquer. Une esthétique vieillotte rendait toujours selon eux le message moins clair voir totalement infertile. Parti des guitares punk il s' est aventuré très loin et ,tel le parcours des Raincoats, jusqu' à les rendre méconnaissables ou carrément les abandonner. Public Image Limited avec "Metal Box" et "The Flowers of Romance" était et reste une ligne directrice. Incorporation d' autres influences, expérimentation et enfin une plus grande attention sur les ambiances. Le Post-punk est, et doit rester, la sortie de secours de toutes salles de rocks et bar quand ces derniers deviennent des ghettos sociaux et stylistiques. Le Post-Punk n' a pas échappé au revivalisme vintage à l' orée des 00's. The Strokes, Interpol et LCD Soundsystem (pour la version dansante) portaient en eux le germe mais tous ces groupes mettait l' attention sur les aspects pop et indie rock "classiques". Petites trahisons que l'on pardonna un temps jusqu'à ce qu' elles se révèlent être un retour en arrière sans grande réflexion teinté de cynisme et d'ironie parfois. Le volet politique se fit de plus en plus franchement en roue libre et finit même parfois par disparaître. Succès publique assuré mais lifting consumériste le rendant franchement inoffensif malgré les volontés affichés de ses acteurs que l'on se contentera de nommer de "doux naïfs". Ou de pointer du doigt leur origine sociale et celle d'une partie du publique. Dès 2010 le politique et une version plus abrupte, souvent aussi plus prolo pour les origines de ses artistes, mais reluquant toujours les origines rocks et punks émergea et DWTN vous en parla avec Iceage, Savages, Ought, Total Control, Viet Cong (Preoccupations), Protomartyr, The Fat White Family dans un sens, Shame etc etc. Mais à côtés de ce nouveau revival le blog aborda, bien plus souvent, une multitude d' artiste et courants en apparence éloignés mais qui portaient très haut l' étendard et la volonté de changement autrefois détenu par le post-punk. Not Waving en électro, Carla Dal Forno et tant d' autres. Même la démarche critique et expérimentale d' un James Ferraro, d' une Holly Herndon ou d'un Daniel Lopatin comporte l' héritage post-punk originel . Donc voici IDLES qui débarque toutes guitare hurlantes et décapantes. Première remarque, ce retour d'un post-punk plus "underground" et politisé n' est plus autant tonitruant qu' à l' époque des premiers Iceage, Savages ou Women. La nouveauté a disparu et IDLES s' inscrit en queue d'une liste déjà longue appelant à la lassitude. Ce qui les sauvent du tout-venant c' est malgré celà le sentiment éprouvé à leur découverte d'une certaine fraîcheur. Les voir en live ne peut laisser indifférent et faire bailler. Puissance et vitalité exemplaires. Ils possèdent également une assez forte personnalité pour sortir du peloton de revivalistes. Le look n' est pas un copié-collé de Mark E Smith, Tom Verlaine ou Ian Curtis comme ceux des 00's. Les postures des guitaristes expliquent bien à elles seules que IDLES a su intégrer des choses apparu après l' âge d' or. Lookés 10's respirant une certaine envie de s' éclater malgré tout (oui je sais,du revival 80's quand même). On semble ainsi par instant retrouver chez IDLES ce penchant assumé pour un certain hédonisme traduit en vêtement et résolument engagé sur le fond que d' autres prolo anglais affectionnaient à la fin des 80's. Les Stone Roses en tête et les mouvements baggy et Acid quand la morosité et le côté cul-bénit d' un Morrissey commençait à dévoiler son isolationnisme. IDLES rvendique ouvertement leurs volontés optimistes et rien que ça c' est déjà un bonus comparé aux James Murphy de tout poil. Le post-hardcore de Fugazi ou Hüsker Dü et la Math-rock de Shellac sont d' évidentes influences vu la hauteur des guitares. Un chanteur qui déambule en permanence de long en large de la scène tel un MC du Rap prêt à affronter le public ça nous change des piquets 00's coincés derrière leur pied de micro. C 'est bien un type qui est apparu après et qui a intégré dans sa culture perso le hip-hop et tout ce qui en a découlé. Il se proclame fan de Kanye West et de Grime. Et puis il y a la voix du bonhomme. Celle de Joe Talbot. Leader charismatique dans la plus pure tradition post-punk des Lydon et Smiths. Intelligent et fin observateur à la volonté affichée d' en découdre il apporte une certaine sensibilité touchante. Dans le premier album paru en 2017 un titre m' avait ému tout en remuant ma fibre politique. Son "Mother" était un hommage vibrant à sa mère infirmière récemment décédée doublé d' un violent manifeste contre les politiques néo-libérales qui détruisent les système de santé et leur personnel. Un aide-soignant en Ehpad ne peut que lui dire merci tant le sujet ne semble pas réellement intéresser ses congénères. Dans le tout récent "Joy as an act of resistance" on retrouve tout cela et plus. Des thématiques bien encrées dans l' époque tel l' immigration, le brexit mais aussi le retour flippant d'une certaine virilité masculine, les éternels souhaits des parents jugées parfois réac ou trop conforme au dogme néo-libéral. Il identifie très bien et met en avant certains maux et danger sociétaux pour l' avenir tel l' agonie des centre villes tout comme certains comportements héroïques dans le quotidien et ce en échos à "Mother" sur les soignants. Talbot à la suite de Jason Williamson décrit particulièrement bien aussi la diabolisation rampante de la classe ouvrière et d'une grande partie de la population dans les médias et ailleurs. A ce sujet de la diabolisation du "peuple", dans le ailleurs, ne faut-il pas aussi un peu observer un peu plus le comportement de la faune des salles et festivals de rock? Certaines attitudes élitistes, snobinardes, postures sociales et isolationnistes? Même chez certains fans des Idles . Encore ces espèces de quiproquos, ambiguïtés voir petits arrangements bien visible en France qui me rappelle ceux constatés au sujet d' un Ariel Pink Et John Maus. Quand le côté vintage masquait au regard de certains nostalgico-gaga ghétoïsés la démarche Hauntologique. Mais seulement voilà. Si ce disque des IDLES est totalement réussi par instant, il n' en demeure pas moins qu' il possède malgré de grands moments des tares à l' image de l' ennui qui peut s' emparer de l' auditeur sur la longueur d'un album. Curieusement, ou peut-être pas, c' est quand ils abandonnent la frénésie Hard-Core et Math-Rock qu' ils accèdent à une nouvelle dimension. Quand un certain post-punk kiffant l' ambiant refait surface accidentellement. Quand la vitesse ralentie un peu quelque chose de bien plus rafraîchissant se dévoile mais c' est rare et la vitalité du reste peine à voiler une certaine répétitions stylistiques du passé. Leurs versions du rockab ou du revival Mods des 70's font franchement trop garage revival à la Thee Oh Sees pour être passionnant et portent en elles tout ce qui peut attirer les cyniques en tout genre jouant le double-jeu. Il y a donc bien un truc qui coince. Stylistiquement malgré l' amour pour le hip hop ou le grime, leur ville d' origine Bristol et son passé de brassage de style et le fond politique actualisé pertinent, leur musique sonne résolument trop vintage et raccroche Idles vers le passé et la niche sociale et stylistique du petit monde du rock à guitare contemporain. Parce que IDLES lorgne fondamentalement dans le passé musicalement les visées futuristes de prise de conscience puis de marche en avant de la lutte ont quelques peu du plomb dans l' aile. Ils luttent réellement, ne font pas semblant, ont bien identifié l' ennemi mais se sont totalement plantés sur le choix des armes qui se retournent contre eux. Si ils sont lucides sur bien des choses on ne peut s' empêcher de constater une certaine naïveté franchement embarrassante. La technologie moderne n' est pas abordée par exemple ou si c' est le cas c' est d'une manière un peu "nez pincé". Absente dans le son, le choix des armes disais-je, comme dans les paroles. Alors qu' ils le veulent ou non, elle a un impact considérable sur notre quotidien, pour le meilleur comme pour le pire et surtout pour les musiciens qu'ils sont, c' est l' un des outils essentiels pour pouvoir moderniser leurs armes. C' est une tare récurrente du vintage, soit réfractaire ou soit coupé du monde en ce domaine terriblement important. Après il y a aussi qu' arrivé au deuxième album les IDLES commence déjà à se répéter musicalement quand ce n' est pas Talbot qui donne des signes de facilité par l' usage de banalités. Franchement le coup du "ce flocon de neige va devenir une avalanche", c' est carrément du niveau d' un Jean Jacque Goldman des restos du coeur qui ferait simplement gausser Brigitte Macron et Stéphane Bern autour d'une tisanne. Trop bisounours pour correspondre à la réalité et être réellement productif. Convertit que les convaincus et Williamson des Sleaford Mods de régner sur le trone du songwriting post-punk et de la poésie prolo pour un bon moment. Bref vous l' aurez compris, j' adore les Idles, leur disque est à écouter et j' ai un respect totale pour eux mais seulement voilà! Ce que j' attendais du post-punk à guitare sur le retour c' était qu'il permette qu'on sorte définitivement de la spirale revivaliste et de la niche stylistique et sociétale dans lequel le rock indie s' est enfermé depuis les Strokes. Que les guitares se remettent à expérimenter à nouveau afin d' innover et trouver un vocabulaire pertinent pour notre époque. Qu' elles échappent à leur passé. Kevin Shields a 55 ans et Thurston Moore vient de fêter son soixantième anniversaire et depuis leur heure de gloire les guitares n' inventent plus. IDLES a raison sur le fond mais son choix esthétique s' avère totalement inopérant si ce n'est pas être un cul de sac créatif. Non, IDLES ne va rien changer avec son Post-punk si ce n' est que rendre hommage et perpétuer une déjà trop longue tradition. Par contre, les Lotic, Arca, Amnesia Scanner, Yves Tumor, Rabit, Non Worldwide et tant d' autres, tous ces gens dont je parle sans cesse, eux, ils ont effectué le bon choix des armes. Ils parlent des même sujet que Joe Talbot, mais en plus précis, et vont même bien plus loin. Il a raison Talbot quand il enfonce les portes ouvertes avec "je mets les homophobes dans des cercueils" et les racistes c' est des méchants parce que l'on est tous pareil. Mais franchement, les réflexions d' un Lotic ou Arca sur le genre, celles d'un Tumor ou de NON Worldwide sur la colonisation et les races, ça vole franchement plus haut et se révèle bien moins facile à caricaturer et à réfuter par les salops. Et que dire du fait que IDLES comme tous les autres groupes à guitares se refuse à toucher là où ça fait mal, les visées passéistes du genre. Ariel Pink, Maus et Lopatin pour l' électronique ont bien su trouver le chemin du questionnement et le courage pour tenter de trouver des solutions. Pourquoi cette obstination et cet aveuglement? Pourquoi cette course folle contre le mur de la redite de la part des amoureux de cet instrument?

  • TIRZAH, grand retour pour un titre en attendant mieux.

    Trois ans sans nouvelles de la révélation 2018 ça commençait à faire long. Hier Tirzah Mastin a enfin donné de ses nouvelles et comme d' habitude elle nous a cueilli comme ce le fut avec son irréel et sublime "Devotion". Un seul titre pour l'instant et pas de dates prévues pour un futur album mais ce "Send Me" suffira à ravir la petite fanbase et les autres de la grande copine de la reine Lo-fi experimental Mica Lévi. Bien sûr cette dernière est présente sur un titre qui peut surprendre les fans de Tirzah un brin distraits et peu curieux par sa fin. Fin typique des derniers et époustouflants travaux de Lévi. Tirzah aborde les même thèmes que sur "Devotion", la convalescence, le fait d' être une artiste, l' amour maternelle et une nouvelle fois, le charme opère.

  • TIRZAH, pop intime du futur. (Et Mica levi est encore dans le coup)

    C' est un de ces disques étranges au charme langoureux au sujet desquels il faut prendre son temps pour écrire. "Devotion" est sorti en juillet et il est rapidement devenu le disque le plus écouté du moment. Plaisir hautement addictif. Plus l' évidence qu'il fallait parler de cette beauté devenait forte plus je reculais le passage à l' acte. C 'est que l' adorable Tirzah avait touché au plus intime jusqu'à ce que son disque deviennent mon navire ultime pour dériver tout au long de cet été caniculaire. Ce n' était pas réellement une inconnue, juste une vieille connaissance perdue de vue qui revenait de manière éblouïssante. Je n' ai jamais été fan des Hot Chip de Jo Goddart. Souvenir tenace d'un concert de Route Du Rock où l' anti-revivaliste que je suis a subit l' un de ses pires excès de rage tant le spectacle de leur live plan-plan et des gamins dansant sur une musique si passéiste et sans originalité paraissait totalement ridicule et anachronique. Si je vous parle de Jo Goddart alors que le sujet est tout autre, voir à l' opposé dans un sens, ce n' est pas par hasard. Le monsieur a monté il y a de ça quelques années un label répondant au nom Greco-Roman. Et si ça suffisait pas il a signé les pilleurs débiles de Disclosure. Casier judiciaire lourd mais en 2013 il signe la débutante Tirzah pour un ep inaugural. Grosse claque et surprise tant le type ne nous avait pas habitué à autant de courage et de bon goût. Le ep s' intitulait "I'm not dancing" et si il partageait avec Goddart un goût commun pour le dancefloor et plus particulièrement la House il avait déjà le petit quelque chose en plus. Ou du moins une particularité tant en faît la caractéristique de cette dernière était un certain minimalisme, une intimité touchante et une étrangeté dont ses collègues du label manquaient cruellement. C' est que Tirzah n' était seule. Elle a peut être fait une mauvaise rencontre avec Goddart mais par contre depuis son enfance elle avait une chouette copine dans son entourage. Le genre de rencontre qui change tout. Une copine que vous connaissez fatalement si vous êtes un habitué de ce blog. Tirzah traîne sans arrêts avec Mica Levi (Micachu & The Shapes) depuis les bancs de l' école jusqu' aux dancefloor avide de leur multiples passions communes tel le Dubstep,le Grime et le Garage (l' électro pas le vieux truc à guitare). Elles décidèrent donc de continuer leurs jeux dans les Home-studios ce qui donna "I'm not dancing". Et puis...plus rien. Quasiment pas de trace sur le net de cette énigmatique Tirzah que j' avais classé dans le top ep de 2013. Ses sorties suivantes manquaient cruellement d' appuie par son label et Goddart semblait ne pas réellement prendre conscience de la pépite qu'il avait déniché. 2018, alors que Jo Goddart doit encore se pincer en se remémorant la surestimation exagérée de sa formation franchement ennuyeuse Tirzah quant à elle vient tout simplement de nous offrir le grand disque Pop de l' année avec une plus grande visibilité depuis sa signature chez Domino. Entre-temps on l' avait à nouveau recroisé sur un magnifique ep de sa cop's classé par ici en 2016 ("Taz and May Vids") et une étrange pépite Hypnagogic-pop ("Time Moves Slow Rench It") s' était glissé vers nous via soundcloud. Elle a donc pris son temps, une maternité expliquant aussi ce laps de temps, mais l' attente est amplement justifiée. Sa musique à l'image de ses sorties discographiques semble aussi avoir tendance à se ralentir tout en gardant sa fluidité. L' aspect House a quasi disparu au profit de ses amours R'n'b et Soul. Mais attention ici pas de vernis FM et clinquant. Un R'n'b dont les couleurs se font moins tape à l' oeil, la production bombant moins le torse tant elle parait chétive. Ce qu'il demeure des premiers ep c' est peut être ce qui touche le plus vite car elle ne joue pas à cache-cache, sa voix! Une magnifique voix à la fois forte, puissante et aussi susceptible de se briser à chaque instant. Elle et Mica Levi ont encore plus expérimenté que par le passé. Elles sont parties très loin à l' aventure en quête de nouveaux sons dans une multitude de contrées musicales. Les textures s' en ressentent par leur diversité même si la personnalité musicale de Tirzah semblent inchangée. Toujours cette voix puissante positionnée devant un décor dont il semble émaner des vibrations vaporeuses. Une production aux apparences Lo-Fi qui rajoute à l' aspect déchirant de sa musique. Si elles ont oublié la House et le dancefloor vieillot de Goddart elles ont par contre bien capté celui de l' époque avec ses samples de boites à rythme compressés. Si sa voix est cajolée Tirzah n' hésite pas à effectuer un gros travail sur les autres. Les synthés sont bancales et non proprets et à un instant c' est une guitare bien indie qui nous cueille à l' entame d'un titre. En onze titres Tirzah et Mica Levi redéfinissent le R'n'b pour le projeter vers un avenir radieux et hypnotique. Entre leurs mains les références et les courants peuvent assurément être affublés du qualicatif de Post tant le travail effectué n' est pas un simple copiage remis au goût du jour. Alors que bon nombre confonde authenticité et nostalgie, Tirzah touche au plus profond de nous avec un disque détaché du passé et du présent, une oeuvre qui ne parle que d' amour, celui pour les autres et pour toutes les musiques et surtout celles que l'on ne connait pas encore. Et Mica Levi de consolider encore une fois son rôle de génie underground de la décénnie.

  • 1988, ANNEE GIGANTESQUE.

    Je ne voulais pas le faire. Quand j' ai entrepris en ce début d' année de fêter à ma manière les 20 ans de 1998 une autre année s' est initié dans mon esprit jusqu'à ne plus me lacher. Bien plus qu' une simple histoire de chiffre. Mais seulement voilà. Dans ce blog la nostalgie est proscrite un maximun et si le passé musical ressurgit ce ne doit être que pour mieux expliquer le présent et imaginer le futur. Alors, même si un grand pan de ma culture musicale, de mon approche, s' est construit autour de 1988 je me disait qu'il fallait pas trop la jouer vieux cons déblatérant ses souvenirs. Quel intérêt? 98 ce justifiait en 2018 car elle marquait un tournant dont nous subissons encore les effets (voir par ici). Et 88 dans tout ça. "Non!" voulais-je crier. Revendiquer. Et puis un soir je me suis revautré dans les archives du net, dans les banques de données discographique et ce qui devait arriver, arriva. Les souvenirs ressurgirent. Souvenirs gluants accompagnés d'une évidence absolument sidérante. 1988 est elle aussi un tournant. Un bouleversement. Un bouleversement tel qu' en 2018 nous ne désirons qu' une chose, le revivre sous une autre forme. Et c'est bel et bien ça la seule raison de cet article. Nous souvenir à quoi ressemble à une putain de bonne année musicale. La liste de disques sortis cette année-là donne le tourni. Déjà la liste d' album est l' une des plus belles pour une seule année mais si on s' attarde sur les autres formats alors on frise l' apoplexie face à autant de "classiques". Mais pas seulement. Nous ne sommes plus dans un simple exercice de top chronologique de statisticien curateur un brin cultivé comme nous en rencontrons tant de nos jours. Mieux! Une décennie qui a vu le toc et le clinquant le plus pervers l' emporter va voir apparaître une multitude de mouvement sociétaux, de remises en questions en tout genre, souvent liés à la musique, exploser un peu partout. Cet ensemble de pensées et d' arts musicaux nouveaux vont conquérir les pensées et les oreilles mondiales. Un mouvement sociétal intrinsèquement lié à la musique tel que malheureusement on peut se demander si il y a eut d' autres d' une même ampleur par la suite. Ce sont bel et bien de nouvelles formes musicales qui explosent quite à changer les vies d'un très grand nombre. Comme si un iceberg tournait sur lui-même et que sa plus grande partie, celle immergée, apparaissait aux yeux d'un vieux monde qui une fois de plus n' avait rien vu venir. Commençons par ces petits détails oubliés qui disent tout. Un groupe à lui seul symbolise cette année 88 et ses changements, ses utopies, ses miracles et ses échecs. Un groupe qui ouvre des brèches dans toutes les chapelles, musicales et raciales. Un duo qui préfigure la révolution à venir et le grand mélange crossover de la décénnie suivante. Un "vrai" groupe maudit. AR Kane. Les trop facilement nommés "Jesus & Mary Chain black" qui gardèrent leur âme Soul et leurs influences black , les trempèrent dans la culture blanche via le rock blanc le plus bruitiste et expérimental sur "69". les même qui optèrent ensuite (et malheureusement pour eux) vers une synth-pop devenue étrangement anachronique mais qui (heureusement pour nous), offriront juste avant avec leurs potes de Colour Box l'un des titres parmi les plus important de l' histoire. L' adolescent encore enfant perdu dans trou corrézien avec pour seule boussole musicale son poste de télé se rappellera toute sa vie de leur cadeau de la fin d' année 87. Une bouffée d' air frais futuriste apparue dans un déjà bien moribond top 50 et qui le squatta tout le début 88. Le machin avait un nom, la House, il allait pas tarder à s' acidifier. Passons à l' un des deux courants musicaux qui marqua le plus les esprits et domina les années suivantes sur le mainstream mondiale. Le deuxième viendra plus tard. Un machin encore un peu méprisé malgré ses débuts tonitruant fin 70's début 80's prit en quelques mois une dimension encore plus grandes jusqu'à vivre en 88 son premier âge d' or tout en se voyant déjà se profiler des mutations. Le Hip Hop offre en cette année 88 une pelleté de ses plus grands classiques et on commence à voir apparaître une scission, les troupes hip hop arrivent à un carrefour symbolisé par la virulence politique de Public Ennemy. Au choix, prendre l' option hardcore et gangsta avec N.W.A. et/ou, opter pour le "conscious" et offrir une version plus alternative quite à regarder ce qu'il se passe sur les dancefloor (Jungle Brothers). Les 80's s' éteignent et avec elles ses grandes marottes comme une certaine pop léchée, intimiste et nostalgique qui offre ses derniers soubresauts (Prefab Sprout, Morrissey, The Church) . On a même droit à une bizarrerie jugée trop vite comme simplement anecdotique et exotique. Un groupe islandais (!!!) nommé Sugarcubes faisait parler de lui. En son sein, une petite souris qui deviendra contre toutes attentes alors, une reine! Bjork. L' indie rock après n' avoir vu que par les guitares carillonnantes 60's pour lutter contre le mainstream très synthétique, petite victoire politique mais défaite esthétique 30 ans après, commence enfin à relever la tête. Son âge d' or arrive à grand pas et une reconnaissance populaire plus "grande" avec. Les guitares se font beaucoup plus agressives et tonitruantes et réapprennent à bomber le torse. La modestie TeePop/C86 laisse place à un peu plus d' assurance. Les Pixies offrent leur premier album. La cuculterie qui les entoure dorénavant n' est pas encore là et ce rock est pour le moment symbole de fraîcheur et de renouveau. Avec ses attraits pop leur musique capable de mieux séduire les filles du lycée que celui de Fugazi ou des suivants se révélera la porte d' accès la plus grande pour l' arrivée d'un nouveau public au sein de l'indie . Mais...Y' a Mieux! Les guitares chez d' autres recommencent à innover de nouveau et à s' inspirer d'un référenciel bien plus élargie. Sonic Youth tiennent d' abord à enterrer les 80's avec la reprise perverse de l'un de ses hymnes et de ses emblèmes (sous pseudo Ciccone Youth) pour ensuite réenclencher la marche avant du rock en un album gigantesque à grand coup d' emprunt au free jazz, à l' indus, au noise, au drone et bien d' autres genres. Des styles parfois en maturation depuis longtemps apparaissent enfin au grand jour (Shoegaze ) pendant que d' autres n' en sont qu'à leur balbutiement tel le Post-rock. My Bloody Valentine après quelques années d' errements et d' hésitation ont enfin leur déclic en tombant sur une grande gigue bizarre alors en tournée en Angleterre (Dinosaur Jr). La bande à Kevin Schields attaque enfin les choses sérieuses avec un titre appelé lui aussi à devenir emblématique ("You made me realise"). Le Shoegaze est à peine né officiellement que déjà des batards tel les Pale Saints lorgne sur l' héritage avec classe. Les Talk Talk d' une manière similaire aux Sonic Youth sape la décénnie de leur succès et font un gros doigt au mainstream en optant pour des idéaux proches de ceux indie et en laissant la synth-pop et l' instrumentation rock classique de côté pour des couleurs jazzy. Bref, les bases du post-rock. Plus discret, House of Love fera office de rampe d' accès parfaite entre le passé et le futur des guitares. Entre la coutume et la modernité. Guy Chadwick deviendra un de ces nombreux héros indie pour les années à venir (bizarrement sous-estimé de nos jours) face aux monstruosités du rock fm de l' époque (Guns'n roses). Si vous voulez la version américaine allez voir du côté des Galaxie 500. De toute façon à chaque fois c' est l' héritage du Velvet Underground qui l'emporte. House of Love succèdent un temps dans les coeurs aux Jesus et Mary Chain (qui vont pas tarder à perdre de leur mordant) aidé en cela par le même rouquin écossais. Un junkie à la fois réac et visionnaire qui va faire passer plus tard l' underground à l'overground avec son label Creation. L' indie affiche encore une fois au grand jour son ambiguïté qu 'elle cultive depuis les débuts. Progressiste politiquement mais parfois franchement réac stylistiquement et dans son esthétique. Désir de changer le monde mais parfois un peu trop qu' avec les outils des anciens. Un autre titre légendaire sorti une première fois en 88 et lui aussi appelé à devenir l' une des pierres angulaire de l'indie symbolise cette vision bornée mais encore pertinente pour un temps. Le "There she goes" des La's préfigure le nombrilisme Britpop et ses penchant revivaliste avec l' attention porté par leur leader Lee Marvers pour les studios et le matériel estampillé 60's. Quite à s'y perdre... Si l' Angleterre et les States donne le La il s' en passe aussi de bien bonne à Berlin. Le classicisme rock et blues va s'y regénérer (une dernière fois?) au contact de son avant garde et voir ainsi son plus grand espoir devenir une légende et une icone à tout jamais. Il est australien et délaisse enfin la seringue pour l'une des plumes les plus belles du rock depuis Lou Reed et Leonard Cohen. Nick Cave offre l'un de ses plus fameux classiques intemporels, "The Mersey Seat". Oups ! "The Mercy Seat" , simple lapsus écrit, je suis déjà à la suite. Parce que tout Nick Cave qu' il est, et même si ce titre a un petit quelque chose d' un titre conçu pour les dancefloors, 88 voit enfin la balance indie pencher fortement dans l' autre sens que celui du simple retour en arrière pour mieux rebondir. Et ce au grand dam d'un Morrissey déjà trop occupé à cultiver son propre culte. Les frictions vont être terribles. Certains vont se sentir obligés de choisir bêtement leur camp quand d' autres ne cesseront les allés-retours. C' est en ses propres terres que l' ex Smiths, auteur des fameux vers "Burn The disco, Hang the blessed Dj" , va voir les jeunots saccager ses visions un brin fermées et larmoyantes. Des jeunots tel le combatif Ian Brown (Stone Roses) et la crapule Shaun Ryder des Happy Mondays qui lui, ne se pinçait pas le nez quand il se postait dans les couloirs de boite entre les pistes funk/disco et celles plus pop/Rock. Pour des raisons d' éducation et d' ouverture musicale comme professionnelle (toujours pour une question de nez d' ailleurs). Des jeunots qui ont dorénavant envie de faire la fête plutot que de pleurnicher sur leur nombril et la tombe d' une autre légende du village pendu trop tôt et dont le fantôme étouffa un peu trop les successeurs au cours des 80's. Certains vont leur reprocher leur hédonisme, leur semblant de dépolitisation. Que diraient-ils de l' hédonisme purement consumériste de 2018 qui sagement organise des fêtes avec accord préfectoral, municipal, policier si pas également celui de Maman? N' ont-ils pas vu ou déjà oublié ces braves gens que cet hédonisme avait quelque chose de franchement contestataire et alternatif avec l' apparition des raves sauvages. C' est qu' au nord de l' Angleterre un grand cataclysme culturel et musical se prépare et va déferler sur le petit monde indie des guitares et tout le reste. Et pour cela, il faut une nouvelle musique! Pas un revival copieur! Les gamins de 88 auront bien en tête 67 mais plutot que faire comme Hendrix et compagnie avec des guitares ils vont aller voir du côté de Chicago et de Détroit un truc tout neuf, au délicat et doux parfum psychédélique d' autrefois mais au goût délicieusement acidulé du futur. Rien n'est le fruit du hasard. Et surtout pas que Manchester devienne un phare en matière de progressisme musical. Finalement, on peut se demander si les Smiths n' étaient pas qu'un bref intermède passéiste au milieu d' une histoire en perpétuelle évolution? Un intermède certes glorieux mais un brin trompeur sur l' héritage mancunien et franchement devenu une bien facile excuse pour les fainéants revivalistes qui suivront . Personnellement je me le demande plus depuis longtemps. Manchester sera bel et bien l' épicentre du "second summer of love" qui durera 2 ans. C 'est là-bas que la vague acid et la culture indie à guitare se marieront le plus et saurons le mieux capter l' éclairage médiatique naissant. Le son baggy malgré les moqueries va jouer un rôle primordial tout au long de la décennie suivante. Ces morveux vont remettre dans leur groove une fluidité longtemps perdue. Si les Stone Roses sont si adulés encore de nos jours c' est en grande partie grace à leur section rythmique. "Mani" et "Reni" avec leur basse et leur batterie vont combler le putain de fossé qui s' était creusé entre dancefloor et les petits blancs indie. Ce deuxième été de l' amour aura son temple l' Haçienda, avant de laisser la place à la culture Rave. En 88 si certains persistent à croire encore dans les bons vieux parchemins rock et ses us et coutumes il ne faut pas oublier que cette visions fut fortement décriés plus tôt par le post-punk. Le retour en arrière peut faire revenir à l' essentiel mais il a toujours ses limites. Le post punk l' avait bien compris et ce machin multiforme était né en grande partie à Manchester. Manchester est aussi un port et en ces temps reculés pré-internet c' est par les ports que passait souvent la nouveauté musicale en provenance des States. Manchester qui avait depuis toujours le goût du métissage et souvent ça se passait sur ses dancefloors. Et à toutes les époque (cf la Northern Soul). Bien sûr les grognons me diront que le courant acid était également apparu à Londres ou Berlin et que les "galettes" de Trax Records n' arrivaient pas que dans les ports du "North". Il n' y a pas que la-bas que ce que les médias et une large partie du publique américains avaient loupé s' est trouvé des oreilles beaucoup plus à l' écoute. Bien sûr que le Shoom ou le Trip existaient . Bien sûr que The KLF ou S' Express ne venaient pas de la-bas. Bien sûr tout ne s'est pas joué qu'à Manchester mais c' est bel bien cette ville qui a vu la plus grande partouze se produire, les chapelles s' effondrer le plus redoutablement et les looks se définirent jusqu'à dépasser les frontières du Mersey. Ne pas oublier non plus l' autre grande boite de Manchester, The Thunderdome, qui a vu les 808 State avec A Guy Called Gerald encore en leur sein débuter. The Thunderdome, temple acid légendaire lui aussi et coupe-gorge réputé tant la pègre de Salford y avait ses habitudes. Je racontais plus haut à quel point 88 marque un moment majeur du rôle sociétal de la musique. C 'est à Manchester qu'un un métissage racial et social s'' opéra au son de l' acid house et de la techno de Detroit. Autres petit détails qui en disent long et que certains passent sous silence. Les Londoniens en goguette sur Manchester s' étonnèrent d' abord qu' à l' entrée de l' Haçienda tout les looks étaient acceptés. On pouvait rentrer en basket et tant pis si les pantalons traînaient par terre et avaient la fâcheuse tendance à s' élargir. D' abord au bas comme les bons vieux patte d' éléphant puis sur toute la longueur. Même les bobs avaient droit à se montrer et ne parlons pas des sifflets et des cornes de brume. Du coup un vrai métissage social et racial s' opérait. Un petit miracle à l' anglaise venant de leur bagage Post-Punk à mettre aussi au profit de la relecture situationniste de la clique de Factory Records. Factory à la fois largué au tout début mais très vite à la pointe de l' attaque. Les proprets étudiants aux looks rockabilly et travaillés fans des Smiths et des Cure laissèrent la place aux noirs fans d' hip hop et aux scallies échappés des stades avec leurs fringue casual et adeptes de la toute récente House et du bon vieux funk. Les concerts alors majoritaires firent de même laissant les soirées plus dansantes devenir la norme suite au succès des soirées Nude de Max Pickering. Pour le live et l' indie rock plus classique l' International prendra le relais. Un groupe aura connu les deux époques de gloire du bled et les changements de l' Haçienda. Faut dire qu' ils étaient proprios et épongeaient les dettes un peu à leur insu. Magouille typiquement Wilsonienne (Tony Wilson). Un groupe qui a traversé le punk avec son post puis Madchester. Un vrai groupe moderne, plus important que les Smiths parce que contrairement à ces derniers, ils nous ont apporté le futur. New Order. Pas un hasard donc que ces grands curieux après avoir explorer le New York dansant et bigarré du début 80's et sentant la montée acide venir décident en 1988 de ressortir leur titre révolutionnaire vieux de 5 ans sous une forme nouvelle, "Blue Monday 88". L' art du remix prend également de l' ampleur en 88. Faut dire qu' ils ont été bien aidés en celà par un dénommé Bez fortiche en chimie (quand lui décerne-ton le prix Nobel?). Les New Order passeront une partie de 88 à Ibiza, y croiseront une icone velvetienne en passe de mourir, se gaveront de tout ce qui passera sous leurs nez et pondront leur album le plus acide et réussit, "Technique". "Fine Time" avec sa pochette si caractéristique de l'instant clôturera l"' année. Et pour conclure avec Madchester imaginez ce que cette ville de province qui avait déjà tant offert en musique fut capable de lacher à la face d'un pays et d'une capitale qui la méprisait depuis trop longtemps. Trois singles légendaires aux énormes conséquences à long terme, "Elephant Stone" des Stones Roses , "Wrote for the luck" des Happy Mondays et "Voodoo Ray" de A Guy Called Gerald échappé des 808 State. L' acid house va être sur toutes les langues. Sens propre comme figuré. Il a même un visage ce truc-là, un visage jaune et souriant. Très vite il va se retrouver dans la rue. Dans toutes les cours de lycée. L' évolution stylistique de ces musiques issues du disco semble subir une fantastique accélération. Le "Move your body" de Frankie Knuckles n'a pas un an que déjà sa House se voit virer acide sous les mains de Dj Pierre pour l' essentiel "Acid Tracks". Les Rolland TB 808 et 303 seront les équivalents des guitares 60's pour la fin 80's et les débuts 90's. Si en 1988 ce visage se contente des "petits" formats, single et maxi 45 tours son influence va dépasser sa petite sphère. Les noms des Mr Fingers (Larry Heard), Armando, Maurice, Black Riot etc etc vont devenir des références absolues jusqu' à présent. Les disques Trax Records seront des sésames et en quelques semaine Chicago et Detroit n' auront plus le monopole mondiale de la création en musique "électro". The KLF balance la première version de son "What Time Is Love", S'Express va succéder à M/A/R/R/S . L' indie britannique va donc se souvenir après la Mancunienne qu' elle est née sur les cendres d' un post punk grand amateur du mélange stylistique et de la danse. La "blanchiment" du rythme venu avec les Smiths cessa un instant. On se retrouva le goût de danser. Un vieux grigou "post tout" justement l' avait repéré le machin qui monte, un grigou bien plus visionnaire que l'autre andouille, Genesis P Orridge avec ses Psychic TV (Jack The Tab). Evidemment ça finira avec une grande gueule de bois. Toujours mieux que la lobotomie actuelle. L'une des première rave organisées sur Manchester filmée par Tony Wilson himself...une liste d' invités ...irréelle. Un document historique! C'est quoi une mixité dans un club? C'est quoi quand il se passe un truc énorme? ​Ben ça! L' un des premiers raportage sur l' Haçienda et A guy Called Gerald. Malgré la vidéo pourri on sent immédiatement le frisson que peinent à rendre tous les live dispos des festivals d' été actuels. C' était le bon vieux temps où les musiques populaires jouaient un bien plus grand rôle dans nos sociétés. Pas un simple divertissement dénué de fond et de revendications. Un déguisement culturel à peu de frais. TOP ALBUM 1988 1. SONIC YOUTH Daydream Nation 2. PUBLIC ENNEMY It's take a nation of millions to hold us back 3. NICK CAVE & THE BAD SEEDS Tender prey 4. 808 STATE Newbuild 5. MY BLOODY VALENTINE Isn't Anything 6.TALK TALK Spirit Of Eden 7. MR FINGERS Amnesia 8. THE HOUSE OF LOVE The House Of Love 9. HAPPY MONDAYS Bummed 10. N.W.A Straight Outta Compton 11. PIXIES Surfer Rosa 12. JACK THE TAB Acid Tablets Vol1 13. LEONARD COHEN I'm your man 14. MORRISSEY Viva Hate 15. DINOSAUR JR Bug 16. JUNGLE BROTHERS Straight Out Of Jungle 17. THE GO BETWEENS 16 Lovers Lane 18. GALAXIE 500 Today 19. THE SUGARCUBES Life's to Good 20. ULTRAMAGNETIC MC'S Critical Beatdown 21. A.R. KANE 69 22. RAPEMAN Two Nuns And A Pack Mule 23. THE CHURCH Starfish 24. PREFAB SPROUT From Langley Park To Menphis 25. COCTEAU TWINS Blue Bell Knoll UN LABEL A SON APOGEE TRAX RECORDS LA REPRISE MEILLEUR QUE L' ORIGINAL CICCONE YOUTH Into The Groove(Y) TOP EP & SINGLES 1. MY BLOODY VALENTINE You Made Me Realise 2. THE KLF What Time Is Love (Pure Trance 1) 3. THE LA'S THERE SHE GOES 4. A GUY CALLED GERALD Voodoo Ray 5. THE STONE ROSES Elephant Stone 6.FINGERS INC. Can You Feel It 7. HAPPY MONDAYS Wrote For The Luck 8. NEW ORDER Fine Time 9. MAURICE This Is Acid (A new dance craze) 10. PALE SAINTS Barging into the presence of god 11. PHUTURE We Are Phuture 12. THE FALL Big New Prinz 13. BLACK RIOT A Day In The Life 14. HUMANOID Stakker Humanoid 15. Ex aequo S EXPRESS Theme From S Express ARMANDO Confusion's revenge MONUMENT HISTORIQUE Quand un ange déchu refait surface. On le disait cinglé, fini, foutu et laissé pour mort dans les bras d'un docteur maboul. Les trois premières constatations étaient quasiment justifiées mais la dernière ne pouvait que se révéler fausse. Les anges sont immortels. La voix est cassée, approximative, larguée parfois. La production? Du n'importe quoi. Seulement voilà, quand on s' appelle Brian Wilson, même dans un état pitoyable, on reste un génie. "Melt Away" est beau à chialer malgré tous ses défauts et rejoint "Still i dream of it" au panthéon Wilsonien des diamants non policés. Il y a parfois de ces disques que l'on affectionne que pour une seul et unique chanson. BRIAN WILSON Brian Wilson fRENCHY BUT CHIC Et la France dans tout ça? Comme d' hab, larguée. Engluée dans son "rock alternatif" Seul rayon de soleil: MANO NEGRA Patchanka BONUS 1988 a lancé Madchester et le son baggy, cette réappropriation du groove par des petits blancs guitareux. Deuxième Playlist spéciale Madchester/Baggy avec les classiques du genre. Beaucoup des groupes issus de Manchester ou sa proche banlieue mais pas que, ce son influença des cadors venu de bien loin (Blur, My Bloody Valentine, Primal Scream, Saint Etienne etc etc).

  • AMNESIA SCANNER, ce monde cataclysmique qui est le notre.

    Le très attendu premier album du duo finlandais Amnesia Scanner déboule et va être l'une des claques de la rentrée. Une claque tant sonore qu' artistique. Philosophique et politique? Aussi ! C 'était prévu, maintes fois ici je vous l' annonçait, et bien ils l'ont fait! Probablement l' une des formations électro expérimentale les plus pertinentes parmi les plus modernistes qui en même temps, avec "Another Life", va évoquer des chocs musicaux d' antan par ses effets sur votre cerveau. L' histoire avec eux semble être un éternel recommencement et pourtant, elle poursuit une course effrénée vers un inconnu dont les deux gars osent éhontément nous offrir des clés de secours. Si vous voulez savoir ce qu' à fait aux gens de l' époque de se prendre Cure ou Nirvana, le punk et l' indus, Salem ou Burial plus proche de nous en 2018, de ces disques terribles dans tous les sens du terme parce que définissant parfaitement leur époque et ses affres, c' est "Another Life" qu'il vous faudra affronter. Il y a longtemps que Ville Haimala et Martti Valliala squatent ce blog. Allez voir par là par exemple. Sinon que vous dire en guise de présentation rapide sur l' un des duos les plus essentiels pour comprendre notre présent musicale? Qu' il s' agit encore une fois dans ce blog de champions de la déconstruction de tout un pan du passé des musiques de club. De leur hybridation avec bien d' autres genre tel l' indus, la noise, le r'n'b etc etc. Des enfants crados de Jam City passés par le Club Janus ou des cousins éloignés européens des Oneohtrix Point Never et James Ferraro ricains. Mais plus encore. Depuis 2015 et le Ep inaugural "Angels Rig Hook" Amnesia Scanner par sa musique est l'une des formations qui brosse notre époque d'une manière les plus pertinentes. La schizophrénie de ce monde qui en veut toujours plus mais qui frôle de plus en plus le cataclysme climatique et politique trouve chez eux la meilleur des évocations. Les beats vous cognent littéralement la cervelle et des synthés poussés au maximum de leur possibilités vrillent ce qui en reste en plus de tous les autres organes de votre corps. Tout au long de "Another Life" comme à chacune de leurs sorties précédentes nous nous retrouvons face à la même chronique apocalyptique que nous déversent à profusions chaque jours les médias et les réseaux sociaux. Mais celle-là au lieu de donner la nausée et pousser au retranchement s' avère totalement jubilatoire et salvatrice. C 'est que chez Amnésia Scanner il y a de l' espoir voir même une solution musicale quand on daigne s' y plonger sans retenue. Ce n 'est pas du bruit moderniste TOC comme certains l' ont trop rapidement jugé. Cette solution, une parmi d' autres, n' a pas pour l'instant la majorité dans cet univers où le vintage et la redite monopolise quasiment tout. Mais nous l' avons déjà croisé chez Oneohtrix Point Never, le post-dancefloor et surtout Holly Herndon qui avait collaboré avec les Amnésia sur un des titres de son gigantesque et révolutionnaire "Platform" . Pour eux comme les autres la technologie malgré certaines mauvaises utilisations peut encore redéfinir les conceptions de l' humanité en musique. Eux parlent d' Avant EDM. D 'autres avancent le terme de Noise ambigu et stroboscopique. C 'est la dernière définition qui a ma préférence mais il faut préciser en quoi leur musique semble vicieuse voir perverse. Amnesia Scanner, apparu à la même époque, ont des façons de faire très proches d' autres concepteurs sonores tel un Arca ou surtout Sophie et s' inscrivent donc dans la même lignée. Comme chez Sophie on retrouve les aspects les plus magnétiques et caricaturaux de la dance-pop commerciale mais façon punk et agressive. Toujours comme chez la producteur/trice écossaise leur musique est livrée via une cybernétique assumée et branleuse sans aucunes pudeurs tel les punks des temps anciens avec leurs guitares crado et pataudes après les belles manières prog et hippie. Encore une fois on se retrouve face à l'une des peintures les plus aboutis du climat sociopolitique contemporain. Tout/tous sont capable de chavirer dans un sens ou l' autre. D' un camp à l' autre. Et Amnésia Scanner de partir en quête du restant d' humanité dans les puces informatique afin de le situer. Il y a trop longtemps que les guitares ont cessé ces recherches se contentant de nous offrir des pastiches parfois sincères mais totalement inappropriés sauf pour certains artefacts à deux pattes perdus dans un passé chimérique. A grand coup de nu-métal, de touches électro-punk, de grime encore plus sale et vulgaire que l' original, ils nous livre une parfaite combinaison éclectique à mille-lieu des niches stylistique et des entourloupes en matière de de crossover faisandés. Une nouveauté apparaît dans cette album. Les Amnésia Scanner flirte encore plus éhontément avec l' ambiant. Pour les fans de la première heure ce n' est qu'une demie-surprise tant certaines senteurs dans leurs mixtapes et passages dans leurs singles pouvait l' évoquer. La noirceur gothique de l' ère glaciaire du début 80's se dévoile aussi par un aspect plus apaisé et semble être la seule et unique trace du passé réellement identifiable avec le titre "Chain" et ses manières très Cure période trilogie. Si nous ne savons toujours pas qui est Oracle et sa voix venue de nul-part tant les Amnesia poussent des limites rarement atteintes en matière de manipulations sonores, une bonne surprise pour les lecteurs du blog est la présence par deux fois de leur collègue du label PAN, Pan Daijing. Avec "Another Life" il est sûr que l' on n' a pas fini de débattre sur le cas Amnesia Scanner. Certes c' est un disque hautement clivant comme peuvent l' être ceux de Sophie ou Lotic mais également un disque au fort pouvoir éclairant sur certaines contradictions de notre monde comme celles de bon nombres d' auditeurs perdus dans le vintage. Un de ces disques qui peuvent changer le regard de l' auditeur jusqu'à créer dans son imaginaire de passionné une de ces bornes qu' il chérira longtemps.

  • PROC FISKAL, grime moderne d' Ecosse * (*): Celle de Mogwai & Boards Of Canada of course.

    L' an dernier l' Ecosse nous offrait une magnifique et prometteuse pépite électro en la personne de Lanark Artefax. Avec ce petit génie il était question d' une IDM remise au goût du jour sonnant réellement moderne et surtout pas vintage. En 2018 ce petit pays en superficie mais si gigantesque par sa musique remet ça en nous offrant un autre petit génie. Mais ce coup-ci pas d' IDM new look, quoique (on verra plus loin), mais un Grime instrumental lui aussi totalement revu et corrigé fruit de notre époque. Un Grime venu de si loin qu' il est susceptible de redéfinir les canons du genre. John Powers n' a pas 21 ans, nous vient d' Edimbourg et le moins que l'on puisse dire c' est qu'il a tout pour plaire à ce blog. Fan absolu de Grime il préfère néanmoins laisser de côté ses aspects bestiaux et percutants pour en délivrer une version plus légère et chaleureuse. Parfois perçu comme trop agressif et combatif le vieux machin se dévoile entre ses mains plus cordial, biscornue et épique. Un vieux genre subissant un si puissant relifting, on signe toujours par ici. Ses aspirations pour son Grime sont aussi un point qui évoquera bien des passions partagées ici. Sous le pseudo Proc Fiskal le jeune homme rend le grime plus cérébral et introspectif à mille lieu de la joute verbale et des bombages de torses d' autrefois devenus si caricaturaux avec le temps. Purement instrumentale (c' est à dire sans MC), sa démarche n' est pas sans rappeler celle de certains autres génies tant adorés par ici. Si on en est loin par certains aspect le grime de Powers s' inscrit dans une lignée parallèle du Weightless de squatteurs du blog, les Logos, Mumdance, Rabit, Mr Mitch, Visionnist, Raime tout récemment et la dernière révélation du genre en date, Chevel. Si la clique et les proches de Differents Records n'ont eut de cesse de creuser le sillon dystopique du Grime en raréfiant les beat et en rendant les sons et la production fantomatiques, l' écossais quant à lui passe par une toute autre technique mais atteint lui aussi une sorte de rapprochement par instant avec l' ambient à travers la notion de paysage sonore éloignée du grime originel. Là où l' univers d' un Logos évoque l' espace et la science fiction celui de Powers pourrait s' apparenter à la BO d' une film fantastique limite baroque. Comment s' y prend alors le jeunot pour la rénovation du Grime? Surtout si on rajoute qu' il use et abuse de sample évoquant une certaine nostalgie car provenant des jeux vidéos 16 & 8 Bits encore plus vieux que le Grime lui-même. Nostalgie encore plus accrue car ces bipp sonnent franchement comme des rappels à l' oeuvre du roi Aphex Twin. Je vous l' avais dit plus haut, de l' IDM il en est tout de même un peu question comme chez Artefax. Quel est sa recette? Et bien c' est très simple, surtout si vous êtes un lecteurs fidèle de ce blog. Le gamin brille par ses étonnantes trouvailles rythmiques qui bousculent le classicisme Grime. Enfin étonnantes pas tant que ça car si on veut mieux comprendre il faut s' attarder sur les BPM. Dizzy Rascal et compagnie les avaient poussé à 140, Proc Fiskal/Powers les booste à 160. Et 160 BPM avec une rythmique jouant sur la polyrythmie et la surprise ça ne vous rappelle rien? Le Footwork bien sûr ! Powers est aussi un fan de RP Boo. L' inventeur du dérivé de Juke auquel j' ai consacré encore récemment un top. Cette accélération du rythme et les trouvailles en provenance de Chicago sont bien les clés qui lui ont permis de changer le sens de la cinétique grime. Il y avait bien un risque à sonner trop vintage et de là à trop jouer sur la nostalgie des fans de Mario ou de Rascal et Aphex Twin mais l' écossais peut être roublard et Powels ne déroge pas à la règle. Question sample par exemple les 16 bits croisent les notifications des Smartphones et celles des réseaux sociaux. Ce qui nous amène à deux des principales raisons qui font de Proc Fiskal un projet moderne non nostalgique du passé musicale et donc encore une fois deux affinités fortes avec ce blog. D' abord le sujet dont il traite à travers un Grime mutant. Le monde numérique qui est le notre. De son influence émotionnel et ses manipulations. Powels nous parle du même monde qu' un James Ferraro ou Oneohtrix Point Never. Ensuite, l' autre affinité, c' est dans ses interviews qu' elle se dévoile : "Je pense que la nostalgie nous tue tous" Et oui, le mioche n' aime pas ce qui radote en musique. Pas plus qu' il n' est aveugle et passif face aux dangers et manipulations numériques du présent. Il est malin et use d' une stratégie démoniaque pour faire fuire le chaland nostalgico-gaga tout en critiquant ce qui risque de dégénérer à l' avenir. Ni reclus dans le passé, ni dans la passivité du benêt. "Les sons des médias sociaux et des notifications sont conçus pour libérer de la sérotonine, ce que j' aimerai que ma musique fasse(...), en utilisant ces bruits manipulateurs de manière positive, j' aime à penser que je récupère le pouvoir de la manipulation" Ainsi il multiplie les informations les plus diverses et variées voire contradictoires en direction de l' auditeur afin de le perdre. Il entrechoque les époques et les souvenirs musicaux "pour foutre en l' air leur cerveau nostalgique". Le but est atteint largement. Qui aurait penser un jour tomber sur le croisement réussi entre le "i luv U" de Rascal, le reggaeton d' Equiknoxx et Ryuji Sakamoto comme c' est le cas sur "Dish Washing". Cerise sur le gâteau et dernière raison pour que DWTN adore ce mec, une raison un brin contradictoire en apparence puisqu' elle peut être affiliée à de la nostalgie doublement. Par ses emprunts à sa culture écossaise comme son folklore musical ou ses dialectes présent sur le disque ou ce goût affirmé pour une certaine mélancolie et tristesse, il se pose en successeur de gens un peu ou franchement éloignées stylistiquement, Boards Of Canada et ...Mogwai!!! Il les évoque. Il s' inscrit dans leur succession à eux aussi. Mais de la meilleur des manières. Celle d' un jeune écossais de 2018, lucide et bien dans son époque en cherchant à la décrire et nous avertir de ses dangers. Un jeune prodige suffisamment talentueux et original, mais aussi respectueux et fin connaisseur de ses anciens et du passé, afin de ne pas faire dans le recopiage stérile et nous offrir ainsi une de ces si rares mutations susceptibles de changer réellement la donne pour un bon moment.

  • LAUREL HALO en mode minimaliste.

    Laurel Halo sera à l' avenir considérée comme une artiste majeur, si ce n'est culte. C' est une évidence. Depuis ses débuts en 2011 elle nous a offert une carrière suffisament solide et enthousiasmante pour que sa côte d' amour auprès des fans de musique ne cesse de croître jusqu'à atteindre un statut d' icone voir d' intouchable. Un destin semblable dans la notoriété à celui d'un Arthur Russel si proche dans l' approche aquatique de la musique, l' aspect dramatique de la disparition précoce en moins. Halo n' a pas d' oeillères. Halo ne se repose jamais sur ses lauriers. Halo est en évolution et perpétuelle remise en question. Halo a un courage et un sens de l'intégrité artistique rares. Halo est incapable de faire dans la redite. Mais surtout elle est une magicienne. Comment surprendre à chaque fois? Comment refroidir ou bousculer l' auditeur puis le charmer irrémédiablement par ses sorties? Toujours être juste et autant aventureuse? Un an après "Dust" et sa pop étrange venue d'une planète lointaine à dominante aquatique où pouvait-elle encore aller? Dans quelle dimension seraient propulsés ses beats submergés, ses esquisses de voix ensorcelantes, et ses synthés décolorés mais toujours transcendants? Pour les retardataires revenons à cette putain de carrière qui peut servir de graal absolu pour quiconque veut échapper au ronronnement artistique et aux fatidiques niches stylistique provenant de la sénélités. Partie de l' expérimentation la plus pointue la voilà qui croise le chemin de deux génies, Daniel Lopatin et James Ferraro pour la collaboration FRKWYS Vol.7 en 2011. Fatalement elle plongera dans l' hypnagogic-pop et commencera ses aller-retours entre pop et avant-garde parfois difficile mais souvent en gardant comme fil d' Ariane ses aspirations ambients et son héritage familiale résumé dans une passion pour "TOUS" les jazz. Le très Oneohtrix Point Never "Antenna" tatera du New Age et de son électronique progressive. Avec le ep "King Félix" (son autre pseudo) elle offrira ses visions détonantes de la synth-pop et la dream-pop. "Le premier chef d' oeuvre, le ep "Hour Logic", dévoile la même année l' ouverture d' esprit gigantesque de la belle. Ce coup-ci c'est le dancefloor qu' elle fait muter. Les gènes de la techno, de la house, du breakbeat et même du footwork (l'une des premières à s'y attaquer), subissent une transformation digne des expérimentations nucléaires les plus sidérantes. "Behind the green door" remettra ça en 2012 quand "Quarantine" se teintera d' IDM pour propulser ses nouvelles envies pop dans un autre monde aquatique. Un an après c' est son amour irraisonnable pour tout ce qui touche à l' histoire techno de Detroit qui subira ses foudres de déconstruction et la rapprochera un temps d'un Lee Gamble. "In situ" en 2015 dévoile ses tentations microhouse et "Dust" avec sa petite consécration médiatique offrira pour très longtemps un disque exemplaire en matière de monumentalité et de richesse. En 2018 Halo opère encore un virage à 90° avec une réussite totale. Retour à une certaine abstraction et la pop disparaît au profit d' une expérimentation lorgnant sur l' électro-acoustique et même le glitch. Et bien accompagné qui plus est puisque l'on retrouve le violoncelliste Oliver Coates et le percussionniste Eli Vesyler. Dans "Raw Silk Uncut Wood" plus une seule trace de voix. Dans le premier titre du même nom que le disque ce sont deux seules notes d'un clavier qui nous guident pour ensuite nous abandonner dans un désert ténébreux. A l' autre bout c 'est une bande originale d' un film noir et horrifique qui nous cueille ("Nahbarkeit") tout en nous remémorant les récents travaux de Leyland Kirby acclamés par ici ("We, so tired of all the darkness in our lives"). Entre, on trouve un piano qui tangue dans une inquiétante obscurité jazzy ("Mercury"), on ausculte un autre piano jusqu' à ses entrailles puis une électronique glitch venue de nul-part nous hypnose. Selon Halo ce disque traite de la pleine conscience et c' est exactement de ça qu' il s' agit en terme de ressenti pour l' auditeur. Halo n' a pas son pareil pour l' amener à un degré d' attention d'une intensité rare. Il examine chaque son, la moindre variation ou apparition et disparition. Plusieurs écoutes et nous voici apte pour observer sur notre âme et notre corps les effets cachés de sons trop souvent noyés ou ignorés par ailleurs. Laurel Halo en à peine quarante minute nous éblouit encore une fois et sidère par sa vision intelligente et son art d' une immense originalité. L' américaine exilée à Berlin continue de tracer sa route et ainsi de devenir l'une des artiste phares de la décennie écoulée et ce pour un encore très grand nombre d' année.

  • LOTIC, la confirmation.

    C' était évident. Le premier album du résident Berlinois ne pouvait qu' être une gifle comme le fait que DWTN se jette dessus et ponde une chronique dythyrambique. Lotic revient sans cesse dans ce blog depuis 4 ans. Soit directement pour ses sorties discographiques (classées systématiquement) ou indirectement. En effet musicalement Lotic appartient en effet à toute cette musique d' avant-garde futuriste dont je ne cesse de vous rassasier. Cette antidote suprême à tout les revivalismes polluants pour nos oreilles. Pote de Rabit et M.E.S.H. au sein du crew Janus il est bien sûr dans tout les coups quand le terme Post-club et déconstructivisme sont cités même si il réfute maladroitement l' étiquette. Il est vrai que sa musique et ses comparses va beaucoup plus loin. Il est aussi souvent question dans ce blog de questionnement sur le genre et d' identité sexuelle (Arca, Elysia Crampton), de l'humanité et technologie avec leurs interactions (OPN, Holly Herdon), de l'influence artistique et autre d' internet (SOPHIE, PC Music), de ce monde inégalitaire et pourrissant provoqué par un pouvoir suicidaire et oppresseur (NON Worldwide, Klein, Yves Tumor). Pouvoir de l' argent mais aussi celui imposant les normes des uns aux différences des autres. Le premier album de Lotic s' appelle justement "Power" et dans ce dernier il n' est question que de ça. J Kerian Morgan a pris son temps pour nous offrir ce petit chef-d' oeuvre de modernité et d' humanité. Faut dire que la vie ne l' a pas trop épargné depuis 2015 date de ses deux premiers trésors, l' ep "Heretocera" et la mixtape "Agitations". Du jour au lendemain il s' est retrouvé sans abrits, lui qui déjà se sentait si mal logé dans son propre corps. "Power" s' est donc fait en plusieurs fois selon les opportunités et les coups du destin. Une gènése à l' image de notre monde où tout peut basculer dans un sens ou un autre à tout instant sans que l'on soit réellement et continuellement maître de nos destins. L' originaire de Houston décrit son disque comme une "exploration large des nombreuses façons dont le pouvoir peut être exprimé et vécu". Et si il y a pouvoir, il y a force. Et si il y a force d' un côté ce qu' il y a fragilité de l' autre. Les changements soudains intervenants dans de nombreux titres l' illustre parfaitement. La force du pouvoir alterne avec des notes d' espoir et de fragilité. La grande leçon de "Power" c' est le fait que ce que nous considérons comme faiblesses peut très vite se révéler comme le terreau de nos forces à venir. L' art de la déconstruction chere à Lotic ,tout comme à un Lee Gamble ou Elysia Crampton, dévoile ainsi que dans ce monde s' effondrant dans un gigantesque chaos de nouvelles identités apparaissent, de nouvelles opportunités tout comme de vieilles histoire longtemps enfouies. Rien, personne, ne doivent être négligés. Passés sous silence. Et il faut veiller à ne pas les laisser disparaître. Les faiblesses, les blessures qui font mal et aussi ce qui passait pour des plantages. Ils se révéleront fort utiles. Ce sont les socles du futur radieux ou tout au moins bien moins dystopique. Ici tous les styles ont leur place. Le R'n'b se teinte d' industriel croise le souvenir du bon vieux Gospel , les jeux vidéos tutoient le Heavy Metal comme chez Lopatin. L' électronique la plus abruptes fricote avec le tout venant des pistes de clubs. Des bruits robotique glaçant précèdent des violons lyriques qui laisseront la place à une voix fragile psalmodiant au milieu du fracas du monde. Ce disque s' intitule donc le Pouvoir. Le "leur" et le notre. Le notre que nous négligeons trop aveuglé par les démonstrations implacables du leur. Le pouvoir de notre corps par exemple même quand on veut nous le faire prendre comme une tare définitive ou une anormalité. La musique de Lotic comme celle de ses congénères modernes est celle qui exprime le mieux ce corps. Elle en témoigne comme cela ne l' avait plus vraiment été le cas depuis trop longtemps en musique populaire tant le revivalisme affadit malgré tout ce dont était porteur les musique du passés régurgitées à leur apparition. Depuis toujours les peuples luttent contre les forces négatives, réelles ou imaginaire, par la musique. Ce que longtemps certains ont voulu n'y voir que musique artificiel, froide, sans âmes, est en train avec cet artiste et tant d' autre , de dévoiler une humanité gigantesque susceptible de lutter solidement. Ils accusèrent les nouvelles technologies d' inhumanité et préférèrent se borner aux anciennes. En 2018 les sorties discographiques nous prouvent tout le contraire. Des pelletés de disques "faits à l' anciennes" qui peinent de plus en plus à cacher les faiblesses de la redite. Le rinçage du temps sur les formes anciennes d' art musicale. Il y a bien sûr des exceptions. Ce disque est truffé de mantras pouvant servir de baume et de cri de révolte. Dans ce qui est nommé Post-club et qui peut pouvait par instant rebuter à force de d' abstraction sonore créant un sentiment d' asphixie il y persiste malgré tout l' aspect tribal et rituel revigorant. Lotic comme tant d' autres avant-gardiste (Oneohtrix Point Never, SOPHIE) use de polytrythmies longtemps dédaignées par l' occident iméprialiste. Il sait à présent utiliser sa voix afin de confirmer que cette musique est l'une des plus émotionnelles et porteuse d' humanité du moment. Après SOPHIE et le relatif succés critique de OPN Lotic ne se contente plus de toquer à la porte des cloitrés du passéisme, il défonce les vitres et y propulse la modernité et la lucidité qui y manquait tant.

  • LET'S EAT GRANDMA, quand la pop adolescente ridiculise l' indie vieillote.

    On les a vu venir de loin ces deux gamines de Let's Eat Grandma. Les 17 ans à peine sonnés elles nous avait offert un premier album intéressant malgré les défaut inhérents à leur jeune âge. Deux ans plus tard leurs détracteurs indie ne voyant dans ces deux copines de maternelle qu' une énième arnaque de l' industrie musicale vont déchanter à l' écoute "I'm all ears". " i Gemini" en 2016 avait rappelé les souvenirs de Coco Rosie pour le côté folk accentués d' un zeste de Gang Gang Dance pour l' électronique fofolle. J' oserai même dire que ce premier disque offrait une version attachante de Tropic Of Cancer en mode pop pour ado. De toute façon de tout temps certains ado ont toujours kiffé l' étrangeté et le malaise gothique très présent sur "I Gemini". Les deux petites pestes n' hésitant pas à en rajouter en se revendiquant être des sorcières. Humour ado ayant la capacité à agacer les poseurs se prenant un peu trop au sérieux sans parler d'un touchant jeu de scène répété dans leurs chambres axé sur la caricature de l' excentricité et la douce provoc alliée à l' enthousiasme propre à leur période de la vie. Les deux originaires de Norwitch passent l' échelon supérieur. Je dirai même qu' elles ont sauté des classe laissant loin derrière la pelleté de groupe synth-pop polluant l' espace vicié de l' indie traditionnelle. Même pas encore 20 ans mais elles peuvent donner des leçons de maturité, d' éclectisme et de créativité à bon nombre de trentenaire ou quadra pilleurs du passé. Qui plus est "I'm all ears" apporte la confirmation que ce sera une formation en perpétuelle évolution. Un groupe si porté sur la modernité et l' authenticité qu 'elles feront passer toute la pseudo scène pop indie pour de vieilles mégères renfrognées et réac, Florence & The Machine en tête de liste of course juste devant la franchise commerciale Beyonce. A la grosse différence de la référence Coco Rosie longtemps accolée les deux gamines vont bien plus loin qu' un seul et unique style. Mieux. Elles pioches dans de nombreuse époque jusqu'à parfois fréquenter le futur parfois et s' inscrire surement dans le présent. Il semble que bien sûr à leur âge on ne sait pas trop ce que l'on veut mais même si cette vision encore caricaturale va leur coller à la peau on peut franchement affirmer qu' elles savent ce qu' elles veulent dans un sens, ne pas choisir justement. Ne pas se borner. Le cul entre deux chaises à l' image de deux des collaborations présentes sur le disque. On retrouve le rat de discothèque un brin progressiste Faris Badman de The Horrors mais aussi l' ultra révolutionnaire moderniste SOPHIE dont on parlait récemment. Un autre tuteur à la production fait le lien entre ces deux visions, David Wrench (Frank Ocean, The XX et FKA Twigs. Chacun des noms connus apportent sa petite touche à une oeuvre qui n' en avait pas vraiment pas besoin à ses origines mais servira à l' avenir de bornes afin que les gamines ne s' égarent pas trop. Par exemple on peut rapprocher à The Horrors la collision stylistique des épopées de longue haleine du très indie-prog virant au post-rock " Cool Collected" et de la pépite House-Indie pop"Donnie Darko". La vision ouverte aux nouvelles technologie de SOPHIE et de récentes nouvelles approches en pop mainstream se font ressentir dans la production tout au long de l' album. "Hot Pink" ne jurerait pas en modernité sur le récent chef d' oeuvre de Sophie et "It's Not just Me" avec "Falling Into Me" par leur petites audaces enjouées et gratifiantes vont aller titiller la grande soeur Lorne. Maintenant que je viens d' écrire son nom il va falloir vite mettre les points sur les i. Let's Eat GrandMa a certes des points communs avec Lorne et ses trésors pop de 2017 mais franchement on est en présence ici de toute autre chose que des suiveuses. Seule la pop sert de lien stylistique. Par contre si les thématiques abordées dans les textes sont bien sûr proche de par leurs âges respectifs on se retrouve pas non plus à du copier-coller. Les deux filles délaissent un temps leurs délires de Contes de Fées omniprésent sur "I Gemini" et abordent la féminité puis nous parlent quête de la maturité, exploration et féminité. Leur travail d' introspection est à la fois naïf mais aussi pervers et délicat jusqu' à par la suite opérer une bienvenue ouverture sur l' extérieur. Deuxième effort et déjà l' assurance que nos deux gamines peuvent faire espérer pour la pop indie un avenir franchement bien meilleur que celui offert par les fossoyeurs de l' esprit moderniste au garage, au rock ou à l' électro bégayeuse des 90's. Le disque pop parfait pour l' été voir plus longtemps. On est pas sérieux à 20 ans. A 40 passé aussi et du coup on remet ce trésors de "Donnie Darko" une deuxième en version live avec jeu de scène excentriquement adorable et touchant.

  • SOPHIE, Modern Pop.

    J' étais ressorti à la fois enthousiaste et un peu frustré face à la compilation de singles "Product" en 2015 offerte par Sophie. Disque suffisamment génial pour être classé 9ème du top DWTN comme l' avaient été certains de ses singles précédents mais en même temps on savait que Samuel Long (son identité de naissance) pouvait aller encore plus loin. Déjà on percevait derrière l' esthétique K-pop et bubblegum trompe-l' oeil un sérieux bagage musical et une volonté affirmée d' innover pour prendre les chemins de traverses tout en rendant hommage à une certaine pop mainstream. Et puis il y avait un petit détail. De ces petits détails aguicheurs qui peuvent vite devenir sujet de déception par effet boomrang. Sophie dans ses rares interviews avait balancé une de ces références artistiques qu' il est bon de citer quand on se la pète. Un machin à la fois attirant et bien casse-gueule dans la bouche de la dernière hype quand est venu l' heure de passer à l' acte. Elle revendiquait le plus simplement du monde être fan d' Autechre et dans une moindre mesure des riches heures de l' IDM. Les senteurs glitch lié au duo anglais et à la clique Warp des débuts apparaissaient bel et bien à ceux qui passaient outre l' aspect "artificiel" et "Madonnesque" de ses premiers titres. Mais Sophie était-elle capable d' aller encore plus loin dans l' art du mélange des genres afin d' éviter la redite ou l' entourloupe arty tout en égalant ses illustres anciens? "Oil of every pearl's un-insides" se révèle être la réponse la plus cinglante aux pessimistes et autres sourcilleux de 2015. On est très loin d'un exercice devenu conventionnel une fois passé la surprise des premières rencontres originelles. D' abord parce qu' elle accentue le brouillage. Pop commerciale ou électronique d' avant-garde ? La balance atteint l' équilibre le plus parfait entre les deux. Un équilibre si rare ces temps-ci. On pouvait craindre qu'elle finisse par pencher un peu trop du côté mercantile mais à l'image de sa collaboration avec le lèche-botte Diplo sur un titre de la Madonne Sophie a une personnalité et une vision assez fortes pour de pas tomber dans le compromis flasque. Mieux même ! Un autre artiste venu quant à lui de l' underground encore plus pointilleux et moderne qui soit s'y est également risqué récemment. Et c'est pas rien de l' annoncer, mais à tous ceux qui ont été un brin déçu par le virage commercial d' Oneohtrix Point Never, le très bon virage tout de même (on y reviendra), je ne peux que les encourager à vite se ruer sur la dernière oeuvre de Sophie. Ils y trouverons peut être la dose de surprise et de réussite qu'il semble manqué par instant aù Lopatin cuvée 2018. Ce disque, déjà l'une des très grandes réussites offertes par 2018, risque cependant d'en laisser plus d'un sur le carreau. Ici, comme dans tant d' autres oeuvres chroniquées dans ce blog, au diable les conventions étriquées du goût. Le premier titre "It's okay to cry" franchement commercial si pas limite niais va perdre certains poseurs stylistique à l' esprit étriqué. Ce qui suit la chanson la plus faiblarde du disque part dans toutes directions sans que cela nuise à une certaine homogénéité. "Ponyboy" avec sa rythmique martial et ses glitch clinquants remémore à peine "Product" que le sommet "Faceshopping" assommera puis surprendra l' auditeur même le plus aguérri aux productions du pote de Sophie,A.G. Cook et son PC Music . Sophie fait ce qu'elle veut quite à taper dans l' héritage Trance avec la ballade "Is it cold in the water", les sonorités rock-FM chers à Daniel Lopatin ou les drones de l' ambient et de la noise/indus sur "Pretending". On la savait pointilleuse sur les textures on la découvre imaginative et diversifiée en matière de rythmiques pour accompagner son surréalisme clinquant. Tout au long de "Oil of every pearl's un-insides" la productrice née à Glasgow égale ses idoles Autechre dans l' art de la sculpture sonore faite à partir des formes d'ondes en lieu et place du simple échantillonnage. Comme celle de Booth et Brown sa musique marque les esprits par son aspect palpable, passant tour à tour des sensations liquides à solides, du chaud au froid, du caressant au claquant. Chez elle on comprend assez vite que la frontière entre la douleur et le plaisir est infiniment fine jusqu'à ce que ces deux poles d' émotions puissent se confondre. Entre acceptation de soi sur fond de sexe et d' identité, critique et reconnaissance de sa dépendance au consumérisme dominant, ce disque est le digne héritier un brin tapineur des oeuvres Vaporwave de James Ferraro et d' autres. Comme du Arca sous acide ou du Oneohtrix Point Never sous dopamine. Pop et expérimental, commerciale mais aussi "underground", aguicheur et sans compromis, "Oil of every pearl's un-insides" réussit en définitive à s'inscrire dans l' héritage d'un certain mainstream courageux et innovant malgré tout comme les Pet Shop Boys ou Depeche Mode autrefois. Sophie? La "vraie" pop moderne la plus parfaite de notre époque! Rien à voir avec le contenu d' un magasine français pas vraiment magique draguant sans cesse la nostalgie des quadras moutons du macronisme.

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