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- SQUID, Chef d' œuvre Post ...tout!
Ils nous étaient apparus au milieu du raz de marée Post Punk fin 10's début 20's et immédiatement ils devinrent par leur singularité Arty et Post Rock une bouée d' originalité au milieu d' un océan qui est devenu aussi ennuyeux qu' une mer morte. En 2025, alors que de jeunes pouces tel Still House Corner ou des confirmés comme Moin n' en finissent pas de redéfinir les guitares jusqu' à faire tomber les masques un brin conventionnel d' un certain Post Punk, Squid évolue de la plus bel des manières et finit par emporter la mise. Commençons déjà par tordre le cou à une idée reçue provenant de la fainéantise de la critique musicale. Squid étaient-il réellement, profondément Post Punk? Oui et non. Tout dépend de quel Post Rock parle-t-on. Oui si on a en tête le Post Punk des origines. Ils n' ont pas hésité à aller voir ailleurs jusqu' à en passer par des genres souvent jugés chez les neuneus bas du front comme chiantissimes. Jazz, Krautrock, Prog et des senteurs assumées solidement arty. Non à l' égard de leurs contemporains. Parce que justement la diversité de leurs influences était bien plus riches et iconoclastes que celles de leurs congénères de cette vague que l'on a pu appelé Post Punk Revival. Les fans de The Murder Capital, Fontaines D.C., Shame, Dry Cleaning ou encore ceux des affreux Idles vont très certainement, les yeux perdus dans leur bière devenue trop chaude et dégueulasse à la longue, restés perplexes si ce n' est totalement réfractaires à la découverte du complexe "Cowards". Avec "Cowards" les Squid confirment tous les espoirs placés en eux en terme d' audace et d' expérimentation. Pour les avoir vu sur scène en 2023 je m' étais convaincu que la porte de sortie à ce Post Punk décrit plus haut à la palette trop succincte d' influences passait par eux plus que par leurs géniaux amis de la Windmill Scene. Les Black Midi commençaient déjà à montrer des signes de fatigue préfigurant la séparation de l' an dernier quand les Black Country New Road entamait une longue convalescence post perte de leur chanteur qui aura duré plus de trois ans (album prévu en Avril). "Cowards" montre effectivement un groupe qui s' est encore plus ouvert au monde et aux courants musicaux éloignés suite à ses tournées et collaborations. Mais surtout, et peut être là est l' origine de la réussite, ils ont osés prendre encore plus de distance avec le mot Punk du terme Post Punk. Des titres comme "Fieldworks I", "Fieldworks II" ou "Cowards" ne comportent quasiment pas de guitares saturées et en appelle bien plus à votre réflexion qu' à vos pulsions et frustrations. L' aspect Post Rock historique est encore plus marqué et cette fois-ci on peut vraiment parler d' une version de Talk Talk sous amphétes et est devenue définitivement dystopique. Squid innove dans l' héritage Post Rock en osant des réminiscences Baroques rarement croisées si ce n' est quand une hybridation du Folk avec le Math Rock vous cueille sans crier gare. Si les compositions d' une maîtrise totale et d' un courage à toute épreuve semblent sophistiquées et lapidaires, plus que par le passé, les textures se révèlent disloquées et possèdent une complexité elle aussi absente sur leurs deux premiers albums. En parlant d' une version profondément dystopique du Post Rock Squid a toujours porté sur notre époque un regard assez pessimiste au travers de ses compositions flirtant avec le chaos et le chant flippé d' Ollie Judge. Leur troisième album confirme et renforce la tendance quand par sa voix Judge augure de l' apocalypse prochaine. Il est beaucoup question de peurs, de meurtre et d' occultisme. Le constat fait par Squid est terrible et peut les rapprocher des oiseaux de mauvais augures Radiohead à l' aube du 21ème siècle. En évoquant Radiohead on peut aussi affirmer que les comparaisons musicales au groupe d' Oxford apparaissent dorénavant puériles si ce n' est mensongères quand il est question de Squid. Bien sûr l' aspect Prog Rock est commun mais Squid ne semble pas autant s' y attarder comme le fit la bande à Tom Yorke. Les Squid font plus que confirmer et évacuent définitivement les critiques et les craintes apparues à la sortie du précédent. "Cowards" est un très grand disque et pour être franchement honnête je n'y croyais qu' à moitié devant le spectacle de la presse avide de hype Post Punk se ruant sur eux dès les premiers singles pour ensuite les délaisser aussi vite face à des albums refusant la facilité adoptés par le contingent de suiveurs.
- JUST MUSTARD, shoegaze euphorique.
Je l' avait déjà écrit au sujet de leur ""Heart Under" de 2022 ( voir ici ) , les Just Mustard ne sont pas de simples revivalistes bas du front. En perpétuelle mutation ce quintette ne cesse d' aller de l' avant sans se reposer sur ses lauriers. Troisième album de nos chouchous irlandais et encore une réussite offerte par ce groupe qui ,avec quelques autres ( ici , par là ou ailleurs ) , bouscule le Shoegaze jusqu' à le faire muter. Tout d' abord le récent "We were just here" confirme le fait que Just Mustard est définitivement sorti du peloton. Peut être pas encore maillots jaune du renouveau Shoegaze mais de ces vainqueurs réguliers d' étape de montagne qui un beau jour peuvent décrocher le Jackpot. Avec le précédent plus porté sur l' Industriel ils s' étaient révélés comme de véritables maestros des textures sonores. Textures qui paraissaient réellement renouvelées face à la concurrence. Le judicieux pas de côté vers le Noise et le Gothique en plus d' autres influences provenant d' univers éloignées les avait emmené plus loin que les suceurs de roue. Je n' avais pas non plus manqué de citer le rôle probable joué par leur compatriotes, les immenses Girl Band/Gilla Band. Le tout récent disque confirme ce talent de producteur, talent décuplé par la présence au mix du vétéran star de l' exercice David Wrench. Et si ce type se pointe une deuxième fois pour donner un coup de main c' est que ce vieux renard des studios sait qu' il est tombé sur des artistes talentueux, amateurs comme lui d' étrangeté et surtout avides d' expérimentations sonores. Cette formation en incessante métamorphose opère un nouveau changement de cap stylistique et d' ambiance. Bye bye le sage Shoegaze des débuts et l' obscurité Noise et Gothique. Ils sont sortis des entrepôts et des souterrains pour prendre un peu de soleil. Leur brouillard Shoegaze s' est ainsi dissipé et d' ardents rayon lumineux percent de plus en plus jusqu' à éblouir et réchauffer l' ambiance. La noirceur et la mélancolie laisse dorénavant place à une douce euphorie nouvelle. Mieux. En chemin des profondeurs il semblerait que nos Irlandais se soient campés un instant sur un Dancefloor. A l' image de la chanson portant le même titre que l' album les Just Mustard peuvent vous amener à une véritable danse de Saint Guy. Sans renier leur côté obscure et doux amers pas très éloigné des premiers New Order ils semblent reluquer les us et coutumes dansants des mancuniens ou du LCD Soundsystem disco. Les mélodies sont bien plus incisives et accrocheuses qu' autrefois tellement elles semblent avoir été le fruit d' un énorme travail et d' une volonté certaine de recherche. C' est toujours claustro mais résolument aguicheur. Peut-on parler d' un tournant plus Pop avec un talent neuf chez eux pour le crochet ? Peut être que le fait d' avoir effectué les premières parties d'un maître en la matière (The Cure) et la proximité des Indie Post Punk devenus stars des festivals et des stades (Fontaines.D.C.) n' y est pas pour rien. Si avant ils semblaient partir d' une matière atmosphérique Ambient et ensuite y accoler un exosquelette pop leur fonctionnement s' est inversé. D' abord le squelette, les articulations et ensuite la chair. L' auditeur est lancé sur une montagne russe émotionnel dont il n' en sortira pas indemne. Just Mustard aborde l' intérieur et l' extérieur, l' intime et l' environnement. Peut être moins violent que They are Gutting A Body of Water ils semblent eux aussi désirer d' un Shoegaze plus ouvert au monde que sur la simple introspection. Ouvert stylistiquement aussi puisque la Motorik Krautrock pointe son nez sur "SILVER" quand "Out of Heaven" réactualise leurs passions Trip Hop déjà repérées. Et puis il y a la voix de Katie Ball. Bien plus mise en avant elle envoute, ensorcelle et sublime l' ensemble. Plus assurée Katie Ball franchit elle aussi un gigantesque palier. Elle permet, associée aux talentueuses expérimentations portant sur les textures des autres, de porter leurs idées simplissimes de vers un maximalisme jubilatoire. Oui avec ce disque Just Mustard ne sont plus une simple et gentille formation de plus dans l' histoire du Shoegaze. Il compense le loupé de Ride qui avait certes calquer au genre avec talent la tradition de l' efficacité Pop britannique ("Going Blank Again") mais en zappant la gigantesque culture dansante qui les avait précédé (Madchester). Il aura fallu attendre très longtemps pour que d' autres enfants de la patrie de Saint Kevin Shields relève le flambeau magistralement de ce courant jugé hâtivement par les couillons comme mort né.
- FEEO, quand l' expérimentation est intimiste et poétique, bouleversant.
Elle s' appelle Théodora Laird et utilise le pseudo de FEEO. On l' avait croisé aux côtés de Loraine James, Tirzah et Mica Lévi. Des habituées de ce blog et gages d' excellence. Ses Eps intriguèrent au point de se frotter les yeux face à ce que l'on découvrait alors. Imaginez juste une voix époustouflante digne de Beth Gibbons délaissant le Trip Hop pour l' avant garde citée plus haut à laquelle on rajoutera le courage et le talent de la Reine de l' Underground, Klein. Vous avez compris. C'est tout simplement le grand frisson de 2025. Que le premier album de FEEO se nomme "Goodness" est plus que judicieux. Il n' y a pas tromperie sur la marchandise. FEEO va vous faire du bien pour plusieurs raisons. Avant tout musicalement. Sa musique est inclassable. A sa découverte on peut ressentir une sensation de déjà vu au point d' évoquer l' apparition du Trip Hop avec son utilisation de samples provenant des 60's et 70's. Mais à la différence de ce courant FEEO dépasse largement le cadre restrictif référencé du Post Modernisme. Parfois ce qu'elle propose apparait comme apprivoisé. On sait où elle va nous embarquer. Enfin, on croit savoir jusqu' à ce qu' une étrangeté profonde saisisse l' auditeur. Des synthés étouffés, des arabesques de guitares et une atmosphère électro parfois lourde susceptible de dériver vers un cajoleur psychédélisme imprévu vont se charger d' affoler votre boussole. Avec elle le radar référentiel semble ne plus savoir fonctionner. Le Trip Hop avec son spleen funeste n' est jamais très loin mais par uniquement la sensation ressenti que par l' instrumentation. Les impressions accompagnant traditionnellement la Soul sont aussi convoquées tel une sensualité moite vous tendant la main quand cette Ambient en apparence oppressante s' est emparée de vous aux premiers instants. Nous naviguons parmi des Drones, les expérimentations électro, des rythmiques légères ou lourdes, une guitare déconcertante qui ne cesse d' envouter et un piano aventureux. A certains instant ne soyez pas surpris si des tropes Dancefloors rachitiques mais tenaces croisent votre chemin. La production va elle aussi faire perdre pied aux désespérés connaisseurs tentant de s' accrocher à leurs connaissances et habitudes. Une production alliant la rudesse du Grime qui risque évoquer l' étouffement tout en se révélant finalement moelleuse et doucereuse. Cette musique est tour à tour étincelante et rêche. Et puis. Et puis il y a cette voix. Puissante. Profonde. Intense. Sur le déchirant "Here" FEEO tutoie les sommets d' humanité, de grâce et d' émotion d' une Beth Gibbons. Peu s' y étaient risqués mais elle n' a pas à rougir devant la chanteuse de Portishead qui vient de découvrir probablement sa fille cachée. L' album débute par un titre sombre avec la participation du papa acteur de FEEO, Trevor Laird. Son Spoken Words nous purifie du syndrome d' overdose que les incessants formations revival Post Punk obnubilées par Mark E Smith nous avaient provoqué. Une voix à la portée émotionnelle considérable au service d' une poésie troublante elle aussi. FEEO semble s' amuser avec le langage mais avec une tendresse touchante et une forte méticulosité. Une poésie s' apparentant à un soupir résolu, une poésie dévoilant une personnalité fragile mais dotée d' un Self Control à toute épreuve. FEEO nous parle de solitude et de relation, de l' urbanité et de la nature, de l' extérieur et de l' intérieur. Tout au long des 11 titres des moments de très forts instants de grâce s' emparent de vous puis disparaissent comme ils étaient apparus subrepticement. Une profonde chaleur humaine va vous envelopper mais c' est aussi une puissante solitude qui risque vous faire frémir. Avec sa musique délicate et intrépide, parfait alliage d' abstraction et d' intimité FEEO marque un grand coup et nous savons déjà qu'une magnifique histoire vient de débuter. PS: Et une nouvelle fois un disque merveilleux alliant émotion et aventure sonore nous provient du label AD 93. AD 93, assurément le label de l' année 2025 et des années à venir
- THEY ARE GUTTING A BODY OF WATER, quand le Shoegaze ne regarde plus ses chaussures, il les balance dans la gueule de notre époque.
Cela commence par le son éloigné des cloches d' une église qu' on aurait localisé de manière coutumière dans la campagne pluvieuse britannique. On est pourtant de l' autre côté de l' Atlantique, dans le marasme toxico qui a noyé Philadelphie. Alors que l'on s' attend à une intro planante précédant une montée toute progressive c' est un riff agressif et répétitif qui s' élance sur l' auditeur. Et en lieu et place du traditionnel chant éthéré c' est un spoken word urgeant venu d' un centre ville crado et bruyant. Pas très shoegaze tout ça me direz-vous? Oh que si. Suffit de jeter à la poubelle les reflexes nostalgico-gaga. Ça fait une paye que l' on entend parler des Shoegazers de They Are Gutting A Body Of Water et de leur leader Douglas Dulgarian. Une paye également que l'on soupçonnait qu' il se passait quelque chose de revigorant du côté de Philadelphie. Leur carrière se résume à une pelleté d' albums plus ou moins officiels et difficilement trouvables depuis une dizaine d' années. Beaucoup d' espoirs souvent contrariés par des disques jugés trop vite ,ou assez justement, comme bâclés. Ceux que l'on va vite se contenter de nommer TAGABOW ont attiré l' attention des aventuriers osant rêver d' un Shoegaze délaissant le passé pour se reconjuguer au présent et si possible, chose devenue irréelle à force de revival incessant, au futur. Mais chez Douglas Dulgarian et sa clique rien n' est jamais simple. Mué par une réel volonté de réinscrire le Shoegaze dans leur présent et laisser la nostalgie de côté ces ricains ont opté pour la surprenante bonne vieille tactique (mais risquée) de repartir des fondements du genre. D' oublier tout ce qui a suivi et de disséquer l' acte originel pour mieux le corrompre. Ainsi découvrir leur "Lucky Styles" en 2022 s' apparentaitun peu à tomber début 1991 sur d' énigmatiques extraits inédits du laborieux travail en cours de "Loveless". Sur ce disque le groupe n' hésitait donc pas à évoquer et assumer totalement le Saint Graal Shoegaze de My Bloody Valentine quitte parfois à trop y ressembler quand à d' autres instants il explorait des pistes passées inaperçues par MBV. Et ce, comme rarement par le passé chez les prédécesseurs revivalistes un brin pleutres car bien trop respectueux des monuments. On va l' écrire tout de suite, le tout récent "LOTTO" est bien plus abouti jusqu' à devenir instantanément en cette rentrée 2025 une des plus belles réussites Shoegaze de l' année en cours. Une année marqué par un certain renouvellement. Si il a gardé l' aspect inachevé de son prédécesseur, cet apparence apparait finalement comme un des éléments permettant la réapparition d'une aura mystérieuse autour du Shoegaze. Une aura depuis longtemps disparue à cause des incessantes redite depuis trente ans. L' une des clés de cette réussite est peut être le fait que Dulgarian a perdu temporairement l'usage de son bras gauche en raison de sa toxicomanie et du se résoudre un temps de laisser de côté ses guitares et pédales d' effets pour passer aux synthés et aux samplers. Trop souvent nous avons vu les apprentis Shoegazers de toute époque se contenter de recopier la caricature. C' est à dire des types torturant uniquement en direct leur guitare les yeux braqués sur leur pédales d' effets . Pourtant il fallait se rappeler que Saint Kevin Shields nous avait aussi parlé de manipulation de bande et de son intérêt pour le sampler et les boites à rythme. TAGABOW remet au goût du jour la saturation de la réverbération inversée que le sampler permet. N' hésitant pas à puiser dans les autres courants des sonorités inconnus par ici. Et chose assez surprenante, "LOTTO" en évoquant "Loveless", démontre que l'une des caractéristiques principale de My Bloody Valentine, ses riffs hyper condensés, avait tout simplement disparu des redites plus portée sur la DreamPop que sur les origines Noise du courant. J' ai beau tenter de me souvenir il n'y a que A PLace To Bury Stranger qui me vient à l' esprit et ils sont apparus il y a presque déjà 20 ans. Il fallait aussi se rappeler que d' autres à la suite de Shields n' attendirent pas pour faire évoluer le Shoegaze et le confronter à d' autres courants. A percer le traditionnel mur de son guitaristique par des attaques de Breakbeat, de synthés impétueux et de rythme Dancefloor. Après la première vague (Ride, Slowdive, Lush, The Boo Radleys), des formations courageuses n' hésitèrent pas à arracher le Shoegaze de ses territoires d' origines et le confronter à d' autres sonorités tel l' Ambient et l' IDM (SEEFEEL) ou le Trip Hop (Bowery Electric). Même M83 avant de devenir totalement niais osa à grand coup de synthés. "LOTTO" perpétue cette tradition en convoquant les textures lourde du Doom et du métal, en jouant de la boite à rythme jusqu' à convoquer des tropes Jungles et dancefloor. Sur le titre "American Food" on ressent l' influence de l' Hyperpop par l' une de ses caractéristique, l' utilisation d' une voix asexuée et hyper aigue. En lieu et place des exercices de redite nostalgico-gaga gentillet juste rêveurs ou limite mièvres observables chez les autres le groupe délivre un Shoegaze comme jamais bouleversant et poignant. L' auditeur ressort de l' écoute de ce disque imprégné d' effroi, de crainte, de colère et de révolte. Le thème de l' addiction est évoqué sans retenue et si Dulgarian aborde l' introspection coutumière du genre avec une sincérité désarmante il n' hésite pas non plus à opérer la dissociation en décrivant un monde où tous nous sommes plus ou moins en manque de dopamine tellement le harcèlement numérique nous a rendu dépendant. Si souvent le Shoegaze était la musique de personnes repliées sur elle-même il décrit parfaitement les interactions brutales ou perverses entre notre personnalité et le monde extérieur. Ainsi cela lui permet de délivrer une très vivace critique du capitalisme ricain et numérique et de son poids dans nos quotidiens. Le Shoegaze musique contestataire, parfois entre les lignes et les explosions sonores, mais jamais à ce point. Après Just Mustard et Dummy en version plus délicate les TAGABOW cassent définitivement les idées reçues sur le Shoegaze en l' extirpant de ses territoire mille fois visité pour le confronter à notre triste époque. Comment sans taire sa nostalgie continuer de combattre.
- MOIN & BLACK MIDI: 2021, confirmation d' un grand cru pour les guitares après des années de disette.
A peine arrivé à la moitié de l' année il faut se pincer pour y croire mais l' évidence est là. 2021 est probablement déjà à classer comme une grande année pour les guitares. Après des années de rétrogaga parsemées de pépites novatrices isolées. En cet été ce sont à nouveaux deux grands disques qui vont conforter cette constatation. Le tant attendu Black Midi et enfin la surprise venue du monde électro plus habitués aux louanges de ce blog que les guitares auparavant, les Raime devenus Moin. Black Midi, retour bluffant d 'un groupe hors norme . Bien sûr par ici on avait pressenti ce regain de forme surtout présent dans le Post Post Punk depuis quelques temps mais alors que le début 2021 était marqué par un point d' arrêt si ce n'est un début d' effondrement de ce courant avec un ras le bol naissant (Idles, Shame), trois disques par leur origines stylistiques via une prise de distance du Post-Punk originel viennent de rebooster ces satanées guitares rétrogaga. Le premier album des Black Country, New Road avait annoncé ce regain de forme avec son rock plus expérimental que scolairement Post Punk mais malgré des qualités assez solides et un goût du risque absent chez les autres depuis longtemps on pouvait tout de même lui trouver des tendance un brin trop revivaliste. Parfois également quelques moments sans réel intérêt pour qui connaissait bien l' histoire. A cela il faut rajouter un sentiment fortement atténué de surprise deux ans après la détonation Black Midi qui déjà avait déjà pris de sacrées distances du tout venant Post-Post Punk un brin étriquée dans sa diversité. Black Country, New Road se faufilant derrière les Black Midi ne n' hésitant pas à faire partouzer nombre de variantes extrêmes qu' avait connu le rock après le Post-Punk. Un zeste de Math Rock par-ci sortant de la caricature dans laquelle il s' était enfermé pendant les succès des Battles et Foals avec un envahissant contingent plus ou moins inspirés de suiveurs. Un zeste de Noise Rock par-là et un goût fort pour l' expérimentation façon Talking Heads, Sonic Youth voir This Heat. Mais la tendance s' approchant d'un sursaut des guitares aventureuses et curieuses s' est bel et bien accélérée cette année coup sur coup avec l' approche maximaliste tout terrain issue d' une révolution Hardcore sans œillères de The Armed ( ici ) et le monument Art Punk brassant tout ce qui passe avec une sens rares de l' indédit en matière d' hybridation en tout genre des Squid ( là ). Il semble loin le temps où en matière de courage guitariste un brin novateur nous n' avions que le Girl Band à se mettre sous la dent. Black Midi risquait beaucoup tant ils avaient tutoyaient les sommets avec "Schlagenhaim" quite à se griller leurs ailes. Étaient-ils encore une énième version de petits rats malins de discothèque qui ont trouvé le disque oublié des autres mais incapable d' aller plus loin par exemple? Ou bien encore un de ces nombreux habiles du travestissement de style musicale capable de se déguiser en mille et une versions revivaliste des illustres ancêtres mais à peu de frais en terme de personnalité et d' originalité? Le deuxième album des Black Midi confirme leur réel talent et une solide personnalité mais surtout une volonté farouche de ne pas faire comme les autres. Bien sûr "Calvacade" provient de personnes ayant étudié avec assiduité l' histoire mais plutot que recracher les références ils les dépassent largement et confirment les espérances. En plus de leur volonté d' évoluer et changer la recette gagnante du premier album au risque de manquer de cartouches le destin s' est aussi chargé de leur glisser quelques chausses trappes qui en définitive leur aura servi de tremplin vers un nouvel inconnu. Et ça ce n'est que les plus grands groupes ou artistes qui en sont capable. Leur guitariste Matt Krasniewski-Kelvin atteint d'une maladie mentale a été obligé de prendre du recule et peut être bien que cet aléas poussa encore plus le groupe à sortir de son confort acquis par le succès. L' embauche de Kaidi Akinnibi au saxophone et de Seth Evans aux claviers fait souffler sur "Calvacade" une tornade jazzy version avant garde avec Sun Ra en guide suprême. Le Math Rock qui les avait vu grandir perd de sa prédominance au profit de l' épouvantail absolu des punk et post-punk caricaturaux, le Prog Rock. Evidemment pour quiconque connait le Post Punk originel ce n' est pas une surprise (WIre, This Heat, The Resident) mais pour certains neuneus Post Punkeux devenu tel depuis qu' ils ont vu Idles à la télé ça risque piquer ou bien et plus positivement juger à leur juste valeur des fripouilles d' Idles et consorts. Si on rajoute le confinement propice à la réflexion et au prises de recule en lieu et place des heures d' improvisation la tête dans le guidon durant les tournées avortées les Black Midi avaient tout pour ne pas pondre la redite et se sortir du piège du deuxième album. Inclassable ils le restent, voir encore plus qu' il y a deux ans. Quoiqu' ils fassent leur musique est immédiatement identifiable. Bien sûr que la voix du déjà très grand Geordie Greep jouent un rôle déterminant dans cette particularité mais pas seulement tant ce dernier osant également dans le chant de nouvelles pistes surprenantespar des variations osées . Et même quand c' est le bassiste Cameron Picton qui s' y colle le son, le fond et la forme reste du pure Black Midi. Dire que Black Midi avec leurs manières Prog-Rock poursuive le chemin entrepris par King Crimson peut être juste mais avancer qu' ils font du King Crimson s' avère complètement hors de propos. Black Midi ne ressemble à rien et si il emprunte une démarche il ne s' agit absolument pas de la technique ou du savoir faire. Même quand certains spectres intouchables et sacrés planent fortement tel celui d' un Scott Walker sur la ballade "Marlene Dietrich" et l' apothéose "Ascending Forth" il faut admettre que l'original est lointain. Ailleurs une petite particularité auquel on n' avait pas tout de suite prêté attention nous revient en pleine figure à grand coup de ferveurs gospel et d' une certaine quête de spiritualité rappelant Alice Coltrane référentiel jazzy oblige. Greep et le génial batteur Simpson ont grandi et jouer dans les églises et ça se sent comme jamais. MOIN, et RAIME se rappela ses souvenirs guitaristiques 90's. Comme je vous l' écrivais en début d' article c' est peu de le dire mais les 10's qui ont vu naître ce blog n' ont pas franchement marqué nos mémoires en matière de guitares. Peureuses, rétrogagas, bafouillantes et bedonnantes la plus part du temps. Les rares pépites novatrice étaient plus que rare et ainsi les Girl Band de tenir le rôle du héros quasi solitaire de ceux grandis pendant leur dernière grande décennie en terme de créativité, les 90's. Alors plutot que de perdre son temps à la recherche des heures glorieuse alors devenues lointaines DWTN alla voir ailleurs si l' herbe était plus fraîche et parcourir les presque 10 années de blog nous le prouve. Si il y a un label symbole des verts pâturages où il nous arriva de recroiser des guitares sur un mode original c' est bel et bien le regretté Blackest Ever Black ( ici ). Et l' une des tête de gondole de ce label passionnant fut le duo électro Dark Ambient Raime ( ici ). Raime avec son chef d' oeuvre original "Quarter Turns Over a Living Line" plongeait à la suite des Demdike Stare le Dancefloor qui les avait vu grandir dans dans un bain de sorcellerie Indus et Ambient. Pas de guitares où alors en arrière fond tant une approche Post Punk semblait transpirer de leur musique électro. Leur deuxième album "Tooth" confirma ce penchant. Mais pour vraiment rencontrer leur passion pour les guitares, les amours de jeunesse 90's des deux Raime, Joe Andrews et Tom Halstead, il fallait aller jeter une oreille sur le 1er ep de Moin en 2013. Moin ou la rencontre des deux Raime avec Valentina Magaletti sous le haut patronage d' un axe This Heat/ Steve Albini. Magaletti est une percussionniste fan de musique concrète, d' Ambient Tribale et d' improvisation en tout genre. Croisée à de multiples reprise dans ce blog quand il s' agissait de Shit & Shine, Vanishing Twin et Tomaga. Quand Tom Halstead se charge de la guitare qui est enfin la star de leur musique son compère Joe Andrews s' occupe du sampler et de l' électro. Magaletti s' occupant de l' ossature rythmique et participant grandement à l'une des caractéristique détonante de la musique de Moin. Un groove agressif et malsain susceptible de vous emporter très loin. Entre austérité et puissance. La musique que délivre cet album intitulé "Moot!" est tendue au possible et angoissante mais absolument entrainante. Les sample flippants ou agressifs rajoutent à la tension tout comme les retouches électro d' enregistrements live du duo Halstead/Magaletti. En terme d' influences pouvant aguicher le fan de rock indie 90's des évidences sautent aux oreilles. 30 ans après "Spiderland" le poids des Slint est encore gigantesque sur ce qui se fait d' interessant et un brin moderne en guitare. Ils sont omniprésent sur "Moot!". On rajoute évidemment Steve Albini, Shellac, Fugazi etc etc. Ce post-punk version 90's naviguant entre post-Hardcore, Post Rock et Math-Rock. Avec leur copine également présente derrière Raime les deux gars assument totalement leur parti pris sans aucuns compromis ni faiblesses. Dans le monde électro ils passaient déjà comme des gens à part alors leur choix d' influence par une certaine radicalité ne souffre d' aucun illogisme. Si ils nous offrent une autre porte de sortie que Black Midi et compagnie on peut constater qu' elle est particulièrement complémentaire et peut même avoir une influence prochaine sur la clique poussant fortement derrière les Black Midi. Moin réussit un tour de force par une prise risque que les groupes précédemment cités ont sagement évité. Moin s' empare d' un courant stylistique très précis et appartenant à une époque elle aussi très concise sans tenter l' hybritation d' une palette plus large. Evidemment c' est leur culture électro/dancefloor particulièrement large et sans frontière qui leur donne les capacités d' innover sans s' enfermer dans le pastiche. CONCLUSION Que ce soit avec le dernier Black Midi ou l' échappée "Moot!" des Raime on peut sans prendre de risque qu' en cette année 2021 les guitares ont soldiement repris goût à l' aventure et à un certain sens de l' innovation ou du moins du changement. Gageons que ce ne soit pas un feu de paille emporté à nouveau par une tempête Rétrogaga stérile comme l' industrie musicale nous a malheureusement habitué depuis les années 2000.
- MOIN, réinvention Post Hardcore
A peine plus d' un an après le pénétrant "Moot!" ( ici ) les Raime ( par là) toujours accompagnés de Valentina Magaletti continue de rénover un certain rock et renforce les bases d' un virage artistique radical et totalement réussi. "Paste" poursuit donc la trajectoire entamé par son prédécesseur et confirme amplement que ce projet est en rien une lubie sans conséquence d' une fameuse formation électronique. Le duo Raime qui semble bel et bien avoir abandonné toute velléités électroniques est en train depuis un an de nous offrir l' une des plus belles renaissances artistiques. Evidemment que la réussite du projet Moin repose en partie sur les talents déjà reconnus du duo mais avec ce nouvel album il apparaît encore plus indiscutable le rôle primordial pris par Magaletti. Tout simplement l' une des plus grandes batteuses du moment avec ses influences provenant de la musique concrète et de la No Wave. Les Moin affinent encore plus leurs choix et resserrent encore plus les rangs dans la même direction. Si le premier pouvait parfois sembler hésiter encore celui-ci indique le chemin clairement ce qui à le charme d' amplifier encore plus l' effet de tension. Curieusement, mais peut être pas vraiment par une certaine logique, on a l' impression que leur espèce de mixe de Post Rock, Post Punk et de Post Hardcore tente de revenir à l' essentiel, le New York fin 70's début 80's en pleine No Wave. Les souvenirs de Slint et Fugazi, les héros de leur jeunesse rurale proche de Reading, semblent s' atténuer pour laisser place à un intérêt croissant pour Sonic Youth et une utilisation décomplexée de leur savoir faire électro. L' attrait de Moin qui m' attire le plus, outre la réussite artistique du projet, est ce qu' ils réussissent à produire comme réinvention de vieux courants. Leurs bagages Dark Ambient, Ambient Dub et Post Industriels s' emparent de leur nostalgie et lui filant de bon gros coups de pieds au cul la propulse dans une direction inédites. Magaletti semble systématiquement tenir la barre quand les deux Raime s' occupent des voiles majestueuses de ce navire attaquant sans hésitations les déferlantes d' un océan déchaîné. Il est sûr qu 'avec ces deux-là, leurs maîtrises parfaites dans l' utilisation de sample et dans l' art de la production typique de l' électro, se révèlent être des atouts ultime pour rajouter une tension nouvelle là où des formations au parcours "rock" plus classique seraient incapables de renouveller le genre. Après Girl Band/Gilla Band Moin nous offre encore une fois l' opportunité que tout n' est pas si mal barré pour les guitares et que leur sauvegarde sur les devants de la scène passe par l' ouverture vers les autres courants et surtout d' oublier de leur propre histoire les autoroutes pour préférer les chemins traverses oubliés un temps.
- COBY SEY, l' incroyable remède Post Dépression
Il y a deux sortes d' artistes. Ceux qui déboulent de nul part du jour au lendemain et enfin ceux que l' on a vu arriver en pensant naïvement qu' ils ne seraient qu' un homme ou femme de l' ombre. Vénérés ou sous-estimés et souvent affublés du sentencieux et réducteur "Pôte de l' autre". Entre le produit d' appel pour fans de ses "pôtes" et un bouche trou opportuniste. Coby Sey est bien plus que ça et rappelle par sa destinée appelée à être grandiose un autre type apparu en premier lieu dans l' entourage de mastodontes tel Massive Attack et Portishead, le brave Tricky. Et bien vous savez quoi? Cosey Sey est exactement ça . Le Tricky des 20's. Dans la forme comme dans le fond. Coby Sey fait partie des "Pôte de...". Proche et collaborateur d' une ribambelle d' artistes adorés dans ce blog. Attention la liste donne le tournis tant elle comporte les noms de personnes parmi les plus importantes dans la musique pas comme les autres. Dean Blunt ( ici ), Mica Lévi ( par là) , Tirzah ( là ) et Klein ( par ici ). On l' a vu aussi tournoyer autour de la gentille Kelly Lee Owens ( là ). Sey fait donc partie de la communauté artistique du Sud Est de Londres et le revendique jusqu' à se présenter comme l' étendard de ce mode d' action et de vie. Quand vous entrez dans son "Conduit" sorti chez les adorables AD 93 (label connu ici pour héberger Moin aka Raime, Maxwell Sterling et Pessimist ), vous êtes pris d' effroi face à ces ambiances sombres virant à la claustrophobie. Le propos fait preuve d' une lucidité cassante, le malheur est bel et bien là, mais Sey ne cesse de nous apporter la solution d' une manière ambiguë. Ce sera collectivement et solidairement qu' elle arrivera. La communauté humaine doit se resserrer pour faire face à l' apocalypse qui vient. Quite à punir peut être ceux d' en haut qui cherche par leurs (riches) moyens à s' en exclure et se retrouver entre eux à l' image de l' enclos à bourges "Golden Pit" vu à Rock en Seine ( voir ici ). Avec son phrasé Spoken Word évoquant fortement un Tricky chromé et non enfumé et quelques petites senteurs musicales à peine suggérées il devient clair que ce disque est encore à classer dans ce fantomatique Revival Trip Hop que nous observons depuis quelques mois. Mais comme toujours avec les coups de cœur de ce blog on est bien loin de la resucée infertile et nostalgique. Tri Hop reluquant l' Indus Post Punk suivant les pas du Massive Attack de "Mezzanine" et Tricky perriode "Pre-Millennium Tension" ? Oui mais pas seulement. Comme d' autres de ses contemporains Sey y introduit certaines choses apparues bien plus tard que le milieu 90's. Et c'est peut pour ça que l' on va pas oser l' étiquette Post Trip Hop immédiatement. "Y' a autre chose". De toute façon en interview Sey a accepté le terme de Post Grime. Manière de briser les premiers émois nostalgiques 90's et de rendre le curseur plus aléatoire afin de perdre en chemin les nostalgico-gaga se bornant généralement à une période et un courant bien précis et imperméable au reste. Coby Sey est bel et bien un enfant du Trip Hop et du Grime mais également de tout ce qui a fait l' UK Bass et la culture Dancefloor ces 20 dernières années sans parler de courant encore plus anciens tel le Free Jazz avec un saxo apparaissant régulièrement tout au long de "Conduit". Est venu le moment dans cette chronique de citer encore une fois la Deconstructed Club. Il est clair que Sey retourne le dancefloor jusqu' à y introduire l' enfer de notre quotidien Post Covid après un été écologique catastrophique et avant les solutions néo-libérales d' autruche capitaliste et destructrices socialement. Des éléments Drone et Noise comme du côté des artistes Deconstructed Club omniprésents ici colore la vision de Sey. Mais alors que chez beaucoup on ne reluque qu' un passé de loin à force de vouloir retrouver la nouveauté sonore Sey expérimente d' une façon plus courageuse et bien moins tapageuse et branleuse que le Grime auquel il va être associé en plus du Trip Hop. Un critique britannique a parlé de Boards Of Canada rencontrant Grouper. Effectivement à bien des égards il y a fondamentalement chez lui la volonté de recréer un futur avec sa solution lorgnant sur les bienfaits de la communauté et de la collectivité. Son phrasé qui évite les cris et la vocifération tel les chuchotements et l' intimité d' une Liz Harris de Grouper se marie avec l' emprunt d' élément du passé (Noise, Indus, Hip Hop, Techno, Post Punk, Free Jazz) pour évoquer un futur disparu. Oui je sais, ceux qui savent vous se rappeler de l'un des courants fondateurs du débuts 10's du renouveau artistique et politique en musique, l' Hauntology music. Et je vous conseille que trop d' aller faire un tour dans les archives du blog. Le regard vers le passé et le futur mais les pieds bel et bien plantés dans notre présents urbains à l' instar de tout ce renouveau musical anglais que l' on perçoit et supporte ici. Souvent Mancunien, Space Afrika, Rat Ensemble, Blackhaine, Iceboy Vilet ou d' ailleurs tel les déjà cités Klein, Mica Lévi et Tirzah. Tous enfants ou proches de Sir Dean Blunt. En cette rentrée 2022, qui s' annonce encore plus incertaine et catastrophique que les précédentes après un été où enfin les craintes de certains sont malheureusement apparu aux regards de la majorité, Coby Sey délivre un véritable chef d' oeuvre à la fois tourné vers le passé et novateur, brut et caressant, réaliste et porteur d' espoir, nous entraînant collectivement enfin de l' avant pour lutter et nous sauver.
- DJ K, brûlot Bruxaria en provenance du Brésil
Deux ans après la bombe "Panico No Submundo" (25ème du Top DWTN) le jeune producteur brésilien DJ K revient foutre le bordel sur les Dancefloors mondiaux. Avec son "Radio Libertadora !" il franchit un palier et finit de propulser la Bruxeria (appelée aussi Beat Bruxeria ou Funk Bruxeria) aux sommets de l' avant garde Dancefloor. Jamais on ne remerciera le label Ougandais Nyege Nyege Tapes pour son travail de défrichement et de mise en lumière de l' avant garde mondiale d' où qu' elle provienne. Une besogne salvatrice que ses congénères occidentaux n' exécutent pas ou si peu. Depuis que son attention s' est déplacée de son Afrique natale et de ses diasporas vers l' Amérique du Sud et plus particulièrement le Brésil on en finit pas de prendre dans nos tronches des claques d' innovations et de fraîcheur. Juste avant la déflagration glaciale du Funk de BH de la pépite Dj Anderson Do Paraìso ( ici ) Nyege Nyege avait déjà offert à la planète le premier album de DJ K. Également une immense déflagration stylistique également. Dj K ne vient pas du même endroit que Dj Anderson originaire de Belo Horizonte. Si il faut aller plus au sud jusqu' à Sao Paulo, comme son compatriote, il a lui aussi appris son art de Dj et de producteur dans les fêtes de quartier des Favelas. Donc un dancefloor d' extérieur ce qui a peut être son importance dans l' impact sur des oreilles occidentale où le Dancefloor est majoritairement pratiqué en intérieur et ainsi conçu dans cette optique. La Bruxaria déchaînée de Dj K va immédiatement marquer les auditeurs occidentaux par sa puissance, sa prodigieuse énergie, un aspect possiblement jugé tapageur et une certaine hyperactivité. A l' extérieur les sons s' envolent et se dispersent, de plus, dans une rue sous le ciel étoilée avec en toile de fond les bruits d'une ville, l' attention du danseur peut assez vite est perturbée. Dj K se doit d' harceler sans cesse le danseur de stimulus pour ne pas le perdre. La Bruxaria se caractérise par une impression de cacophonie provenant d' intrusions soudaines et imprévisible de son stridents et agressifs. Des Delays serrés sont placés entre les temps. Rires hystériques, voix réverbérées et hyper saturées, alarmes perçantes, sirènes Rave et toutes sortes de bruit provenant de déchets numériques . Les Basses (la bonne vieille TR 808) et les synthés peuvent également se révéler distordue, les derniers alternante des graves très lourds et des aigues poussés à la limite de l' audible pour les oreilles trop sages. L' auditeur a l' impression d' être confronté à un parasitage sonore provenant de mondes occultes. À de la véritable sorcellerie urbaine. Il s' agit là d' un psychédélisme malsain puissant au point que l' impression qu' un bad trip peut s' emparer de nous à tout moment. Les Dj de Bruxaria puisent évidemment leur inspiration dans le Baile Funk mais aussi dans la riche palette stylistique des rythmes Afro-Brésilien. Ils raclent la chair de ces rythmes pour ne garder que des percussions minimalistes. C' est à une bien étrange potion magique incorporant des éléments maximalistes et minimalistes que l'on a affaire. Quand on y porte une oreille plus attentive on s' aperçoit que cette musique ne se contente pas de ne regarder que dans son passé mais qu' elle s' ouvre à toute la planète avec un talent certain en matière d' hybridation. Ainsi il n' est pas surprenant de tomber sur des samples arabisants chez Dj K. L' ambiance est carnavalesque. Mais carnavalesque façon Moyenâgeuse, plus authentique. Pas sur le mode caricatural attrape touriste des cartes postales annuelles de Rio. Les "faibles" deviennent les "puissants" dans ces fêtes de favelas et si un puissant se pointe il se doit lui aussi de prendre le rôle de l' autre sinon gare à lui . Dj K et ses potes ont bien compris la portée politique et révolutionnaire de Carnaval. Le titre de son deuxième album n' est rien d' autre qu' un hommage à une période agitée de l' histoire brésilienne et débute par un extrait de discours de la figure communiste Carlos Marighella . « On répondra œil pour œil, dent pour dent (...) la lutte a déjà commencé. » Dj K crée une musique qu' il ne faut pas hésiter d' affubler du terme de Punk. Punk et Carnaval, ne manque plus qu' à déceler du Situationnisme et on est pas loin du bréviaire "Lipstick Traces" de Marcus. L' introduction de sons "parisites" et distordus dans ce qui est censé être un simple divertissement est peut être la première marche. Nous nous retrouvons un peu aussi dans une sorte de danse macabre avec des personnes portant le si symbolique et troublant masque de clown comme peut le suggérer la pochette. D' ailleurs amis français, ne trouvez-vous qu' il vous rappelle quelqu'un le terrifiant clown aux côté de Dj K. Mais malheureusement il y a un bémol. Un bémol que l' auditeur progressiste (au sens sociétale et concernant les mœurs) rencontre trop souvent. Certaines interventions sont teintées d' une misogynie puante. Depuis le Gangsta Rap l' histoire se répète. Que faut-il faire? Eternel débat. Tout rejeter? Non. Mais probablement faire comme suit. Alerter. Contextualiser. Sans pardonner ni excuser. Avec ce dernier album Dj K franchit ,et fait franchir à la Bruxaria, un gigantesque palier. Dans les mois à venir, assurément, les Dj de toute la planétaire, et surtout les occidentaux, vont y puiser de quoi renouveler leur production parfois bien ronronnante et bégayante.
- NOURISHED BY TIME, quand la passion et la révolte succèdent à la résilience.
Apparu au printemps 2023 avec son premier album "Erotic Probiotic" (28 ème du top DWTN) , Nourished By Time avait égayé l' été suivant avec son Post RnB fait de bric et de broc dans sa chambre. Deux ans après le natif de Baltimore nous reviens et le propos n' est plus focalisé sur la relation amoureuse et ses fêlures mais résolument susceptible de devenir le pansement parfait pour cicatriser nos plaies et repartir au combat. Marcus est ce que l' on appelle un grand romantique. J' ose espérer que pour vous aussi le terme de "Romantique" n' a pas encore pris une connotation péjorative comme il semble l' être dans notre société malade à crever du cynique capitalisme. Son deuxième album se nomme "The Passionate Ones" est s' avère être le remède ultime pour bon nombre d' entre nous face à certains maux dans les relations humaines contemporaines. Le disque d' un musicien qui a galéré et a su faire preuve d'un courage et d' une obstination à toute épreuve. A une époque où tout nous pousse à l' apathie, au découragement et à cette terrible résignation qui gèle toute envie de changement, les rares affichant leur passion et leur désir d' évolution (pour tous) percutent une société dans son ensemble tétanisée. Avoir une passion, agir passionnément, rend vulnérable et fait subir un stress apporté par des regards désapprobateurs ou pantois. La musique de Nourished By Time ne se dissocie pas de notre présent et n' est pas un refuge coupé du monde. Même si elle peut être résolument cajoleuse et suffisamment soignée pour attirer. Charmer et réconforter. Elle est aussi ancrée résolument dans ce monde par ses paroles. Si elle aborde l'intime, le sexe et l' amour, on peut croiser également des allusions aux droits des travailleurs, les saloperies du capitalisme tardif, les bombardements provoquant le génocide Palestinien, le lavage de cerveau consumériste et la toxicomanie qu' il entraine permettant à bon nombre de se voiler la face face aux drames présents et à venir. Nourished By Time remet sur l' avant de la scène la pensée marxiste comme autrefois les Black Panthères. Pensée sociale trop souvent mise de côté et caché par les combats pour les droits civiques et antiracistes. Ce deuxième effort est bien plus dystopique que le précédent mais par son lyrisme cette dystopie est susceptible d' être très vite accompagnée par un optimisme combatif à tout épreuve. Si en premier lieu ce sont bien sûr les racines RnB les plus perceptibles l' auditeur va très vite s' apercevoir que si l' américain a grandi en écoutant ce courant triomphant dans les 90's il a très certainement aussi jeter une oreille sur l' Indie de l' époque. Pas seulement. L' électro Funk, la Baltimore Club et une certaine Synth Pop alternative semblent avoir peuplé ses playlists. Ses sonorités souvent dominées par le synthé et les boites à rythme évoquent fortement les 80's et pas le plus mauvais de cette décennie. On ne peut pas s' empêcher de penser à des formations éloignées du RnB tel Prefab Sprout et The Blue Nile. Bref, Nourished By Time réécrit le RnB sous le prisme de la SophistiPop et n' hésite pas à pervertir pour le meilleur ses amours de jeunesse. Si le premier avait charmé par ses senteurs Hypnagogic Pop le son du dernier est devenu entre temps plus brut et physique. Plus propre. C 'est à présent face à un plus large éventails de sonorités que l' auditeur est confronté. Si son don pour les mélodies entraînantes semble avoir encore grandi jusqu' à une nouvelle fois offrir de véritables tubes (dans un monde meilleur), il n' est pas rare de voir un artiste ne se reposant pas sur son savoir faire et oser par ci par là quelques expérimentations bien venues et rafraichissantes. Son baryton, si souple et expressif, se révèle encore plus poignant et authentique. Si sa musique semble très connoté chronologiquement (80's) elle pervertit cependant le passé en l' inscrivant dans notre présent en évitant tout passéisme et anachronisme. Alors qu' un certain discours prônant la résilience à tout rompre, un discours s' apparentant souvent à une culpabilisation certaine, Nourished By Time par sa musique et ses paroles la favorise sans surtout ne pas oublier que la résilience seule ne suffit pas et qu' il faut également s' attaquer aux causes extérieurs de nos traumatisme. Celles provenant d' une société malade qu' il faut guérir. Un disque à la fois combatif, politique, romantique et délicieusement sensuel comme ceux du grand Marvin Gaye.
- FANTOLOGIA, l' Hauntology Music version Amérique Latine, somptueuse, novatrice et révolutionnaire.
"L' avenir n' est pas devant nous, mais derrière nous (...), avancer c' est aussi revenir" Elysia Crampton Je ne pensais pas remettre de si tôt cette phrase de Crampton insérée dans la chronique portant sur l'immense disque qu' elle nous a offert avec son frère sous le pseudo Los Thuthanaka ( voir ici ). Mais en cet été 2025 une compilation vient de faire échos aux propos de l' artiste d' origine Aymara sur la monstruosité et les conséquences toujours vivaces de la colonisation, et ce, de l' une des plus belles manières. Non seulement "Fantologia I" distribuée par le label équatorien +ambièn perpétue le travail de mémoire et celui d' avant garde de Crampton mais elle nous offre une version régénérée de l' Hauntology Music que l'on pouvait croire, vieille manie de colonisateurs, l' apanage de nous autres justement , les occidentaux. Et oui je sais. On va encore parler d' Hauntology dans DWTN et ça fait plus de dix ans que ça dure. Et encore une fois on va avertir que si la nostalgie peut réconforter elle peut également être un frein pour quiconque désire réenclencher la marche avant de l'innovation culturelle quand d' autres par revivalisme malsains et un goût mortifère pour le rétro ne cesse de nous empêcher toute progression. Ce que certains voulaient résumer qu' à une esthétique tendance chez les artistes électro British du débuts des 00's pour d' autres bien plus perspicaces l' Hauntology Music était l' une des offres musicales parmi les plus pertinentes, symptomatiques et étrangement progressistes apparues au milieu des incessants revivals en tout genre. Pour les retardataires l' Hauntology Music est un courant apparu dans les 00's et abordait par le prisme de la mémoire musicale le futur disparu et les espoirs anéantis par le postulat qu' une fois le communisme battu, 1989 marquait la "fin de l' histoire". Le capitalisme et son néo-libéralisme avaient gagné et comme disait l' affreuse Thatcher "There is no alternative". Et ainsi une partie de la jeunesse occidental et la production musicale de tomber dans une sorte de coma dépressif rétrogaga allergique à toute velléité progressiste. Les artistes de l' Hauntology Music par leur envie de susciter une nostalgie hantée nous rappelaient les promesses non tenues du 20 ème siècle, des promesses qui hantent nos quotidiens. Le terme Hauntology Music vient de l' auteur français Jacques Derrida qui l' avait formulé au sujet du "spectre du communisme" qui hanterait le capitalisme triomphant post chute du mur de Berlin. Les artiste Hauntology appuyaient là où ça faisait mal en invoquant les fantômes du passé sans se lover dans cocooning nostalgico-gaga. Ils réouvraient et laissaient apparaître au grand jour les plaies béantes que certains désiraient ignorer ou cacher via un simpliste verni vintage. Si les Leyland Kirby, Focus Group, Burial et tant d' autres semblaient nous offrir qu'une énième sorte de musique Post Moderniste ce n' était qu'en apparence et finalement dénonçaient l' emprise néolibérale sur nos vies et sur nos goûts musicaux. Et de l'une des plus efficaces et ambiguës manières. Plutot que se réfugier dans un passé lointain comme d' autres s'en servent de doudou interrogeons le, lui et sa place dans nos quotidiens, et demandons nous qui veut que la musique ne se conjugue plus qu' au passé. La musique et tout le reste. Un glorieux passé artistique souvent rebelle en son temps mais parfaitement digéré, domestiqué et récupéré par le capitalisme. Il ne faut pas oublier l'Hypnagogic Pop, la Chillwave et la Vaporwave, des courants qui avaient pour très commun avec l' Hauntology cette volonté affichée de se confronter à la nostalgie omniprésente stylistiquement tout en tentant d' expérimenter. Je n' ai eu de cesse de vous en parler depuis 2012 alors que ces courants étaient souvent ignorés ou méprisés par les sites journalistiques occidentaux à la vision basse et totalement incapable de renverser la table d' une Indie Music rétro-gaga. En parallèle à l' Hauntology music et les courants proches je n' ai pas abandonné la volonté de déceler et défendre les nouveaux courants innovants, eux aussi sagement mis de côté par certains. Ce qui était vital pour le fan de musique était tout autant un moyen efficace d' échapper à un fatalisme qui nous avait amené le triomphe des revivals dans les 00's et gangréné une grande partie de nos quotidiens. Souvent l' innovation dans ce blog ne venait pas de l' occident mais des diasporas, des anciennes colonies, des minorités, des exclus et d' ailleurs. Les éternels laissés pour compte ou premières victimes du néolibéralisme. Gqom, Footwork, Deconstructed Club, etc etc etc. Même l' Hyper Pop , courant équivoque s' il en est avec sa vision critique et follement hédoniste du capitalisme numérique triomphant, peut être considéré comme le petit frère remuant et rafraîchissant des courants cités. Il a donc été question régulièrement d' artistes interrogeant la colonisation, le capitalisme triomphant et leurs horreurs, dénonçant la vision et la réécriture occidentale. Evoquant souvent ces futurs subtilisés et salopés par le colon comme le signalait Crampton. Des artistes qui certes utilisaient leur passé musicale mais le transformait, le croisait avec d' autres, pour finalement régénérer la musique et rendre les espoirs futurs disparus à nouveau possibles. "Fantologia I" parue en début d' été est essentiel au regard de votre serviteur parce qu' elle tisse les liens (évidents) entre ces deux tendances fortement présentes dans le blog et comme le disait le génial Mark Fisher, plus grand penseur et observateur de la musique du 21 ème siècle au sujet de l' Hauntolgy Music : « un signe que la culture "blanche" ne peut plus échapper aux disjonctions temporelles qui ont été constitutives de l' expérience afrodiasporique » Cette compilation, l' une des plus passionnantes et susceptibles d' interpeler en 2025, possède principalement l' intérêt de régénérer un courant vieux de vingt ans et ainsi de le rendre à nouveau pertinent. Si les artistes présents s' inscrivent réellement dans la tradition de Hantology Music en le revendiquent assez fortement ils apportent aussi une modernité et un véritable vent de fraîcheur. Ils abandonnent ou renouvellent bien des habitudes et techniques des prédécesseurs occidentaux comme celles issues de l' Easy Listening, la Library Music, le proto Psychédélisme, l' Ambient ou la Pop. Plutot que puiser dans le même passé des médias audiovisuels ils n' hésitent pas à mélanger les sonorités récentes apparu sur leur continent avec leurs traditions. Et que le patrimoine musical de ce continent est riche. Les textures sonores des 17 titres ont le clinquant des 20's et délaissent parfois assez radicalement les traits caractéristiques des occidentaux avec leurs sons cotonneux, éthérés et embrumés dus à l' utilisation à outrance de la réverbération, la filtration et l' écho. Pas signe des typiques craquements de vinyle donc comme chez Burial ou Leyland Kirby (The Caretaker). Ou à peine. Les crépitements semblent plutot avoir été générés par des manipulations numériques et nous n' avons pas seulement à faire à de très malin et expert fossoyeurs et manipulateurs des enregistrements du passé, mais aussi à des maitres de l' expérimentation électro et organique. A l' image du patrimoine folklorique dans lequel puisent les 17 titres, il se dévoile une diversité susceptible de faire pâlir toute la scène occidentale. Nous pouvons passer d' une évocation Hauntologique puisant dans les Dancefloors à une Ambient New Age quand certains tropes ne proviennent pas de l' IDM. Il y a, fait rare depuis longtemps dans l' Hauntology Music, des mélodies envoûtantes comme aussi de réelles chansons. Ces artistes délivrent un très sérieux travail d' introspection et de réflexion en abordant le désir, la perte et la mémoire. Si les occidentaux sembler regretter trop simplement les promesses non tenues du 20 ème siècle les Sud Américains reconjuguent au présent les aspiration Hauntologiques en abordant de front autant les incertitudes provoquées par le Néolibéralisme et la résurgence d'un certain fascisme du présent que les blessures du passé coloniale. Un combat au cours duquel ils ont compris la nécessité d' exploser les frontières des genres et des normes culturelles. Cette compilation est un puissant acte de résiliation des stéréotype musicaux quand les diverses scènes occidentales peinent encore à l' oser. Le créateur du label équatorien +ambien, Daniel Lofredo Rota aka Quixosis , a su avec un réel talent de découvreur lever une véritable armée d' artistes susceptibles de tout bousculer sur son passage. Si une Alina Labour ou le duo DJ+1/Gregorio tissent le lien évident entre cette nouvelle vague et les illustres aînés de l' Hauntology Music ou de la Vaporwave, Azulina avec ses flutes ancestrales transposées dans l' Ambient fait décoller le disque vers d' autres cieux que les salles de bal de The Caretaker ou les génériques de The Focus Group. Plus loin Isaac Soto, Quixoxis et JUan Quantum finissent de propulser l' Hauntology vers l' expérimentation et un futur enfin retrouvé quand Siete Catorce n' hésite pas à la trainer de force sur les dancefloors. Un disque essentiel et salvateur.
- CAROLINE, déconstruction et expérimentation Post Rock.
Le premier album s' était lentement fait une place dans les cœurs sans toutefois bouleverser et détoner . Trois ans plus tard le suivant propulse ce collectif en tête de la scène musicale britannique. Basés à Londres Caroline formé en 2017 s' est fait une place progressivement et a fait preuve d' une certaine lenteur dans sa progression. 5 années se sont écoulées entre les débuts et le premier album, laps de temps assez grand pour notre époque. L' acte inaugural grand format resituait sur la cartographie musicale le Post Rock à l' instar de leurs voisins Squid ( ici ). Un Post Rock sous forte influence Folk d' avant garde. "Caroline" présentait des compositions provenant principalement d' improvisations. Si il avait ses charmes ce disque pouvait toutefois se révéler pataud dans sa volonté de fusionner Folk, Post Rock, Chamber Music. Les boucles d' improvisation semblaient revenir trop fréquemment et cacher un petit manque de travail nécessaire en terme de songwritting. Avec le tout autant sobrement nommé "Caroline 2" nous assistons encore à une collision des périodes et des espaces mais cette fois ci mieux maitrisée grâce à un perfectionnisme et une inventivité assez inédits chez eux. Ce qui paraissait naviguer à vue, tourner en rond, prend à présent l' apparence d 'un cap sûr, d' une volonté à toute épreuve d' aller dans une seule direction. L' expérimentation. Et ce avec une méticulosité précieuse. Si je pouvais les taxer autrefois d' un certain conformisme Post Rock, à présent, leur musique se révèle définitivement iconoclaste. Les structures ne semblent jamais définitives mais cela est cette fois volontaire. Assumé. Les titres ont ce goût d' inabouti pouvant déranger mais progressivement cela donne l' illusion que nous les croisons qu'un instant en prenant conscience qu' ils continuent d' exister par eux même dans un ailleurs inconnu. Cela drape ainsi cette musique d' une étrangeté charmeuse. Déconcertante mais laissant une très forte empreinte. On a souvent entendu certains s' autoproclamer les enfants spirituels de Brian Eno avec son concept du studio comme instrument. Beaucoup de paroles mais très peu suivies dans les actes. Avec Caroline ce n' est pas du baratin. "Coldplay Song" en est le plus parfait exemple. Nous entendons 4 membres commençant le titre quand le producteur déplace le micro pour changer de pièce afin de retrouver les autres membres offrant leur version dans une autre pièce. L' environnement et l' espace (craquements de parquet, son des premier qui s' éloigne) font irruption dans la chanson. Cela peut évoquer l' une des premières représentations de la pièce silencieuse de John Cage "4'33" quand par exemple le silence (volontaire) qui s' était emparé de la salle laissait place aux bruits de la pluie sur le bâtiment. Chez Caroline les guitares paraissent défaillantes et jouent avec la vitesse, accélérant et décélérant alternativement. La batterie quant à elle s' avère plus gaillarde mais maitrisant mal sa vitesse également. La production est ici d' une finesse rare. Les voix alternent les solo et les chorales, délivrant des paroles tenant plus du mantra que des Pop songs classiques. Ce sont assurément de très bon musiciens mais jamais la virtuosité prend le pas sur le reste. Ils l' utilisent sans se sentir obliger d' en faire des tonnes et excellent plutot par la volonté et leur savoir faire dans le fait d'unir et disposer leurs instruments. Donc loin de se la jouer branleur avec en prime un certain sens de l' humour par leur choix de titre ("Coldplay Song" et "Song Two"). C' est une vrai travail d' orfèvre porté sur la déconstruction des cultures Folk et Post Rock. Ils réassemblent mais en laissant paraître les coutures volontairement grossières et l' ensemble devient à la fois touchant et bluffant. Véritable lâcher-prise des dogmes qui ne peut que faire penser à Mark Hollis de Talk Talk ou Broken Social Scene. En opérant des virages à 180° les titres peuvent alterner sans prévenir minimalisme et maximalisme, dépouillement et grandiloquence, évoquant ainsi un croisement improbable entre Talk Talk et Sigur Ros. A suivre de très près.
- AYA, Deconstructed Club punk
Heureux de l' accueil critique que reçoit Aya. Heureux aussi parce que cette reconnaissance justifiée intervenant après des années de galères met les projecteurs sur une virtuose de la production doublée d' une personnalité à fleur de peau terriblement émouvante. Et également parce que très vieille connaissance de ce blog. La première fois que les chemins d' Aya Sinclair et de DWTN se sont croisés s' était à l' occasion de l' hommage rendu à l' un des plus influents et avant gardistes labels des 10's, Tri Angle records ( ici ). A l' époque sous le pseudo SOFT elle clôturait la belle histoire du label avec l' Ep "And Departt From Mono Games", subtil UK Bass sous forte influence Deconstructed Club. Trois ans plus tard elle revient sous son prénom après avoir signé chez Hyperdub, le tout autant passionnant label tête chercheuse de Kode 9 (Dj Rashad, Laurel Halo, Dean Blunt & Inga Copeland, Nazar et Fatima Al Qadiri). Premier album intitulé "Im Hole" et première grosse taloche sonore. Son virage de l' UK bass vers la Deconstructed Club s' était accentué et voyait cette artiste plonger dans de ténébreuses abstractions sous une très haute influence Glitch. Plus agressif. Plus violant et plus bien plus surprenant. Ce qui n' avait pas sauté aux oreilles devenait une marque de fabrique. Aya assumait dorénavant une singularité susceptible de la détacher de toute la scène Deconstructed Club. Elle stupéfia avec une musique ayant acquis une densité exceptionnelle et une complexité assez rare. L' introspection dont elle faisait preuve avait aussi de quoi interloquer l' auditeur. Les paroles, parfois énigmatiques, se jeter sur vous et on sentait qu' il y avait derrière cette poésie particulière bien des souffrances et des troubles. Cette originaire de Manchester avec ses mots perturbants affichant un certain désespoir et éructés au milieu d'un déluge sonore agressif pouvait apparaître comme l' un des fantasmes des connaisseurs de l' histoire musicale de sa ville. Celui nourrit par les récits de la rencontre entre Génésis P Orridge fondateur de Throbing Gristle avec Ian Curtis et des velléités qui en découlèrent chez ce dernier de passer du coté bruitiste de la musique industrielle en lâchant les trois autres gars de Joy Division. "Hexed!" déboule et entraîne l' auditeur encore plus loin dans les tréfonds de l' âme humaine et de notre époque. Si sa musique parait toujours fortement atypique ce deuxième album se révèle un brin plus directe quand des structures Pop plus classiques émergent. Si on perçoit Aya plus assurée ses textes révèlent toujours autant une vulnérabilité terrifiante. Nous sommes confronté à un intense examen de conscience qui peut à tout instant tomber dans l' auto détestation. Au fur et à mesure des 10 titres la musicienne virtuose du boucan et des attaques sonores laisse place à l' écorchée vif. Elle nous balance ses traumas, ses blessures, ses dérives, ses addictions en pleine face et les jugements faciles devant une tel sincérité deviennent ce qu' ils devraient toujours être, creux et stupide. Rarement on a aussi bien traité des nuits blanches devenant blafardes et de leurs lendemains interminables quand la déprime, le manque et la culpabilité prennent la place des euphories que trop passagères de la veille . Rarement on a parlé si simplement et directement des blessures occasionnées par l' accueil d' un coming out Queer et Trans. Si on peut désigner cette musique du terme de Deconstructed Club Aya évoque un croisement entre Techno, le Gabber et le Screamo Deathcore. On rajoutera des tropes Grime, Garage, et Doom. Ce qui s' apparente à une quête sonore la voit disséquer, la culture Dancefloor. Les coups de basse sont distordus, les percussions sont rayées et des breaks imprévisibles malmènent, rudoient jusqu' à nous faire perdre toute prise avec nos habitudes sonores de composition et sonore. Même celle de la taciturne Deconstructed Club. Les son s' entrechoquent, vrombissent et des détonations sidèrent et glacent le sang. Ça hurle, ça éructe, ça gémit. Ça horrifie puis ça fait fendre l' armure jusqu' à qu' à bouleverser profondément. Mais devant cette musique à ce point viscérale il ne faut pas oublier toutes les trouvailles, le travail de recherche et la maestria d' Aya. Confirmation d' un talent unique et coup de pied au cul d' une Deconstructed Club qui commençait à un peu s' assagir.
- MARIA SOMERVILLE, une reine Dream Pop venue du Connemara.
Dans le Best Of 2024 j' abordais avec enthousiasme la déferlante de disques dignes héritiers de la Dream Pop des 80's. Il était question de Jabu, Tristwch Y Fenowod, Spivak, Man Rei et Milan.W entre autres. Je parlais d' une salvatrice réinitialisation de la Dream Pop plutot qu' un énième revival. Je pointais également l' accointance chez beaucoup de ces artistes pour le label légendaire 4AD en précisant à leur sujet qu' ils n' étaient que la partie émergée d' un immense iceberg. Mais il manquait à cet iceberg un magnifique palais faisant figure de forteresse et d' étendard. Un château où vivrait une princesse. Ne cherchez plus. Ce que certains nomme déjà la Nu-Gaze, terme déjà utilisés par le passé, vient de trouver sa majesté, Maria Somerville. Maria Somerville est quelqu'un sachant prendre son temps et demeurer discrète. Avant son tout récent disque un seul album au compteur, "All My People" en 2019. Quand son nom était cité, très rarement, lui était souvent accolé les termes d' Ambient Pop et de Dream Pop. Surtout depuis sa signature sur 4AD en 2021 et ce pour des raisons évidentes. Personnellement Maria Somerville fut avant d' être une artiste une animatrice radio. Et quelle animatrice. L' une de mes chouchous de NTS avec ses matinales dans lesquels elle nous délectait de sa grande culture et ses goûts assurés en matière de Dream Pop et d' Ambient. L' an dernier son nom fut maintes fois suggéré pour une très probable participation à l' album du collectif Princ€ss. Un disque à deux doigts d' être classé dans mon top annuel avec son étrange musique hésitant entre une mutante Hypnagogic Pop, l' Ambient et l' héritage Shoegaze/Dream Pop. Somerville a donc pris son temps et bien lui en a pris. Si le récent "Luster" apparait comme l' évident successeur de "All My People" c' est une immense marche que l' Irlandaise vient de gravir. Il n' y a rien à jeter sur ce féerique deuxième album. Après un bref passage à Londres elle est revenue sur ses terres natales, le Connemara. Et cela se ressent. Entrez dans "Luster" et immédiatement vous allez vous retrouver à déambuler parmi les plaines herbeuses, subir les vents, gravir et survoler les montagnes avec une certaine nonchalance teintée de mélancolie. Pour les malheureux français c' est le meilleur des moyens d' oublier le cauchemar musicale du non moins cauchemardesque chanteur réac que je n'ose écrire le nom de peur de me salir les doigts. Outre le fait d' être absolument dépaysant "Luster" prend surtout les contours d'une expérience merveilleuse, passionnante et envoutante. A la fois évident par ses atours Dream Pop et Ambient reconnaissables il apparait assez vite incernable. La quiétude apparente et pastorale tutoie sans la contredire une complexité émotionnelle troublante en d' autres occasions. Avec ses paroles basiques mais très suggestives Somerville fait preuve d' une soif de connaître l' âme terriblement attachante . L' auditeur va être emporté pour rencontrer l' énigmatique, le fantomatique et un romantisme réconfortant. Si Maria Somerville est par ses phrases l' une des personnalités les plus attachantes apparues ces dernières années il faut également relever ce qui est la caractéristique essentiel de ce disque lui permettant d' échapper au pastiche. Sans en faire trop elle remet donc à jour le référentiel Dream Pop comme rarement depuis très très longtemps. Avec un savoir faire technique hallucinant vu son jeune âge, un sens du détail bluffant, une immense capacité d' offrir des textures d' une richesse irréelle, son talent en songwriting nous offrant des Pop Song parfaites, elle réussit à égaler les illustres aînés. Evidemment qu' elle connait ses classiques (Cocteau Twins) en matière de réverbération des guitares. Evidemment que le connaisseur va penser à tout ce que l'on a associé au terme Dream Pop depuis trente ans. Mazzy Star (pour le côté planant), My Bloody Valentine quand l' héritage Shoegaze se fait plus parlant, Julianna Barwick ou la regrettée Trish Keenan sur certains de ses phrasés, Julee Cruise et son acolyte Badalamenti le temps du merveilleux "Up" (tube absolu pour des au revoir). Mais pas seulement. Comme de nombreux artistes défendus dans ce blog Somerville ne s' est pas contentée d' ingurgiter paresseusement un seul courant défini chronologiquement (fin 80's début 90's). "Garden" lorgne sur le The Cure des débuts 80's sans que ce soit caricatural. Ses manières Slowcore remémoreront un brin certains passage du Beach House des 00's quand à d' autres moments c' est une nouvelle fois le Trip Hop de Massive Attack qu' il faudra penser en écoutant "Spring". Par sa production elle n' hésite pas à doper certaines sonorités jusqu' à délivrer une bien étrange version Hyperpop Slowcore de cette bonne vieille Dream Pop. Ailleurs on distinguera des Breakbeat venus de nul part côtoyant un lourd héritage Folk irlandais. Si je me devais de citer la référence la plus évidente alors ce ne serait pas les noms déjà cités mais celui bien plus proche dans le temps et aux lecteurs de ce blog, l' immense Liz Harris de Grouper et ses Drone Pop de ses débuts. Juste après on peut rajouter des artistes cités plus haut et bien souvent découverts par l' intermédiaire de son émission radio tel Hysterical Love Project et Jabu. En définitive Maria Somerville éblouit surtout par sa singularité et ensorcelle par son unique talent. L' un des grands disques de l' année.
- LOS THUTHANAKA, quand le passé vient au secours du futur.
Depuis plus de dix ans Chuquimamani Condori Crampton est une star de ce blog ( ici ). L' an dernier son retour avec "Dj E" avait fait grand bien après trois longues et inédites années de silence. La suite était attendue avec impatience même s' il paraissait illusoire de ressentir une nouvelle fois le fantastique choc sonore et culturel subi quand " The Light That You Gave Me to See You" et "American Drift" déboulèrent sur la toile. Malgré toute la passion que l'on peut lui apporter pouvions-nous pressentir ce qu' il allait arriver? A vrai dire non et le saisissement actuel en est encore plus fort. En s' adjoignant les services de son frère Joshua Chiquimia Crampton elle nous offre peut être sa plus grande oeuvre à ce jour et qui plus est assurément, un prétendant solide au titre de meilleur album de l' année 2025. Pour les novices comment définir Elysia Crampton? Toute sa carrière s' apparente en la confrontation entre la tradition avec ce qu' elle peut comporter de sagesse et l' expérimentation la plus libre et folle en utilisant un numérique symbole d' éphémère. Entre la quête d'un passé disparu et une volonté résolument moderniste. Sa musique c' est également l' union magistrale de deux luttes, la défense des communautés Trans LGBT et celle des peuples colonisés. Il y a tout ça chez Crampton et bien plus encore. Crampton est à la fois inclassable, étrange et tellement essentiel. Si on l' associe souvent à la Deconstructed Club c' est pour immédiatement ajouter qu' elle fait figure à mes yeux d' un précurseur qui s' en est éloignée depuis très longtemps. Celui qui plante des graines et passe au champs suivant laissant les autres bénéficier des nouvelles pouces. Nouveau changement de nom (Los Thuthanaka) et nous nous retrouvons donc pour la première fois face à un vrai duo formé avec son frangin Joshua Chiquimia Crampton. Ce dernier je ne l' avais pas vu venir. Déjà sur "Orcorara 2010" (2020) c' était sa mère Fanny Panquara Chuquimia qui donnait un coup de main aux côtés d' autres invités. Que Crampton collabore n' est pas inédit et on se souvient surtout de "Demon City" (2016) dans lequel apparaissaient la crème de la crème de la Deconstructed Club naissante, Why Be, Rabit, Chino Amobi et Lexxi. Si son frère est longtemps passé sous les radars c' est depuis "Profundo Amor" et principalement "Estrella por Estrella" qu' il se fait à son tour une sacrée réputation dans l' avant garde. Lui aussi mérite le titre d' innovateur fouteur de merde et dans son cas perso c' est dans les doxas concernant la guitare. Preuve s' il en est qu' elles ne sont pas mortes si on ose un petit peu utiliser l' imagination plutot que le copiage. Comme Elysia il tâte de certaines formes psychédéliques et par son utilisation des six cordes il se rapproche bien plus de courants plus "Rock" tel le Post Rock, le Shoegaze, le Post Metal, le Drone ou la Noise tout en y ajoutant à l' instar de sa soeur une aura de sacré en puisant son inspiration dans la tradition Andine. Ce tout nouvel album au titre éponyme apparait comme la somme complète des très nombreuses expérimentations d' Elysia et de son frère au cours des années. Finalement ces plus de dix années de carrières s' apparentant à une succession d' ascensions vertigineuses en terme de trouvailles n' étaient en fait qu' une préparation avant de s' attaquer au plus haut sommet de la chaîne. Sans s' éparpiller tous les deux s' appuient sur les bases solides acquises durant leurs carrières respectives et offrent un véritable disque révolutionnaire. Les guitares flirtant avec des sonorités Métal ou Noise tournoient et tourbillonnent comme si elles rebondissaient contre le mur du son percussifs d' Elysia. C' est face à une véritable tornade de bruit que l' auditeur va être confronté. Le son parait tellement saturé par instant que vous allez prendre peur pour votre audition ou votre système de diffusion et en même temps. Progressivement. Assurément. Vous allez vous apercevoir que votre esprit s' envole et se mettre à danser en entraînant tout le reste de votre corps. Avec ce groove amplifié la fratrie délivre l' une des meilleurs proposition de Trance de ces quarante dernières années. Une version andine surdopée par la technologie du Gospel des chapelles américaines ou des Gamellan Indonésien. Nous passons d'incantations planantes et assez prévisibles ("folklorique") à d' autres bien plus euphoriques, étranges et perturbantes. Les deux Crampton avec leurs expériences acquises au cours de cérémonies andines se révèlent être passés maitres dans ce domaine. Cette musique en apparence lourde et agressive par son déluge sonore se transforme en le plus parfait des vaisseaux spatiaux pour décoller vers les cieux. La sensation éprouvée évoquera certainement aux plus anciens celles ressentis à l' apparition du Shoegaze de My Bloody Valentine ou plus tard face à la Noise Psychédélique des grands Yellow Swans. Mais bien sûr ce qui fait la particularité des deux Crampton c' est leurs influences. Nous voilà confronté à un gigantesque savoir encyclopédique des rythmes d' Amérique du Sud et plus précisément des Andes. Comme à l' accoutumé chez Elysia la musique syncopée Huayno de son peuple d' origine, les Aymaras, domine les débats mais ce sont également d' autres rythmes issus de la région tel la Caporal avec son double Kick qui va vous transporter au cours de titres foudroyants et entrainants. Le son est la clé de voûte de cette musique. Les deux Crampton en mettant au premier plan les textures à égalité avec les rythmes transmettent un message fort autant politique qu' artistique et confirme la vision revendicatrice de cette enfant d' un peuple colonisé : Les sons, selon Elysia, sont « plus anciens que nous et plus anciens que la folklorisation de l'État, plus anciens que les histoires d'origine que les puissances occupantes ont créées pour eux ». Sur son précédent disque sous le pseudo de Chuquimamani-Condori elle avait refusé de pratiquer un réel mastering post production afin disait-elle de "désapprendre les notions de perfections sonores" imposées par le colonisateur et son système capitaliste/consumériste. Il est sûr que ce soit avec celui de "Dj E" et celui du tout dernier certains vont avoir du mal à s' acclimater à l' aspect rêche et agressif du son mais si on se replonge dans certains souvenirs concernant le Rock et ses grands tournants révolutionnaires la découverte de ce disque évoquera des témoignages tel ceux des spectateurs du premier concert historique des Sex Pistols à Manchester ( lire ici ) quand ils expliquent que le son était "pourri", "brutal", "provocateur" ou encore ceux similaires des heureux qui assistèrent à la prestation matinale de Jimi Hendrix à Woodstock. Réussite et révolution artistique assurément mais certainement, parce que, œuvre résolument politique. Faire du neuf avec du très anciens et du très contemporain peut paraître contradictoire quand par exemple les rythmes Aymaras deviennent identifiable à nos petites cervelles d' occidentaux et évoquent ainsi la fameuse "folklorisation" décrite plus haut. Mais quand on se penche sur la pensée de Crampton fille de peuple colonisé en quête de justice c' est une imparable logique qui se met en place: "L' avenir n' est pas devant nous, mais derrière nous (...), avancer c' est aussi revenir". Là où depuis vingt ans les occidentaux à grande rasade de revival bêtas en tout genre s' enferme dans une nostalgie niant et évacuant l' existence d' un avenir possible Crampton, elle aussi en quête d' un passé perdu mais portée par l' espoir, opte pour le modernisme et une profonde remise à jour de ce passé. Sa démarche rappelle celle de l' Hypnagogic Pop et de la Hauntology Music et on regrette qu' un penseur comme Mark Fisher ne puisse se pencher sur ce sujet. Ne faites jamais écouter Elysia Crampton aux neuneus Anti Woke. Parce que non seulement elle leur remet en pleine tronche le sujet de la colonisation (qu'ils regrettent) et sa saloperie mais en plus elle ose porter l' étendard Queer. Eux qui passent leur vie à regretter un "bon vieux temps" illusoire et mensonger seraient bien avertis de se pencher sur certaines divinités Inca/Aymara comme par exemple Chuqi Chinchay, protectrice des Hermaphrodites, ce qui transposé au 21 ème siècle peut aisément devenir la protectrice des Queer LGBT. Mais je crains qu' ils n' en auront cure puisque pour eux seul la vision Catholique Occidentale Raciste est la seule qu' ils connaissent. Si ce disque peut à son approche déstabiliser sachez qu 'il ne déstabilisera que certaines mauvaises pensées qui subsistent en vous et cette musique est capable de les évacuer jusqu' à les détruire une bonne fois pour toute. Un chef d' œuvre absolu qui va à l' instar de ses prédécesseurs semer bien d' idées révolutionnaires et créatrices dans de nombreuses tête d' artistes ou non. Et comme disait John Cage : "Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le."
- DJ ELMOE, quand le Footwork expérimente.
On ne l' attendait plus. Dj Elmoe sort enfin un disque sur un label digne de ce nom. Planet Mu évidemment. Le grand espoir du Footwork découvert sur la légendaire compilation Bangs & Works Volume 1 de 2010 en était l' une des grandes révélations. 15 ans plus tard son "Battle Zone" replace au sommet du genre ce garçon qui si il n' avait cessé de produire de la musique n' avait jamais bénéficié des projecteurs médiatiques. Une immense injustice vient d' être réparée. Intriguant Dj Elmoe l' a toujours été. Dès ses deux titres présents sur Bangs & Works il se différenciait de la scène Footwork puis très vite il disparut pour ne réapparaître que très discrètement par sa participation aux disques des autres mais surtout par des albums sortis en catimini sur le net. "Battle Zone" fait disparaître le brouillard dans lequel Johnathan Tapp aka Dj Elmoe aimait à se lover. Il s' agit bien d'un artiste différent des autres du Southside Chicago préférant offrir une version expérimentale d' un Footwork qui ne cherche ainsi plus vraiment à faire danser. En terme de diversité j' expliquais récemment que Traxman ( ici ) faisait office de mètre étalon dans le Footwork mais Dj Elmoe va encore plus loin en n' hésitant pas à convoquer la Bossa Nova, le classique, la Lounge Music et carrément un accordéon. Mieux encore. Elmoe n' est pas addicte aux sacrés 150-160 BPM. Les tempos chez lui sont bien plus diversifiés que chez ses petits camarades. On le savait mais les 25 titres plus ou moins anciens de ce disque qui peut s' apparenter à une compilation le démontrent avec force. Dj Elmoe est l' un des plus grands. IL peut aisément s' assoir à la table de DJ Rashad, Traxman et RP Boo. De plus il fait figure de trait d' union parfait avec ses soeurs Jlin et Jana Rush plus portées sur l' expérimentation. Redécouvrir son Footwork longtemps mis de côté nous fait rencontrer miraculeusement le choc ressenti début 10's quand le courant explosa à la face du monde. Un choc d' étrangeté et de nouveauté. Tout y est comme en 2010. Ces percussions frétillantes et discrètes qu' il dispose avec parcimonie et malice. Cette TR 808 Rolland qui sait prendre son temps tant elle est maniée avec une agilité assurée. Ces samples qui prennent eux aussi le temps de se dévoiler pour mieux vous faire chanceler et surprendre. Doit-on danser ou tout simplement écouter? Et que dire de cet art de la fausse piste quand les autres, même le meilleurs ne surprennent plus vraiment. La palettes des sentiments est multiple et souvent paradoxale. On peut passer de l' euphorie à l' apaisement et du rêve à l' anxiété en quelques secondes. 15 ans après Dj Elmoe réussit à m' offrir l' un de mes fameux fantasmes musicaux non réalisés jusqu' alors. Combiner le Footwork avec l' autre important courant apparu à la même époque, l' Hypnagogic Pop. "Battle Zone" replace Dj Elmoe dans l' Olympe du Footwork et prouve quelques semaines après le disque de Traxman à quel point ce genre sera toujours synonyme de modernité intemporelle. Maintenant il ne me reste plus qu' à placer ce disque dans le Top du genre que vous retrouverez ici .














