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  • DESIRE MAREA, POST-CLUB DIVIN

    Quatre ans après la claque "Bottoms Revenge" (par ici) un des membres du duo queer Sud Africain Faka nous revient et affole cette fois-ci les boussoles post-club de votre serviteur après avoir titiller celles du Gqom. Premier album solo et premier chef d' oeuvre. (Récap pour les derniers de la classe au sujet du Post-Club ici) Si le premier album de Faka semble devenir un serpent de mer celui de Desire Marea sorti en janvier dans un quasi anonymat devient au fil des jours la grande révélation de 2020. Faka avait entre temps sorti un second ep en 2017 qui avait laissé sur sa faim. Toujours Gqom mais franchement moins envoûtant et surprenant et on commençait même à avoir quelques doutes sur l' avenir du duo plus réputé pour ses performances que ses rares sorties discographiques. Surtout l' art de la déconstruction qui les rapprochait du Post-Club semblait en berne et leur musique prenait une patine vieillotte. Sur "Desire" rien de tout cela. C 'est même une énorme surprise futuriste. Une nouvelle fois le post-club s' annonce comme une des locomotives de la décennie entamée. Le Gqom ne subsiste dans la musique de Marea que par bribes. Des bribes certes parsemées un peu partout mais souvent détectables que par les junkies du Gqom des débuts. On retrouve aussi parfois les sound-collage qui étaient une des marque de fabrique de Faka mais ils semblent eux aussi être devenus mis en retrait même si un titre comme "The Void" et ses incantations en zoulou ne dépareilleraient pas sur "Bottoms Revenge". L' aspect cérémonial semble quant à lui bien plus mis en avant et flotte sur le dancefloor où Marea nous attire une forte odeur de divin. Dieu sur un dancefloor avec un dj queer aux manettes.L' auditeur va être complètement déboussolé par ce mélange de divinité et des sujets comme l' amour, la luxure, la perte, le déracinement et le sentiment d' appartenance à une communauté. Encore une fois le post-club prouve ses énorme capacités à restituer la complexité de notre époque. Parce que de ce disque on peut bel et bien parler de Post-Club comme il était justifié au sujet du chef d' oeuvre d' Yves Tumor "Safe in the hands of Love". A la fois visible et invisible. Passif ou actif. Avec ses manières franchement Post-Club le Sud Africain s' attaque à une multitude de styles et les titres s' étendent sur une gamme très variée. On navigue entre Gabber et Synthwave dès "Zibuyile Izimakade" puis vient une sage pop incantatoire à base de Marimba et de Hip Hop pour le single ""You Think I'm Horny", une tuerie électro disco ( "Tavern Kween") à la Gus Gus (!!!), une attaque martiale instrumentale digne de Chino Amobi et de la Drill and Bass d' Aphex Twin et Suarepusher et on arrive au déjà cité "The Void". L' art du collage sonore évoque l' un des pionnier du Post Club Total Freedom et en même temps une certaine précision expressive queer et goût pour l' extravagance amènera à SOPHIE. Comme pour Arca il semble que chez Desire Marea la musicalité, les voix et le goût de la performance artistique s' entremêlent et ne font plus qu'un. "Desire" déborde de trouvailles fraîches et galvanisantes qui permettent de dépasser le simple travail de déconstruction pour offrir un univers neuf et totalement étranger jusqu' alors.

  • AUTECHRE, génies assagis? Qu'en apparence.

    Ça fait 33 ans que ça dure. 33 ans a ne jamais sombrer dans l'inutile, la redite, le tout venant. 33 ans qu' ils ont largué les amarres et quitté le morne quotidien de la plus part en nous entraînant avec eux. Pas d' Autechre, pas de Dancing With The noise. Pas ce goût pour l' étrange, l' inconnu, un futur imprévisible. Pas cette attraction pour une dystopie qui s' avère de plus en plus pertinente. 33 ans que ça dure et à nouveau en 2020, ces deux types de Manchester m' ont encore poussé à me cloîtrer dans leurs monde pendant des heures. Et avec deux albums sortis coup sur coup s'il vous plait! Des instants magiques à disséquer, à s' abandonner, à s' émerveiller. Je n' ai jamais chroniqué un disque d' Autechre. Inutile ou peut être, infaisable. Comment expliquer que leur musique est l' une des plus passionnante, essentielle, vitale depuis autant de temps. Comment mettre les mots avec mon faible bagage sur ce petit miracle qu' ils réussissent en permanence. Petit miracle consistant à produire une musique issue de machine et pourtant tant humaine. L' une des plus humaines et juste. C' est que nos deux génies n' ont jamais réellement divulgué leur secret. Le secret ! Une musique de machine bancale comme un humain. Leur dernier "vrai" album si on ose dire c' était l' inconstant "EXAI". Inconstant parce qu' il offrait une succession de sommets artistiques un peu trop espacés par des moments un brin banals. Mais la banalité chez Autechre est souvent l' équivalent de la folie douce chez les autres. Un jour plus frisqué que les autres mais toujours sous l' égide de leur éclatant soleil Noir. Je parlai de "vrai" album si on référait à une certaine norme. Pas la leur. Parce que dans ce cas-là et comme les Top annuels de DWTN l' atteste les Autechre ne nous pas épargnaient en coups de boule abstraits. En agressions sonores magistrales multiples et variées prenant souvent l' apparence de marathons musicaux éreintants mais toujours vivifiants dans un second temps. Les sessions de 8 heures pour la radio NTS, monstrueux dédales où l' intransigeance et le génie du duo vous surprenaient à tout moment pour ne plus vous laisser en sortir. Et ça c' est si vous n' aviez pas laisser votre peau dans le vrai-faux album "Elseq" de 2016 sorti en 5 volumes et cumulant 4 heures de musique. "Elseq" lui aussi un monstre d' abstraction. Un sommet du genre pour Autechre. Allaient-ils finir par se perdre, nous perdre, à force d' exigence et de demande d' endurance envers l' auditeur? Le quatorzième album "SIGN" est la balise qu' il fallait au bon moment certainement. C' est aussi pour ceux qui avaient fini par l' oublier à force d' abstraction la preuve ultime du talent et du génie des deux mancuniens. Une balise à laquelle les probables naufragées de leur longue carrière peuvent s' agripper. "SIGN" est un disque fortement mélancolique, moins agressif et intransigeant. Du AUtechre pudique, tendre et agréable. Beau dans le sens commun du reste du monde. Pas de réel sentiment d' étouffement ou de malaise comme il s' en dégageait de plus en plus depuis 15 ans. Certains se sont contenté dedire que "SIGN" était leur oeuvre la plus dépouillée depuis des lustres. Tout dépend ce que l'on entend par "dépouillée" tant cet album met à jour la talent des deux gars dans l' art du détail. Il en faudra de multiples écoute pour enfin contempler la richesse et la variété de ces détails. On trouve des traces des albums précédents mais que des traces. Pas de redite ou de travail compilatoire facile chez eux. "SIGN" à peine digéré que déjà Autechre revient offrir une deuxième balise sur le chemin menant à leur oeuvre labyrinthique précédente. "PLUS" peut être lui aussi considérée comme une porte d' entrée accessible mais Autechre reste Autechre et ce dernier disque est plus brut de décoffrage que "Sign". Moins "beau" parce que plus décapant, une ambient un brin plus sombre et moins douce. Moins surprenant après "Elseq" et les "NTS Sessions" mais toujours intriguant. Peut être mon préféré des deux. J' expliquai que mon goût pour les musiques futuristes souvent à connotations dystopique me venait probablement des Autechre. Ils avaient semé en moi les graines pour cela. Quand je vois ce que j' apprécie de nos jours, les expérimentations africaines de Nyege Nyege, le Post-Club des Lotic M.E.S.H. ou les délires aventureux d' un Daniel Lopatin ou d'une Holly Herndon on peut considérer les Autechre comme des guides spirituels voyageurs du temps qui fin 1994 déboulèrent nous prévenir qu' il ne fallait pas avoir peur du futur et de l'inconnu si on voulait justement qu' ils soient meilleurs. Ce temps curieux où votre serviteur passait d' Oasis à Autechre pour glisser sur Pulp et terminer dans les bras du furieux Richard James. Un temps pas si révolu que ça en fait. Et si parfois une légère impression de déjà entendu apparait au cours de "SIGN" et "PLUS" les diables d' Autechre prouvent une nouvelles fois leur pertinence et n' apparaissent absolument pas comme un "vieux machin" largué au milieu des jeunots. Bien au contraire. Ils avaient trente trois ans d' avance et peut même, plus! A suivre.

  • JAM CITY, retour surprise de l' un des grands de la décénie écoulée.

    On y croyait plus tant les nouvelles se faisaient rares en ce qui concerne Jack Latham aka Jam City. Ce petit saligot vient d' annoncer la sortie imminente de son quatrième album, "Pillowland", toujours son label historique, Night Slugs. Outre un changement total de look accompagné de posture et de photos rappelant fortement Yves Tumor l' anglais nous offre une vidéo teaser du disque et raconte des histoires sordides de piratage de compte de twitter. Bref on sait pas trop à quoi s' attendre de la part de l' un des grands artistes novateurs des 10's. Histoire de patienter et pour mieux vous faire comprendre qu' indépendamment des qualités du futur disque ce type est à surveiller de près parce que les cadors du moment en matière d' avant garde dancefloor lui doivent beaucoup. Il a participé dès 2012 avec son grand classique "Classical Curves" à la modélisation de la Deconstructed Club et à son lancement sur orbite mondiale. Autant le dire c' est l'une des icônes de ce blog. Jetez-vous sur l' immense "Classical Curves" qui a façonner le son post-club du présent pour ensuite l' abandonner pour une escapade Synth-pop hypnagogique où apparaissait sa passion R'n'b annonciatrice de sa collaboration avec Kéléla. Pour Jam City dans DWTN, cf les mots clés.

  • GOOD SAD HAPPY BAD, Mica Levi et ses Shapes s' attaquent à l' indie 80's

    Micachu & The Shapes reviennent sous une nouvelle appellation et nous offrent la relecture idéale de l'Indie 80's pour 2020. Un petit fantasme assez pervers et intelligent pour ne pas être rétrogaga. Mica Levi semblait avoir laissé tomber ses vieux copains définitivement depuis le dernier album du groupe de ses débuts (2015). Faut dire que l' anglaise avait du pain sur la planche entre ses projets solos touche à tout , ses bandes originales de film et ses collaborations multiples avec Oliver Coates, Tirzah ou Babyfather entre autres. Sa carrière solo est l'une des plus passionnantes de la décennie écoulée et elle n' a eut de cesse de squatter ce blog en oubliant pas de devenir une habituée des tops de fin d' année. 2020 marque donc le grand retour de l' une des rares formations indie à guitares parmi les plus passionnantes au début des 00's qui a vu péricliter ce courant comme jamais à force de rétromanie et groupes interchangeables. Mica Levi retrouve donc Raisa Khan et Mark Pell sous un nouveau nom qui n' est rien d' autre que celui du dernier Micachu & The Shapes. Aux trois historiques s' est ajouté CJ Claderwood avec ses talents de saxophoniste/producteur/programmateur. "Shades" est une belle petite réussite mais tout sauf une surprise en matière de disque faussement rétro tant leur talent est demeuré intacte. Ils semblaient toujours avoir tourné autour des 80's indie sans réellement franchir la faille temporelle avec leurs manies Lo-fi. Mais cette fois-ci c' est la bonne et ils assument une fois pour toute ce que l'on soupçonnait fortement. Ce disque prouve que ces gens-là ont dévoré l' âge d' or Indie. Se sont gavé de Dream Pop, de C86, de Jangle Pop, de Twee Pop et du Paisley Underground. Ils ont décortiqué les débuts du Shoegaze via My Bloody Valentine comme ils ont tout autant bien étudié à la loupe le Grunge. Ces courageux aventuriers sonores sans œillères ont également porté très haut l' étendard slacker allant jusqu' à le faire rentrer dans l' enceinte des salles pour orchestre symphoniques ("Chopped & Screwed"). Avec le dernier disque ils reprennent le drapeau brodé par les Pavement pour repartir à la conquête de leur héritage indie britanique. Avec celui des Fontaines D.C. un autre grand disque Pont transatlantique pour 2020. "Shades" offre de solides mélodies s' appuyant sur des rythmiques imprévisibles et puissamment iconoclastes dans les genres et les époques retravaillés. L' approche Avant gardiste reste et demeure la caractéristique essentielle de Mica Lévi et ses compères. Celle qui les propulse au dessus du lot comme le prouve le magistral ornement ambient. Une ambient bien personnel qui déborde de mille et une idées. La voix de Raisa Khan n' a jamais été aussi essentielle avec son aspect désinvolte et fragile à la fois. Un des éléments les plus fortement marqués 80's de "Shades". Les guitares reprennent de la force entre leurs mains et n' hésitent pas à citer sous couvert Nirvana autant que le My Bloody Valentine des débuts. Les riffs indies semblent avoir retrouver une certaine virginité après des années de recopiages incessants dépourvus d' imagination et de personnalités . Faut dire que le saxo de Claderwood et certaines aspirations jazz mariés au courants déjà cités à de quoi paraître réellement original. Il s' agit bien là d' une relecture réellement aventurière où un sens inné de l' humour et une douce ironie évoque un groupe de quadra biens dans leur peau qui ont décidé de jouer avec leurs cultes d' adolescents quand d' autres se vautreraient dans la muséïfication neuneu. Une désacralisation respectueuse et pertinente. Micachu & The Shapes en changeant de nom assument un goût caché pour une certaine Pop sucrée nimbée d'ne perversité intelligente s' appuyant sur une production méticuleuse et raffinée. "Shades" évoque fortement d' autre relecture Hypnagogique d'un courant du passé, Ariel Pink s' emparant de ses souvenirs de Pop 80's et 70's et celle concernant le R'n'b par Tirzah. Mais rien de plus normal quant à cette dernière puisque Mica Levi est copine et productrice de l' auteur du somptueux "Devotion". Et encore un chef d' oeuvre à mettre au compte de Lévi et ses amis dans leurs passionnante carrière. Pour ceux qui connaissaient pas, voici une petite playlist C86-Twee Pop-Paisley Underground

  • HALLOWEEN 2020, la Mixtape

    1. Roly Porter "Assembly" 2. Duma "Lionsblood" 3. Regis "Another Kind Of Love" 4. Heather Leigh "Phrases On The Mount" 5. Klein "When Jesus says yes, nobody say no" 6. Cucina Povera "Salvia Salvatrix" 7. Klein "When Jesus says yes, nobody say no" 8. Dijit "1772 (feat SD - Cover)" 9. Mj Guider "Quiet Time" 10. Goblin "Suspiria" 11. Villaelvin "GHOTT ZILLAH" 12. Metal Preyers "Hard Screw" 13. Menzi "Impazamo" 14. Menzi "QGM Dance" 15. Blacksea Nao Maya & DJ Kolt "Terror" 16. Judgitzu "Kelele" 17. Nico "Mutterlein" (2007 Remastered version) 18. Elysia Crampton "Crucifixion" (feat Shannon Funchess)

  • Fontaines D.C., Porridge Radio & Idles: les bons, les gentilles et les idiots du Post-Punk

    Quid des guitares post-COVID? Petit retour sur ce que je n' ai pas pu chroniquer cette année. Si les guitares semblent toujours à l' agonie en 2020 certaines tendances apparues auparavant se confirment. En gros c' est un certain revival post-punk qui domine permettant à ces artefacts du 20ème siècle de briller miraculeusement et même parfois, de faire espérer pour leur avenir. LES GENTILLES Des guitares toujours en recherche de tête de gondole ou devrais-je dire de messie. Et en la matière 2020 a débuté avec la grosse hype Porridge Radio. Véritable buzz chez les fans et les critiques jusqu' à ce que le Covid passe par là et perturbe franchement le lancement sur orbite de la tête de gondole. Porridge Radio nous vient de Brighton et comme tant d' autres reluque sacrément le passé. Plutot qu' être ennuyeux ce groupe dans une moindre mesure réussit le petit miracle entendu chez les post-punk Fontaine.D.C, Shame et The Murder Capital. Bref faire un petit peu de neuf avec beaucoup de vieux et offrir quelque chose d'un temps soit peu personnel. Comme chez les noms cités la musique de Porridge Radio lorgne sur le post-punk mais possède certaines particularités. L' une d' entre elles est un goût prononcé pour l' indie rock des 90's. Celui qui avait élu les Pixies plus grand groupe du monde et fait de PJ Harvey sa Sainte alors que Fontaines D.C. ont quant à eux une certaine prédilection pour le versant Britpop et ses singles susceptibles de sortir des rangs indies. PLus exactement Porridge pourrait passé pour les petites soeurs des plus récentes Electrelane. Des Electrelane plus radiogéniques et moins expérimentales avec pour preuve l' absences titres purement instrumentaux. Si Electrelane nous marquait par ses chœurs collectifs Porridge a pour figure centrale la voix de Dana Margolin. Une Dana Margolin qui vous touche en plein cœur avec ses phrases simples parfois répétitives et sa voix qui racle et déchire. Margolin et son groupe vous plonge dans la complexité humaine d' une curieuse manière. Leurs chansons peuvent être à la fois brûlantes et impitoyables puis réconfortantes et cajoleuses. Porridge semble se dire que répéter sans cesse ce qui fait mal va avoir pour résultat d' hâter la résolution de nos problèmes. En parallèle le groupe via sa chanteuse nous apporte également quelques solutions simplissimes paraissant un poil trop évidente mais toujours pertinentes. Les titres ont de sérieuses capacités en terme d' accroche radiophonique et d' efficacités mais sans suivre un seul et unique schéma facile. La panoplie stylistique est plus large que prévue sans que l'on se perde face à un son océanique où des courants chauds éclatants voisinent d' autres plus froid par épurement. Parfois le groupe se révèle plus enfumé et sombre avec des approches dub. Alors oui on est loin de la marge expérimentale du rock indie des 90's, Porridge Radio ne va pas aussi loin que Girl Band tel des Sonic Youth 2.0. Oui le côté lyrique de Margolin peut agacer, devenir la marque de fabrique un peu trop évidente et un simple produit d' appel. Mais leur quatrième album, deuxième réellement distribué, intitulé "Every Bad" constitue une bonne petite surprise laissant planer un brin d' espoir pour l' avenir. LES IDIOTS UTILES DE LA LUTTES DES CLASSES L' épineux cas Idles. Idles est devenu ces derniers temps sujet à controverse. On va parler musique bien sûr mais aussi de la polémique qui poursuit les Idles depuis quelques semaines. Le groupe subit les attaques de certains de leur congénères et pas des moindres. Plutot des types qui en ont dans le ciboulot. Cette polémique n'est pas à rejeter d'un revers de la main avant de se concentrer uniquement sur l' artistique et d' entamer la chronique du récent "Ultra Mono". Une polémique qui en dit long sur les déchirements et l' incompréhension qui règne dans nos sociétés. Depuis ses débuts ce groupe a assumé et s' est revendiqué comme un groupe engagé et contestataire quite à en faire une véritable petite marque de fabrique relayée avec force par des médias énamourés. Quelques uns avait vite repéré que le discours Idles était un brin naïf façon "Miss Monde" quand ce discours suffisait à d' autres pour les propulser chef de file d' une contestation un brin caricaturale. Alors bien sûr un groupe agissant de la sorte doit s' attendre à un retour de bâton. Surtout si dès le début il existait certaines failles dans des fondations coulées un peu à la vite. Que des types issus de la Working Class tel Williamson de Sleaford Mods ou Lias Saoudi de la Fat WHite Family s' en prennent aux Idles plutot de classe moyenne n' est absolument pas surprenant. L' attitude et les façon de faire des Idles est une énième fois la preuve du complexe de supériorité dont est imprégnée la mentalité des classe moyennes. Parfois à leur insu et malgré toutes leurs bonnes volontés. Parfois... Ce fut d' abord le bon Jason Williamson des Sleaford Mods qui après avoir apprécié les premiers efforts du groupe leur a balancé une assassine accusation d' "appropriation de classe" sociale. En gros ils la jouent Working Class mais sont bel et bien issus de la Middle Class. Est-ce que Williamson exagère? Peut-on y voir une espèce de réaction teinté de jalousie ou d' un sentiment proche du réflexe "chasse gardée"? Non parce qu' il connait son affaire et développe rapidement des arguments solides. A qui veut bien les entendre. Et Williamson de continuer à la situationniste sans le savoir au sujet du rôle de l' art musicale que les Idles jouent vraiment: "La musique ne peut pas résoudre les problèmes politiques. Et je pense que leur point de vue est cliché, condescendant, insultant et médiocre. Et c'est pourquoi j'ai un problème avec eux. " Et on ne peut que le confirmer. Rabacher de la même façon un brin Dada parce que ça fait rire depuis trois albums les même sujets sans réellement faire évoluer sa pensée, et sa musique, devient un brin inoffensif parce que très vite caricatural et attendu. Idles et ceux trouvant ces accusations illégitimes voir incompréhensibles n' ont toujours pas compris que l'on parle toujours du milieu où l'on a grandi. Qu' il en reste toujours suffisamment quelque chose pour biaiser la vision que l'on a des choses et qu' il faut y prendre garde en permanence sinon on loupe la rencontre avec l' autre et les chances de le convaincre s' amenuisent. Par exemple certaines chroniques françaises dans lesquels leurs auteurs rejettent d'un revers de la mains les piques de Williamson et de Saoudi en disent longs sur l' aveuglement, le manque de connaissance voir même sur un certain déficit d' empathie lié à des préjugés tenaces par les gens de classes moyennes à l' encontre de ceux d' en bas. Et au propos des réactions de certains critiques pro-Idles balayant sous le tapis l'aspect lutte des classes que porte en elle la polémique il y a quand même une sacrée ironie à les lire. Eux qui n' ont eut de cesse de parler et mettre en avant les parties pris de Talbot presque exclusivement sociétaux , sa dénonciation franchement caricaturale des élites, de la masculinité toxique et du racisme ne se limitent dorénavant qu' à citer vite fait les même sujets pour se concentrer sur de l' intérêt artistique (on verra plus tard franchement en berne) et divertissant du disque. Ils mettent en avant l' énergie dont les Idles font preuve et osent le folklorique second degré que nous sortent de la toute autant coutumière manière les classes moyennes quand on leur indique leurs erreurs, contradictions et parfois leur cynisme. Du fond dans ces chroniques? Plus grand chose ou si peu! Les qualités des Idles mises en avant : énergique, rigolo, spectaculaires et motivés, parfaits pour les festival, bref une définition adéquate du parfait entertainer. Euh... c' était pas censé être le populo qui se vautrait dans le divertissement abrutissant, toque et sans fond quand la classe moyenne se cultivait en écoutant des groupes intello ou engagé à la Radiohead? Quand Talbot dénonce dans ses chansons le racisme rural ou le vote Brexit un autre de nos chouchous le clash illico. Lias Saoudi des Fat WHite Family complète et précise la critique de Williamson: «La dernière chose dont notre culture de plus en plus puritaine a besoin en ce moment est un groupe issu de la classe moyenne auto-stérélisante nous disant d'être gentils avec les immigrants» Et d' en remettre une couche avec : "Vous pourriez appeler cela de l'art, je l'appelle un pédantisme sentencieux". Et oui je sais, il semblerait que l'on soit plus futé dans la working que la middle class et je vous épargne la réponse bas du front de Talbot tellement elle fut pathétique. En gros aucune remise en question et les faites pas chier pendant leur quart d' heure Warholien. On ne peut pas en appeler le peuple à l' unité et faire la leçon en même temps. Ça va très vite se révéler contre-productif. Cela rappelle beaucoup les critiques sur les gilets jaunes par la classe moyenne d'ici qui détournait la conversation sur l' homophobie et le racisme de certains et repoussait ainsi les justes et pertinentes revendications. Et Saoudi de conclure sur un mode qu'on osera dire franchement DWTN anti-rétro: "Pour moi, le post-post-punk classe moyenne représente un effondrement dans la nostalgie, né d'un refus du présent, dans un monde où le futur a été pratiquement annulé." Quand je l' avais abordé (ici) on pouvait déjà sentir mes doutes autour de la formation de Joe Talbot. Politique mais aussi musicale. J' écrivais à leurs propos de "gentillets soubresauts des guitares à l' agonie". Une manière de ne pas se faire aveugler par leur côté énergique et hardcore rafraîchissant un instant mais déjà mille fois entendu. L' énergie ne suffit pas toujours et on peut faire ou dire, d' énergiques conneries. Autant le dire tout de suite leur troisième album a éclaircie les doutes et signe l' acte de décès de certaines prétentions post-punk que leurs illustres aînés avaient su maintenir. Les Idles s' y révèlent incapables de voir plus loin que leur bout du nez et offrent une redite ennuyeuse. Certains les imaginaient en Clash capable d'une certaine prise de risque stylistique avec une grande envie de découverte des autres courants musicaux extérieurs à leur scène, en réalité ils ne seront que des Buzzcocks de deuxième division. Incapables de la moindre prise de risque. Pire! Ils semblent régresser et perdent d' une manière prématurée leur tranchant. A part deux ou trois titres c' est roue libre et les chroniques dithyrambique semblent réellement exister que pour sauver le soldat Idles, tête de pont de l'industrie musicale en berne depuis le Covid. A moins que, ce ne soit que par simple réflexe d' auto-défense de classe? Le succés et l' usure des tournées n' y sont certainement pas étrangers. Mais il y a avait aussi peut être des capacités en deça de ce que certains ont cru ou voulu voir. Leur penchant post-hardcore comme certains faux-semblants n' y peuvent plus rien pour faire passer la pilule. Le gentil et revigorant hédonisme engagé de leurs photos et prestations scéniques a fait place à une routine trop visible et devenant un brin agaçante. Ils sont même aller chercher le pote de Nick Cave, Warren Ellis, à la rescousse pour palier un manque évident d' imagination et d' originalité. Même Jenny Beth y va de son aide mais ne parvient à éviter le naufrage. Rien n'y fait. Et que dire d' une saugrenue tentative de lorgner les territoire plus dark d' Interpol sur le pathétique "A hymn" en guise de faux renouvellement mais vrai retour en arrière. Tentative qui a pour seul mérite de rappeler aux poissons rouges de la chronique qu' Idles s' est cherché longtemps, très longtemps, et qu' ils déboulèrent au début des 10's avec une espèce de redite d' Interpol/The Rakes chargée de relents ...U2 ! A ouais dit comme ça, on comprend mieux qu' il y avait un vers dans le fruit musicalement et politiquement. On a vraiment l' impression d' être face à un groupe un brin naïf qui après des années d' apprentissage avait trouvé une petite recette miracle mais se révèle pour l'instant incapable de voir plus loin et de se renouveler. LES BONS. Voir même TRÈS BON. Et le Post-Post Punk de Fontaines D.C. est-il comme celui de Idles un effondrements dans la nostalgie comme le dit Saoudi? Pas si sûr. Peut-être simplement parce qu'ils plus futés et courageux. Fontaines D.C. était attendu. Inutile de présenter le plus grand groupe indie du monde (voir ici).Comment le groupe le plus prometteur de sa génération allait-il survivre à leur immédiat succès critique et publique. Allaient-ils se désagréger à la Stone Roses? Un premier album devenu illico un classique puis une triste agonie? Ils auraient pu faire comme Idles, se répéter inlassablement et devenir non pertinent. Mais non. Pas eux. Pas de trajectoire à la Interpol ou d' explosion dans la stratosphère à la Oasis. Ils avaient les cartouches pour ça afin que l'on y voit que du feu un temps mais ne l'ont pas fait. Ce "A Hero's Death" est une prise de risque réelle et une réussite totale. La prise de risque de ceux qui ne cesseront pas de chercher, de se questionner et d' aller plus loin . Voilà la différence ultime avec Idles. Quand "Dogrel" offrait des hymnes poétiques euphorisants accessoirement calibrés pour les festivals " A Hero's Death" se révèle plus complexe à appréhender. L' euphorie fait place à une rigoureuse mélencolie. Quand "Dogrel" semblait cassant, flamboyant et carré le dernier offre des contours plus flous et présente des strates atmosphériques virevoltantes. Ainsi la voix de Chatten n' a jamais été plus hanté et déprimé. Bien moins gouailleuse. Ses textes sont plus introspectifs et délivrent une certaine angoisse absente aux débuts et réussit le miracle de perdre définitivement ses habitudes à la Ian Curtis. Mais il ne faut pas s' y tromper. Les Fontaines.D.C. ne se sont pas pour autant assagis. Toujours autant perturbateurs et anticonformistes. Toujours ces révolutionnaires insouciants développant une rage salvatrice alliée à une forte empathie. Les dignes héritiers de la tradition socialiste bohème de leur quartier ouvrier, The Liberties. Si les paroles semblent plus personnels Chatem et ses sbires nous parlent bel et bien de notre monde contemporain à travers leurs expériences. Succés oblige Dublin et sa vie quotidienne est loin mais le Capitalisme et le consumérisme en prennent encore un sacré coup. Tiens! En voilà une autre différence et pas des moindres avec les Idles. Côté instrumentation ce groupe se révèle encore une fois l' un des plus talentueux et chercheurs. Plutot que des inventeurs révolutionnaires qui change la donne du jour au lendemain ils appartiennent à la caste des méticuleux qui par leur ingéniosité et sans crier gard assènent toujours la petite surprise qui additionnée aux autres fera toujours avancer le bidule. Les rythmiques sont tendues et musclées sans passer par la case dopage. L' influence de CAN est toujours persistante et agit discrètement pour singulariser l' ensemble. Les deux guitaristes diversifient davantage leur jeu et osent se faire télescoper des pans entiers de la culture indie d' une manière totalement nouvelle. La grande force de ce groupe est leur façon à la fois grossière et légère de citer le passé pour en un rien de temps offrir quelque chose de tout à fait personnel. Et que dire de l' étonnante capacité du groupe à passer d'une rive à l' autre de l' Atlantique sans que cela ne fasse artificiel et qu' ils perdent leurs identités irlandaises et européennes. Les guitares de Sonic Youth et de Television se retrouvent confrontées au savoir faire Britanique de toutes les époques. Un Morrissey jouvenceau embraye sur une intro Interpolienne ("You said") quand ce n' est pas l' hymne Glam "Ballroom Blitz"des Sweet qui se retrouve confronté au "Last Lite" des Strokes pour déboucher sur toute autre chose un rien Beach Boys en un seul titre" A hero's Deaf". "I Was not Born" déterre le Velvet en le déguisant en post-punk et "Living in America" rend hommage à Suicide. Fontaines joue des références pour mieux s' en éloigner et tracer son chemin. Au bréviaire post-punk les Fontaines D.C. ajoutent des pages de ballades Britpop que ne renieraient pas Blur et Oasis. Et quand retentit "No" en guise de conclusion je retrouve exactement la même émotion adolescente qu' il y a 30 ans avec le "Looking Glass" des La's. Fontaines D.C. avait offert un premier classique, ne vous posez plus de question. "A Hero's Death" est le deuxième. PS Je n' avais pas envie de vous montrer les derniers clips des Idles mais finalement je pense que cela peut parfaitement illustrer les critiques et la réaction à ces dernières que j' aborde. Depuis les attaques ils ne cessent d' être filmés dans le quotidien du "peuple". Talbot qui prend sa voiture, les Idles font les courses et du covoiturage ou le "bon peuple" sait s' amuser façon clip caricaturaux à la con gnangnan du temps du confinement . Plus encore qu' auparavant. Quand ceux de Sleaford Mods faits avec trois bouts de ficelles transpirent le réel et la débrouille ceux des Idles, toujours bien foutu et plus léchés, semblent transpirer franchement un sale petit air de plan com.

  • SAULT, Mystérieuse Néo Soul combattante post George Floyd

    Le mystère musical 2020. 2020, l' année de colères interminables qui semblent être vouées au bâillonnement face à l' apathie d' une large majorité et l' obstination suicidaire d' une si petite quantité mais puissante d' affreux idiots. Comment les exprimer ces colères quand toutes les actions utilisées par le passé se révèlent inopérantes? Comment le mettre en musique? Faut-il utiliser là aussi celles qui ont fait leurs preuves au risque de louper la cible et de ne plus émouvoir mais juste "divertir" ? Sault est un mystère à lui tout seul. Collectif? Vrai groupe? Et si il y avait un petit génie multi-instrumentiste à la Prince derrière tout ça? Même la reconnaissance euphorique de certains et la totale ignorance des autres concernant sa notoriété est une énigme. Sault est apparu l' an dernier sans crier gare. En 18 mois, 4 albums! Deux doubles en à peine 12 semaines. Et rien en terme de promo, pas même des concerts ou une utilisation intensive des réseaux sociaux. Tout le temps semble n' être prédestiné chez Sault qu' à la création musicale. Question information sur ses membres idem. Rien ou alors très peu. Le nom des producteurs (Inflo & Little Simz) et c' est tout avec de vagues présomptions sur d' autres membres. Mais une chose est sûr Sault aura marqué l' année 2020. D' abord parce que ses deux albums ont en commun avec les deux autres de 2019 le fait d' être de haute facture comme on dit. Probablement les meilleurs dans le courant musicale auquel on peut les rapprocher. La Néo-Soul. Vous savez ce vieux trucs qui a le mérite de toujours effectuer un retour aussi tonitruant que parfois bref dans nos existence selon les sorties discographiques et les modes journalistiques. Ou juste quand un ambigu alliage de désir jumelle besoin sexuel, volonté rebelle d' action politique et sociétale quand ce n' est pas chez certains qu'une vague recherche de confort dans nos cocons domestiques devenus des étouffoirs par temps pandémiques. Quand "Untitled (Black is)" sort le 19 juin dernier c' est déjà une petite secousse qui va charrier un petit culte déjà grandissant chez les fans et certains critiques. Pour beaucoup ce sera la BO de l' été post-George Floyd et le mouvement de contestation mondial que son assassinat a entraîné. A peine quelques jours après la mort de Floyd sort donc ce double album imprégné de tristesse et d'une ardente volonté d' apaisement sans non plus baisser les bras. 20 titres de néo-soul s' inspirant des 50 dernières années de musiques noirs. Sault possède un savoir encyclopédique en la matière mais je me dois immédiatement de vous prévenir sur un point. Un point qui explique à lui seul la présence de Sault dans ce blog. Sault réussit là comme d' autres dans des styles différends en faisant dans le rétro sans vraiment que cela en est et parvient à déjouer les affres du déjà entendu. Et le plus étonnant sur une assez longue durée. Sault est à la Néo-Soul ce que Fontaines DC est au Post Punk ou Kelly Lee Owen à l' électro sont. Une espèce de faille temporelle reliant un passé mille fois entendu et un futur proche. Réussir à faire du neuf, du personnel, quelque chose bien dans l' air du temps, avec beaucoup de vieux. Le suivant, "Untitled (Rise)", sorti le 18 septembre se révèle être exactement du même acabit avec peut même une encore plus grande réussite. Et toujours sans trahir le mystère des débuts. "Untitled (Rise)" se différencie de son prédécesseur par une volonté plus affirmé d' être constructif et combattant pour la cause noire. Dans les deux disques l' auditeur va donc retrouver des territoires connus mais agencés d' une manière nouvelle. La surprise dans les changements stylistiques est encore présente sur les 15 derniers titres parus. Sault évite la niche en tâtant de TOUT! House, Funk, Disco, Hip Hop, R'n'B, Jazz, Afrobeat, Gospel etc etc. Bien sûr qu' ici on aurait aimé un rapprochement avec l' avant-garde africaine ou le Post-Club version NON Worlwide mais dans ce cas cela tient pour le moment du miracle. Pour le moment, sait-on jamais. Avec le tout dernier apparaît pour les avides de référence de franches ressemblances avec les grandes ESG. La rythmique Post-Punk s' incrustant partout et se mêlant à tout les autres genres. Il est vrai que "UNtitled (Rise)" sonne beaucoup plus dancefloor que son précédent. Sinon le reste du temps et surtout sur le "(Black is)" et la fin de "(Rise)" c' est le fantôme du gigantesque "There a Riot Goin' on" de Sly And Family Stone. Ce monument de colère tout en retenue qui fait mal. On pourra bien sûr citer Marvin Gaye pour les paroles et les teintures Smooth-Soul, Prince pour le goût de l' hybridation et un zeste de Stevie Wonder. Sault retranscrit mieux que quiconque par des sortes de cantiques hautement spirituels et émouvants les sentiments de paranoïa, de chagrin, d' exaspération et d' une volonté de changement et de lutte. Parfois les structures des titres paraissent squelettiques, l' instrumentation minimal puis ce sont de riches et fastueuses cordes qui vous surprennent et vous enveloppent pour vous porter comme aux plus belles heures de la Philly Sound. Les "Sault" comme tant d' autres de nos jours disent "Nous n' allons plus supporter" mais en appellent à tous de sortir de nos torpeurs et peurs pour passer à l' action sans vraiment en passer pas la guerre comme autrefois certains rappeurs. Violence, non-violence, le tout face aux violences pseudo"légitime" des pouvoirs en place et des polices. Une fois encore Sault tombe juste avec sa musique nouvelle aux fortes senteurs rétro. Bonne tactique ou pas, l' avenir nous le dira.

  • RIAN TREANOR, métaplasme pour dancefloor

    L' an dernier Rian Treanor avec son premier album "ATAXIA" (20ème du top 2019 DWTN) avait confirmé tout le bien que l' on pensait de lui depuis son premier ep en 2015. 2020 le voit revenir et encore une fois il hausse la barre encore plus haut. Et en plus, il touche notre corde sensible africaine après avoir flatter celle Footwork. A chaque fois que je parlais de son confrêre en matière de Computer Music extrème Gabor Lazar le nom de Rian Treanor lui était associé (ici et là ). Déjà à l' époque j' exprimais mon hâte de voir l' originaire de Rotherham* offrir son premier grand album (*: ville voisine de Sheffield ce qui veut dire beaucoup en matière d' électro). Treanor a pris son temps avant de se lancer sur long format et quand ATAXIA est sorti l' an dernier c' était une réussite mais un petit quelque chose pouvait tracasser. Il semblait que Treanor avait vu sa vitesse de croisière ralentir entre ses ep et son LP. Bref, ATAXIA répétait ses oeuvres précédentes, d' une manière plus que convaincante certes, mais on avait pris l' habitude de voir le bonhomme avançait par grandes enjambées dans l'inconnu à chaque sortie. Le si judicieusement nommé "File under UK metaplasm" remet les pendules à l' heure aux sourcilleux de mon genre parce que Treanor reprend sa course vers les territoires vierges. Mais avant de se pencher sur ses nouveaux territoires de jeu il faut préciser d' où est parti Rian Treanor parce que cela a son importance. Treanor est donc né en 1988 à côté de Sheffield en plein Second Summer of Love de l' union d' un couple de ravers issus de la classe ouvrière du Nord de l' Angleterre alors en pleine désindustrialisation. A l' avant garde dès sa conception le gamin et baignant dedans toute son enfance. Naître à Sheffield en pleine explosion Acid-House! Sur l' échelle du coup de bol musical électronique y'a pas mieux si ce n'est naître à Manchester dans les chiottes de l' Haçienda un soir de 1988. Passif de Sheffield en musique: Cabaret Voltaire, The Human League, Clock DVA et WARP. Pulp aussi mais c' est une autre histoire. Vous allez me dire que le petit Treanor était béni des dieux? Attendez la suite! Le papa n' est pas n' importe qui. C' est Mark Fell une légende glitch, IDM et Minimal Techno. Bref faut imaginez l' enfance du petiot. Papa ravers, trainant le mioche voir LFO, Autechre, Aphex Twin et explorant à la maison les arcanes de la Computer Music et des dancefloors déviants. Beaucoup de "fils ou fille de" se seraient contentés de perpétuer sans trop d' imagination l' héritage familiale mais pas le petit Rian. Comme son père il est à l' écoute de tout ce qui se passe dans le monde. Dès ses débuts ses déconstructions lorgnaient sur les courants les plus récents comme le Footwork en plus de nous offrir une connaissance encyclopédique de l' histoire électro/dancefloor. Aux outils du papa il rajoute tout ce que la technologie et l'informatique ont pu apporter depuis les 90's et 00's. Si on peut dire que le fils poursuit l' héritage IDM/Glitch alors il faut vite préciser qu' il rénove et met au goût du jour voir du lendemain l' IDM allant jusqu' à nous offrir la version 2.0 du croisement des Dancefloors et de l' Expérimental la plus obtue. Comme le signifiait ATAXIA Treanor recherche d'une certaine manière ce qui pourrait évoquer la perte du contrôle total des mouvements corporels. A grand coup de rythmes asymétrique et en disséquant tout le reste Treanor découvre en nous entraînant avec lui les frontières inconnues du dancefloor. Par ci par là on va retrouver des traces de Techno, de Speed Garage, d' Acid, de Gabber, de Synth-pop, de jungle et de Grime. Les rythmiques sont mises à rude épreuve mais on s' aperçoit encore très vite que Treanor reluque autant le passé que le présent voir le futur. Et surtout bien au delà des rives anglaises. En 2018 Rian Treanor est l' invité du Nyege Nyege Festival et collabore avec les artistes du label à l' occasion d' une résidence. Oui je sais! On parle encore de NYege Nyege dans ce blog mais que voulez-vous, c' est là-bas que ça se passe! Si on peinait à en retrouver les traces sur ATAXIA ce n' est plus du tout le cas dans le récent "File Under UK Metaplasm". Déjà adepte des BPM à haute vitesse du Footwork ou du Gabber Treanor a absorbé l' énergie du Singeli (par là)sans trop non plus plagier nos chouchoux que sont Jay Mita, Bamba Pana ou Sisso. Le dernier disque de Treanor est donc son meilleur et représente un sacré exemple de Créolisation artistique via les influences d' Afrique de l' Est (voir ici). Pour encore mieux décrire aux novices en quoi consiste l' art de la déconstruction de Treanor et décrire sa musique on pourrait se rapporter au titre du disque. Métaplasme signifie manipuler le langage en enlevant, rajoutant ou remplaçant des lettres. Certains parlent de "Faute d' orthographe efficace". Ecouter Treanor donne exactement cette sensation. On repère certaines choses identifiables à des fautes ou des bug mais une fois habitué on se surprend à découvrir des mélodies enflammées voir à danser comme sur toutes autres faites pour. Treanor est un maître dans l' art de surfer entre le fonctionnel et le dysfonctionnel. Le futur est ici ! Et Treanor nous offre la bande son du jour d' après qui tarde quant à lui à venir.

  • MJ GUIDER, retour givrant pour un shoeagaze revigoré.

    On espérait plus et puis la belle Mélissa Guion aka MJ Guider vient de nous cueillir avec son troisième album "Sour Cherry Bell", quatre longues années après le merveilleux "Precious System" (voir ici). Une totale réussite et on espère enfin une reconnaissance méritée pour une artiste peu connue. Alors qu' il n' est plus question depuis quelques temps d' un énième revival shoegaze chez les neuneux indies à guitare MJ Guider se charge à elle seule de maintenir la flamme abandonnée et d' honorer le culte de Sainte Elizabeth Frazer à l' instar de Grouper , de l' encore plus rare Tropic Of Cancer ou de Julianna Barwick sur un autre modèle. "Sour Cherry Bell" est le palier supplémentaire dont on savait Guider capable de franchir. Moins immédiat et accessible aux rétrogagaïstes ce disque est une vraie cure de jouvence pour l' axe Shoegaze/Dream Pop. En premier lieu Guider va puiser dans le bréviaire Post-Punk pour chasser la sensation de déjà vu et surtout, en y portant une attention toute particulière, bouscule les vieilles manies à grands coups de pieds aux fesses donnés par l' indus et ses rythmiques intraitables. Imaginez Vatican Shadow/Prurient produisant Grouper ou Julianna Barwick. Avec elle la mélancolie et les rêves dream-pop sont teintés d'une bien sombre et forte inquiétude. Alternant les deux faces pour mieux toucher et surprendre. La dureté des rythmiques est contre-balancée par sa voix céleste modulée et la réverbération omniprésente. Sa musique opère entre exigence et angélisme. Lourdeur et légèreté. Enfermement et ouverture. Une nouvelle fois MJ Guider confronte les friches industrielles et la nature sauvage prêt à reprendre ses droits quand notre monde se sera définitivement écroulé. Souvent l' auditeur aura l' impression de se trouver coincé en sueur sur un dancefloor ou une salle de concert bondés mais à ciel ouvert . Ou plutot avec un trou béant au milieu de la piste donnant sur des profondeurs insondables. Mais le recours au post-punk n' explique pas entièrement la nouveauté chez MJ Guider. Le shoegaze et la Dream Pop des origines n' avaient pas réellement intégré l' influence des dancefloor et surtout celle de l' électronique plus planante et cérébrale du début des 90's. Pour faire court "Loveless" est sorti bien avant les deux "Selected Ambient" d' Aphex Twin. Un groupe s' est approché de cette confrontation, Seefeel. Mais très vite catalogué post-rock plutot que post-shoegaze la musique des anglais avait été perdu de vue par les revivalistes. Guider semble franchement s' en rapprocher avec son goût commun pour un certain espace avec l' électronique nous a maintes fois offert. MJ Guider vient de nous offrir sa plus belle oeuvre. Une oeuvre magistrale au fort pouvoir de déconnexion face à ce monde étouffant. Mes deux préférées: Dancefloor au bord du précipice Le pont entre électro ambient et Shoegaze dans les 90's, cherchez pas! Seefeel. Essentiel !!!

  • KELLY LEE OWENS: deuxième album, deuxième petite réussite !

    A l' annonce de la future sortie de son deuxième album je m' étais dit que la Galloise avait intérêt à avoir mis le paquet pour nous charmer une deuxième fois. Rappelez-vous 2017 et nos premiers émois pour la dame. Sans trop de battage la petite souris avait trusté les platines et c' était faite sa petite place. Par ici on parlait de "gentil" petit disque cocon à l' indéfinissable étrangeté. Finalement ce tant attendu deuxième effort soufrera d' un double handicap en plus d' une attente un brin vicieuse. Le covid reporta sa date de sortie dans un but de solidarité avec les disquaires. Le premier handicap était qu' en gros on attendait pas grand chose tant le charme du premier reposait sur des bases bien fragiles et qu' à tout instant Owens pouvait vite être rattrapé par le peloton. "Inner City" répond à nos doutes sans réellement les disperser malgré certains gages. Si tous les morceaux présents ne vont pas franchement souffler par leur caractéristique innovante la galloise a continué à cultiver le petit sillon de 2017. Allant même jusqu' à l' approfondir avec la sensibilité particulière dont elle est porteuse depuis ses début. Plus profond est bien le mot juste pour différencier le dernier disque du premier. Plus profond et plus sombre comme l' atteste l' une des vraies et solides réussites d' "Inner City" qu' est l' ambigue "Corner of my city". Toujours teinté de l' onirisme hypnotique cher à la dame ce dernier titre offre un visage dystopique inédit. Le rétro-futurisme perd le penchant madeleine de Proust réconfortant tant redouté par ici qu' Owens développait auparavant. Ainsi la présence de son compatriote John Cale renforce un sentiment de malaise pré-apocalyptique. Un John Cale dans une forme éclatante comme rarement entendu depuis très longtemps. On ne peut ne pas penser au chef d' oeuvre dystopique et désolé du vétéran tant adulé par votre serviteur, "Music For New Society". Autres vraies réussites du disque, "On" et "Night" avec l' art singulier et maîtrisé d' Owens de passer en un titre d'une Dream Pop ennivrante au dancefloor via des crochets techno toujours bluffants. "Night" offrant lui aussi le même visage plus sombre que "Corner of my city". Avant elle faisait penser à ANdy Stott, à présent il y a un petit quelque chose de Laurel Halo indéfinissable. Sur le reste de l' album Owens peut paraître un brin insipide mais surprendra les auditeurs les plus exigeant par un répertoire bien plus riche que présageait le premier album. En fait cet aspect insipide qui transparaît fait partie aussi du charme. Cette capacité qu' ont certains disques à nous happer via le charme de leur aspect "chasse au trésor" qu' ils portent en eux quand des morceaux merveilleux alternent avec d' autres beaucoup moins marquants. Peut être bien aussi que les loupés de cet albums représentent les "compromis douloureux" de toutes relations qu' Owens dit avoir voulu décrire. En fait si je devais comparer Kelly Lee Owens pour décrire les sensations et réflexions qu' elle provoque chez moi ce ne serait pas du côté électro mais post-punk qu' il faudrait aller chercher. Des groupe comme Fontaines DC ou The MUrder Capital. Je ressens un savant mélange de frustration de l' assoiffé d' innovation et finalement de satisfaction parce que cette musique a vraiment quelque chose de fortement personnel et unique. Et si c' est unique c' est que fatalement Owens et les irlandais développent quelque chose d'inédit pouvant certes ne pas sauter aux oreilles à la première rencontre mais bel et bien réel. Bonus: le plus grand disque de John Cale en solo n' est peut être pas Paris 1919. Peut être bien mon chouchou. Dispo ici: https://open.spotify.com/album/5qakKBfzhK3Ivu0cEyOzn3?si=w-xVtFpuSSih6Hx3HIFfqg

  • DUMA, créolisation musicale chez Nyege Nyege Plus: Phelimuncasi

    Pour le retour de DWTN aux affaires je me devait que ça cogne fort. Et ce dans tous les sens du terme. Comprenez-moi amis dominés. De longues semaines sans pouvoir écrire la moindre chronique et tout ça parce que nous vivons sous l' ère néo-libéral de l' idiocratie dominante. Pour explication je me dois de vous préciser que l' auteur de ces mots est soignant et que ces dernières semaines ,si cela ne vous a pas échappé, il y avait comme qui dirait, quelques petits désagréments dans ma vie de soignant. Et ensuite pas mal de désespoir au point de perdre l'envie d' écrire. Mais! Pas celle, vitale, d' écouter du son! Et si à cela on rajoute la gigantesque frustration face au manque total de curiosité d'une bonne partie de la critique musicale mondiale qui avait pourtant mille fois le temps de tenter de partir à la recherche de la bande-son du jour d' après. Malheureusement le jour d' après ressemble au jour d' avant dans ce domaine aussi. La rétromanie continue malgré le fait que le rythme des sorties s' était considérablement ralenti. Comme nos chers élites gouvernementales, les mastodontes de la critique s' arc-boutent sur leur petit monde et nous offrent leur pathétique vision bas du front. Et les gentils mais idiots Idles de se présenter comme des contestataires sauveurs d'un monde déjà happé par le passé. Donc DWTN se devait de revenir et en pleine forme. Quitte à remuer sévèrement la bulbe qui a du se coller aux cranes de certains. Déjà qu' avant le Covid les vieux réflexes étaient difficiles à oublier, cette époque post-traumatique paralysante semble nécessiter un traitement énergique. Et en matière de laboratoire à la pointe du progrès en création musicale DWTN connait la bonne adresse. Direction l' Afrique et plus particulièrement Kampala en Ouganda encore une fois. Vous l' aurez compris chers habitués, on va encore parler du label Nyege Nyege Tapes. Pour les retardataires faut aller voir ici en passant par là chez les petits frêres d' Hakuna Kulala. Commençons avec la première phase de traitement. Celle déjà connue donc la plus soft. Nyege Nyege en cette triste rentrée virale partouzarde nous a enfin offert le disque Gqom que l' on attendait plus chez Gqom Oh!. Une compilation prodigieuse du trio pionnier Phelimuncasi dans laquelle notre chouchou Munzi écrase encore la concurrence dans le rôle de producteur. Entre vieilleries et productions plus récentes les titres du trio vocal composé des frangins Makan Nana et Nera accompagnés de Malathon nous offrent une nouvelles preuves de la richesse de la scène de Durban. Aux côtés de Menzi pour les accompagner on croise DjMP3 et Dj Scoturn pour développer les ambiances cyberpunk indus et les mêler aux coutumes africaines. Quand la musique africaine se teinte une nouvelle fois d'une aura dark et dystopique on imagine déjà les yeux écarquillés des entartrés du bulbe que j' évoquais précédemment. Alors la suite qui va venir et c' est coma assuré. Peut être plus que chez les confrêres du label Gqom Oh! et tout ce que j' ai chroniqué depuis des années ce Gqom dévoile réellement l' art du toasting Sud-Africain utilisant la conversation et fortement imprégné de la tradition vocale développée sous l' apartheid. A la suite ce dernier disque il ne faudra ne pas oublier de repasser chez Gqom Oh! afin de jeter une oreille sur une autre compile Gqom dans laquelle on retrouve nos vieux amis Citizen Boys et Mafia Boys. Après le traitement léger, la chimio pour esprits étriqués. Et si on parlait de ... "CRÉOLISATION"(*) musicale. *: Plus d' info ici, là pour l' actualité du sujet et par là afin de comprendre que cette magnifique chose rencontre des dangers en création artistique. Dangers si souvent abordés ici . En matière d' attaque et de richesses sonores le groupe dont on va parler a plié le game 2020. Nyege Nyege ne cesse donc de tordre le cou aux idées préconçues issues de l' héritage coloniale chez les occidentaux et détruit leurs faux semblants et fausses consciences. Certains sont bien plus enfermés dans leur bulle qu' ils ne le pensent ou voudraient le faire croire. Depuis 2017 le catalogue Nyege visite une grande partie de l' Afrique de l' Est en quête de musiques à la fois porteuses de l' héritage mais également totalement moderniste et innovatrice. Par exemple le territoire historique est souvent post 90's quand l' électronique avait infiltré les traditions assez fortement. Donc pas vraiment de proto électronique africaine chez Nyege. Le curseur ne remonte pas à la nuit des temps et l' histoire en musique ne s' est pas non plus arrêté vers 2000 comme certains le laisseraient penser. Leurs sorties sont ainsi la réponse parfaite au culte des vieilleries discographiques de ce continent qui pullule en Europe. Parce qu'il faut bien comprendre qu' il y a chez certains un petit problème dans leur passion de la musique africaine. Pour faire court, quand un type comme moi se pointe et constate qu' ils vivent dans une niche ils ne comprennent que stylistique et avec tout l' art snobinard et bourgeois du mépris qui les caractérise me balance leur bagage culturel de la musique africaine vintage. Ou parfois ses versions rétros contemporaines. Et c' est bien là tout le problème. La pseudo ouverture d' esprit stylistique ne pallie pas les tares de l' étroitesse nostalgico-gaga qui indique beaucoup sur certaines attitudes provenant d' une paralysie et refus du futur. A ne pas se pencher sur l' Afrique contemporaine on se contente d' une vision passéiste propice à certains réflexes. Volontairement ou pas, on interdit toutes évolutions possibles aux africains et déjà certains hypocrites ou idiots vont vous balancer la tarte à la crème de l' authenticité quand vous leur ferez découvrir le groupe qui va suivre. Se rendent-ils compte qu' ils méconnaissent totalement comment l' humanité s' est construite? Que par mégarde les effets de leurs actions et pensées flirtent dangereusement avec ceux de la pensée raciste et réac? Finalement on comprend mieux que certains ne comprennent pas le terme de "créolisation" pensé par Edouard Glissant. Et pas que dans le camp que l'on croit. "Je peux changer en échangeant avec l' autre sans me perdre ni me dénaturer" Edouard Glissant Alors bien sûr quand certains apprennent que les protagonistes formant Duma sont issus de ce qu' ils jugeront comme "étonnante" scène métal de Nairobi au Kenya ça peut en laisser plus d'un sur le carreau du réflexe "colonisation culturel" et " perte d' authenticité". Faut déjà remarquer qu' une scène Métal Kenyane paraisse "étonnante" à un occidental en 2020 appelle à la réflexion sur l' incapacité de certains à se rappeler qu' internet et ses capacités de partages mondiaux ont plus de vingt ans voir carrément, leurs préjugé sur les capacités africaines à utiliser le net. Je vous avais prévenu, gratter de plus prêt nos réflexes en matière de musique trahissent bien la persistance coloniale dans les esprits. Donc voici Martin Kanja et Sam Karugu qui adorent faire du boucan de tous les diables avec leur guitare et développer leurs capacités vocales en matière de cri gutturaux. Mais pas que! Ils sont aussi dotés d' une ouverture d' esprit stylistique que bon nombre d' européens devraient envier. L' électronique déboule alors avec des traces de culture dancefloor. Et c' est là qu' entre en jeux le concept de créolisation avec ce qu' elle signifie de plus important. J' emploie pour la première fois ce terme mais je m' aperçois que si elle brille actuellement dans le domaine sociétale et politique elle est au cœur de la plus part des chroniques de ce blog depuis 2012. Duma hybride à ces deux influences occidentales leur héritage rythmique africain. Passé comme présent. Voir carrément mondiale avec des traces de footwork par instant. Mais il ne s' agit pas seulement d'une simple hybridation comme souvent avec les artistes de la musique indie tant défendus dans les gros médias. Glissant selon Loïc Céry " insiste toujours sur la différence de la créolisation avec le simple métissage, qui crée du prévisible, de l' hybride, alors que la créolisation procède d' une mise en présence de différends apports culturels, créant de l' imprévisible" Sur le papier la musique de Duma devrait être du Doom Métal avec de vagues rythmiques africaines. Deux choses totalement identifiables et l' écoute n' apporterait qu'une simple addition. En réalité les 9 titres sont étranges, inclassables et totalement novateurs. Les Duma dépasse la simple addition stylistique. Le dialogue acoustique-électro qui les caractérise révèlent des territoires insoupçonnés jusqu' à présent. Ce premier album éponyme éblouit par sa puissance, réveille par les surprises et la richesse de la palette sonore que dissimule le mur du son en apparence insondable à la première approche. Les voix passent par le registre Métal, chopent la culture africaine et termine au final en terra incognita. Par contre jamais les Duma assomment l' auditeur. Les 9 titres ne semblent pas être de simples variantes comme il peut souvent le sembler aux novices avec ce courant musical en général. Le résultat prouve que les deux gars ne "trichent" pas, ne se contentent pas d' étaler un savoir mais ont réellement décidé de laisser libre cours à leur imagination. Leur musique est ainsi l' une des plus étranges et novatrice parce que surtout c' est "LEUR" musique. Pas celle des autres. Et bien sûr avec un talent certains. On peut certes par instant penser à d' autres artistes africains faisant dans la créolisation comme Faka ou encore les Metal Preyers signés eux aussi chez Nyege Nyege mais en définitive Duma trace avec ce premier disque un chemin que personne n' avait suivi auparavant. ESSENTIEL !!! PS: 2020 est d' hors et déjà assurée d' être l' année Nyege Nyege/Hakuna Kulala. Aux albums de Dj Diaki, Phelimuncasi et Duma, Nyege Nyege va bientôt nous faire planer en offrant leur vision du psychédélisme à grand renfort de nappes de synthé, de techno et de rythmiques africaines. Ce sera avec le premier LP de HHY & The Kampala UNit. Quant au petit frêre de Hakuna Kulala il va sortir le premier album du catalogue des deux labels d'un non africain, le "Ngoma Injection" du russe Wulffluw XCIV. Nouvelle créolisation à base de EBM, Gqom, Kuduro et de Dumbow.

  • Les Inrocks et leur top 100. Un sacré loupé symbolique. Ou, l' électro ? un sous-genre comme d&#

    C'est l' histoire d'un hors série sur les 100 meilleurs disques d'une région du monde. Une liste faite par un magazine qui autrefois avait oser faire un hors-série sur le Velvet Underground et se présenter comme le magazine parlant de musique pas comme les autres. Sous entendu de musiques moins commerciales que celles dont les autres médias nous abreuvaient en ce temps-là. C' était autrefois, il y a très très longtemps. Le passage du format mensuel à hebdo souvent considéré par beaucoup comme le début de la fin, date d'il y a plus de 20 ans. Depuis, on croise parfois cet hebdo avec son déguisement d' "indie magazine" devenu totlement inaproprié et daté. C'est courageux de faire un top 100 des meilleurs disques anglais* de tous les temps. Le petit astérisque c 'est déjà pour montrer qu'il y a un loupé du à des approximations dans le titre du Hors Série. Astérisque faisant référence à celui du titre. Visiblement les Inrocks n'ont pas voulu trancher face à la problématique de l' utilisation du terme Royaume Uni face aux désirs d' indépendance des nations le formant. Par peur peut-être de blesser ou d' offenser. C 'est loupé et même loupé doublement parce qu'il y a matière à offenser quand on regarde dans le détail ce top 100 sponsorisé par la "radio Rock", ce qui aurait du titiller la rédaction sur un point. Les 100 meilleurs disques anglais et des voisins... Oui mais. Les 100 meilleurs rock, pop, folklorique, électro... Ils n'ont pas cru bon d' apposer un genre ou un courant. Peut-être qu' à leurs yeux tous les genres sont représentés selon leur "importance"? Artistique, culturelle ou autre. Et c'est là qu' est l' énorme loupé mais loupé bien utile car symbolique de la vision de ce que sont devenu les Inrocks. Loupé symbolique aussi du monde de l'industrie musicale français dans son ensemble (Labels, organisateurs de concerts, médias et publique dans une certaine mesure). Ce loupé est passé totalement inaperçu et encore moins signalé dans les réseaux sociaux. Peut être parce qu' aussi beaucoup se satisfont d'un état de fait pitoyable en 2016 et ne sont franchement pas motivé pour changer la donne. Les niches stylistiques et les visions étroites sous forte domination consumériste ont encore de beaux jours devant elles. Il y a quelques temps Paul Morley, imminent critique et musiciens rock, disait ceci: "Kraftwerk est devenu par son influence et son rôle pour l' électro dans l' histoire de la musique l' équivalent des Beatles pour la pop et le rock." A ces yeux la musique électronique n' était plus un sous genre de l'underground mais bel et bien un courant musical et sociologique fort tout autant important que le rock ou le punk de part son impact sur la société anglaise et autres. Visiblement cette phrase plus que justifiée n 'est pas rentrée dans les esprit au point de perdre les mauvaises habitudes. Avant de continuer me revient à l' esprit les sempiternels éditos annuels de JD Beauvallet nous expliquant que l'on vit une époque génial parce qu'il n'y plus de barrières stylistiques comme le prouvent d' après lui les top de fin d' année de son hebdo. Et ce dernier de nous bassiner une nouvelles fois avec ses souvenirs de Madchester quand le dancefloor rencontrait les salle de rock, l' Haçienda Happy Mondays bla bla bla... Un sacré hypocrite. Ou un niais. Ou un candide. Au choix. Les choix rédactionnels des Inrocks font tout le contraire ou du moins, prouve qu' il y a encore du progrès à faire en matière de frontière à exploser. Il y a bien de l' électro dans le top des Inrocks mais surtout une électro en format pop (Metronomy, New Order) ou mélanger à d' autres genre en version light (Chemical Brothers,Primal Scream). Le loupé est donc l' absence non seulement de certains artistes, mais carrément de ce que Paul Morley décrivait comme un truc aussi important que le rock. L' électro et la culture dancefloor ou rave sont présent mais seulement en version édulcorée via mutation par le rock, la pop ou la culture rap/hip-hop. Bref le format chanson. Pas l'original mais la version la plus vendable. Dans cette liste, attention accrochez-vous, il n' y a pas de disque purement électro ou techno, c' est à dire de disque à prédominance instrumental en raccord avec les rave ou dancefloor. La liste des noms absents est un coup de couteau dans l' ampleur sociologique et musicale de ce genre au Royaume Uni. Pas d' Aphex Twin, pas d' Autechre, pas d' Orbital, pas d' Underworld, de A Guy Called Gerald, pas Goldie, pas The Orb, de LFO, Cabaret Voltaire. Cette liste est bien sûr trop courte surtout quand en plus on s' aperçoie que non seulement le loupé concerne le genre électro mais aussi bien d' autres. L' Industriel, la jungle, le prog-rock et une certaine version du post-rock (Seefeel ou Main par exemple), l' expérimental sous toutes ses forme en règle général. Et j' en passe. A ceux qui me parleront d' histoire de format je leur répondrai qu'ils arrêtaient avec leur tarte à la crème cache-misère et hypocrite. Au final même si ce hors série et cette liste ont quelques qualités (toutes les décennies sont présentes et l' esprit indie demeure, des exceptions heureuses comme The Slits ou Boards Of Canada), il n' en demeure pas moins que le malaise est énorme devant une vision du passé sous domination de deux genres principaux et teintée d'une certaine démagogie journalistique. Une vision étriquée ne tenant absolument pas compte de faits avérés. La Démagogie rock-pop de la presse musicale française en général. On peut me rétorquer que venant de ce magazine c' était prévisible. Le fait même de faire cette un objection est le problème. Parce qu'en 2016 un magazine musicale français se doit d' être électro, rock ou jazz. Chacun son pré carré et le troupeau sera bien gardé. Même il n' existe plus de barrière, sauf celle des esprits frileux et fermés. Il y a aussi des petits détails qui en disent long sur une certaine étroitesse d' esprit et cette démagogie. Bowie oui mais pas n' importe lequel. Le Bowie rock de Ziggy ou funk de Station ou encore le poppeux d' Hunky mais surtout pas de trilogie Berlinoise avec son ambient et son électro naissante. Ce fait avait déjà été constaté dans la différence de traitement de la mort du bonhomme entre la France et l' étranger. Robert Fripp n' a jamais existé tout comme Genesis P Orridge et ce génie briseur de frontières stylistiques ou sociales de Robert Wyatt voit son chef-d' oeuvre Rock Bottom relégué dans les profondeurs tout comme Brian Eno peinant à atteindre la 55 ème place. Loin derrière les ...Artic Monkey, Amy Winehouse ou The Last Shadow Puppets ou XX et les Libertines. PS Un autre aspect, si souvent décrié dans ce blog, transpire. Apparaît sans réellement sauter aux yeux. Pour ça faudrait faire un jeu. Ou tenter une expérience irréalisable. Prenez un brave extra-terrestre tout juste attéri sur terre. Apprenez lui à reconnaître les genres musicaux en omettant surtout pas de leur rattacher l' époque qui les a vu naître. Puis, montrez lui cette liste sous une forme purement musicale, une playlist. A coup-sûr le gentil petit bonne vert va vous faire une réflexion qui va vous désarçonner. "C' est pas de tous les temps ce top, c' est juste celui des 40 dernières années du 20 ème siècle, il s' arrête en 2000". Mais ça, DWTN vous en a déjà parler au sujet des terribles années 2000, les années Rétros, et de l'omniprésence des musiques revivalistes et du manque de curiosité de la presse musicale française concernant tout style ou courant musical un brin novateur. Top 100 dispo ici

  • SPACE AFRIKA, ambient surréaliste politique et déchirante.

    La mixtape "Hybtwibt" de Space Afrika est tombée dans les tuyaux d' internet il y a quelques jours et déjà est appelée à restée gravée dans les mémoires. Space Afrika est un duo composé par deux Joshua, Tarelle et Inyang. DWTN avait croisé et même poursuivi avec assiduité leur chemin il y a deux ans pour leur "Somewhere Decent To Live" (classé en fin d' année). Pépite Ambient Dub lorgnant sur l' art de confronter l' imprévisible et tout et n' importe quoi du dancefloor d' un Lee Gamble. Changement de cap soudain que cette mixtape. On verra à l' album suivant si ce virage ne concerne que l' art de la mixtape. Toujours ambient mais une ambient abandonnant les sonorités abstraites pour faire entrer le quotidien par un art inédit et réussis chez eux du Sound Collage. Des crépitements apparaissent et la mélancolie qu 'il s' en dégage ne peut qu' évoquer une version plus sèche d' un Burial. Leur musique se renforce par le lourd contexte politico racial post Georges Floyd. Absent jusqu' à présent chez Space Afrika Il nous explose à la tronche et nous émeut comme rarement tout au long de la mixtape via des voix du présent. Les moments de forte réflexion politique comme sociétale se succèdent via des pastilles parlant d' un quotidien noir dans le Nord de l' Angleterre souvent ignoré quand on pense Manchester. Bouleversant mixtape qui le temps d' un "Oh Baby" risque vous faire pleurer toutes vos larmes d' enfant que vous n' êtes plus depuis longtemps. Comme souvent cette musique en apparence triste, parce qu' aussi combative et porteuse d' espoir , va rendre heureux les gens tristes justement. Et ces temps-ci les âmes quelque soient leurs couleurs, mais en ont-elles, en ont bien besoin.

  • ROLY PORTER, frissons bruitistes entre la vie et la mort, le passé et le présent, le cosmos et les p

    Quatre après la cataclysme "Third Law", classé numéro 1 du top en 2016, Roly Porter revient enfin. Et comme toujours depuis ses débuts solo, il nous offre avec le somptueux "Kistvaen" un disque qui va hanter et marquer les esprits . D' abord composé pour des performances données dans les meilleurs festivals tel le Unsound de Krakovie et l' Atonal de Berlin, "Kistvaen" semble être un nouveau tournant totalement réussit dans une carrière vieille de 15 ans sans une seule fausse note jusqu'à présent. Après avoir explorer l' espace et les règles qui le régissent à chacun de ses albums, Porter surprend par le sujet abordé. Nous ne sommes plus propulsé à travers les astres même si la thématique sera présente sous une forme plus spirituelle. Le titre de l' album évoque des tombes en granit provenant de l' âge de pierre. Plus précisément Porter part explorer cette fois-ci les correspondances entre les rituels émotionnels et sociologiques liés à la mort du néolithique et de l' époque contemporaine. Délaissant les pas de tirs des spationautes Porter utilise donc les tombeaux ancestraux du site de Dartmoor dans le sud de l' Angleterre en guise de "Portes du temps". Chaque titre peut ainsi et aisément s' apparenter aux étapes spécifiques liées à l' expérience de la mort. Si dans sa globalité "Kistvaen" peut sembler plus "calme" et un peu moins grandiloquant que la course folle inter galactique des prédécesseurs, de très forts sentiments plus sombres et mystiques vont cueillir l' auditeur. Porter entraîne ce dernier par une déambulation nocturne à travers les tombes du cimetière néolithique pour assister à un improbable rituel sacrificiel en vue de conjurer une catastrophe imminente. A moins que ce ne soit pour laisser les esprits des défunts s' envoler vers les cieux comme quand la musique de Porter recommence à évoquer par instant le vide interstellaire et les astres inaccessibles. Comme toujours, peut être plus qu' auparavant, Porter joue des instants calmes et planants avant que son don unique pour les murs sonores imposant ne s' abattent sur nous. Si nous retrouvons les classiques tropes issus du Métal ou du Noise que Porter aime tant dénaturer et les brasser avec des enregistrements de terrain "Kistvaen" apporte son lot de nouveautés dans l' art du producteur de Bristol. Un piano et des cordes classiques apparaissent tout au long du disque. Parfois ces éléments se mélangent à ses habitudes électro acoustiques et Dark Ambient quand ils ne prennent pas carrément le dessus et tiennent le premier rôle. Autre grande innovation dans la musique de Porter, la forte présence de voix. Tour à tour terrifiques ou spirituels ils va les rechercher à travers les époques pour les faire s' entrechoquer à ses modernes traitements numériques. Porter s' est donc entouré pour cela et fort judicieusement d'une chanteuse spécialisée dans les chants médiévaux, Mary Anne Roberts du duo Bragod, d' Ellen Southern provenant d'un groupe de musique de chambre et enfin de Phil Owen, chanteur et chercheur en traditions vocales. Dès le titre inaugural "Assembly" la voix gutturales de Roberts évoquant les temps ancestraux se retrouve enveloppée de sons de synthés pesants et de manipulations glitchy. Effet effrayant garanti. Porter enchantait auparavant nos nuits avec ses histoire d' étoiles et planètes lointaine, à présent il va vous faire frissonner et vous recroqueviller sur vous même. Et vous allez y prendre goût. "Kistvaen" est certes moins grandiose que "Third Law" et "Life Cycle of a Massive" et son sujet franchement moins attrayant il n'en demeure pas moins passionnant. C' est peut être également le disque de l' anglais dévoilant une certaine beauté spirituelle et sonore inédite jusque là dans sa carrière. Une carrière débutée sous l' emprise d'un Dubstep plutot indus et franchement anodin vers la mie-00's au sein du duo Ved'X pour arriver 15 ans plus tard à l' un des meilleurs alliage de Classique Moderne avec l' expérimentation électro en tout genre. Plus des extraits de la performance à l' Atonal de Berlin

  • KEMISTRY & STORM, réédition VITALE de l'un des plus grands mix de Drum & Bass !

    Si vous voulez savoir à quoi ressemble le punk vous écoutez les Clash ou les Sex Pistols. Les 60's pop et rock les Beatles et les Rolling Stones. Le glam Bowie et Roxy Music, l' indie 80's les Smiths etc etc. Et bien si il vous prend l' envie de savoir ce que c' était ces machins apparus dans les 90's appelés Drum & Bass voir Jungle aux conséquences et à l'influence gigantesques jusqu' à nos jours et bien il n' y a pas 36 solutions également. En trois grands disques vous saurez. Les plus feignants diront le "Timeless" de Goldie quand les plus pointus vous sortiront le grand " Black Secret Technology" de A Guy Called Gerald. Et le troisième me direz-vous? Immanquablement un mix puisque le genre est né sur les dancefloors. Et là, il n' y en a qu'un. Devenu légendaire dès sa sortie chez !K7 pour sa non moins légendaire collection DJ Kicks, le mix de Kemistry & Storm est un monument. Monument enfin réédité et remastérisé pour le plus grand bonheur des connaisseurs et des veinards néophytes qui ne s' attendent certainement pas à la claque qu'ils vont prendre. L' histoire débute dans l' Angleterre des 80's sous le joug de l' horrible Tatcher. Pour les plus jeunes ne connaissant pas cette sorcière premier ministre britannique imaginez Macron en robe en encore plus irrespectueux, vicieux, dégueulasse et dévastateur pour la société. Bref, pour la jeunesse urbaine de l' époque c' était franchement pas la joie mais heureusement il y avait la musique et les multiples et variées Subcultures de l' Albion riche en la matière. Dans les Midlands la jeune Kemi Olusanja, née d' un père Nigérian et d' une mère anglaise, rencontre Jayne Conneely. Débute alors une magnifique histoire d' amitié avec pour toile de fond tout ce qui va se faire de neuf et révolutionnaire en musique. Les deux baignent dans les reliquats du Post-punk, une est branché New Wave et Cabaret Voltaire quand l' autre se voit Néo-Romantique et Synth-pop. Mais dans leur quotidien se glisse de plus en plus le Hip Hop et d' autres courant par le biais des cultissimes Nightmares On Wax. Après une brève séparation pour cause d' étude les deux frangines de sang se retrouvent dans le Londres de 1989 du côté de Finsbury Park . Les voilà en plein Second Summer Of Love à la découverte du cataclysme Acid House et des premières raves. Elles en sont bien évidemment et deviennent des habituées des hauts lieux du courant. Très vite les soirées Rage où sévissent les Dj précurseurs Fabio & Grooverider deviennent un des passages obligés de leurs aventures noctambules. Jusqu' à y trainer leurs récentes connaissances tel un dénommé Clifford Joseph Price à la dentition dorée et qui était un peu passé à côté de la vague Acid House et rave parce que parti à New York par passion pour le Trip Hop et sa culture. Les deux jeunettes et leur nouveau pote que l'on nommera plus tard Goldie assistent ainsi à la réinvention incessante de la musique sur les dancefloors. Ce moment merveilleux qui va voir la bande son des dancefloors être en mutation accélérée et permanente. Elles assisteront donc au grand tournant que sera l' apparition du Breakbeat Hardcore avec l' introduction du Breakbeat dans le 4/4 techno et House. Quand le Trip Hop rencontre la rave culture. Elles verront l' influence grandissante du Dub et du Reggae avec ses lignes de basses tapant l' incruste elles aussi. Puis un beau jour elles deviennent à leur tour Dj et participent à l' accélération du rythme et le syncopage systématique des boucles. L' euphorie issue des Rave laissant place à des climats plus sombres et urbains teintés de dystopie futuriste par l'utilisation massive de BO de film SF. Les samples jazzy arriveront plus tard pour le meilleur comme le pire. Vous l' aurez compris les deux filles que l'on n' appellera plus que par leurs pseudos de Kemistry & Storm sont des pionnières du mouvement Jungle qui participera à la genèse de la Drum & Bass. Quand des gamins de la classe ouvrière des zones urbaine faisant fi des différence ethniques s' emparèrent de la culture rave et électro pour en faire leur propre style et courant via l'influence du Hip Hop. Ainsi Kemistry sera l' une des chevilles ouvrières du collectif et label Metalheadz créé par Goldie et Doc Scott. Elles seront également parmi les meilleurs représentantes de la très petites castes des Dj féminines en ces temps reculés où la misogynie régnait encore plus fortement que maintenant. Au point de parfois cacher jusqu' au dernier moment leur genre pour les passages sur les radios pirates et les programmations en club. Leur DJ Kicks sort en 1999 et devient immédiatement un classique très vite introuvable au cours de ces 20 dernières années. Et un des préférés de votre serviteur, tout genre confondu. Il y a tout dans ce mix. Des grands noms, des titres légendaires, toutes les variantes possibles , et l' ensemble mixé de mains de maîtres par les deux petites génies des cabines de Dj. Mais malheureusement la belle histoire de ces deux gamines venues de province va s' achever par un drame en pleine gloire. Le 25 Avril 99 alors qu' elles rentrent toutes les deux d'un mix à Southampton la camionnette les précédant déloge du bitume un œil de chat de 4kilos (système réfléchissant encré dans le sol). L' objet sensé sécurisé la conduite devient un projectile tueur. Storm dit ne se souvenir que du bris de verre et de ne pas s' être rendu compte qu' il avait traversé le pare-brise en direction du siège passager. Kemistry décédera quelques heures plus tard dans sa 36 ème année. Il faudra à Storm des années pour revivre après le décès de sa copine comme du reste pour l' ensemble de la naissante scène du Drum & Bass traumatisée elle aussi par cette mort.

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