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  • CLUB CHAI, compilation jubilatoire en guise d' adieu.

    Il y a 4 ans ce blog avait pris une grosse claque avec la seule sortie jusqu' à récemment du label Club Chai, sa légendaire "Vol. 1" (voir ici). Cette année Club Chai sort enfin sa suite intitulée sobrement et fort logiquement"Vol. 2". Heureuse et triste nouvelle à la fois puisque les membres de ce collectifs en nous offrant cette suite annoncent également la fin de ses soirées. Entre dégâts collatéraux de la Covid infligés aux dancefloor et satisfaction justifiée du travail accompli par un groupe d'individu riche pour leur capacité visionnaire et leur ouverture d' esprit totale. C 'est qu' avant d' être un label qui n' aura sorti que deux disques le Club Chai fut au cours de ces 4 années un des laboratoirs parmi les plus à la pointe en matière de créolisation musicale et de Deconstructed Club (ici). Fondé vers Oakland (Californie) par Esra Canoğullari aka 8ULENTINA originaire de Turquie et de l' arménienne Lara Sarkissian aka FOOZOOL c' est peu de dire que ce collectif par ses soirées et surtout son influence fut une des très rares réussites de la mondialisation heureuse. Club Chai fut une aventure merveilleuse faite de rencontre, de partage, d' acceptation des différences et d' amitié à l'image des origines des deux fondatrices. Entre créolisation et renouveau musicale à base de modernisme rencontrant des racines culturelles réaffirmées . Au club Chai peu importe de quelle diaspora vous veniez, tout le monde était le bienvenue. Plutot que l' hybridation artificielle et conformiste à peu de frais entendue ailleurs le Club Chai poussait ses membres à mettre beaucoup d' eux même dans leur musique. Leurs goûts musicaux, contemporains et futuristes mais aussi pour chacun leurs racines. Beaucoup étaient des enfants ou des immigrés en terre américaine. Depuis "Vol.1" le son du Club Chai s' est répandu à travers le monde via le succès de certains de ses membres. Ce chant du cygne "Vol.2" n' est pas un simple regard nostalgique dans le rétro mais bel et bien une preuve que malgré l' arrêt des soirées ses membres vont continuer leur beau et salvateur combat. Les 18 titres semblent peut être un peu moins percutant par leur fraîcheur et leur aspect nouveau que ceux de 2017 mais on s' aperçoit que les Club Chai ne sont pas prêt de s' endormir sur leurs lauriers. Toujours à la pointe du grand mélange entre pop, r'n'b, dancefloor, Jungle, l' UK Bass, le Post-Industrial et l' expérimentation avant gardiste avec des musiques et des racines venant du monde entier. Les senteurs orientales ou latine sont encore bel et bien présentes. Au Club Chai c' est tous les continents et leurs minorités qui se sont donné rendez-vous une dernière fois pour nous offrir un disque à la diversité riche et revigorante. Si les titres de 8ulentina et Lara Sarkissian semble nostalgique ce n' est pas pour autant une redite tant les deux femmes dévoilent tous les progrès effectués depuis 4 ans. Plus contemplatives leurs musiques sont devenues plus riches en recherche et foisonnent de détails hypnotisant. Leurs amis offrent quant à eux ce que l' on attendait en terme de titres rentre-dedans et d' expérimentations outrageuses et originales. Siete Catorce ex NAAFI offre une belle relecture de Jlin en version Deconstructed Club mexicaine après nous avoir épaté l' an dernier en compagnie d' Amazondotcom. Autre rencontre Footwork-Deconstructed Club avec la révélation Helvético-Congolaise Soraya Lutangu aka Bonaventure. Une des claques du disque dure à peine 2 minutes mais c' est suffisant pour que Maral nous offre un stupéfiant exemple de ses manies Dub rencontrant ses origines persanes. Quant à Authentically Plastic et Quest?onmarc autant vous le dire tout de suite, on va en réentendre parler. Surtout le dernier auteur du "Classique" de la compilation avec la libanaise et totalement envoûtante Jessika Khazrik récitant un poème palestinien du 10ème siècle qui clos cette magnifique lettre d' adieu de jeunes gens encore et pour toujours "Modernes".

  • EMEKA OGBOH, nostalgie post-Covid de l'afrique et des dancefloor.

    Emeka Ogboh est un artiste multi disciplinaire originaire de Lagos (Nigéria) et résidant à Berlin depuis un certain temps. Au cours du premier confinement le personnel du Berghain, alors devenu simple salle d' expo, furent charmés par sa musique créée à l'origine pour sa performance vidéo et sonore, "Ayilira". L' idée germa alors de sortir sur disque celle déjà existante et d' autres plus récentes. C 'est ainsi qu'un artiste africain à la fois dans l' impossibilité de retourner au pays tout comme celle de pouvoir aller sur les Dancefloors, son autre passion, vient de nous offrir un des disques les plus passionnants et réconfortants du moment. Musique conçue avant l' épisode pandémique elle arrive au bon moment pour nous guérir de nos déprimes post-isolement. En à peine 5 titres cette musique fortement immersive va s' emparer de l' auditeur. Le sortir de l' état de sidération et d' aphasie dans lesquels nous semblons plonger depuis des mois et à la fois calmer ses frustrations, angoisses et colères intérieur par un sens inné des grooves mesurées. Ce fan d' électronique utilise donc cette dernière et la croise avec des enregistrements du quotidien de son pays d' origine. Ogboh insuffle le réel africain à la culture électro et aux dancefloors européens sous clés depuis plusieurs mois. Ce disque entre deux mondes inaccessibles temporairement offre une Ambient intriguante et surprenante. Immédiatement on pense à Dj Python par son art de ne pas trop en faire et guider délicatement l' auditeur. Il y a aussi sur plusieurs titres un petit côté Burial avec ces intrusions externes à l' électro et les dancefloors. Les crépitements d'un disque ou une pluie tropicale par-ci, les klaxons et les voix de Lagos par-là. Disque venant de nul part, ce "Beyond The Yellow Haze" nous interroge aussi sur la modernité et son emprise sur les traditions. Comme beaucoup d' artistes africains cités dans ce blog Ogboh refuse de choisir son camp tout en restant un fin observateur avide de nouveauté. Ogboh semble tracer un lien entre des artistes en apparence assez éloignés tel SLikback symbolisant le futur, Dj Python un présent un brin lent, et Space Africa pour l' art du collage sonore évoquant un passé prôche. Perfect!

  • SAN SALVADOR, CORREZIAN PARADISE.

    Parfois la passion musicale à l' instar de la vie réserve de sacrée surprise. Il va de nouveau être question dans ce blog d' une musique véritablement originale. Comme toujours me direz-vous mais ce coup-ci votre serviteur n' a pas eu besoin de traverser les océans et les mers. On va se pencher sur une musique en provenance de la ...Corrèze! Vous avez bien lu. Ce coin de France coincé entre le Sud Ouest et le Massif Central que bon nombres ne font que traverser quand d' autres ne retiennent que ce que les médias mainstream a bien voulu lui montrer. Patrick Sebastien, rugby, soleil et chaleur, la bonne bouffe, Jacques Chirac, François Hollande, Trois Café Gourmand, Brive La Gaillarde etc etc. Ma terre d' origine qui plus est. Donc on va bel et bien parler de la Corrèze après le Gqom Sud Africain, le Footwork chicagoan, la Batida façon Principe, le Singeli Tanzanien, les racines Aymara chez Elysia Crampton, asiatiques chez SVKVLT ou encore africaines mais de l' est chez Nyege Nyege ou Hakuna Kulla, sans parler de celles orientales de la bande à Zuli vers Le Caire. En Corrèze aussi des gens se sont emparés de leur racines et n' ont pas hésité à les mélanger à tout ce qui leur est parvenu d' ailleurs. "Je peux changer en échangeant avec l' autre sans me perdre ni me dénaturer" Edouard Glissant Il n' est absolument pas ridicule d' affirmer que l' on va encore se pencher et défendre une sorte créolisation (voir ici et surtout là) musicale à la ... Corrézienne! Et toujours avec cette volonté farouche d' échapper à l' effondrement dans la nostalgie par refus du présent. Refus entraînant l' annihilation de tout futur porteur d' espoir. Ils sont six et viennent d' un village proche du mien. San Salvador est le nom de ce petit miracle de Créolisation musicale de par chez moi. Prendre du vieux, du local, et sous (très bonne) influence extérieur et temporelle créer un nouveau langage musicale. Leur disque s' intitule "La Grande Folie" et se révèle être une bombe à retardement dans les certitudes et préjugés musicaux ou autres. L' élément centrale de leur musique c' est la voix et immédiatement il faut constater que les San Salvador innovent en utilisant le patois du coin via l' exercice totalement inédit de la polyphonie. Dans le passé corrézien nul trace de polyphonie même si cela demande probablement confirmation par des spécialistes. Oui, ils utilisent une langue "synonyme" du passé mais pour délivrer une musique et un message qui regarde derrière et devant à la fois. Et ce d' une manière totalement inédite. Les San Salvador tel Elysa Crampton avec l' Aymara délaisse la langue officielle imposée autrefois pour s' emparer de celle plus ancestrale de leurs racines. Langue qui fut proscrite et combattue. L' élève corrézien fin 19ème début 20ème siècle n' avait pas franchement intérêt à parler son patois à l' école sous peine de punition. Par chez nous le malotrus se voyait obligé de porter à bout de bras une brique par ce cher instituteur que certains regrettent. Et que dire des merveilles harmoniques que ce groupe nous offrent. Les explications d' une tel harmonie peuvent être à rechercher dans le fait par exemple qu' il s' agit de deux fratries et que les six chantent et se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Il n' y a pas de mystère et depuis longtemps en passant par les Beach Boys pour ne citer qu' un exemple parmi tant d' autres cette recette se révèle bien souvent gagnante. A l' écoute de ces voix c' est une titanesque collision de différentes parties de ma vie qui s' empare de mon esprit et le chamboule comme rarement. De la même manière, l' amateur non corrézien de musiques dites "underground" va se retrouver dans une sorte territoire inconnu mais avec quelques réminiscences de sa culture musicale. . Des petits airs de déjà entendu rajoutant ainsi à l' aspect intriguant et envoûtant quand ils se retrouvent dans de cette musique si étrangère culturellement. Ainsi je me retrouve bien des années après face au patois de mes grands parents mais avec l' étrange impression qu' ils ont été samplés par Animal Collective durant un concert à moins peut-être qu'il ne s' agisse de Dj l' utilisant afin d' obtenir la trance pendant une rave. Voir même, reconnaître cette langue retravaillée pour apparaître dans une oeuvre dite d' avant garde dans une salle d' expo . Grace à San Salvador l' enfant se retrouve nez à nez face à l' adolescent qui rêvaient d' un ailleurs via l' Indie music et l' électro. Le tout sous le regard de l' adulte plus porté dorénavant sur l' avant garde . Immédiatement à l' écoute des San Salvador je retrouve le mystère croisé pendant mon enfance au cours des interminables discussions entre les vieux au marché ou au cours des soirées. Ne maîtrisant pas cette langue l' enfant que j' étais n' en finissait pas de chercher la signification de ces mots. Mais de quelles histoires, secrets de familles ou du village, pouvaient-ils bien s' échanger mes grands parents et leurs amis? Des choses heureuses ou des tristes? Des légendes extraordinaires ou juste des faits du quotidien. L' art hypnotique de la polyphonie des Salvador démultiplie cet aspect mystérieux et magique et l' auditeur corrézien (ou pas) d' aujourd'hui se retrouve dans la même situation que l' enfant s' endormant sur des genoux dans le cantou (voir ici). Sorte de Voyage intersidéral hypnagogique entre le réel et l' imaginaire. Le passé,le présent et le futur. Je retrouve grâce à eux des souvenirs merveilleux enfouis dans ma mémoire tel la coutume des œufs à Pâques évoquée dans l' une de leur chansons. Remémoration magique de sociabilisation et d' échange par temps de pandémie et de confinement . Le disque de San Salvador reçoit actuellement un accueil dithyrambique critique autant que public. Peut être bien que, en dehors de ses gigantesques qualités artistiques, ce disque à base de polyphonie répond également à bien de nos tourments en matière d' isolement et de peur d' un extérieur assimilé médiatiquement aux risques contagieux. Au moment où par autoritarisme sanitaire on ordonne aux grands enfants irresponsables que nous sommes de pas se retrouver à plus de six et allant même jusqu' à interdire de ne plus parler, crier ou chanter tous ensemble. Les œufs de Paques? L' une des plus belles coutumes corrézienne devenue fantasmagorie en temps de pandémie, d' individualisme et de distanciations "sociales". Des groupes partaient dans la campagne et frappaient à la porte pour récupérer des œufs. Occasion magique pour le gamin que j' étais de me réveiller et de voir une quinzaine de personnes joyeuses débarquer en pleine nuit chez moi. Et mes parents de leur donner leur récompense plus évidemment le traditionnel coup à boire. Hospitalité, entraide, convivialité, cohésion sociale. Oui je sais, aujourd'hui ça relève vraiment du fantasme . Parfois en retour on avait droit à un concert folklorique improvisé chez soi. Peut être mes premiers, très beaux, souvenirs musicaux live. Je vous passe les anecdotes toute corrézienne d' œufs devenus omelette précocement parce qu' à chaque halte chez l' habitant ces derniers avaient la main lourde sur le remontant. Et les visiteurs du soirs de finir la nuit un brin éméchés et titubant pour finalement tomber sur le panier des oeufs. Chez San Salvador on retrouve bien sûr cet aspect convivial d' autrefois. Celui que certains réac aiment évoquer aussi en regrettant leur "bon vieux temps". Mais chez ces derniers c' est bien sûr synonyme de repli sur soi et le regret d' une époque passée plus enjolivée que avérée. Pour les San Salvador pas de repli mais bel et bien une volonté affichée d' affronter le présent en partageant et en s' ouvrant à l' autre. Sur cette musique plane une ombre révolutionnaire, une critique de notre société par des esprits progressistes politiquement et socialement et bien plus réalistes que les dangereux . Chez les San Salvador ce n' est semble-t-il pas Jean Pierre Pernod qui apparaissait à l' écran de la télévision familiale en s' appropriant leur passé dans ce qui fut un véritable hold Up du passé. Une falsification culturel et sociale d' obédience extrême droite/néo-libérale. Ce détournement qui eut pour conséquence,à mon grand désespoir, de m' éloigner de mes racines à force de miroir déformant et de duperie. Les San Salvador n' enjolivent pas le passé et rappellent certaines vérités. Dans les voix et les rythmiques c' est bel et bien la dureté du monde rurale d' autrefois qui transpire. Qui se rappelle au bon souvenir des Zemmour et compagnie empêtré dans leur nostalgie rance. Mais également un monde rurale plus contemporain. Celui de cette "France périphérique" devenue grain de sable dans le délire suicidaire de la Start Up Nation qui ne voulait plus la voir. Avoir à la supporter. Ces voix vous touchent au plus profond. Réussissent là où d' autres avaient échoué. Font resurgir des émotions personnels et collectives enfouies depuis la nuit des temps. Des émotions que les pseudos variantes dites folkloriques n' avaient su stimuler depuis mon enfance. Consciemment ou pas je les recherchais ces racines mais les troupes folkloriques croisées alors constituaient certes de possibles portes d' accès mais par leur décorum froid et totalement artificiel déconnectée de mon quotidien s' apparentaient à mes yeux à une version muséifiée . Mes racines mises sous cloches furent alors remplacée par des plus universelles venue de loin. L' indie musique etc etc etc. Plutot que le festival de Confolens avec ses belles tenues surannées et son aspect institutionnalisé j' ai préféré la Route du Rock plus raccord avec mon vécu. A l'occasion de l' une de mes premières écoutes je me suis rendu compte que les voix de San Salvador touchait là où celles d' une Beth Gibbons ou d' une Björk étaient passées bien des années auparavant. Et pourtant, que c' est loin Bristol et l' Islande de Saint Salvadour. C' est dire les capacités émotionnelles et universelles de certaines voix paradoxalement profondément et précisément géographiquement. "La lisetta" (voir ici) et sa terrible histoire est bien loin des délires pseudo historiens que nous déverse certains apprentis historiens télévisuels plus préoccupés du destin des grands personnages de ce monde que de celui de la véritable histoire populaire de nos campagnes et villes façon Gérard Noiriel. Entre traumatisme inter-générationnel et dégâts occasionnés par les décisions des "élites" de ce monde sur ceux d' en bas. A ce sujet, et rien à voir avec la musique, allez voir la chaine historique pertinente d' un autre rejeton corrézien, Histony (ici). Il est aussi question de féminisme et du rôle de la femme comme dans "Qua Te Mena". Le féminisme et le passé? Je sais. Souvent le passé est synonyme pour la femme et sa place dans la société de mauvais souvenirs mais tout n' est pas aussi simple. Bien plus complexe et parfois il est bon de rappeler à certains réac que leur fantasme patriarcal est un brin infondé sinon assez éloigné de la réalité d' alors. C' est une question particulière depuis toujours en Corrèze et les alentours. Ou du moins une des caractéristiques du coin par rapport au reste du Sud Ouest jugé plus inégalitaire, l' héritier y étant toujours le plus âgés des garçons par exemple. Je vous renvoie aux travaux d' Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux traditionnels français où le versant Ouest du Massif Central dans lequel se situe la Corrèze est décrit tel quel: "Système communautaires, combinant des règles d' héritage égalitaires et la coexistence des générations (...) avec un statut des femmes plus élevé." Bien sûr que les structures familiaux ont changé depuis l' urbanisation et que le statut de la femme en Corrèze n' était pas franchement paradisiaque comme ailleurs mais il subsiste toujours quelque chose à travers les âges dans la conscience populaire. Revenons à la musique des San Salvador. Les percussions quant à elles ont plus en commun avec des rythmes venus d' ailleurs adorés par ici que ceux d' un batteur de bal musette endormi ou de son congénère punk bredouillant les vieilles leçons de près de 40 ans. D' ailleurs il est à noter que dans les troupes folkloriques du coin, excepté les sabots des danseurs, point de percussions au milieu de la vielle, le violon, la chabrette et le plus tardivement apparu mais si faussement hégémonique et emblématique dans les esprits, l' accordéon. Je ne sais pas si ces gamins écoutent du Footwork ou du Singeli ou encore de la Batida mais leur démarche est tout à fait similaire en puisant à la fois dans un passé plus proche et le passé du Massif Central et les folklores Sud Européens tel l' Italie ou l' Europe de L' Est comme on disait autrefois. L' utilisation des tambours et autres percussions même si elle peut évoquer les traditions troubadours de la langue d' Oc n' est pas franchement une redite faignante. Accélérée, décousue, imprévisible et déconstruite pour redevenir définitivement neuve après avoir été infusée dans le bain des musiques apparue ces dernières décennies. Pour ceux qui se souviennent de leurs prédécesseurs toulousains, on a l'impression de retrouver des Fabulous Trobadors sous amphet et bien moins routinier . Moins "folkloriques" j' ose dire. Certains à ce sujet citent le Math Rock ou le Post Rock (perso il m' évoque les Godspeed You! Black Emperor), allant jusqu' à Steve Reich quand d' autres sortent la grande armurerie d' influences bien fédératrices et un brin réductrices, Rock ou Punk. Bien sûr que l' on en est proche et que les San Salvador en ont écouté et fréquenté les salles dites de "musiques modernes" . Les fameuses salles de "Musiques Modernes". Appellation débile qui semble les gêner eux aussi comme je l' ai lu dans une de leurs interviews. Je ne vais pas vous refaire du DWTN pur jus anti rétro-gaga mais qu'est ce que de la musique moderne en 2021? Le énième groupe singeant les punks londoniens de 1976 ou la New Wave des 80's et l' indie 90's et ce sans une once d' originalité et de personnalité? Ou encore, sont-ils vraiment modernes ces apprentis folkeux européens jouant avec les racines des autres comme si le monde s' était arrêté en 1975. Même pas foutu de comprendre que déjà à l' époque des personnes (Pete Sieger) s' interrogeait sur la démarche de plagier ou de s'inspirer des exemples ricains comme le rappelle l' un des membres de San Salvador: "Dans les années 70, les gens voulaient jouer du folk américain et d'autres gens leur ont dit : "Allez plutôt dans vos campagnes françaises, vous verrez que vous avez des choses à exhumer, à découvrir." Si on doit vraiment accoler le terme de "musique moderne" alors et paradoxalement aux esprits rétrogagas, ce sont aux San Salvador. Enfants de la deuxième option Folk, chantant un patois certes largement abandonné mais en le détournant et le rénovant profondément et réussissant ainsi à décrire avec pertinence leur présent. Il est difficile de citer des influences précises et c' est tant mieux. Pas de tricotage grossier comme il est de coutume dans d' autres sphères musicales rétrogaga. Plutot qu' une hybridation à la va vite ou un métissage au résultat attendu c' est bel et bien une créolisation que l' on découvre tout au long de "La Grande Folie" par l' imprévu qui vous aspire à tout instant. Il semble plus approprié de parler d' un Zeitgeist fait d' une multitude de choses planant sur certaines partie du monde depuis quelques temps et qui s'est déplacé pour finalement s' accrocher par greffe à des plus anciennes. Et ce zeitgeist est constitué d' une bonne dose d' expériences et visions proches du Post-Punk. Si la forme "classique" Post Punk, soit guitare/basse/batterie/chant parlé ou vociféré, a la côte en ce moment jusqu' à en devenir franchement gavante dans l' Indie, les Salvador par leurs aspects tribaux et leur largage total des amarres de toute conformités stylistiques évoquent l' autre face du Post-Punk. Plus aventurier et bien moins prisonnier de l' héritage rock. Plus proche de la tribalité et certaines formes anciennes de paganisme. Le Public Image Limited de l' énorme "Flowers of Romance" ou les géniales Raincoats de "Odyshape" sont à citer pour faire rapide et on peut également se demander si leur goût du trip n' a pas quelque chose de Krautrock par exemple. Cette réponse allemande et européenne à la prédominance anglo-saxonne issue du Blues d' alors. Ça va certainement plus loin si on cherche les influences de cette bande de Saint Salvadour. C 'est bel et bien encore dans cette sorte de Zeitgeist complexe et varié tel un nuage de pensées, d' aspirations mondiales, de sonorités entendues ailleurs, que l' on trouve ce qui participe à la singularité de la musique des San Salvador. L' un des points singulier de ce groupe face aux artistes majoritairement défendus dans ce blog est l' absence de l' électronique et de la culture du dancefloor. Les San Salvador n' ont rien de Deconstructed Club. Bien sûr. Quoique. Ce zeitgeist en réaction à une mondialisation forcée et coupable d'une bien triste uniformisation entraîne un peu partout une quête de ses racines et sa confrontation au présent dans bien des courants. Les San Salvador ne hiérarchisent pas leurs influences. Il plane aussi sur l' avant garde comme l' atteste des gens comme Akira Rabelais, Sote ou Roly Porter dernièrement. La Deconstructed Club est l' une de ses dernières et plus passionnantes émergences On ne peut pas parler évidemment d'une profonde culture dancefloor du côté de Saint Salvadour mais avouons que lorsque on entend dire sur leur musique par l'un des membres du groupe ou des critiques de "superposition", d' un travail de destruction et de reconstruction" afin de produire du neuf , les habitués du blog vont immédiatement penser à des Lee Gamble, Elysia Crampton, Lotic et tant d' autres proche de la Deconstructed Club. Les San Salvador nous offre une espèce rare de: "Deconstructed Folk". Et un comble, leur principal tour de force et acte de bravoure, qu' avec pour seuls outils leurs voix et des tambourins sans un recours à la technologie moderne. Si cette dernière a une influence c' est certainement de manière indirecte via les sons entendus et les expériences live des membres du groupes. Il faut aller du côté d'un Dj Diaki et son Balani Fou du Mali pour retrouver un tel exploit. La plus part des paroles de "La Grande Folie" sont tirés de vieilles chansons du cru réactualisées et retravaillées. Elles sont rallongées et deviennent de véritables odyssées sonores avec alternance de moments puissants et d' autres plus apaisés. Les San Salvador surprennent l' auditeurs en permanences dans ce qui s' apparente parfois à des Dj set avec ses montées et ses descentes. Rien à voir avec les versions aseptisées et formatées de polyphonies entendues autrefois pour vendre du yaourt ou satisfaire les besoins d' exotismes à peu de frais de certains . Une seule semble être écrite intégralement par les San Salvador, le titre éponyme. Probablement la plus belle réussite du disque et la plus belle promesse pour l' avenir. En onze minute "La Grande folie" propulse l' auditeur dans un grand huit sonore et émotionnel. Que vous soyez Corrézien ou pas jetez vous sur ce disque et pour conclure je m' en vais remercier ces garçons et filles de Saint Salvadour. Merci de m' avoir ré ouvert le passage à mes racines. De m' avoir permis de retrouver par la musique une part de moi même et de m'offrir ce que je recherchais depuis toujours. Conjuguer ma passion avec ces racines. Sans non plus devenir un vieux con réac ou nostalgique d'une époque révolue mais bel et un type au contact de son époque prêt à en découdre pour un avenir radieux. "Correzian Paradise", explication: Faché avec ses racines pour les raisons expliquées plus haut l' ado que j' étais alors s' imprégna de la culture d' autres pour décrypter et affronter le monde. Plus de trente ans après grace aux San Salvador on peut dire que la boucle est bouclée.

  • R.I.P. SOPHIE (1986-2021)

    PUTAIN DE MERDE!!!! DWTN entre choc et stupeur après l' annonce du décès accidentelle de Sophie. En général ce blog ne réagit pas aux annonces de ce genre mais celui de Sophie n' était évidemment pas attendu comme le sont ceux concernant les vieilles gloires ou légendes musicales. Ici on tente de conjuguer au présent voir au futur la passion musicale et c 'est peu de dire que Sophie incarnait à elle seule le présent et le futur. La veille de sa mort elle venait de nous offrir un inédit absolument bluffant. Et l' apprendre en plus par un tweet BFM en ce triste samedi rajoutait un parfum amer à cette terrible nouvelle. Elle qui était justement un remède parfait et une critique acerbe et novatrice face à l' entertainment et le mainstream pourri incarné par ces crétins de BFM fan d' article putaclic people sans bien évidemment avoir parlé de cette génie une seule fois auparavant. Pour ceux qui ne connaissait pas ce/cette génie adorée par ici depuis ses débuts c' est en dessous avec les chroniques de ses deux albums dans mon blog . Artiste underground par excellence capable de renverser les barrières entre culture populaire et avant garde. Artiste à l' influence déjà énorme appelée à devenir encore plus grande. Le genre d' artiste dont on se souvient parfaitement notre première écoute tant elle marque au fer rouge nos esprits. C 'était pendant l' été 2013 et je me revois parfaitement m' éclater sur Bipp devant les yeux ahuris du petiot. Exactement ces instants tant désirés par DWTN quand l' inconnu et la nouveauté fauche le fan de musique et qu' il finit par prononcer cette phrase magique : "C' est quoi ça!" Alors Sophie c ' était quoi? C' est ici pour son premier album/Compile "Product" et par là pour celui de la consécration "OIL OF EVERY PEARL'S UN​-​INSIDES". Tout récemment Sophie avait encore droit aux lauriers dans DWTN mais d' une manière indirect. Sophie racontait à ses débuts ne vouloir accepter des remix de sa musique que par ses idoles de toujours en matière d' expérimentation, les Autechre. ET ce remix en forme d' adoubement venait tout juste de sortir après des années d' attente. Ici Son dernier titre: Sans oublier le pertinent et essentiel exercice de remix avec inédits de son deuxième album : "OIL OF EVERY PEARL'S UN-INSIDES NON-STOP REMIX ALBUM"

  • HEATHER LEIGH, This is Modern Folk. Ou, le grand disque du confinement 2020.

    Classé dans le Top 2020 à une douzième place injustifiée tellement ce disque m' a captivé il est grand temps de réparer mon erreur et de revenir sur ce bijou. Beaucoup de musiques créées pendant le confinement mondiale ont été diffusées depuis mais si il fallait attribuer le triste mais justifié titre de Plus Grand disque du confinement 2020 et à cette sale période une seule qualité c' est bien d' avoir permis ce merveilleux "Glory Days" . Disque certainement fort utile pour supporter le prochain enfermement de plus en plus probable. Heather Leigh est né au Texas mais réside dorénavant en Ecosse aux alentours de Glasgow et ça se ressent fortement. Sa pédale Steel guitar évoquant tour à tour les grands espaces américains et sa voix rappelant la culture vocale folk européenne. Spécialiste de la Pédale Steel Guitar Leigh brille depuis quelques années par sa très grande et large culture. Déjà une très longue carrière qui l' a vu débuter au sein des Charalambides, groupe de Free Folk 90's proche de la New Weird America, pour ensuite évoluer en solo ou collaborer avec des cadors tel Jandek ou le jazzman Peter Brötzmann. Heather a capter tardivement une attention médiatique avec ses deux deux derniers albums officiels. Ce fut d' abord le sinistre mais envoûtant "I abused Animal" dans lequel elle lâchait progressivement ses aspirations d' improvisations pour composer plus classiquement de réelles chansons. Tournant solidifié avec le beau "Throne" qui délivrait une espèce de folk-Pop plus directe mais toujours bien particulière et ne ressemblant qu' à très peu de chose connue. Heather Leigh navigue en permanence à la périphérie de genres multiples et variés tel la Folk, la Pop, le Blues, le Drone et le Noise. Elle avoue également un fort penchant pour la mantra. Quand le disquaire Boomkat lui demanda pour sa série liée au confinement de produire une musique chez elle à cause des conditions que l'on sait franchement personne ne pouvait s' attendre à ce qui allait suivre. Ce "Glory Days" est une claque de beauté et d' expérimentation. Probablement sa plus belle oeuvre à ce jour. Sa musique s' est rapprochée comme jamais de ce que l'on nomme l' Ambient tout en gardant ses attraits Folk et Pop. La pédale Steel Guitar s' est vue accompagnée par des synthés avec un cuatro et sa voix de devenir encore plus émouvante qu' elle ne l' était. Parlons-en de cette voix puissante. L' une des plus belles du moment. Si au premier abord elle peut évoquer une lointaine PJ Harvey ou une Anna Calvi perdant de son maniérisme insupportable il faut évidemment penser à une chouchoute du blog, Haley Fohr aka Circuit des Yeux aka Jackie Lynn. "Glory Days" est une réussite parce que Leigh revient à un peu plus d' improvisation tout en gardant les acquis de ses tentations dans la chansonnette. Toujours plus direct mais juste un peu moins afin de maintenir un certain mystère. L' introductif "All i do is lust" semble débuter comme une chanson classique mais rapidement le titre s' apparente à une ébauche perfectionnée glissant vers le drone et l' ambient sans que l'on arrive réellement à définitivement l' étiqueter. Immédiatement et jusqu' au bout des 13 titres on est troublé par la familiarité qui se dégage de cette musique et le spiritisme de l' ensemble. C 'est peut être bien ici la qualité essentielle et l' exploit d' Heather Leigh sur ce disque. Ecouter ce "Glory Days" imprègne l' auditeur d'une certaine mystique apparue pendant le confinement. Ce quelque chose qui nous échappe et en même temps nous a enveloppé durant cette époque troublante. Leigh aborde le naturel et le non naturel, l' intérieur et l' extérieur. Elle décrit comme personne notre perception perturbée de l' extérieur. Perception réduite à nos fenêtres ouvertes sur un horizon diminué dont on ne percevait que quelques rares bruits à l' exception des sons de la nature. Dans "Glory Days" des enregistrement d' oiseaux, de chien et de la végétation viennent se glisser entre son ambient et sa voix puissante. Bref vous l' aurez compris ce "Glory Days" est une réussite totale fabriquée dans des conditions assez exceptionnelle qui auront au moins le mérite de nous révéler définitivement l' un des plus grands talents et le plus révolutionnaire de cette vieille marotte que l'on appelle le Folk.

  • SLEAFORD MODS, les sauveurs.

    J' ai très peu écrit sur Sleaford Mods. Peut être parce qu' à mon esprit c' était une évidence, Sleaford Mods est le plus grand groupe du monde. Chacune de leur sorties n' avaient pas de réelles chroniques mais les classements annuels les comptent dans leurs rangs systématiquement. Peut être pas toujours à la place qu'ils méritent mais les Sleaford et la passion que je leur porte s' en passe largement. (Pour ceux qui connaissent pas allez voir ici pour plus de précisions.) Peut être aussi, et surement, parce que Sleaford Mods bénéficie depuis des année d' une bonne petite portée médiatique malgré une certaine ambiguïté chez certains critiques. Et ici on préfère parler longuement de ce qui n' est pas abordé ailleurs. Mais il est venu le temps d' afficher haut et fort les couleurs de mon club préféré. En ce qui concerne les Sleaford Mods et histoire de clarifier. Ces deux gars sont la plus belle chose arrivée à cette musique anglaise que je chérie tant depuis toujours. Musique anglaise plus vraiment le phare ultime du monde tant elle aussi s' était embourbée depuis trop longtemps dans la redite, le vintage racoleur et la médiocrité politique. Leurs atouts? Une personnalité très forte, une indépendance d' esprit à toute épreuve, l' expérience de la vie de deux quadras, une acuité politique fantastique et surtout, un talent musicale fantastique doublé d'un solide refus de la redite . Groupe inclassable à l' influence certes indiscernable parce que pas facilement imitable mais profondément puissante. Ils sont là depuis 2007 et le seront encore quand tous les petits jeunots du Post post Punk se seront cassés les dents sur notre monde de brute ou se seront empêtrés dans leurs faux semblants et leurs petits compromis. "Space Ribs" est leur onzième album et peut être leur meilleurs. C 'est ce qui commence à se lire depuis quelques jours sans que justement les critiques étonnés de la longévité du bordel remarquent que cela fait onze albums que les Sleafords sont en constante progression. Et sur ce point-là il y a beaucoup de choses à dire ou écrire. Pour certains critiques Sleaford Mods n' étaient-ils pas qu' une gentille incongruité musicale et sociale? Un truc fait de bric et de broc au charme exotique estampillé "Populo"? Un truc appelé à vite devenir lassant et ennuyeux après que la fraîcheur des débuts se soit envolées? Comme-ci cet aspect populo et son côté minimaliste était synonyme dans l' esprit de certains d'un manque d' imagination, de remise en question et bref ... de réflexion. Certains préjugés de certaines classes sociales ont la vie dure et les bourges de s' étonner de l' endurance artistique de ces deux ploucs déjà vieux quand ils défendent d' autres bourges artistes qui n' ont plus grand chose à dire depuis longtemps. L' accueil de "Space Ribs" révèle également que les critiques sous-estimait le rôle, et surtout son talent, du type immobile avec une main dans la poche l' autre tenant une binouse derrière Williamson pendant leur prestation. Une espèce de Guy Debord prolo anglais anti société du spectacle. Quand certains à force de gesticulation scénique tentent de prouver un talent de musicien hors pair parfois imaginée à la coolitude étudiée pour faire le spectacle ce mec se contente d' appuyer sur une touche sans en faire des tonnes sur son réel génie musicale. Depuis trois albums c' est Andrew Fearn qui propulse un peu plus la fusée Sleaford Mods encore plus haut à force d' originalité et de changement de cap. Jason Williamson quant à lui reste au niveau qu' il avait depuis longtemps. Celui du meilleur chroniqueur satirique de notre époque. Andrew Fearn fait preuve depuis "English Tapas" d' une énorme capacité en matière de renouvellement de ses idées et de son savoir faire. Il casse encore une fois l' image d' épinal qu' un groupe issu de la working class soit moins porté sur les autres courants musicaux que celui qui l' a vu naître et pas franchement adepte de l' expérimentation pure. Sleaford Mods n' est plus depuis quelques temps à résumer par la formule "The Fall rencontre le Wu Tang Klan". Et quitte à citer Wire, comme souvent, il faut également y ajouter la carrière moins connue post-Wire électro synthpop et Ambient de Colin Newman tant Fearn lorgne sur bien d' autres territoires à l' instar de Newman. Son travail apparemment simpliste révèle des richesses de complexités apportant à l' ensemble un pouvoir immersif gigantesque. "Space Ribs" ou "Don't Rate You" c' est le dancefloor et la rave pré-confinement passés par son esprit et recraché avec une personnalité unique via ses outils à deux balles et un talent immense. L' alchimie qui s' opère entre nos deux gars préférés de Nottingham est restée intacte et semble même devenir encore plus grande. Les Sleaford Mods grace à Fearn évite l' échouage des Young Marble Giants et de tant d' autres adeptes de la vraie fausse simplicité en injectant lentement mais surement une électronique pertinente et une once d' expérimentation sonore dans la recette originale. Et ce avec un courage hallucinant tel des titres comme "Top Room" ou "Out There". Courage que les neuneus d' Idles, une cible préférée de Williamson, n' ont pas. Je vous avais parlé justement des propos de Williamson sur les Idles et surtout de son leader Talbot. Il en remet une couche en le traitant Talbot de "Touristes de classe" sociale. Bien sûr les néo-libéraux d'Angleterre et d' ailleurs en prennent plein la figure mais Williamson ne cesse pas non plus de tendre le miroir à ceux de sa classe sans tomber non plus dans la leçon de morale facile et professorale. Alors bien sûr après cette putain d' année 2020 où notre monde ne s' était jamais autant avéré , Kafkaïen, hallucinant, anesthésiant par trop plein, dégueulasse et surtout dystopique devenue réalité, on est tous tenté d' y échapper. De se foutre une musique aux fortes vertus en terme d' évasion afin de se couper de l' extérieur. Tonton Williamson et le génial Fearn veille au grain. Continuer à se coltiner cette putain de réalité en face, dire et répéter ce qui ne va pas, constater nos lâchetés et lacunes de citoyens, chercher à comprendre, malgré tout ce que cela contient de souffrance, de désespoir et d' idées noire est la solution. Les Sleaford Mods avec cette album nous aident à relever la tête et si comme le dit si justement Williamson la musique seule ne changera pas le monde et n' est pas LA solution politique, celle de nos gars reste vitale et un modèle à suivre. Et pour un bon moment la meilleur parce que celle du PLUS GRAND GROUPE DE ROCK DU MONDE! Et en bonus quand Williamson invite pour la promo un héros de ma jeunesse, un coriace comme lui, un dur de dur comme lui, un vrai!

  • SOPHIE + AUTECHRE = REMIX INTRIGUANT pour rencontre de titans

    Sophie a toujours expliqué être une fan des Autechre quite à agacer les ayatollahs de la cause IDM. Il est vrai que certains vieux cons fans des anglais un peu fermés dans leur petit monde depuis trop longtemps n' ont pas les capacités de goûter avec délice l' Hyperpop sucrée désignée également par le terme de Latex Pop. Et ce n' est pas seulement une question de feeling musicale ou d' ouverture d' esprit mais bel et bien de capacité à décrypter une musique et de posture culturelle élitiste. Depuis toujours la musique de Sophie est l' alliage parfait de l' efficacité pop et de la recherche d' avant garde électronique alors sa passion pour la légende Autechre est tout à fait logique et loin d' être surprenante. Il y a donc 5 ans Sophie avouait ne pas vouloir que l'on remixe sa musique à l' exception de ses idoles. Et bien c' est chose faite, et bien faite. On ne parlera pas de chef d' oeuvre mais on peut déjà dire que le temps pris par Autechre valait la chandelle au point qu' il s' agit de l' une de leur création récente la plus intrigante depuis longtemps. La petite surprise outre la simplicité apparente du remix est que les Autechre n' ont pas chercher à trop effacer l' aspect Miami Freestyle évoquant la Madonna des débuts et sa version New Yorkaise. Ils l' ont même accentué. L' original est ralenti quand il voit également sa rythmique s' enrichie d' une charleston et avancer droite dans ses bottes. Bien sûr cette rythmique est également complexifiée, la Autechre Touch oblige. Au final, l' air de rien, le talent des Autechre opère une belle petite mutation d' un déjà classique de la décennie passée. Pas révolutionnaire, pas anecdotique, mais certainement plus qu' intéressant.

  • THIS IS CAIRO NOT THE SCREAMERS, quand l' Egypte moderne s' empare du passé et trouve le futur.

    Sorti en quatimini à la fin 2020 cette compilation est une bombe sonore apocalyptique. Un disque avant gardiste puissant. Un acte à la fois respectueux des traditions mais tout autant moderniste si ce n' est révolutionnaire. Egalement le coktail molotov musical parfait pour cramer tout préjugé concernant la jeunesse et la musique du Moyen Orient et plus précisément Egyptienne. On y retrouve l' avant garde Egyptienne que nous avions déjà croisé. Les Zuli et 1127 bien sûr mais aussi de nouvelles têtes qui démontrent elles aussi toute la force et la vitalité de la nouvelle scène électro du Caire. Durant 7 titres le passé musicale de ce pays et sa version contemporaine l' électro Chaâbi sont déchiquetés, déconstruits et reconfigurer pour propulser dans un futur dystopique. C' est un nouvel exemple de Deconstructed Club mais à la sauce égyptienne. Chez eux ce courant se voit conjuguer fortement avec des accents Noise, Post Industrielle et Glitch. Avec leurs ordinateurs tel un scalpel ces artistes n' hésitent pas à s' attaquer à tout ce qui passe pour délivrer une musique fondamentalement neuve et touchante. Ce qui n' aurait pu n' être qu' un habile travail de rénovation est un profond et puissant travail d' expérimentation. Comme chez les africains d' Hakuna Kulala/ Nyege Nyege ou chez les asiatiques de SVBKVLT la Deconstructed Club permets aux Egyptiens de nous offrir une oeuvre réussie de créolisation musicale. Pas une hybridation artificielle et facile. A chaque instant la modernisation est en marche sans devenir une trahison de leur histoire et de leur personnalité. Si Zuli et 1127 tiennent leur rang de figure de proue, mention particulière pour 1127 qui tutoie des sommets Autechriens, des types comme Abadir, KZLK, Youssef Abouzeid et Nadah El-Shazly nous bluffent par leur simple talent. Ce "This is Caito not the Screamers" nous assomment également par la cohésion malgré sa nature compilatoire de multiples artistes. L' élément central cimentant toutes ces personnalités est la distorsion, peut être plus que l' héritage culturel commun. Disque ressorti en vinyle en ce début 2021 il est d' hors et déjà à classer entre les classiques Deconstructed Club. Pour ceux qui croyaient naïvement que l' électro-Chaâbi d' EEK était le summum de la modernité égyptienne sachez juste que cette compilation vient de leur faire prendre trente ans dans la gueule.

  • POLE, pépite minimale pour évoquer Alzheimer.

    Après quelques années de silence Stefan Betke aka Pole nous revient. Pour ceux qui ne le connaissent Betke est l' un des Papes de l' Ambient Dub minimale. A la fin des années 90 et début 00's cet allemand a tracé la marche à suivre et un bon nombre d' autres artistes l' ont suivi. Alors que la vague rétro-gaga commençait à déferler il était l' un des rares à porter l' étendard de l' avant-garde quand certains commençaient à conjuguer la musique au passé. On l' avais un peu perdu de vue ces dernières années tant il peinait à retrouver la magie et les frissons procurés par ses premiers albums sobrement intitulés "CD1", "CD2" et "CD3". Au point que la ressortie de ces trois albums constituaient un petit événement et une bienvenue piqûre de rappel pour ceux qui l' avait oublié. Autant le dire tout de suite le judicieusement nommé "Fading" n' égale pas les premiers mais offre à la suite des rééditions une sorte de sobre consécration en offrant enfin un travail digne de ses prédécesseurs. A part ses qualités purement artistiques ce disque attire également l' attention de votre serviteur pour le sujet qu' il aborde avec justesse. Ils sont rares les disques traitant d' Alzheimer et des démences et l' aide-soignant travaillant avec des personnes atteintes de ces troubles ne peut que se sentir concerné quand sa vie professionnelle et sa passion de toujours fricotent ensemble. Jusqu' à présent le plus important travail musical sur le sujet fut à mes yeux l' essentiel projet The Caretaker de James Leyland Kirby abordé par ici et par là. Là où Leyland Kirby allait au cœur de cette pathologie sans hésiter à plonger l' auditeur profondément dans les affres de la démences Pole semble quant à lui qu' effleurer et agir en retenue. Bien sûr "Fading" trouble et peut parfois se révéler anxiogène comme la maladie mais c' est sans commune mesure avec le jusqu' au boutisme de Kirby qui nous plonge très vite dans l' abstraction sans faux semblants. Un jour quelqu'un a dit d' Alzheimer chez un proche : "Je n' entends plus la musique de son âme". Pole laisse encore percevoir une musique, un semblant d' organisation et de référentiel solide. Ses créations multiformes offrent des soupirs de chanson et les rythmes malléables et susceptibles d' évoluer demeurent distincts. Certaines recettes sont communes cependant comme ces sons remplaçables et se mélangeant les uns aux autres. Avec Alzheimer le connu devient inconnu et l' habituel impossible, chez Pole nous semblons rester au début de la maladie. Cette maladie agit sur la mémoire comme le temps sur les multiples couches de peintures d' un objet. L' allemand observe et illustre les successions de couche que l'on peut voir et parfois tente d' aller voir dessous quand chez Kirby ne reste plus que quelques traces éparses de la peinture et que l' âme est à nu. Malgré son parti pris un brin trop modéré face à Alzheimer Pole charme et peut offrir avec ses complaintes mélancoliques une magnifique porte d' accès vers l' oeuvre bien plus pertinente et sans faux semblant de Leyland Kirby. Leur différence dans l' approche me rappelle un peu celle distinguant la vision des familles et des soignants. Les familles bouleversées par l' état de leur proche finissent toujours par ne plus oser/pouvoir regarder, accepter, les affres de la maladie et finissent par s' en éloigner pour la plus part. Le soignant reste au quotidien jusqu' au bout quite à devenir la personne la plus proche et ne peut détourner le regard face au cataclysme mental qu' est cette merde. Rappelons juste que si Stefan Betke a rencontré cette saloperie c' est par le biais de sa mère alors que Leyland Kirby travailla un temps comme Aide-Soignant au sein d'une institution Alzheimer.

  • THE BUG FT DIS FIG: Trip Hop moderne.

    A croire que toute cette foutue année devait déboucher sur ce disque. Et plus précisément à l' instant précis de sa découverte. Un type qui ose chroniquer un disque devrait parfois indiquer les circonstances précises de l' écoute du disque et de l' écriture de l' article. Histoire que le lecteur sache d' où ça vient ce coup de cœur parce que, oui, c' est d'un véritable coup de cœur dont il s' agit. J' ai écouté ce disque cloîtré dans ma chambre. Cloîtré parce qu' il me fallait éviter de trop déambuler dans le reste de mon petit appartement au risque de trop croiser mes proches. De trop contaminer l' environnement des êtres chers. De leur filer une saloperie. En ce en attendant de recevoir ce putain de résultat ou que mon corps cesse définitivement ces petites alertes. Que je saches définitivement si ces signaux d' alerte violents qu 'il me lançait n' était que de sales blagues ou de mauvais présages. Juste le quotidien d' un soignant travaillant dans un "service COVID" quand il a la malencontreuse idée de développer les symptomes qu' il ne connait que trop bien parce que ressemblant à ceux de la saloperie comme à bien d' autres maladies bien moins flippantes. "In Blue" appartient à la catégorie de disque qui soigne le mal par le mal en cette année 2020 qui a vu d' abord l' espace vitale de bon nombre se rétrécir et ensuite apparaître un curieux mélange de vide, d' angoisse et d' agitation. Quand nos cocons domestiques sont devenus des prisons angoissantes où le moindre détail prenait une importance imprévisible. Vas-t-on manquer d' aliments, qui a touché la poignée de la porte de l'immeuble avant moi? Me suis-je bien désinfecté les mains avant de prendre mon enfant dans les bras? Et ce dernier, fait-il attention? Etc etc etc "In Bue" soigne réellement bien le mal par le mal peut être parce qu' il illustre et le décrit parfaitement ce mal dont il est question. Un jour quelqu' un disait qu' écouter des disques tristes la rendait heureuse, elle qui était si triste en temps normal. Ecouter ce disque de The Bug et DIS FIG m' a fait le même effet sauf que l' angoisse remplaça la tristesse. Et il vous fera le même tant la vie des gens s' est mise à ressembler par certains aspects à celui d' un soignant. Les deux auteurs de ce disque sont de vieilles connaissances de ce blog. Honneur à la dame pour le domaine des présentations. DIS FIG c 'est Félicia Chen, native du New Jersey et résidant à Berlin depuis quelques temps. L' an dernier, après des prestations Dj pour le moins cahotiques et bruitistes, son premier album "Purge" m' avait retourné, frappé et charmé. au point de se classer dans le top annuel. Un disque Post-indus à la vulnaribilité troublante parce que la belle américaine nous confrontait aux sentiments que l' on cache, évite, refoule ou ignore. Consciemment ou pas. Un disque dans lequel sa voix était l' élément fondamental. Le biais par lequel elle s' initiait dans nos âmes quand elle ne nous les secouait pas. Une voix à la fois charmeuse et troublante. L' autre c' est Kevin Martin aka le légendaire The Bug! Lui aussi il a atteri à Berlin après avoir quitter son Angleterre natale. Difficile de le présenter en quelques mots ce géant de l' électro anglaise. On va juste rappeler qu' il fut dans sa jeunesse marqué au fer blanc par le Post-punk. Qu' il débuta son éducation aux sons des Joy Division, Birthday Party, qu 'il se dirigea tout logiquement vers les territoires indus rugueux de Throbbing Gristle ou plus chromés de la Grime et les plus enfumés du Ragga et du Dancehall pour finalement traverser et participer au Dubstep cher à Burial. "In Blue" avec sa pochette représentant un tunnel est la parfaite torche qui sans nous cacher l' aspect sordide et flippant du tunnel nous guide pour nous en échapper. Décrire cette dystopie devenue réalité afin de mieux pouvoir en sortir. Une torche fabriquée par The Bug avec le talent immense qu'il a pour développer son Illbient avec ses rythmiques Hip Hop ou Dancefloor souvent ralenties, son ambient faite de superposition de sample et de la multitude d' effets issus de sa culture Dub. Une Illbient aux parfums fortement Hypnagogic-Pop, Dubstep ou Hauntologiques avec ses grésillements aigus vinylesques et ses basses qui vous remuent vigoureusement et lentement vos tripes. Comme si on avait tiré Leyland Kirby de sa collection de disque des années 20 pour le trainer sur un Dancefloor enfumé. Ces espèces de riddims qui venant des caraïbes ont traversé les océans pour se retrouvés dans les friches industrielles européennes. La musique de The Bug, on la connaissait et l' élément de surprise avait quelque peu disparu au fil des années ou semblait tout du moins bien peu envisageable. Mais ce "In Blue" va réussir à charmer par une petite nouveauté ou du moins, une réelle sensation éprouvée face à l' art du contre pied. Les synthés crados et ces ambiances à la fois Indus,Dark et luxuriantes en détail se confrontent à la voix si humaine, douce, droguée et très intime de DIS FIG. DIS FIG qui attaquait bien plus les oreilles avec ses cris et ses hurlements dans son album mais qui déjà pouvait aussi se faire cajoleuse et mélancolique. Dans un sens c' est un vrai choc entre la dystopie glaciale de The Bug et le chant romantique de DIS FIG qui nous offre une version moderne et urbaine des contes d' autrefois. Une intimité parfois étouffées mais qui réussit à nous réchauffer dans les paysage sonores inhospitaliers et désertiques d' une certaine manière. Plus je l' écoute ce "In Blue" et plus je repense à deux disques grandioses qui ont façonnés les années écoulées. Et aussi au genre auquel ils sont rattachés. Un genre dont on reparle de plus en plus en matière d' influence dans ce blog depuis quelques temps (ici). Le Trip Hop Les intonations et manières fortement Trip Hop de DIS FIG rappelant la reine Beth Gibbons y sont forcément pour quelque chose. Dis Fig comme Gibbons peut passer de l' intime chuchoté à un certains lyrisme sans que celà ne fasse artificiel ou que cela choque. La musique Dark de The Bug si influencée par l' indus, à la fois porteuse d' artificialité et de technologie avec ses grésillements et ses effets, mais tout autant émotionnelle et humaine, évoque elle aussi celle du Trip Hop qui mélangeait créativité et recyclage via les samples de vieux vinyls. Et qui dit Trip Hop dit Portishead et Massive Attack. "In Blue" peut foncièrement s' inscrire comme étant la version 2.0 du grand "Third" et du tout autant immense "Mezzanine". Deux disques sortis avant le Dubstep et le vaste ensemble stylistique regroupé sous le terme d' UK Bass. UK Bass dont The Bug fut en même temps un des participants et un résultat. Mais au delà de sa filiation Trip Hop il est surtout un merveilleux disque illustrant parfaitement cette terrible année 2020. Donc l' un des disques essentiels pour clôturer cette triste année.

  • Oneohtrix Point Never, disque résumé d'une oeuvre gigantesque.

    Plus de 13 ans de carrière, près d' une vingtaine d' album si on compte certaines collaborations, les différents pseudos et les BO. Et le temps qui fait son oeuvre, inexorablement. Qu 'avait-il encore à nous dire le bon Daniel Lopatin si vénéré par ici depuis les débuts de ce blog? Lopatin est quelqu' un d' intelligent et de lucide. Il sait qu' il a entamé un tournant décisif dans sa carrière depuis 2017 et la BO "Good Time". Avec le récent "Magic Oneohtrix Point Never" il semble confirmer qu 'il partage avec bon nombre de ses fans historique le constat. Va falloir du changement tant ce disque évoque l' arrivée au bout du merveilleux chemin de traverse entamé depuis longtemps. Alors on dira juste que ce disque est le "vrai" regard en arrière sur les magnifiques et novateurs paysages sonores qu' il nous a offert depuis 13 ans. On peut y voir comme c' est le cas depuis "Good Time" une pause dans une course effrénée créative. Une pause qui semble s' éterniser tant l' homme nous avait habituer à une grande vitesse d' évolution . J' écris "vrai" parce que le disque somme de ces années-là aurait du être "Age Of" mais que voulez-vous, Lopatin n' a pas pu s' empêcher d' innover encore un petit peu dans son art. Plus pop et surtout saupoudré d' une énorme couche Baroque. Alors il va être encore question d' oubli, de la nostalgie et de l' étrange façon dont nos goûts et nos souvenirs musicaux se construisent. D 'une volonté diffuse de ne pas répéter gratuitement le passé mais en l' évoquant de participer à la construction d'un futur proche et d' illustrer le présent. Nous allons traverser des sensations d' isolement, de solitude, mélanger le faux et le vrai. De l' histoire d'un gamin découvrant le monde à travers la radio, comme celui de James Ferraro qui percevait dans sa chambre à coucher le son à peine audible de la radio familiale. "Magic Oneohtrix Point Never" c' est bien évidemment ce retour sur les courants de pensée et genres musicaux dont Lopatin est une pièce centrale. Un catalyseur si ce n' est un génial investigateur. L' Hypnagogique Pop, l' Hauntology, le Maximalism la Vaporwave et la Deconstructed Club/Post-Club. Tout y est comme le dit si justement le bonhomme: "(...) Pop baroque maximaliste avec des paillettes athmosphériques" Les affinités pop sont encore plus présentes que dans "Age Of" et ce qui est en soit l' un des éléments qui peut rendre ce disque un brin décevant pour les fans historiques amoureux d' innovations et de remises en question. Non pas que Lopatin fasse fausse route en tâtant de la pop par opportunisme après des années d' underground et de musiques plus complexes mais parce que du Oneohtrix Point Never à la sauce pop ça a déjà été fait. Mais pas par Lopatin himself. Son influence a été tellement immense et rapide que nous en avons déjà entendu du OPN dans le mainstream et bien d' autres courants tout autant novateur que le bonhomme. Et puis il y a aussi un autre élément lié à la pop qui peut expliquer la déception des fans originaux bien habitués aux concepts développés par OPN et le quiproquo qui semble se développer voir s' accentuer chez les autres. Je l' avais déjà évoquer au sujet de John Maus (ici) ou d' Ariel Pink. Le fond de pensée critique et de réflexion provenant de Hypnagogic-Pop, de la Vaporwave ou proche de L' Hauntologie aurait tendance à se dissoudre quand il est confronté ou mélangé à certains traits caractéristique de la Pop. En résumé ces trois courants semblent voir la forme Rétro-Vintage éclipser le fond franchement pas passéiste. Finalement le seul tord de Lopatin depuis son virage plus "mainstream", "plus abordable", est seulement d' avoir été un brin en retard par rapport à son importance et son impact chez ses contemporains. A sa décharge faut dire qu' il était parti tellement loin sur les chemins de traverses créatifs qu'il n' avait plus en vue les autoroutes où son nouveau pote The Weeknd et tout une pelleté de suiveurs faisaient retentir leur goût commun pour la synth-pop 80's sur les ondes mondiales. Le clip du titre "Lost But Never Alone" l' illustre parfaitement tant l' imagerie 80's Vaporwave et Hypna semble avoir été mille fois vue avant que l' un des rois du courant nous en offre un exemple. Et puis il y a aussi ses dignes héritiers, les jeunots Sophie et Arca entre autres qui ont pousser les réflexions Lopatinesques encore plus loin vers les cieux jusqu' à parfois fait évoluer ce dernier. De ce dernier disque et des précédents c' est de bien ça que l'on peut le taxer. L' élément de surprise qui faisait tant le charme et surtout la force d' impact de Lopatin a disparu et il semble à présent qu' il en a conscience. On était parti de l' Hypnagogic-Pop tendance New Age, une New Age de plus en plus modernisée, puis il est passé par la Vaporwave pour déboucher sur la bombe Hypergrunge et le CyberRock du gigantesque "Garden Of Delete". Et voilà qu' avec ce disque nous avons un peu de tout rassemblé tel une mixtape avec les derniers rajouts en date, la pop à forte connotations 80's. L' art idiotsyncratique que Lopatin avait élevé au plus haut semble n' être plus gage de chef d' oeuvre et il faut plutot se tourner vers la Deconstructed-Club pour y retrouver les sensations de surprises et de révolution novatrice. Même l' instabilité des titres si caractéristique et tellement fertile pour la réflexion semble être devenue une marque de fabrique trop attendue et moins percutante. Mais le bonhomme n' est pas semble-t-il épuisé tant ce disque recèle encore bien de moments majestueux et troublants à faire pâlir les suiveurs. Le roi n' est pas mort. On dira juste qu 'il se repose après bien d' aventures plus belles les une que les autres.

  • ANA ROXANNE, beauté absolue.

    Elle a débarqué dans mon quotidien comme si de rien n' était. Bien sûr la rencontre était par le biais d' un disque mais Ana Roxanne s' est immédiatement initiée dans mon intime tellement sa musique en est remplie. Et 2019 de se clôturer avec l' américaine en troisième place du Top DWTN des Ep/singles. Depuis son premier ep "~~~" l' attente était grande et la question toute simple, le petit miracle des 6 titres de "~~~" allait-il se répéter? Ana Roxanne a grandi à l' intérieur de la communauté Philippine de la ville d' Oakland aux Etats Unis. La petite Roxanne grandie aux sons des Cd R'n'B de sa mère et par la pratique assidue du Karaoké se dirige rapidement au chant jazz. De ce passé subsiste une reprise d' un titre de Whitney Houston dans "~~~". Si on ajoute à ça un passif au sein de la chorale du coin on comprend très vite ce qui apparaît dans sa pratique du chant que l'on peut qualifier de fondamentalement dévotionnel. Toujours dans le domaine de la dévotion Roxanne raconte que sa rencontre avec la musique Hindoustani au cours d'un voyage en Inde l' a changé à jamais. Elle ajoute à cet événement fondateur sa découverte du premier Alicia Keys et ses études en musique analogique jumelées à une autre découverte, celle d' Alice Coltrane. Et ça on comprend que ça marque, question d' expérience personnelle. En 2017 elle publie en catimini son "~~~" qui sera très vite repéré par MatthewDavid et ressortira donc en 2019 sur le label de ce dernier. La grosse écurie indie Kranky craque à son tour et voilà son nom qui apparaît au milieu de pas mal de nos chouchoux, Grouper, Dedekind Cut, Demen, Stars Of Lid et MJ Guider entre autres. "Because of Flower" arrive donc à point nommé pour confirmer que sa musique est le fruit d' un long parcours d' apprentissage et d' heureuses rencontres stylistiques et spirituels. Immédiatement on comprend que la belle a poursuivi son petit bonhomme de chemin qu' elle semble tracer seule dans le monde de la musique. Et enfin et surtout qu' elle a consolidé les bases de son art jusqu'à atteindre un savoir faire inespéré. "Because of Flower" est un disque d'une beauté absolue. Entre décors gigantesque et un chant totalement émouvant. C' est aussi une preuve solide que la jeune américaine est en perpétuelle évolution. Plus assuré et plus ouvert que son prédécesseur il offre des pièces admirablement structurées, spacieuses et ambient. Une ambient enrobée de chuchotements Pop. Les bases New Age, Ambient et son goût pour les Sound Collage que "~~~" dévoilait sont toujours présentes mais Roxanne délivre de nouvelles influences qu' elle transforme avec des manières très personnelles. Par exemple le somptueux "Venus" parmi d' autres titres évoque fortement la musique médiévale et ses airs éthérés. Ce titre tisse aussi et surtout un lien entre la dernière recrue de Kranky et le passé du label. Bien sûr qu' en matière d' éthéré MJ Guider et Liz Harris de Grouper peuvent faire office de grandes sœurs mais il faut remonter le temps encore plus loin et va nous revenir des souvenirs Post-Rock version Kranky avec Labradford pour le calme et les ambiances lentes. Toujours post-punk la guitare fait une apparition chez Roxanne avec des impression très Tortoise. L' une des grandes nouveauté est également l' empreinte nouvelle d'une certaine Dream Pop et de ses filles, l' Ethereal Wave et l'Ambient Pop. On peut évoquer Julia Holter pour la voix lente et hypnotique, Julianna Barwick pour les textures flotantes mais enfin et surtout nos vieux amours de chez 4AD par les senteurs gothiques et médiévales. Ce disque comme tant d' autres adorés par ici est sous le haut patronage des This Mortal Coil, Dead Can Dance et bien sûr Cocteau Twins. On perçoit même un spectre bristolien très Portishead. Ce qui était caché parce que juste chuchoté sur " ~~~" est dorénavant la thématique ouvertement assumée autour de laquelle Roxanne compose. Le disque débute par une citation du philosophe chinois Lao Tzu expliquant les liens entre l' intersexualité et l' harmonie. L' artiste médite sur l' identité, le genre et l' amour. Elle nous parle aussi du corps et de l' enfermement qu' il peut représenter et ce avec fragile sincérité et empathie. Avec ce premier album Ana Roxanne emporte tout sur son passage et offre le disque parfait pour les moments d' évasions entre ceux de combats dans un avenir proche. Disque d' évasion encore pour affronter les confinements successifs qui nous attendent pendant très longtemps. PS: L' un des mes Coltrane préféré. Typiquement New Age

  • MJ GUIDER, Bayou éthérée

    Après Liz Harris de Grouper, The Slaves, White Poppy, Julia Holter parfois, Paper Dollhouse, Tropic Of Cancer ou Julianna Barwick récemment, voici encore une fois une enfant ensorcelante et rêveuse de Mamie Elizabeth Fraser. Encore une fois l' écossaise voit apparaître une de ses progénitures de l' autre coté de l' Atlantique et encore une fois elle peut en être fière. MJ Guider a parfois les traits de sa mère spirituelle et de ses Cocteau Twins mais que les traits. L' enfant ne sombre pas dans le mimétisme facile et nous offre le disque éthéré parfait pour passer ce putain d' été flippant et caniculaire. Selon le dossier de presse l' intrigante Mélissa Guion (je sais, vous allez le lire partout de la plume de nos critiques feignants), ce bel objet artistique qu'est "Precious System" a été inspiré par la confrontation de paysages très variés et en un sens opposés de sa Louisiane natale. Plutot que de confrontation le terme de métissage ou d' association serait plus approprié. La musique de MJ Guider c 'est une promenade entre friche industrielle et la nature la plus sauvage possible. Si on imagine la rencontre entre Le Bayou et les traces de l' oeuvre humaine que sont les usines désaffectées, le mobilier urbain et les zones commerciales laissés à l' abandon, je pense que par réflexe on imaginerait très peu un quelconque lien avec les landes glaciale du Royaume Uni post industriel du début80's. Et on penserait surtout pas à la pop éthérée des gothiques Cocteau Twins. Jazz, Blues, Doctor John ou plus récemment et en version urbaine moderne le fêlé de Lyl Wayne. Bref toute une gamme de musiques chaudes, enfiévrées voir agressives sauf à quelque chose sobre provenant d'un âge glaciaire. Le sentiment dystopique de la rencontre entre l' homme moderne et la nature est encore présent sur un disque en cette année 2016. Si il existe des différences de son et de manières entre la vision de Mélissa Guion plus "archaïque" et celle de personnes plus influencées par la révolution numérique 'Herndon, Arca) le sujet de la rencontre technologie-nature/corps est bel et bien là. Si le sentiment de désolation lié à la dystopie pointe son nez il est teinté d'un certain optimisme caché. A l' instar d'une Herndon ou d' un Arca un espoir allié à une certaine combativité pour croire en l' avenir. Si les deux artistes cités partent au front contre le cynisme et la peur tel des guérrier MJ Guider et ses soeurs de la fratrie Frazer font plutot office de vieux sages zen et sensibles laissant le temps faire son oeuvre. la nature reprend ses droits et les herbes sauvages envahissent les usine et magasins désertés pendant que la brume des matins du bayou remplace les nuages de pollution. Après des débuts en total solo MJ Guider s' est adjoint l' aide de deux musiciens pour son album. Son premier ep "Green Plastic" sorti en 2014 apparaissait plus timide avec des titres à la production hypnagogiques et tirant plus sur une ambient à la rythmique transparente. Mélissa Guion entre-temps a pris de l' assurance et sa musique s' en ressent. Les rythmiques sont ce coup-ci plus fortes, les ambiances moins furtive et la voix totalement plus présente et affirmée. Un poil plus pop mais comme ses soeurs du nouveau millénaire cet aspect n'est pas autant vivace ouvertement que pour Cocteau Twins. Les appétences pop moins souhaitées sont peut être l'une des raisons qui explique que MJ Guider et compagnies ne tombent pas dans le mimétisme parentale. Si leur musique reste charmeuse elle refuse malgré tout toute les envies de drague et de facilité nostalgique dont d' autres n' hésitent pas (Grimes). Ce refus permet ainsi une singularité collant bien plus à notre époque. Le charme va opérer un très long moment et ce disque absolument pas revivaliste risque bien se retrouver dans bon nombre de top courageux de fin d' année.

  • WORKING MEN'S CLUB, et si il existait deux formes de revival? Celui des bourges et celui des prolos.

    C' est la dernière hype anglaise de l'indie . Comme souvent une formation au senteur rétrogaga. A l' instar de certaines formations apparues ces derniers temps tel les Shame, Idles, The Murder Capital ou les champions Fontaines.D.C., les Working Men's Club lorgnaient sévèrement sur l' âge d' or Post-Punk comme le prouvait leur premier single "Bad Blood". Un single à la recette revival franchement mille fois entendue depuis 20 ans tant les gamins piochaient sans gènes à la fois dans l' histoire américaine et anglaise du genre. Une voix et un phrasé rappelant un étrange mix entre Tom Verlaine de Television et un Mark E Smith jeunot. Des guitares aux senteurs Television (encore) rencontrant Joy Division avec un goût pour le funk rappelant les Talking Heads . Bref, que du classique rétro-gaga. A ceci de particulier que les Working Men's Club avaient coché l' option Funk dans le catalogue de vente sur internet par le biais duquel bon nombre d' autres se contentent de piocher afin de monter un groupe tel des fashions victims dénuées de personnalité tentant de masquer leur manque en la matière. Et le conformisme de guetter. Et pire que ça, on semblait tomber un peu plus dans les affres du rétro-gaga. Cette recette qui possédait des ingrédients amenant à la danse évoquait une formation plus récente et elle aussi grande adepte du pillage historique Post-Punk, LCD Soundsystem. Manquait l' électro pour s' afficher comme le "digne" successeur de James Murphy mais il était claire que les Working se différenciaient de la sorte de leurs contemporains britanniques et Irlandais plus adeptes d' un post-punk originel plus politisé et personnel. Plus encrés dans leur présent. Donc on pouvait dire des Working King's Men , et encore après l' écoute de leur récent album par instant, qu 'ils faisaient du LCD Soundsystem. Un LCD Soundsystem qui en son temps ne faisait rien d' autre que du Eno/Post-Punk post Daft Punk. Oui je sais, on est arrivé au truculent moment où des revivaliste pillent d' autres revivaliste et le rock indie de se mordre la queue. Mais depuis la sortie de leur premier album éponyme tout ce qui n' était qu' une redite de la triste régression indie à guitare entamée depuis 20 ans devient un sujet bien plus complexe. Et Les Working Men's Club de trouver chez votre serviteur une miraculeuse indulgence. A cela il y a plusieurs explications. D' abord l' attachante personnalité de leur leader, Syd Minsky-Sargeant. Un gamin d' à peine 20 ans. Né à Londres il se fait virer de ses logements sociaux pour atterrir dans un trou perdu du Nord de l' Angleterre, Todmorden. Bref passer en un rien de temps du tout au rien et le gosse de s' ennuyer ferme dans la campagne avec pour seule distraction les passages irréguliers du bus et la musique. Cette dernière va devenir sa bouée. Mais attention aux apparences si Todmorden semble éloignée de tout c' est aussi une petite ville où les habitants tentent de recréer une vraie vie communautaire rurale. Par exemple c' est là-bas qu' a vu le jour l' une des premières expérience mondiale d' autosuffisance alimentaire. Et en matière culturelle aussi ses habitants tentent d' échapper à la triste vie que leur réserve le Néo-libéralisme. Il existe deux salles de concerts à tendances selles aussi communautaires dont le fameux pub Golden Lion. Et jeune Syd a du pas mal y trainer. Passionné de musique et doté d'un sacré caractère que certain caractérise par le termes de "grande gueule" dans la plus pure tradition du "North", Syd part pour la proche Manchester afin d' y poursuivre ses études de musique mais visiblement les écoles d' arts aussi n' en ont plus voulu de lui par la suite. Douloureuse expérience mais vous avouez qu' en matière d' expérience musicale Manchester se révèle être un sacré puits de science au vu de son passif. D' après ce que l'on entend le petit Syd s' est entiché pour les périodes pré-Britpop plutot que l' ère Oasis avec ses guitares triomphantes. La Britpop qu' il semble mépriser au plus haut point. Sa musique révèle surtout un fort penchant pour Factory Records. Et un large spectre Factory Records! Autant celui des début de Joy Division/Section 25 qui adoraient le Krautrock et fricotait avec l' indus/dark que celui synthpop de New Order et de l' Hacienda en pleine explosion Acide sous haute influence Detroit. Madchester devrais-je dire tant l' album surprend avec des voix oniriques et des guitares Baggy venues du tréfonds des 80's. Pour résumer un peu trop on a envie de dire que ces gamins tente d' offrir une mixtape New Order en ne puisant que dans "Movement" et "Technique", deux disques tellement différents l'un de l' autre. Mais à Factory et Manchester s' ajoute une autre ville référence du Nord. Sheffield! L' écoute des titres de l' album font tourner les regards vers Sheffield indubitablement. Encore une fois après l' album époustouflant dans un autre domaine de Rian Treanor (ici) . La proto électronique des Cabaret Voltaire et la synthpop de Human League y côtoient les senteurs mancunienne du "Technique" de New order. Et celà va jusqu' au chant de Minsky-Sargeant qui est l' épine dorsale du groupe et sa musique. Bien sûr que Mark E Smith reste une référence mais Ian Curtis est abandonné au profit d' un Jarvis Coker de Pulp, lui aussi de Sheffield. Comme ses illustres aîné il impose sa forte personnalité aux chansons allant jusqu' à pourrir un présentateur BBC avec tout le charme des grandes gueules du Nord. Cela n' a pas été dit ailleurs mais la North-Touch du gamin avec le traitement de sa voix et surtout son phrasé évoque en moi les souvenirs du chanteur de l' une de mes marottes ado, Dave "The Wrekked Train" Randall des Lo Fidelity Allstars. Ce n' est bien sûr pas du Big Beat et le disco/funk apparaît que fugacement via les touches Techno et Acid House mais écouter "Valleys" évoque des fantômes mutants des légendaires "Kasparov's Revenge" ou "Blister on my Brain". L' autre raison de mon indulgence est le fait qu' entre le single et l' album le groupe continue d' évoluer et enrichit donc sa palette. On peut déceler des traces des débuts de Simple Minds New Wave par exemple ou des riffs typiquement Orange Juice. Visiblement Minsky semble avoir écouter les derniers album des Horrors. Mais ce sont surtout les synthés qui ont pris le pouvoir avec une vraie maîtrise en matière de production. C' est que Minsky-Sargeant conscient des limites d'un post-punk un peu trop limité en influence vira une partie des troupes au profit de la guitariste Mairead O'Connor Moonlandingz grande copine de la Fat White Family dont les Working Men's Club firent également la première partie. Si on rajoute le très judicieux choix comme producteur de l' ex Add N To X Ross Orton (Artic Monkeys, The Fall) on comprend très vite que la troisième raison de mon affection pour cette formation est qu' elle a compris qu' elle devait s' échapper du carcan Post-Post-Punk actuel pour ne pas par exemple suivre la pitoyable trajectoire des Idles. Ainsi cette jeune formation offre des hymnes flatteurs et palpitants tellement la petite surprise guette l' auditeur à chaque croisement de rue. La musique sous haute influence de la personnalité de Minsky offre la sensation d' être coincé dans les carcans de la vie quotidienne du Nord mais de vouloir s' en sortir. Ses paroles nous plonge dans un océan d' émotions conflictuels à l' image de la vie mouvementée de son leader et on oscille entre espoir et désespoir. Espoir des lendemains qui chantent et dystopie. C' est ici que l'on peut voir ce qui sépare définitivement la démarche des jeunes Working Men's Club de celle d'un James Murphy déjà vieux à son apogée. Entre le revivaliste s des 00's et ceux des 20's. Chez LCD Soundsystem il n' y avait pas cette volonté de changement et de destruction que l'on perçoit chez Minsky-Sargeant. Peut-être que l' explication est que les revival se succédant n' ont pas tous les même caractéristiques. Que certains seraient plus porteur en terme d' espoir que d' autres plus teintés de cynisme et de désespoir. Peut être faut-il voir du côté des origines sociales. Même si ils ont écouté les même disques il y a un monde entre le Murphy New Yorkais trentenaire issu de la classe moyenne et ce gamin provenant la working-class anglaise grandi dans le Nord du pays. Comme il y a un monde entre les Strokes issues de la grande bourgeoisie New Yorkaise écoutant Television et les Fontaines.D.C. adulant aussi la clique de Tom Verlaine mais étant imprégné de la culture socialiste bohème de leur quartier populaire. Dans l' article sur les Idles dans lequel les classes sociales sont aussi abordées je mettais la citation suivante de Lias Saoudi: "Pour moi, le post-post-punk classe moyenne représente un effondrement dans la nostalgie, né d'un refus du présent, dans un monde où le futur a été pratiquement annulé." Les Working Men's Club de Minsky-Sargeant à l' instar des Fontaines.D.C. démontrent que le post-post-Punk de classe inférieur est moins l' appel à la nostalgie et un cocon passéiste pour ne pas voir la catastrophe arriver que bel et bien le désir de participer à ce que doit être le futur tout en s' appuyant sur les grandes leçons du passé comme bases solides. Peut-être parce que ces gens-là ont plus rien à perdre dorénavant alors que tous les James Murphy du monde sans s' en rendre compte s' accroche à leurs acquis en passe de sombrer aussi. L' album des Working Men's Club est profondément touchant même si il est imparfait, que parfois il sombre dans des redites trop entendues ou qu'il évoque un peu trop Lcd Soundsystem. Cette dernière remarque est à minimiser tant LCD Soundsystem s' est accaparé des pans entiers de l' histoire jusqu' à chasser dans nos esprits les originaux et ainsi parasiter notre référenciel par sa proximité historique. Touchant ce premier album parce que l'on y découvre des gamins qui n' ayant plus que pour bagage l' historique de la musique et pour modèle des prédécesseurs qui ont laisser tomber tout espoir, tentent malgré tout, de sortir du marasme rétro-gaga pour participer à nouveau à un futur probable. C' est parfois maladroit, pas encore abouti, mais ça a au moins le mérite d' avancer un timide pas là où d' autres courant ont définitivement pris leurs quartiers, l' inconnu et le combat. Et pour la bonne bouche ma vieille marotte:

  • En passant: DJ Rashad, premier hit footwork grand-public ?

    Résumé des épisodes précédents, http://dancingwiththenoise.blogspot.fr/2012/04/en-passant-addison-groove-et-le.html http://dancingwiththenoise.blogspot.fr/2012/04/en-passant-traxman.html http://dancingwiththenoise.blogspot.fr/2013/02/en-passant-slava-et-young-smoke-le.html Finalement ne manquait-il pas "le tube" au footwork pour qu'il quitte la sphère underground pour l' overground. Comprenez, un plus large public, et plus particulièrement le milieu indie européen par exemple. Et bien le voilà le putain de morceau susceptible de mettre sur toutes les langues le mot "footwork". Si je dis ça c'est pas pour rien car récemment je suis tombé sur une chronique d'un illustre critique français travaillant pour un non moins illustre hebdo autrefois mensuel et bimensuel. La brave homme nous pondait à propos de la tuerie de Slava "On it" un petit papier totalement à coté de la plaque et qui démontrait surtout le retard d'une partie de la critique française. Au printemps dernier le passage à la Vilette de Dj Spinn et Rashad était quasiment passé inaperçu et prouvait que nos rock-critiques hexagonaux passaient à coté une nouvelle fois comme ils l' avait fait avec le dubstep il y a une dizaine d'année. Mais revenons au "tube" de la footwork tant espéré et c'est DJ Rashad qui s'y est collé. Pas surprenant de la part du bonhomme qui nous avait comblé avec son album de l' an dernier (classé 33 ème dans le top 2012 de DWTN). En fait d'un album c' était plutot une sorte de compilation tellement les titres partaient dans tous les sens et qu'en définitive manquait la cohésion dont avait fait preuve Traxman de son coté avec LE grand album footwork jusqu'à présent ("Da mind of Traxman"). Rashad nous balance ce coup-ci un ep 4 titres ,"Rollin", et ainsi le format court rend encore plus évidant le talent du Chicagoan. Les samples vocaux sont moins massacrés qu' à l' accoutumé et certaines sonorités de la rythmique semblent avoir été le fruit d'un travail de production plus important apportant ainsi une sophistication remplaçant la touche lo-fi des débuts. Vivement un album entièrement réussi cette fois-ci.

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