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- YHWH Nailgun : Deconstructed Rock cataclysmique.
Les YHWH Nailgun étaient apparus sur les radars en 2022 avec deux Ep tout autant intriguant l' un que l' autre. Depuis le buzz est monté progressivement chez les amateurs de musiques anticonformistes qui les attendaient au tournant avec fébrilité par crainte d' être confronté une nouvelle fois à une si belle promesse non tenue . Trois ans plus tard "45 Pounds" déboule enfin et c' est un véritable coup de tonnerre. Mes premières impressions vers la fin 2023 étaient partagées. Entre un fol espoir et l' inquiétude que cela soit trop beau pour être vrai. Avec leurs lacunes inhérentes à leur jeunesse d' alors, parfois on s' y perdait et eux ne semblaient pas toujours savoir où ils allaient, "YHWH Nailgun" et "No Midwife and I Wingflap" apparaissaient clairement dans mon esprit comme la réponse ricaine aux géniaux irlandais Girl Band/Gilla Band ( ici ) et aux percussions de Valentina Magaletti au sein de Moin ( ici ) . L' association de ces deux groupes prenait alors dans mon petit cerveau le rôle d' un pur fantasme tant je les adule. "45 Pounds" voit YHWH Nailgun (prononcez Yahvé) resserrer leur art et aller au plus simple. Efficacité absolue, œuvre brut sismique susceptible de charmer sans pour autant tomber dans un compromis fruit de la timidité du débutant qui n' ose pas tout. En 10 titres condensé en à peine 21 minutes les originaires de Brooklyn balance une énorme bombe sur les territoires Rock Indie. Fini les faux semblants niaiseux des uns et les redites copieuses des autres. C 'est une relecture totale du style et le renversement de la combinaison désuète traditionnelle Guitare-Voix-Batterie. Les YHWH Nailgun délivre une conception du Rock réellement innovante et captivante. Plus j' écoute cette musique et plus j' ose penser que YHWH Nailgun nous offre à force de déconstruction des habitudes et des us et coutumes la version rock de ce qui se fit il y a peu en électro, la Deconstructed Club ( ici ) . L' auditeur va identifier des tropes de vieux courants et styles apparentés au Rock totalement détournés et utilisés d' une manière profondément idiosyncratique. Ont-ils écouté Arca, SD Laika, HYph11E, Chino Amobi ou Sophie? On peut également évoquer l' HyperPop tant cette musique offre un Rock dans une version à la fois viscérale et cérébrale n' hésitant à en faire trop via un second degré totalement assumé. "45 Pounds" c' est un shoot de dopamine évoquant la vie numérique de la génération Z. Nous sommes confronté au déversement ininterrompu de désir inassouvis, de frustrations, d' informations parfois contradictoires souvent interrompues et parasités par d' autres. Cette musique de l' ère Internet est à son image, frénétique. Les mélodie sont amputées et les paroles que des bribes chopées à la volet. Devant vous le chaos humain post moderne de 2025. Entre désolation et volonté de foutre en l' air ce qui semble tenir encore debout mais cache l' horizon et le chemin du grand tournant. Ce monde que nous décrive les YHWH Nailgun peut paraître certes absurde, risible, ridicule et flippant mais ils le font d' une manière absolument pas nihiliste et hostile tant ils peuvent redonner la force d' affronter ce réel. Il est impossible de les étiqueter. Bien sûr que parfois ce Groove venu de nul part peut évoquer LCD Soundsystem aux jouvenceaux des 00's mais pour les autres ce sera des noms bien plus illustres parce qu' en leur temps bien plus originaux que le gentil grassouillet Prof Pépère de Dance Punk James Murphy. Dire que YHWH Nailgun ça ressemble à des Liquid Liquid ou A Certain Ratio et The Pop Group n' est pas faux mais encore trop vague. Il faut encore plus fouiller dans la catégorie Experimentale et une filiation via l' audace et certaines sonorités va apparaître. This Heat ! Comme les anglais en leur temps les jeunots de Brooklyn adorent les textures singulières et n' hésitent pas à utiliser des idées tonales parfois très éloignées et différentes les une des autres. L' auditeur est en permanence surpris et l' imprévisibilité est leur marque de fabrique sur l' aspect son qui peut être à la fois métallique et synthétique, diffus et opaque. Imprévisibilité toujours concernant les structures des titres. Ils ont beau être courts cela ne les empêche en rien de vous déconcerter par leurs tournures. Ces compositions sont absolument anticonformistes et ne cesseront de surprendre voir de choquer. Je parlais de Groove plus haut et il apparaît clairement que la grande star de ce disque est le batterie. Tenue par Sam Pritchard qui officine aussi en temps que producteur. Ce type a la polyrythmie dans le sang, un goût et un don unique pour toujours être sur le fil du rasoir de la cacophonie. Avec une souplesse hallucinante il fait preuve d' une hyperactivité hallucinante quand il s' agit de changer de rythme ou de chercher sur tous les éléments de sa batterie le son qui va vous emporter loin de la routine Rock. A ce sujet les YHWH Nailgun sont profondément Dada dans cette façon qu' ils ont de s' inspirer du Free Jazz sans jamais plagier le passé. Entre provocation et authenticité absolue. Ils vont encore plus loin que Still House Plants dans ce domaine. La complexité rythmique peut certes évoquer le Math Rock mais franchement on est loin de ce que nous offrit il y a peu la vague revivaliste dans le domaines et qui provoqua souvent chez moi et d' autres une aversion définitive liée à une forme d' overdose avec un courant rapidement devenu trop traditionnaliste. L' autre star du disque est la voix de Zack Borzone. Parfois on se demande si ce n' est pas la Kim Gordon des grands jours qui aboie, grogne et hurle tout ce qu' il a au fond des tripes. Lui aussi semble prendre un immense et pervers plaisir à ne jamais tomber dans le déjà entendu. Quand Pickard avec sa batterie tient la baraque et envoie les titres dans la quatrième dimension et que Borzone vous arrache à la torpeur du "consommateur" de musique divertissante les deux autres membres du groupe, Jack Tobias et Saguiv Rosenstock, en remette une couche à grand coup de synthés déformés surnaturels et de guitares totalement méconnaissables. C 'est surtout sur ces sons de guitares inédits et l' anticonformisme des compos avec le goût des cris de bêtes qu 'il faut penser aux adorables Girl Band/Gilla Band même si chez les irlandais nous semblons être confronté à une façon multidimensionnelle quand les ricains ne jurent que par une démarche purement anti conventionnelle. Face à la rugosité de cette musique et la déferlante sonore qu' elle contient on peut parler de Hardcore mais alors dans une version bien plus complexe et réfléchie qu' il n' y parait. Une version surtout fertile pour l' avenir. Les YHWH Nailgun se rapprochent des révélations expérimentalistes de l' an dernier, Moin et Still House Plants et avec eux enfin, on peut dire définitivement après les éclaireurs Girl Band/Gilla Band, que le Rock a retrouvé le goût du risque et a définitivement repris le chemin du futur.
- Post-Club/Deconstructed Club, musique révolutionnaire pour dystopie contemporaine.
De gauche à droite: Jam City, M.E.S.H., Total Freedom et Lotic. En cette année 2018 le Post-Club est au centre de l' actualité en ce qui se fait de plus avant-gardiste en électro. De plus rafraîchissant. Mais comme bien souvent l' étiquette même de Post-Club peut paraître si flou que certains arrivistes qui ont par exemple découvert Lotic cette année sont susceptibles d' y mettre un peu tout ce qui y ressemble. SOPHIE a-t-elle à voir par exemple avec les Lotic et autres pensionnaire du club Janus? Bref on peut s' attendre à un peu tout et n' importe quoi d' ici peu. Surtout que le mot n' est pas encore réellement sur toute les lèvres et sous les plumes. Comme d' habitude les artistes eux-même y sont pour quelques choses à force de ne vouloir pas être affiliés à un machin réducteur et d' y perdre ainsi un peu de leur singularité. Souvenir d'un interview franchouillarde bâclée où Lotic suite à un quiproquos sur le terme expliquait à quel point il voulait justement rester dans le club. Post ne désigne évidemment pas la sortie du club mais bel et bien d' y incorporer de nouvelles visions musicales. On peut parfois également retrouver les même artistes sous l' appellation de Deconstructed-Club. Cette dernière est revenue sans cesse tout au long de l' histoire pour des scènes et artistes bien éloignés du sujet du jour (voir idm). Bref, c' est pas clair cette affaire et ce dernier terme risque d' en perdre plus d'un tant Deconstructed-Club peut désigner uniquement une simple technique de création musicale. Lee Gamble ou Lorenzo Senni ne font que ça et pourtant. Partagent-ils plus avec un M.E.S.H. ? On peut s' interroger si derrière ces deux désignations il existe une véritable cohésion justifiant sa légitimité. Si ce n' est pas une invention journalistique pour définir un machin qui a justement semblé pendant très longtemps échapper à la presse musicale. Ce n' est pas faute de vous avoir tenu au courant des liens tissés et des affinités régulièrement dans ce blog tant les principaux acteurs de cette scène y sont présents. Les M.E.S.H., Lotic, Amnesia Scanner, Rabit, NON Worlwide et compagnie. Il est donc venu le temps de faire le point sur le sujet. Une récapitulation haut combien nécessaire tant le sujet est flou mais aussi et surtout parce que tous ces artistes sont en train de booster les musiques dites électroniques. Yves Tumor vient d' écraser la rentrée avec son album et je peux vous affirmer que si ça ne saute pas aux oreilles le type a bien plus de point commun avec le Post-Club qu' avec la pluspart de ses collègues de WARP. LES ORIGINES DE LA DECONSTRUCTED CLUB: Venus aux platines des mythiques GHE20GOTH1C Au début de la deuxième décennie du siècle dans les bas-fonds de New York certains se sont mis à tout casser à grand coup de marteau-piqueurs informatiques, de croisements de looks et d' innovation en matière de DJing. Que ce soit les barrières musicales comme celles de goûts sexuels et des origines sociales et raciales. L' épicentre se trouvait vers Brooklyn au cours des soirées mythiques GHE20GOTH1K ("Ghetto Gothic") organisées par Venus X. Elles rencontrèrent un très gros succès mais surtout une certaine reconnaissance même en France via le monde de la mode (Rihanna s' en inspira ou plutôt pilla provoquant la colère de Venus X).Très vite des mecs comme Total Freedom firent parler d' eux tant leur approche révolutionnait un peu le milieu musicale en voie de patinage nostalgico-gaga. D' une certaine manière ils étaient le pendent dancefloor et festif à l' hypnagogic-pop. D 'autres artistes éloignés de New York apparurent immédiatement dans la lignée. Chino Amobi aka Diamond Black Hearted Boy ( voir ici ), Elysia Crampton aka E+E ( voir par là )et Eric Burton aka Rabit partageait en commun avec Total Freedom un goût prononcé pour une sorte de collage sonore épique à fortes résonances conceptuelles et proche des arts visuels . Très vite ils oublièrent les règles du dancefloor et le dogmatique rythme 4/4 pour créer un tout nouveau vocabulaire musical dans lequel on pouvait également retrouver beaucoup d' éléments anthropologiques. Leurs travaux abordaient beaucoup de sujets politiques, il y était souvent question de la culture Queer, de féminisme et du genre, d' internet et de ses effets sur les relations humaines, des relations inter-raciale et des méfaits de la mondialisation via une certaine colonisation toujours présente comme passée. D 'autres favorisaient également une approche conceptuelle plus accentuée sur la technologie et le futurisme. Bref une musique réellement protestataire le regard vers le futur plutot que le passé et qui commença sérieusement à me titiller les oreilles vers 2013-14 ( ici ). Musique donc épique où opérait un certain détournement où la culture pop et dancefloor passée et présente y subissaient de violentes attaques sonores provenant aussi bien des sons préhistoriques informatiques que d'une indus abrasive. S' opérait une réel et riche brassage stylistique menant à de nouvelles formes d' hybridation. D' autres sur la côte Ouest des USA et d' un petit peu partout (Koweit!) se joignirent à leur petite révolution. Derrière la bannière du label Fade To Mind des gens comme Kingdom, Nguzunguzu et Fatima Al Qadiri venu du monde artistique commencèrent à faire parler d' eux et à fréquenter la clique d' origine. Encore plus vite le phénomène est apparu quasi simultanément de l' autre côté de l' océan. La vitesse de l' épidémie s' explique par les réseaux numériques au centre de toute cette histoire récentes. Cette scène est en effet un pure produit de la culture dancefloor passée et propagée par internet via les soundcloud et autres bandcamp. En Angleterre donc, puisqu' il ne pouvait s' agir que d' elle, Jam City et le label Night Slugs fondé par L-Vis 1990 avec leur grosse culture UK Bass s' inscrivirent dans la même démarche à leurs manières bien british. D' autres en Europe se firent tout autant prompt à suivre un mouvement qui n' en était qu'à ses balbutiement. TCF pour la Norvège avec sa cassette YYAA ( voir ici ) et Why Be au Danemark. Immédiatement cette scène se distingua par son hétérogénéité. Sociale, raciale et sexuelle. A LA CONQUÊTE DU MONDE Comme souvent ce sont les versions les plus faciles et aguicheuses de Fade To Mind et Night Slugs qui firent leur apparitions dans la presse pour recueillir un succès d' estime vers 2012-13. Pour DWTN c' était par-là et ici et j' y tissais déjà un lien toujours d' actualité entre Jam City qui venait de sortir le véritable premier album du genre ("Classical Curves") et les deux labels (Fade To Mind & Night Slugs) avec le renouveau instrumental du Grime souvent nommé Weightless, bref les Logos, Mumdance et Visionnist. Internet et le système Néo-libéral avec son emprise sur la mondialisation étant au coeur de leurs préoccupations on peut aussi évoquer un certain cousinage avec la Vaporwave bien plus calme mais tout autant provocatrice. James Ferraro est un exemple parfait à l' époque de son tournant opéré entre "Far Side Virtual" et "Sushi". Si Total Freedom trouva une solide reconnaissance avec des titres plus percutants et dansants sur les dancefloors Chino Amobi et Elysia Crampton consolidaient dans l'ombre des autres leurs conceptes et technicités pour aller encore plus loin quite à définitivement oublier la volonté de danser. Amobi en profita pour créer avec Angel-Ho NON Worldwide et offrit à cette Deconstructed-club une première plaque tournante mondiale par sa nature de rassembleuse d'une certaine diaspora et ses visées politiques et sociétales. Ce collectif bientôt label met la main sur des gens passionnant comme Mhysa, Dedekind Cut, Why Be, Klein, les Faka avec d' autres artistes Gqom et Yves Tumor. Rabit quant à lui créa la deuxième plaque tournante avec son label Halcyon Veil et continua à porter une attention particulière sur ce qui faisait en Europe que ce soit à Lisbonne et le label Principe comme Berlin. Surtout Berlin, parce que c' est dans la capitale de l' Allemagne et de la culture dancefloor continentale que le terme Post-Club trouve son origine.Bien sûr que toute cette clique n' était pas seule au monde dans sa volonté de faire bouger les choses. Eloignés dans un premier temps de cette galaxie deux autres artistes omniprésent dans ce blog montrèrent leurs bouts du nez et révélèrent de vraie similitudes dans leurs sales manières déconstructivistes et visées conceptuels. D' abord une jeune femme américaine mais passé par Berlin partageait avec eux un intérêt assumé pour la technologie et des vues futuristes. Plus proche de l'expérimentale que des soirées GhettoGohtic New Yorkaises Holly Herndon ( ici ) peut être désignée comme une cousine. L' autre est un garçon originaire du Venezuela qui montra son bout du nez discrètement d' abord puis de plus en plus lyriquement. Lui aussi faisait dans la déconstruction tarabiscotée. On évoqua immédiatement sa proximité sonore avec Total Freedom et Kingdom mais avec des petites touches R'n'B et Hip Hop plus accentuée. Son nom, Arca( ici) , et chez lui aussi il y était beaucoup question du genre, du corps et de sexualité sur un fond sonore épique aux senteurs futuristes et modernes. LE POST-CLUB et BERLIN En 2012 l' effervescence noctambule et électro de Berlin voit débouler de nouveaux venus avec la création du Club Janus ( ici ) par Dan Denorch et Michael Ladner. Immédiatement des ricains y prirent leurs quartiers et les liens avec la Deconstructed Club ricaine et anglaise s' établirent. James Whipple aka M.E.S.H. et J'Kerian Morgan aka Lotic commencent ainsi à faire parler d' eux. A ces deux nouveaux une vieille tête apparu dès les débuts se joint pour repousser les limites de ce que doit être la musique de club, Why Be. Un troisième ricain originaire de Miami et passé par l' Italie se pointe aussi et celui-là aussi va bientôt faire parler de lui. Dans un premier temps il mixera sous le pseudo de Bekélé Berhanu et sortira une mixtape très remarquée en 2015 sur le label du collectif. Son nom dans le civile selon ses dires, Sean Lee Bowie, mais son pseudo le plus connu, Yves Tumor ( ici ). Les visées conceptuelles, politiques, sociétales et musicales sont les mêmes que chez NON Worlwide et Halcyon Vieil . Au point de voir les Janus sortir des disques et collaborer avec les deux (Yves Tumor). Les velléités de réécrire les règles et casser les coutumes du dancefloor aussi au point de très vite les faire remarquer dans la cité allemande et de tisser le lien avec le Grime Weightless britannique de Logos et Visionist. Internet une nouvelle fois offre ses capacités en matière de propagation et d' amplification et le label Tri Angle s' empresse de mettre la main sur Lotic et Rabit. Signant par la même occasion un autre américain proche de tout ce petit monde, SD Laïka. M.E.S.H. signera chez les allemands de PAN Records confirmant par là les ponts entre ce nouveau dancefloor et des choses plus expérimentales et extrêmes présente sur cet important label en matière d' avant-garde. Bill Kouligas le créateur de PAN a très vite compris l' importance de la scène Deconstructed Club bientôt renommé en Europe Post-Club et son label vite devenir une autre plaque tournante pour ce mouvement. La place prépondérante de Berlin dans les musiques électro en tout genre faisant d' elle un vrai aimant une pelleté d' autres artistes rejoignent les troupes Janus au point parfois d' effectuer des virages artistiques plus ou moins serrés. Un grand contingent nordique se faufile sur les traces de Why Be. Les Finlandais Amnésia Scanner délaissent leur Tech-House faite sous le nom de Renaissance Man pour plus de sauvagerie technologique et politique. La suédoise Kablam ramène son bagage de Body-Music à la scandinave sans les connotations masculines et faschistes. Le danois Dj Hvad apporte quant à lui une pincée de culture Pendjab (Inde). PANDEMIE MONDIALE ET STYLISTIQUE Mexique 2015 Vous l' aurez compris derrière une simple homogénéité stylistique se cache en fait un puissant courant artistique aux revendications sociétales, raciales et modernistes très fortes. Revendications communes avec d' autres styles. Je parlais de la Vaporwave mais très vite une autre scène par ces accointances est à rapprocher de la Deconstructed-Floor ou Post-Club. Internet étant au coeur de son existence il apparaît très clair qu' avec son esthétique post-internet, certaines revendications féministes ou LGBT et son inscription dans le présent mondialisé via le net la clique de PC Music allait reluquer de plus près ce qui se faisait chez Janus, Halcyon ou NON Worldwide. En 2018 avec sa composante Bubblegum Bass agressive faite sur les bases d'un sérieux travail de déconstruction et d' hybridation moderniste , l' album "Oil Of Every Pearl's Un-Insides" de SOPHIE, ainsi que la personnalité de son auteur, font de lui un album très proche du "Power" de Lotic ou du "Another Life" des Amnésia Scanner. L' influence très puissante et l' ouverture d' esprit de cette scène font que partout à travers le monde de nouveaux venus peuvent facilement se revendiquer en être les enfants. La côte Ouest américaine a vu apparaître après Fade To Mind de nouvelles soirées aux cours desquels une nouvelle génération de producteurs et Dj, souvent eux aussi issus de diasporas et de minorités, firent leurs armes. On peut citer le Club Chai avec Foozool et 8unlentina. De l' autre côté de la frontière mexicaine c' est le collectif NAAFI avec Embaci, Imaabs et DEBIT au point de sortir en collaboration des disques avec NON Worldwide au sein desquels on croise certains Janus. En Angleterre c' est une nouvelle fois dans la diaspora latine qu'il faut chercher et surtout chez le Bala Club avec Kamixlo, Endgame et l' étonnante présence de la belge Sky H1. Les Sud Africains de Faka avec leur déconstruction du Gqom et leur revendication sont aussi un peu de la partie. On peut encore retrouver des liens avec les portugais de Principe Records. Plus proche dans l' esthétique et les orientations portant sur la technologie et la politique des gens comme Antwood au Canada, Brood Ma toujours en Angleterre, CECILIA et Chevel (ce dernier retisse le lien avec la Weightless Grime) en Italie, CONCLUSION: LE CHANGEMENT C' EST MAINTENANT Que l'on appelle ça Deconstruted Club ou Post-Club, ou qu' également on opère une scission entre les deux termes, il apparaît de plus en plus évident que les artistes regroupés derrières ces mots sont en train de changer la donne. Si pour le moment, on le constatera dans les bilans annuels, le tout-venant des sites et médias sous domination blanche et indie les rangent rapido dans la case fourre-tout et bien vague Avant-garde électro, les tops annuels par la présence des SOPHIE, Yves TUMOR, Lotic et d' autres vont dévoiler un peu plus l' importance du bidule pour le futur. L' éternel histoire de l'underground méprisé qui s'infiltre partout pour tout changer, recommence une fois de plus. Déjà les compiles Club Chai et NAAFI, auxquels il faut rapprocher aussi la clique Fractal Fantasy (certes un brin éloignée stylistiquement mais tout autant moderniste), sont souvent avancées par les têtes chercheuses des dancefloors comme étant les plus en avance. Des icônes et de parfait radars à Next Big Thing tel Bjork ou Aphex Twin, Daniel Lopatin et James Ferraro ne cessent de tourner autour. L' hypnagogic-Pop, la Vaporwave et le Footwork avait déjà secoué ce putain de monde devenu nostalgico-gaga. La deconstructed-Club et/ou le Post-Club avec leurs cousines la Bubblegum Bass, le Grime Weightless, la Batida portugaise et toutes autres formes de musiques à base d' hybridations et de déconstructions issues de minorités (Gqom, Singeli), sont susceptibles voir assurées, de foutre tout en l' air et devenir des influences majeurs à l' avenir. Ne loupez pas le train. SELECTION L' axe Fade To mind & Night Slugs NGUZUNGUZU,TOTAL FREEDOM & KINGDOM The Claw JAM CITY Classical Curves NGUZUNGUZU Skycell FATIMA AL QADIRI Desert Strikes KINGDOM Dreama L' axe Halcyon Veil-NON E+E The Light That you Gave Me To See You DIAMOND BLACK HEARTED BOY Father, Protect Me ELYSIAN CRAMPTON American Drift CHINO AMOBI Paradiso RABIT Baptizm RABIT Communion RABIT & CHINO AMOBI The Great Game: Freedom From Mental Poisoning MISTRESS Hollygrove NON WORLDWIDE Compilation, Vol.1& Trilogy MHYSA Fantasii LES COUSINS ELOIGNES & GRIME WEIGHTLESS HOLLY HERNDON Platform ARCA Mutant LOGOS Cold Mission VISIONIST Safe MUMDANCE & LOGOS Present Different Circles JANUS & LES NORDIQUES M.E.S.H. Piteous Gate M.E.S.H. Damaged Mec LOTIC Heterocetera LOTIC Power BEKELE BERHANU Untitled KABLAM Furiosa WHY BE Snipestreet AMNESIA SCANNER As AMNESIA SCANNER Another Life HVAD Hvad PANDEMIE MONDIALE & STYLISTIQUE SOPHIE Oil Of Every Pearl's Un Insides SD LAÏKA That's Harakiri WWWINGS Phoenixxx AÏSHA DEVI DNA Feelings ZIÙR U Feel Anything? CLUB CHAI Vol.1 N.A.A.F.I Pirata 2 BROOD MA Daze ANTWOOD Virtuous S.C.R. BALA CLUB Bala Comp Vol.1 TOXE Muscle Memory FAKA Bottoms Revenge LANARK ARTEFAX Whities 011 ENDGAME Savage DEBIT Animus PLAYLIST plus ou moins dans l' ordre de l' article
- CIRCUIT DES YEUX, quand le paradis se cache dans les profondeurs de la nuit.
Haley Fohr aka Circuit des yeux est une des icones de ce blog. Habituée aux plus haute place du top annuel depuis douze ans elle peut aisément être considérée comme l' une des cinq plus grandes artistes de ces trente dernières années. Huit albums au compteur et, si on met de côté les trois premiers à considérer comme des œuvres de jeunesse mal dégrossies fait alors qu' elle avait à peine la vingtaine, ce n' est rien d' autre que quatre classiques absolus pour une seule artiste. Le cinquième vient de sortir et alors que l' on craignait un ralentissement ou une redite inédite dans une carrière exemplaire déjà longue de dix sept années l' américaine frappe encore très fort jusqu' à encore étonner même ses plus fidèles adorateurs. Eu égard à certains battages médiatiques par le passé bénéficiant à des chanteuses contemporaines de l' américaine (Lana Del Rey, St Vincent et la très agaçante Anna Calvi) la faible reconnaissance critique et populaire portée sur Circuit des Yeux m' a toujours semblé totalement injuste. Arrivée à l' entame des 10's Haley Fohr ne commença à faire parler d' elle que sur les sites les plus curieux et pointus. C 'est surtout "Overdue" ( ici ) en 2013 qui la plaça discrètement dans le paysage musical dans la case Folk. Immédiatement si elle se distingua pour son expérimentalisme Folk assez téméraire c' est surtout sa voix qui attira les oreilles. Une de ces voix inoubliables comme l' on croise rarement. Avec son Barython sur quatre octaves Haley Fohr ne pouvait pas passer inaperçue et avec sa musique audacieuse c'est le plus beau des spectres qui planait sur cette débutante. Celui de Nico. Lourd héritage à porter qui se vit compléter assez vite par un autre tout autant plus ardu, celui de Scott Walker. Une voix exploitée avec assurance quitte assez vite à attirer certaines critiques chez les coincés du bulbe du conformisme. Sa signature sur Thrill Jockey, un label indépendant plus réputé et suivi que le passionnant De Stijl de ses débuts et le très temporaire Ba Da Bing!, attira les rédactions et les tourneurs. Avec "In Plain Speech" ( ici ) elle bénéficia de plus de moyens ce qui enrichit sa palette instrumentale. Elle qui avouait avoir vécu en véritable ermite studieux pendant et après ses études jusqu' à "In Splain Speech" découvrit les bienfaits du travail en collaboration et ceux des rencontres au cours des tournées. A l' époque elle expliquait aussi avoir souffert de l' accueil qui avait été réservé à sa voix et son utilisation par le public Indie Américain ou européens. Face à ce conformisme affligeant mais pas vraiment surprenant quand on l' a fréquenté elle fit preuve d' un courage absolu en assumant encore plus cette voix devenant tout naturellement la clé de voute de son édifice artistique. Depuis Fohr navigue toujours sur une crête entre le trop et le pas assez. Jamais elle ne se reposa que sur cette voix au risque d' en faire trop et de ne pas renouveler l' instrumentation quand les Anna Calvi et St Vincent tombèrent dans la surcharge puis le conformisme anodin faute de réelles évolutions et prises de risque. Fohr continua ainsi à incorporer des Drone et des éléments Noise frôlant parfois l' abstraction et expérimentant sans cesse. En 2017 voit un énième changement de label prouvant la fragilité de son statut au sein du petit monde Indie ricains et "Reaching For Indigo" ( ici ) sur Drag City qui finit par installer définitivement Circuit Des Yeux sur un piédestal chez les amateurs de vraie Avant Garde. Ce qui était palpable auparavant devient également une spécificité de la belle, cette capacité hallucinante d' alterner des mélodies Pop délicates accrocheuses et bouleversantes avec des des extrêmes abstraits et téméraires. Elle s' élève en équilibre parfait entre désordre et subtilité sur une cime irréelle. Avec ce disque elle canalise la puissance poignante et une certaine audace que sa musique propageait. Et encore et toujours cette voix. Une voix qui peut s' apparenter à un petit filet d' eau ondulant, peinant à trouver son chemin et risquant à tout moment de s' éteindre et disparaître dans les profondeurs du silence quand en un instant l' auditeur se retrouve emporté par un véritable torrent émotionnel cataclysmique. Par cette voix et ses paroles Forh atteint des degrés rares d' existentialité rarissimes en musique. Ne trichant jamais dans l' exercice méditatif et confessionnel elle est susceptible de faire fondre les plus rétifs à l' introspection et laisse rarement l' auditeur indemne. Entre temps Forh s' était aventurer dans un projet solo parallèle sous le pseudo de Jackie Lynn en 2016 ( ici ) s' apparentant à une sorte de Thriller féministe racontant la sombre destinée d' une femme faisant une mauvaise rencontre l' emportant dans le trafic de cocaïne pour finir par disparaître. Parfois très Lynchien ce disque était encore une fois l' occasion pour Fohr d' expérimenter encore et cette fois-ci surtout avec les boites à rythme très Minimal Wave et des réminiscences vocales assez Country. La passion électronique grandissant alors chez l' américaine on la retrouvera dans "Reaching For Indiguo" l' année suivante via un soin important apporté aux textures électro. Il y aura une suite beaucoup moins marquante alors mais finalement assez annonciatrice de ce qui va suivre. "Jacqueline" sorti en pleine pandémie Covid est passée inaperçue pour votre serviteur à l' époque. Toujours aventureuse Fohr continue ses aventures Minimal Wave et se lance sur des territoires Synthpop accrocheurs jusqu' à s' approcher de loin les Dancefloors. En 2021 Circuit Des Yeux passe la vitesse supérieur en matière de moyen. Entourée de 6 musiciens classiques jouant de 24 instruments allant des cuivres jusqu' aux cordes en passant par les percussions, Fohr délivre une œuvre monumentale écrite pendant la pandémie et traitant du deuil . La mort est partout sur ce disque ce qui amplifie les ambiances Gothique présente depuis toujours. "io" ( ici ) reconvoque les deux spectres Nico et Scott Walker comme jamais pour encore mieux distinguer la personnalité et le talent pure de Fohr. Elle ne sera jamais une suiveuse dénuée de personnalité et encore moins une pilleuse d' héritage. Elle nous offre une version intime et dénuée de grandiloquence obséquieuse et outrancière de la Diva. Sa voix évoque Nico mais s' en détache en allant là où l' allemande ne s' était pas toujours aventurer et en s' en émancipant définitivement. De Walker elle récupère l' aspect cinématographique , le phrasée et les sensations Baroque Pop des 60's et celles plus Post Industriels dans l' ambiance de la fin de carrière. En 2021 Circuit Des Yeux semble avoir atteint un sommet et il devient évident qu' elle arrive à un tournant de sa carrière. Quel chemin pouvait elle prendre pour échapper à la redite et à l' emphase qu' elle ne cessait de tutoyer sans y choir. Allait elle choisir un retour au minimalisme en revenant vers son Folk Expérimental des débuts ou un autre chemin? La réponse était sous nos yeux avec son projet Jackie Lynn. L' électronique. Pour réussir sa mue post "io" Haley Fohr reprit ses vieilles habitudes estudiantine en recherchant la solitude de sa cave pour écrire le futur album. Autre petit changement qui est loin d' être un simple détail concerne ses horaires de travail . Elle qui racontait s' astreindre à ses débuts à des horaires strictes de jour choisit de travailler la nuit. Le disque s' en ressent. Livrée à elle et avec les moyens du bords elle décida de quitter les salles symphoniques d' "io" pour l' ambiance Dark et Post Indus des Dancefloors. "Halo On The Inside" se révèle être un résumé parfait de la longue carrière de Fohr. A la fois direct et fugace ce disque mérite que l' on s' y plonge sans s' arrêter à l' apparence divertissante et dansante. Il alterne en permanence les extrêmes esthétiques, le tonitruant et le ouaté, le tragique et le réservé, la rigueur et la catharsis. Fohr accole les rythmes lourd Indus et Dancefloor avec des mélodies d' une délicatesse et d'un charme ravageur. La puissance poignante des débuts contenue depuis "Reaching For Indigo" est à nouveau relâchée et explose à la face des auditeurs. Sa grande liberté artistique ne semble plus connaître de restriction et c' est avec espièglerie qu' elle passera des crochets Pop lyriques à des instants planant à l' abstraction étrange. Fohr ne se contente pas de recracher ses influences Indus et Minimal Wave. C' est un véritable travail de déconstruction d' époques et de courants divers auquel nous sommes témoins. Les réminiscences 80's évoquant la sophistication d' un David Sylvian tutoient la filouterie dancefloor de la Björk des 90's si ce n' est pas carrément les Chemical Brothers subissant sa sorcellerie ou les vétérans Depeche Mode essuyant une vraie cure de jouvence bénéfique. La grandiloquence agaçante de M83 est détournée par un sortilège vers une Dark Ambient bénéfique et ne soyez pas étonné de percevoir par instant des éléments Hip Hop et House. Et encore et toujours cette voix. (Bis repetita) Cette voix nous parle encore du deuil et des métarmorphoses inévitables qui nous permettent après des épreuves à rechercher et retrouver les chemins de la beauté que la vie peut réserver pour au final atteindre le répit et clore un chapitre. Cette voix qui joue avec nos nerfs pour mieux nous emporter et détruire nos craintes et nos à priori. Les hurlements et les bêlements perdent tous les aspects grotesques que l'on pourrait leur attribuer facilement pour émouvoir au plus profond de nos âmes. Cette voix parfois jugée autrefois trop rapidement comme austère se révèle imaginative et aventureuse quand la palette technique et émotionnelle de cette chanteuse assez prévisible et identifiable devient bien plus insondable et trouble s' apparentant à un don en sorcellerie ou un travail d' alchimiste qu' elle seule maîtrise. Haley Fohr a encore réussi à travailler et fait progresser ce don qu' elle a d' expulser nos émotions les plus troublantes vers l' extérieur. "Halo In The Inside" tutoie le majestueux et l' intime, entre grandiloquence et complexité. Il marie l' instinct avec le goût pour un songwriting très structuré et réfléchi qui fait mouche systématiquement sans passer par la facilité. On croyait depuis "io" que Circuit Des Yeux avait atteint les plus haut sommets fréquentés par des Björk, des PJ Harvey ou Beth Gibbons de Portishead, lui permettant ainsi de s' approcher au plus près de spectres du passé tel Nico et Scott Walker. Elle aurait pu dévisser et chuter, elle vient tout juste de s' envoler.
- MASMA DREAM WORLD, quand la musique guérit. Depuis la nuit des temps.
Souvenez-vous de certaines scènes de films visionnées au cours de votre existence. L' action se passait dans une case, un tipi, une grotte ou une masure moyenâgeuse. Le spectateur assistait à un rite visant à guérir un personnage atteint d' un mal profond. Physique ou mental. Souvent la nuit à la lueur des flammes avec la présence de musiciens et de danseurs agissant sous les ordres d'un maître de cérémonie tenant le rôle de guérisseur. Une expérience nimbée de mystères provenant de la nuit des temps. Les temps de nos ancêtres à tous d' où qu' ils soient. Masma Dream World nous en offre sa version avec son très troublant et ensorcelant second album "Please Come To Me". Devi Mambouka aka Masma Dream World par ses parents est multi ethnique et culturel ce qui se ressent et apporte à sa musique une aura très particulière. Essentielle. Passée par le Gabon elle a également vécu vers Singapour, patrie de sa mère, pour finalement finir de grandir à New York . Éduquée sous l' influence catholique, reste de la colonisation du Gabon et de son passage en école privée américaine, l' artiste multidisciplinaire s' est aussi confrontée à la spiritualité Hindou. Fatalement sa musique est fortement imprégnée de religiosité, de mysticismes d' époques lointaines et aux origines géographiques multiples. L' assemblage de toutes ces héritages culturels apporte la principale caractéristique de son dernier disque. Tout au long de "Please Come To Me" l' auditeur est transporté dans un univers surnaturel qu'il peinera à identifier si il lui prend l' envie de prendre du recul afin d' observer de haut pour se protéger. Surtout Mambouka nous rappelle à quel point thérapie, l' un de ses sujets de prédilection, et spiritualité furent mêlées avant que l' art de soigner deviennent une science rigoureuse sous l' influence occidentale. Avec elle pas de médicaments issus de laboratoires, pas de blouses immaculées, de protocoles savants et de lieux aseptisées aux lumières blanches . Elle nous transporte dans l' ambiance claustrophobique et sauvage des forêts du Midwest. Lieu de l' enregistrement du disque. Et bien sûr par une nuit à la fois paisible et inquiétante. Dans la besace de l' artiste d' avant garde nous trouvons des enregistrements de terrains, des extraits de conférences spirituels accumulés par sa mère, toute une palette d' instruments multiples tel des percussions et évidemment, époque et volonté d' innover oblige, le matériel numérique nécessaire permettant la mise en place de drones glaçants et la transformation sonore. A cela il faut ajouter peut être l' élément le plus ancestral dans l' art de guérir et de créer de la musique, la voix. Mambouka en passe par toutes les variations possibles. Du chant grégoriens aux cris et incantations provenant de toutes les époques sans oublier ses souvenirs bien plus récents R'n'B captés à New York. Avec elle tout le pouvoir de guérison et de transformation des âmes et du corps par la voix nous apparaît au grand jour comme finalement il est rare en musique. Il faut par exemple se souvenir des chants de gorge inuits croisés chez Bjork. Souvent elle dissout les rythmes pour encore mieux épaissir l' ambiance en laissant le premier rôle aux chants hantés, à des carillons ritualisés et des loops brumeux et d' une étrangeté inexplicable. Si ce disque peut intimider l' auditeur se doit d' oublier ses craintes, de faire confiance à notre héritage mondial et à l' art de Mambouka, afin de vivre une expérience sonore rare et intense. Il va très vite lâcher prise avec le fatalisme technologique et scientifique contemporain qui nous ronge tous pour être capturé par une multiplicité de mondes tentaculaires d' où il en ressortira transformé et même ...peut être... guéri.
- KLEIN, quand les guitares sont arrachées au Rock.
Son précédent "Marked" à peine digéré, la grande Klein nous assène avec "Thirteen Sense" le coup de massue définitif depuis qu' elle s' est décidée à s' emparer des guitares. Peut être l' ultime possibilité au petit monde Indie de découvrir ce génie absolu et parallèlement un important tournant dans cette carrière à nul autre pareil. A chaque sortie de Klein je suis confronté à la même difficulté. Comment bien décrire cette musique unique. Comment entraîner dans mes pas les autres vers cet univers si étrange, si envoûtant, révolutionnaire et sans compromis. Je peux toujours m' en référer à certains disques uniques en leur temps. De ces oeuvres qui ont non seulement changé la donne en la musique mais également la vision portée sur elle par bon nombres. "Thirteen Sense" m' évoque immédiatement le "Loveless" de My Bloody Valentine pour ses évidences shoegaze plus affirmées que sur le précédent et surtout parce qu' il semble aller bien plus que le courage magistrale de Kevin Shields. Mais en réalité pour bien prendre acte de l' aspect provocateur et bouleversant il faut aller vers le "Métal Machine Music" de cette canaille de Lou Reed. Comprenez un de ces disques coup de poing dont on sait réellement si il s' agit d'une grosse blague ou d' une remise à plat totale de règles de ce que l'on croyait être la musique. Depuis qu' elle martyrise les guitares pour leur bien Klein me rappelle cette vieille sensation à la fois étrange et provocante qu' il est arrivé de percevoir au spectateur de concert que je suis et qu'il m' arrive de penser être commune à d' autres. Sensation ressentie à la fin de concert plus ou moins marquant voir totalement oubliable quand les groupes finissaient leur set par des larsens. Cette étrange impression qu' un univers parallèle intriguant et sauvage se dévoilait un court instant après avoir vécu dans un monde ennuyeux et uniforme. "Thirteen Sense" délaisse le Doom Sludge appuyé de "Marked" et semble plus ouvertement assumer ses aspirations Shoegaze, Slowcore, Noise Rock et Post Rock. Voir Free Jazz. On est loin des fortes senteurs Gospel, Soul et R'n'B perçues aux débuts de sa carrière mais l' héritage de Klein reste bel et bien présents pour qui connait sa musique depuis longtemps. Des trilles Trap et certaines manières Hip Hop évoquent encore le monde qui berça la jeune artiste londonienne. Elle fait subir aux guitares et bien sûr à ce qu'on leur associe systématiquement, le Rock et ses dérivés, les même mutations qu' à ses styles de prédilection à grand coup de manipulations électroniques expérimentales et par ses talents gigantesques en Sound Collage. Les guitares en ressortent encore plus indomptables, survoltées et exubérantes que sur "Marked". Si au début du disque l' agressivité provient du Métal et du ressenti éprouvé par l' outrance et la démagogie agressives du Rock de Stade, comme par exemple la batterie qui en fait des tonnes sur "Nobody Sees What The Tree Knows", la suite va plus évoquer l' Ambiant et ses drones puis certains souvenirs plus Dark. Son passage aux guitares ayant définitivement abandonné les us et coutumes Rocks, le pourquoi on peut réellement et sérieusement parler d' une nouvelle version du Post Rock, Klein semble avoir enrichi cette musique en complexité et en strates. A moins bien sûr qu' elle l' a toujours été, ce que je pense, et que cette sensation dépend de l' auditeur par ses affinités et habitudes en matière de guitare et de genre musicaux. On ne perçoit les plus infimes variations des choses que lorsque on les connait et maîtrise assez solidement. Bien sûr que la découverte de Klein va en refroidir plus d' un mais je peux les assurer que la persévérance va leur faire revivre certains instants suspendus hors de notre monde de merde et du temps qu' ils ont ont pu avoir déjà vécu sur les premiers disques de Shoegaze ou Psychédéliques voir du côté de l' IDM des Autechre et Aphex Twins. Et comme je l' écrivais au sujet de "Marked , cet musique cassant tous les codes... est TOUT. Et TOUT le reste... De la merde.
- TRAXMAN, retour d' une légende du Footwork.
Il aura fallu attendre plus de onze ans pour enfin découvrir la suite de sa série Da Mind Of Traxman. L' immense Traxman, idole iconique absolue de ce blog depuis sa création, revient enfin sur Planet Mu et si vous ne connaissez toujours pas le bonhomme sachez juste qu' il s' agit d' une véritable légende vivante des dancefloors et du Footwork. Et si vous ne connaissez pas non plus le Footwork, je vous invite fortement, après vous avoir gentiment traité de tous les mots grossiers que je connaisse devant un tel raté, à vous rendre sur le champ ici Traxman est simplement l' un des plus grands innovateurs parmi les djs de ces trente dernières années. Cornelius Ferguson aka Traxman s' est donc enfin décidé de sortir de son ghetto du West Side de Chicago. On va enfin reparler de Footwork dans ce blog. Bien sûr qu' il en a été un peu question récemment dans DWTN avec les deux reines du genre Jlin et Jana Rush et dans une moindre mesure avec Nondi_ mais du neuf en provenance de la capital du genre ce fut très rare ces derniers mois. Voir carrément ces dernières années. Et surtout de la part de l'un des créateurs originels du courant. A Chicago Traxman est un monument du Djing Footwork. Apparu dans les 90's, Ferguson a traversé en tête de peloton les heures de gloire de la Ghetto House , provoqué le virage de la Juke puis a participé à la construction et à la mise sur orbite du Footwork aux côtés des autres légendes RP Boo, le regretté Dj Rashad et Dj Spinn. Peut être que le timing, malgré un tel laps de temps entre les deux derniers volumes de la série Da Mind Of Traxman, devient finalement parfait. Nous avons à présent le recul nécessaire pour apprécier ce disque qui se révèle être la plus parfaite des introductions à un courant qui semblait être en état stationnaire depuis quelques temps. Avec son volume 3 Traxman remet à leur place ceux qui ont osé traiter le Footwork de courant rétro. Bien sûr qu' il n' est plus tout jeune au moment où les modes et les courants se succèdent à une vitesse sidérale, mais avec ce disque Traxman prouve qu' il s' agit d' une musique absolument intemporelle et toujours porteuse d' une futurisme bien réel. Apparu avec Internet le Footwork fut bel et bien la plus parfaite des bandes originales pour accompagner l' apparition de la surcharge d' informations numérique que nous découvrions alors. Avec ses rythmes syncopés dépassant les 150 Bpm, ses samples perpétuels et ceux vocaux surréels et déstabilisants ce genre musicale illustrait parfaitement le déluge incessant de news et de fake news auquel nous sommes continuellement confronté depuis. Dans ce disque Traxman nous régale avec les traditionnelles grosses caisses ondulantes et les charlestons pointillistes via une bonne vieille Roland TR 808. C 'est l' occasion aussi de redécouvrir la maestria du bonhomme en matière de Crate Digger dans l' utilisation des samples. Si vous êtes fan de DJ Shadow dans le domaine vous allez simplement halluciner par l' art de son alter égo de Chicago. Même si une grande partie des titres proviennent des archives et ont été compilés par le déjà connu ici Sinjin Hawke, Traxman de nous bluffer par ses innovations et le lot d' idées nouvelles à exploitables dans l' avenir. Il n' a jamais cessé d' expérimenter et a toujours fait preuve d' une sacrée ouverture d' esprit en matière de musique à sampler. Dans le dernier on va non seulement retrouver des pépites Soul, Hip Hop, Funk et Dancehall revenues de loin mais aussi certaines en provenance d' autres univers tel le titre phare éponyme de LFO. La patte Traxman reste inchangée avec son art tant personnel de nous offrir un Footwork à la fois flottant et nerveux si ce n' est absolument percutant et contagieux par ses aspects Pop. En 2014 Traxman nous offrait déjà probablement la version la plus accessible aux non habitués du genre. En 2025 c' est avec de véritables Bangers qu' il prouve que le Footwork en a encore sous le pied. Et quand il se décide à réutiliser les cordes douces issues de la tradition Soul le lien si évident entre la House à la Frankie Knuckles et son fils illégitime le Footwork apparaît au grand jour. Des trois volumes le dernier se révèle être le plus apte à attirer les novices avec ses passages Ghetto House plus introduits dans les courants dominants et les habitudes des dancefloor. Bref... une véritable bombe sur les Dancefloor lâchée par un vétéran.
- KATHRYN MOHR, entre douceur, solitude et dystopie sinistre.
Cela faisait bientôt cinq ans que l' américaine Kathryn Mohr expérimentait toute seule dans son coin et nous délivrait des perles d' Avant Folk souvent passées inaperçues. Avec son troisième album "Waiting Room" Mohr commence à sérieusement faire parler d' elle et tutoie le somptueux. Kathryn Mohr a délaissé ses bien tristes Etats Unis natals pour s' expatrier un temps en Islande. On peut franchement la comprendre vu le contexte actuel et ce désir d'' isolement sur cette île lointaine à la densité de population parmi les plus du monde en apparence étonnant se révèle plus qu' approprié. De son séjour dans la patrie de la reine mère Bjork la chanteuse nous envoie sous forme de carte postale ce "Waiting Room" enregistré dans une usine d' emballage de poisson devenue lieu de résidence pour artiste. Ecouter "Waiting Room" c' est plonger dans un véritable univers en soi. Un univers à l' image des paysages rugueux et isolés de l' agitation humaine. Comme il n' y a jamais de hasard en musique ce disque peut immédiatement être identifié comme le petit frère d' un autre paru il y a quelques semaines, le terrifiant "Perverts" d' Ethel Cain ( ici ). Ne vous attendez donc pas à une musique joyeuse et festive, à un album alignant gentiment des chansons aux structures classiques. Dans la droite ligne de Cain Kathryn Mohr opte pour une oeuvre fortement cinématographique sans compromis. Vous trouverez certes biens plus de chansons assez structurées que chez Cain mais Mohr les habille d' une enveloppe Ambient qui renouvelle les genres abordés. Elle incorpore à son songwritting des atmosphères sonores qui l' emportent souvent tout en servant de respiration. Cette façon de faire renouvelle l' approche et les manières conformistes de faire tant rencontrées ces derniers d' une certaine Indie Music fortement influencée par les 90's. Mohr se singularise ainsi par rapport au troupeau de formations et d' artistes rétrogaga récitant le leçons du passé sans réellement chercher à y apporter un petit peu de rafraîchissement. Probablement plus abordable et charmeur que "Perverts" ce "Waiting Room" évoque lui aussi l' univers sonore du "Erashead" de Lynch. C 'est Dark et pas franchement porteur d' un fol espoir mais tellement plus proche de nos vécus. Certains ont même évoqué une Jessica Pratt arrachée à ses 60's californiennes pour être larguée dans une friche industrielle islandaise en pleine nuit. Le falsetto délicat de Mohr offre un contraste saisissant et ensorcelant à une production dystopique et sinistre. La réverbération, les delays et des synthétiseurs léthargiques couvrent des compositions minimalistes d' un voile surréaliste. Parfois les basses délivrent de véritables drones susceptibles d' éclipser tout le reste. Mohr affirme bien plus ses penchants 90's qu' Ethel Cain et ne vous étonnez pas de croiser les spectres de Liz Phair, Cat Power ou PJ Harvey. Encore une fois Liz Harris aka Grouper est à évoquer et confirme son statut d' influence majeur sur la nouvelle génération tout comme Julianna Barwick. Ces influences se succèdent mais à la différence des rétro gaga Mohr par sa personnalité, les thèmes abordés et son parti pris Ambient offre un liant évitant la simple redite. Serait-ce un rêve de sensibilité ou un cauchemar de solitude que nous offre Kathryn Mohr? On hésite et quand la réponse la plus douce semble évidente la musicienne scie la branche sur laquelle vous pensiez pouvoir échapper à de bien tristes vérités et sensations croisées dans notre quotidien. Une véritable pépites sonores.
- BENJAMIN BOOKER, continuer d' avancer et d' évoluer coûte que coûte
Au regard de ce blog la carrière de Benjamin Booker avait fort mal commencé. Adepte d' un Blues Rock sans grand intérêt, malgré un bon savoir faire en matière de texte et d' une sensibilité particulière, le virginien était une caricature Rétro Gaga quand les médias Indie s' intéressèrent à lui au mi temps des 10's. Puis, très vite, oublié. Le bonhomme nous revient 8 ans après et le moins que l'on puisse dire c' est qu' il tape très fort. Englué dans un vintage mille fois entendu depuis le grand Revival Rock du début 00's on ne misait pas un Kopeck sur Booker. C 'est donc après une pause qui se révèle plus que bénéfique qu' il a enfin décidé d' effectuer un retour assez tonitruant. Pour cela il n' a pas hésité à effectué un vraie et très forte remise en question. Abandon de ses influences Blues Rock trop fortes et dans ce but opérer un choix audacieux en matière de producteur. C' est donc accompagné du producteur Hip Hop expérimental Kenny Segal que l' américain s' est remis au travail et a pu enfin trouver le son qu' il explique avoir chercher un certain temps. Si Segal lui a apporté les astuces d' un art Hip Hop fortement aventureux Booker a quant à lui été voir ailleurs. Certes il ne fait pas preuve d' une folle originalité en regard des artistes défendus dans ce blog tant les influences sont mille fois cités par ici mais il le fait d' une manière très personnelle et efficace. Noise Pop, Shoegaze, Glitch, Dream Pop, des modes opératoires très Ambient et de fortes senteurs Tri Hop. On commence à connaître la recette ces derniers mois mais faut-il encore posséder une sacrée personnalité et assez d' originalité pour toucher au but. Ce troisième album intitulé "Lower" se révèle être l' accouplement parfait d' une très riche diversité d' influences. A celles citées plus haut il est à rajouter une sensibilité très Soul débarrassée des tics Blues Vintage à l' image de la douceur de sa voix qui accompagne assez singulièrement avec succès l' aspect râpeux des fuzz qu' il adore utiliser. Le premier titre "Black Opps" en est l' exemple parfait avec ce nuage Shoegazien boosté par un Beat robuste chaperonnant une voix fragile et suave à souhait. Richesse et diversité encore en matière d' instrumentation puisqu' il n' hésite pas à sortir des carcans stylistiques en ajoutant à une très classique (guitare acoustique) l' électronique et l' échantillonnage via notamment par le goût prononcé de l' interférence sonore. Sur ce dernier sujet on peut constater ces derniers mois que la méthode de l' interférence sonore devient fréquente chez des artistes parfois très éloignés et adorés par ici. Que ce soit du côté du Brésil avec Dj K et son Bruxeria Funk, Dj Anderson Do Paraiso avec son Baile Funk, ou la relecture Psychédélique du Soukous Congolais par Ale Hop & Titi Barkola. Ajouter influences sur influences ne suffit pas et peut être l' une des plus grandes qualités de Booker expliquant la réussite de cet album qui brille également par la diversité des titres est son grand talent sans bornes en matière de songwritting Pop. Les moments d' accalmie succèdent à d' autres plus rentre dedans sans que le niveau d' intensité et d' émotion ne baisse. Le couplet qui charme immédiatement, le refrain tueur terriblement accrocheur pas prêt de sortir de votre tête, il maîtrise la palette Pop à la perfection ce qui très rare de nos jours surtout côté Outre Atlantique. Une Pop Indie qui parfois évoque Grandaddy ou Sparklehorse tout en se drapant d' une toge cinématographique. Quoi de plus de normal pour un artiste qui avoue s' être fortement inspiré du réalisateur Jean Pierre Melville comme le trahit le noir et blanc de ses clips. Booker se demande tout au long des 11 titres de "Lower" comment fait-on pour réussir à vivre dans un tel monde de merde. Sans être donneur de leçon et avec une certaine délicatesse sous entend la réponse évidente. Continuer à aller de l' avant et à l' instar de sa musique, ne pas avoir peur d' évoluer et de se remettre en question.
- ALE HOP & TITI BAKORTA , quand le renouveau des guitares ne passe pas par l' occident.
Le Top 2024 de DWTN a confirmé que les guitares revenaient aux sommets si elles étaient placées entre de bonnes mains. Quand la nosltagie laissait enfin à la place à l' expérimentation. En ce début 2025 un album le prouve une nouvelle fois. Et comme il n' y a jamais de hasard la bonne nouvelle provient de l'un de mes labels préférés et entérine le fait qu' il faut cesser avec les sales vieilles habitudes égocentriques occidentales. La péruvienne Alejandra Cárdenas aka Ale Hop est reconnue pour ses expérimentation électro-acoustiques en partant de la tradition musicale de son pays. Et en matière d' hybridation, de mélange des cultures et d' expérimentations réussies si il existe une très bonne adresse on ne la connait que trop depuis longtemps dans ce blog. Pour ça faut toujours surveiller de près le laboratoire Ougandais Nyege Nyege et son petit frère Hakuna Kulala. Par le biais d' une de ces résidences à Kampala dont Nyege Nyege a le secret, Ale Hop a travaillé avec le guitariste congolaise Titi Bakorta. Le fruit de cette collaboration est une merveille de remise à jour de la tradition musicale. Quiconque s' intéresse à la musique africaine ou est amené à la croiser connait le Soukous. Et parfois sans même le savoir. Le bon vieux Soukous congolais qui a conquis l' Afrique depuis 40 ans est dès ses origines lui aussi le fruit d' un étrange croisement culturel. Les musiciens congolais s' étaient imprégnés dans les années 30 de la Rumba Cubaine diffusée par le colon d' alors sur les ondes de la radio Congo Belge. Plus tard dans les 60's les congolais ont rendu les rythmes de la Rumba Congolaise encore plus entraînants en accélérant le rythme et étendirent les structures des chansons par des improvisations virtuoses des guitaristes qui développaient des motifs très complexes. Titi Barkota est l'un des héritiers de cette tradition. L' écouter jouer pourrait facilement vous amener à trouver le jeu de célèbres tricoteurs de cordes occidentaux tel un Johnny Marr des Smiths assez gauche si ce n' est infantile. Barkota et les siens sont de véritables virtuoses. Fruit de leur collaboration "Mapambazuko" est donc une véritable remise à jour d'un vieux style. Pour faire court Titi Bakorta joue et Ale Hop propulse sa musique dans un univers paradoxale. Les rythmes anguleux et joyeux de l' un sont télescopés par le goût pour l' hallucination et l' expérimentation de l' autre. Le Soukous si euphorique et attendu dans un certain sens est d' un seul coup imprégné de chaos et d' impondérables. La joie rencontre l' étrange et le psychédélisme. Les samples aux origines multiples (synthés, enregistrements) d' Ale Hope et semblant discordants apporte ce surnaturel Sud Américains que l'on a déjà croisé autrefois chez Elysia Crampton ( là ) et plus récemment du côté du Baile Funk de Dj Anderson Do Paraiso ( ici ) et du Bruxeria Sound de Dj K. La production de Hope renforce la guitare de Bakorta à un tel degré que l' on peut évoquer le terme de Maximalism. Aux six titres originaux présentés sont rajoutés trois remix assez inégaux. Si celui d' Ale Hope n' apporte pas grand chose ceux de la déjà vue ici Flora Yin-Wong et du très intriguant artiste Kényan KMRU rajoute à la proposition novatrice en passant par les cases Deconstructed Club et Ambient. P.S. sous forme de petit coup de gueule. Dans leur dernier numéro il est enfin fait mention de Nyege Nyege et de l' Ouganda chez les Inrocks ( ici ). Mieux vaut tard que jamais mais ma joie fut de courte durée. Si l' article est plus que pertinent et nécessaire en abordant ce que la communauté LGBTQueer et le Nyege Nyege Festival doivent affronter en terme de discriminations et d' homophobie il reste un âpre arrière goût après l' avoir lu. Les Inrocks, même si je sais qu' ils n'ont plus rien à voir avec ceux de ma jeunesse, se présentent toujours comme un magazine culturel très axé sur la musique. Mais seulement voilà. Pas une seule chronique portant sur des sorties Nyege Nyege ou Hakuna Kulala au cours de ces dernières années et les voilà qui aborde le sujet Nyege Nyege que sous le prisme sociétal de l' Homophobie sans qu' il soit une seule fois fait mention auparavant artistiquement des deux labels parmi les plus avant gardistes et passionnants musicalement (leur domaine pourtant). Il me revient à l' esprit bien des extraits d' interviews ou des citations des artistes africains qui justement parlaient de cette approche typiquement occidentale. On va parler de l' Afrique que sous le prisme de ce qui ne va pas, abordant toujours les aspects les plus tristes et sombres en suggérant volontairement ou pas ce triste "retard" servant d' excuses aux visions colonialistes de toutes époques. Et ce sans jamais s' intéresser à ce que l' Afrique crée ou produit de passionnant. Ou alors avec toujours un certain retard si ce n' est indirectement quand par exemple une célébrité mondiale convoque un artiste de là-bas pour un de ses disque. Je concède que peut être il s' agit d' une "maladresse" et que cette maladresse des Inrocks provient d'une certaine forme d' ignorance, et finalement d' un manque de curiosité ou de flaire journalistique (ce qui est déjà une sacrée faute pour eux dans un sens si on se réfère à ça ce qui prouve au moins que d' autres avaient fait le job) mais avouons qu' à l' heure du net de 2025 et de certains combats certaines lacunes et approches journalistiques occidentales sont toujours de mises et ce, partout, même dans la presse jugée progressiste.
- MOGWAI, retour au sommet du Post Rock .
Dans le Top annuel 2024 au sujet des géniaux Still House Plants et de leur relecture moderniste du Post Rock jazzy des origines (Talk Talk, Tortoise) j' expliquai à quel point leur démarche était salvatrice pour ce courant après des années monopolisées par les suiveurs de la deuxième vague Post Rock plus proche du versant Noise. Le groupe légendaire cité pour illustrer la deuxième tendance Post Rock était Mogwai. Ma relation avec Mogwai a toujours été des plus complexes. Entre émerveillement avec le sentiment de s' être trouvé des copains dans leur vision de guitares expérimentales sans compromis à leurs débuts puis, progressivement, une amère sensation de lassitude accompagnant leurs sortie discographiques. 2025 voit Mogwai revenir avec ce qui n' est que leur onzième album en 30 ans de carrière. Un ratio faible en comparaison à d' autres groupes vétérans mais à prendre avec le recule tant le groupe resta toujours très actifs en matière de Bande Originale et de Ep. Le récent "The Bad Fire" apparaît donc comme l' occasion d' écrire enfin sur ce qui est devenu au fil des années une véritable formation culte . Mogwai est apparu à la fin des 90's et comme je l' écrivais plus haut les écossais appartiennent à ce que l'on peut considérer comme la deuxième vague Post Rock. Avec eux les Sigur Ros, Godspeed You Black Emperor ou Explosions In The Sky mettaient l' accent sur les crescendos amenant vers un Post Rock plus épique et parfois plus Pop dans sa sensibilité. Les guitares s' inspiraient fortement du Noise Rock et du Shoegaze. Ce dernier qui avait eu à subir les quolibets de la presse anglaise alors en pleine masturbation réac et égocentrée Britpop obtenait avec son dérivé Post Rock une petite vengeance. Immédiatement, avec leur petit côté rebelle écossais à l' humour dévastateur, ces éternels emmerdeurs des certitudes et de l' arrogance anglaise, les Mogwai furent perçus comme les pourfendeurs d'une Britpop pas vraiment aventureuse et devenue très vite médiocre comme l' illustra le célèbre épisode du T-Shirt "Blur: are Shit". Leurs crescendos partis d' ambiances calmes et mélancoliques accédaient à d' autres assez apocalyptiques. Leur musique servait ainsi de palliatifs aux orphelins du Shoegaze qui bien souvent, par goût prononcé pour les textures sonores, l' expérimentation et des structures de chansons non conventionnelles, avaient eux aussi opté pour la vision instrumentale du Post Rock au détriment des velléités Pop et simplistes de la Britpop. Pendant un petit peu plus de dix ans les Mogwai étaient devenus les cadors du courant au même titre que les groupes cités plus haut. J' ai eu maintes fois l' occasion de les voir en concert. A chaque fois ce fut une expérience intense et jubilatoire. Chaque album enfonçaient le clou tellement ce groupe maintenait un très haut niveau et continuait de captiver par leur identité très forte. Mais après leur 6 ème album "Beat" de 2006 la saturation commença à s' emparer de moi. Les albums suivants semblaient se répéter malgré l' introduction de plus en plus affirmée de l' électronique. La surprise s' estompa et le niveau général sans tomber très bas semblait franchement plafonner. Mogwai était alors sauvé par certains moments de gloire comme par exemple pour leur bande originale pour le documentaire "Zidane : A 21 St Century Portrait" qui avait surtout l' intérêt de porter un éclairage plus grand publique sur ce courant jugé plutot difficile. A chaque sortie cette impression de redite prenait le dessus malgré le fait qu' ils continuaient à vouloir évoluer. Peut être trop lentement. Mogwai a toujours suivi son petit bonhomme de chemin malgré les modes et les changements. Mais à sa faible allure quand parfois ça s' accélérait à côté et que certains fans d' origines prenaient poliment leurs distances tout en continuant de leur vouer un culte . Au fil des années Mogwai devint une sorte de The Fall version Post Rock comme avait été autrefois la formation de Mark E Smith. Un groupe intouchable à toujours citer comme référence absolue même si on écoutait de moins en moins leurs dernières sortis. Et puis au moment où ne s'y attendait plus trop un petit regain de forme et surtout de renouveau artistique apparu avec à la suite une surréelle reconnaissance grand publique. Sorti après la pandémie "As The Love Continues" produit par Dave Fridmann était marqué par un regain de forme et surtout une ouverture plus visible à des influences extérieurs bien mieux assimilées. La musique de Mogwai probablement en lien avec le contexte COVID semblait alors recoller à son époque comme à ses débuts. Ce n' était plus une capsule fin 90's début 00's déconnectée comme les précédents l' étaient devenus. Personnellement même si je fus agréablement surpris je considérai cet album comme une de ces petites réussites que l'on oublie très vite. J' étais passé à autre chose et si je devais les réécouter c' était bien sûr leurs classiques "Mogwai Young Team" et "Rock Action" qui me venaient à l' esprit. Mais ce qui marqua plus mon esprit et d' autres ce fut l' accueil de ce disque. Classé numéro 1 dans les charts Britanniques à sa sortie et nominé au Mercury Prize ce disque marquait le triomphe tardif d' une formation devenue légendaire qui avait eut son pic créatif 20 ans plus tôt. Un peu comme ces acteurs qui reçoive leur Oscar ou César d' honneur pour l' ensemble de leur carrière alors que la profession et le grand publique les avait ignoré et jamais mis sur le socle qu' ils méritaient depuis toujours. "The Bad Fire" arrive donc 4 ans après cet étrange moment de reconnaissance et de léger renouveau artistique. A leur apothéose de 2021 succéda une période trouble dans leurs vies privé. L' un des membres vit même sa fille passer à deux doigts de la mort alors le triomphe récent passa très vite au second plan. Toujours humbles les Mogwai semble avoir continuer à vouloir évoluer et ce disque est à mes yeux une preuve bien plus solide et convaincante que le précédent. L' album perpétue donc la démarche d' ouverture à une plus vaste palette d' influences mais sans que la personnalité très identifiable et forte du groupe n' en soit altérée . Les synthés paraissent avoir arrêté d' empiéter sur les plates bandes des guitares permettant ainsi à Mogwai de trouver un juste milieu. Avec leur nouveau producteur John Congleton ils ont enfin retrouvé une excellente nouvelle recette . S' appuyant sur leurs pics d' innovations artistiques d' autrefois ils les dépoussièrent leur donnant ainsi un lustre très moderne. Les titres se révèlent être bien excitants, bouleversants et euphoriques. Si écouter Mogwai en 1997 pouvait parfois s' apparenter à une introspection et, plus fortement à un dangereux repli sur soi par la suite quand ils semblaient ne plus vraiment correspondre à l' époque, en 2025 leur musique franchement plus optimiste peut aider l' auditeur à se réveiller et à retrouver des forces pour passer à l' action. Petit bémol. Sur "The Bad Fire" apparaît plus que jamais l' évidence, mais qu' au nom du respect total parfois un peu forcé dont ils leur portaient, les fans n'osaient affirmer. Les titres un brin en dessous sont les vocaux. Mogwai reste et demeure un très grand groupe d' instrumentaux et non de Pop Songs classiques. Le single "Fanzine Made Of Flesh" par exemple est certes entraînant mais on a l' étrange sensation d' écouter une version écossaise de Grandaddy. Les morceau phares sont donc les sans paroles "Pale Vegan Hip Pain", "If You Find This World" et l' inaugural "God Gets You Back" avec ses voix déformées qui passent au second plan façon Shoegaze. Le Shoegaze encore présent plus tard avec leur plus beau hommage à Saint Kevin Shields (My Bloody Valentine), "18 Volcanoes". Mais ne boudons pas notre plaisir. Mogwai vient simplement de sortir son meilleur album depuis 19 ans. Et rien que ça c' est l'une des meilleurs nouvelles.
- ETHEL CAIN, de la Pop Indie aux tréfonds des States. Pays malade depuis ses origines.
Jeudi 16 Janvier dans la soirée. Un bruit sourd à l'origine inconnu associé à d' autres sons évoquant l' électricité perturbent mes sens. L' ambiance est lourde. Pesante. Des voix étouffées laissent parfois la place à une autre voix. Une voix spectrale qui me berce pour mieux m' entraîne vers les tréfonds de l' âme humaine. Quelque chose ne tourne pas rond et un drame est à redouter. La sensation est très forte d' autant que certains sons exhument en moi d' autres très similaires sans que mon vieux cerveau ne trouve ni l' origine ni la nature de ces derniers. Par réflexe inepte je regarde mon fil twitter. Tout y est pitoyable. Flippant. Grotesque. Pathétique et dramatique. Puis de nouvelles notifications apparaissent. Toutes proviennent de sites américains et traitent du même sujet. David Lynch est mort. Parfois le hasard réserve bien des surprises auxquelles on ne peut s' empêcher de répondre par des interprétations aventureuses. Le lien que ma mémoire défaillante s' obstinait à contourner venait de gicler enfin grâce à une bien triste nouvelle. L' un des artistes les plus passionnants de ces quarante dernières années venait de casser sa pipe et le choc personnel comme celui provenant des réseaux sociaux fut l' un des plus puissants depuis la mort de Bowie. Fatalement dans ces moments rares et intenses on ressort la phrase : "Je me rappellerai toujours ce que je faisais à ce moment-là". Pour Lynch ce sera "J' écoutais Ethel Cain". Et rarement dans pareille occasion les choses ne pouvaient pas tomber... mieux! Les sons entendus sur l' album de Cain. Cette ambiance sombre et pesante... Eraserhead. Hayden Silas Anhedönica aka Ethel Cain avait fait surface dans mon univers personnel fin 2022 à l' un des pires moments de mon existence. Un certain sens du timing la Ethel. Il fallait bien continuer à vivre donc... Continuer à écouter. Dans ce but je m' étais contenté exceptionnellement au vue de mon contexte à aller voir les top annuels des sites musicaux. Comme d' autres s' accroche à la première bouée venue. Le nom alors inconnu d' Ethel Cain trustait les premières places. Ma découverte de son single "American Teenager" me laissa sur ma faim même si j' avouais en moi même qu'il s' agissait d'une classique Pop Song Indie assez parfaite. Le clip l' accompagnant possédait lui aussi son petit intérêt en comportant une certaine dose d' ironie derrière son optimiste caricature d' American way of Life. La découverte de l' album s' imposait afin d' éviter de rapidement penser qu' il ne s' agissait que d' un emballement critique sur un album pas vraiment nullissime mais certainement poussé par la quête d'une tête de gondole facile pour une scène Indie et ses médias en désespérance . "Preacher's Daughter" se révélait être bien plus complexe qu' une simple succession de "tube" indie Dream Pop. Les titres s' avéraient être longs et l' ambiance pas franchement à la joie. On était bel et bien passé derrière le clinquant optimiste de l' american way of Life auquel plus personne ne croit vraiment depuis trop longtemps. Très Americana et à la fois très éthérée et gothique. Si parfois sa voix pouvait par certains tics très ricains et mainstream agacer j' ai du m' avouer qu' elle avait le don de soigner mes plaies du moment. Plus je m' enfonçais dans le disque et plus l' aspect malade et étrange de l' univers de Cain prenait le dessus. Les paroles me racontaient une sordide histoire de Serial Killer dans un bien triste pays et je ne vous parle même pas des sombres et sordides histoires de congélateur à la fin du disque. Musicalement c' était bien foutu mais pas vraiment susceptible de bouleverser un vieux de la vieille comme moi alors qu' à contrario les paroles étaient de plus en plus glauques et glaçantes. Finalement Ethel Cain n' osait pas assez l' étrangeté avec sa musique. Mais ça, , c' était juste avant le stupéfiant triptyque composé de "Ptolemaea", "August Underground" et "Televangelism". Avec ces trois titres ce que j' avais pris pour une sympathique mais gentillette futur star de l' Indie Pitchforkienne à la Lana Del Rey changea radicalement de catégorie et de division dans mon esprit. Elle osait. Son dernier disque s' appelle "Perverts" et vient tout juste de sortir. Rien que le titre de l' album suffit à prévenir. Âme sensible s' abstenir. Il va être question de la perversion et ce sous toutes ses formes. La belle Ethel grandie sous les lois rigoureuses Baptiste de son environnement du Sud des Etats Unis nous parle d' onanisme, de pédophilie, de transgression et de damnation éternel. Dès le premier morceau du disque donnant son titre à l' album c' est un cantique venu des abîmes qui vous cueille pour très vite faire place à un bruit sourd et des voix étouffées inintelligibles. Les titres y sont encore plus longs que sur le précédent. Par la suite des bruits statiques d' électricité, des pas inquiétant et des drones meubleront et perturberont vos sens. Le silence? Jamais. La sérénité? Jamais. Parfois quelque chose qui ressemble à une pop song classique surgit servant de respiration dans cette ambiance Dark mais faut-il encore ne pas trop prêter attention aux sujets abordés. L' instrumentale domine et le chant n' a droit qu' à une portion congrue. Le reste du temps on navigue entre le Slowcore, la Dark Ambient et le Spoken Word. C' est le genre de disque avec lequel l' entre deux n' existe pas. Certains vont le vénérer et s' y replonger à corps perdu quand chez d' autres l' incompréhension se mariera à l' ennui ou à la sidération négative. Ce qui semblait être encore une hypothèse sur "Preacher's Daughter se confirme. Ethel Cain se voit comme musicienne et cinéaste. Encore un point commun avec Lynch qui aura lu aussi touché à tout. Ethel Cain marque par sa capacité à maîtriser son art très casse gueule par sa nature. Elle possède ainsi un ton toujours juste, un sens aigu du rythme et sa production se révèle être très inventive et parfaite. La charge émotionnelle est gigantesque et ce disque peut jusqu' à détruire certaines de vos certitudes sur l' humain et vous même. Les paroles sont toujours flippante si ce n' est encore plus sombres et tordues sans que l' on tombe dans un délire caricatural qui en ferait trop. Les synthés bourdonnants, les bruits Industriels et les drones de guitares entra perçues sur le premier albums sont ici mis en pleine lumière. La voix de Cain prend un ton encore plus envoûtant. Ce disque nous est présenté comme un ep et non un album selon son auteur qui rajoute qu' il s' agit d' une oeuvre à part dans l' univers de son pseudo Ethel Cain et que "Preacher's Daughter" aura une suite. Peu importe ce que l' avenir nous réservera de sa part mais ce virage poursuivi vers une musique expérimentale et dans un certain sens ce refus de jouer le jeu du star system Indie musicale Pitchforkien, que tant de ses tristes congénères adoptent sans aucunes remises en question, place immédiatement Ethel Cain dans un univers bien plus haut. Entre une Grouper, un Nick Cave pour l' amour des références et biblique et une Nico pour le goût du risque expérimental. Post-Scriptum. Mardi 20 Janvier au soir. Toujours Ethel Cain dans le casque et des sensations Lynchiennes. Je pense à la chronique que je vais écrire sur "Perverts" en regardant l' investiture de Donald Trump. Je baisse le casque pour écouter son discours. Il est question d' un mur, de digressions plus stupides et hors sujet les une que les autres. Et ce devant un parterre de milliardaire (Bezos, Zuckergerg et notre Bernard Arnaud national se prenant en selfie tel un touriste ébahi devant un spectacle du Puy du Fou). Trump s' adressait non pas à des demeurés mais aux habitants malades d' un pays lui-même malade depuis toujours. Un pays qui domine encore pour un temps notre monde au nom du dieu Capitalisme. Les milliardaires en sont les idoles et Trump la triste et inévitable conséquence. Plus tard au cours de la soirée je verrais même un type faire un salut Nazi. Et encore une fois le monde médiatique et leurs moutons de s' offusquaient et de feindre la surprise devant ce qui n' est n' est qu'un pathétique et glaçant spectacle issu d'une logique qui ne cesse de se répéter depuis des lustres. Elon Musk, juste un héritier mégalo suprémaciste blanc qui ... quelle surprise... est né et grandi sous l' apartheid avec un père gérant de mines de diamants. Et ça aussi on le sait depuis des années. Mais quoi de plus normal. Cette nation qui, comme le rappelait Lynch grand pourfendeur de d' Hollywood et de son culte de la célébrités et du succès, est celle qui est née d' un génocide et la seule a avoir osé provoquer Hiroshima . La musique et les paroles d' Ethel Cain nous parle très bien de cette nation et des traumas si prévisibles qu' elle engendre sur sa population.
- Méditation tordue(1913-2013):The Knife, Igor Stravinsky&Malcolm McLaren ou "Dansons dans les bois"
Parfois certains événements de notre temps rappellent d' autres du passé et il est très tentant et facile de tisser des liens entre deux époques différentes. Exercice plus qu' hasardeux voir même risqué parce que fait trop rapidement il peut fausser son objectif caché. Le décryptage via le passé de l' actualité pour au final tenter de voir de quoi notre avenir sera fait. Qu'est ce qui nous attend après 2013. Mon esprit malade par l' intermédiaire de la musique , j' admet aussi peut être sous l' effet des fortes chaleurs de ce mois de juillet 2013, m' a amené à succomber à cet exercice dangereux. 2013 s' est mise à ressembler tristement à 1913. Quand on sait ce qui a suivi à 1913 il y a de quoi flipper. Remarquez avant même cela, ne vous arrive-t-il pas de flipper déjà pour l'avenir? Printemps 2013, un groupe suédois sort un disque sublime que l'on peut aisément qualifier de tarabiscoté et brut de décoffrage face à la majorité des productions contemporaines écoutées par la plus part. Un morceau difficile d' accès de près de 20 minute glissé au milieu du disque en atteste. L' ambiance faite de sons modernes provenant de la technologie de 2013 mêlés et des rythmes parfois tribaux et polyrythmiques évoque une étrange confrontation entre le passé et le futur. Notre civilisation face à celles de nos lointains ancêtres. Notre société connue dite "plus évoluées" et complexe face à la leur, jugée souvent plus "grégaire" , "sauvage" et "obscure". A ce propos, pourquoi ce disque plaît autant à moi et à d' autres? D' autres disques sorti en 2013 n'ont-ils pas aussi dans leur contenu des évocations "tribales" ? Pourquoi ce fréquent retour aux sources de nos civilisations via la musique? C' est peut-être bien aussi parce que justement dans notre époque si difficile à décrypter et face à un avenir plus qu' incertain nous avons besoin de revenir à la simplicité qu' évoque le mode de vie de nos ancêtres. Le groupe dont il question est The Knife. Groupe phare depuis une dizaine d' années. Toujours au cours de ce printemps 2013 ils ont entamé une tournée à travers le monde pour promouvoir le si justement nommé "Shaking the habitual". Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils en ont bousculé des habitudes. Ils ont tout simplement foutu un sacré bordel. Leurs prestations ont provoqué moult réactions violentes, apporté l' incompréhension et jeté le trouble dans l'esprit étriqué de bon nombre. Leurs concerts ( ici ) ne ressemblaient justement pas à des concerts. Peu de musique jouée "live" et surtout un énorme travail de chorégraphie beaucoup plus proche d'une performance complexe issue de l' art contemporain et de rites païens obscures que de l' héroïsme facile et démago des prestations rock. Quelques jours après je regarde sur Arte un programme qui était très loin d' être susceptible d' évoquer le groupe suédois synth-pop à ses débuts. Et d'un coup mon cerveau fait big bang et une étonnante association par l' intermédiaire des mots voit le jour dans mon esprit à travers différents genres musicaux et leurs époques . Spectacle, musique, scandale, révolutionnaire, tribal, ethnique, rites païens, polyrythmie... 2013 égale...1913§ The Knife et ... Le Sacre du Printemps de Stravinsky!!! Cette soirée célébrait un triple anniversaire , le centenaire du théâtre des Champs Elysées et ceux d' une chorégraphie de Nijinsky et du "Sacre du printemps" d' Igor Stravinsky, oeuvres créées pour l'occasion. En regardant ces deux vidéos il n'apparaît plus aussi tordu de rapprocher l' oeuvre en son temps scandaleuse et novatrice de Stravinsky ( ici ) et le dernier Knife et la tournée qui suivi. Mais pour être encore plus complet , entre Le Sacre Du Printemps et le dernier disque des Knife bon nombres de choses dans l' histoire du rock ont évoqué la tribalité via leur rythmique. Souvent il était question d'un désir de retour aux sources guidé par la nostalgie de temps prétendus meilleurs . Une sorte d' alternative à ce que le triste présent offrait et cela entraînait régulièrement le scandale. Pour certains ces oeuvres étaient choquantes car considérées comme un exemple de régression de la civilisation. Et pourtant, à l'image du ballet de Stravinsky inspiré du folklore russe, certains retours en arrière via des emprunts aux musique tribales ou à leur imagerie jugées primitives par l' occident (amérindiennes ou africaines) se sont révéler être le terreau d' innovations sans précédents amenant une nouvelle forme de liberté artistique. N'y voyez de ma part aucunes allusions volontaires et malencontreuses entre les horreurs de Gary Glitter ( ici ) et le sujet du Sacre du Printemps qui avait lui aussi fait scandale en 1913 (rite païen consistant en un sacrifice d'une jeune fille en fleur). Ce titre de John Congo de 1971 a été repris et adapté par ...les Happy Mondays! Remarquez que Shaun Ryder et ses acolytes des Mondays s'inspirent de ce titre et ses percussions tribales de l'introduction c'est pas si étonnant que ça. Bez n' était-il pas tout simplement le chamane du village préparant un breuvage hallucinogène afin que les guerriers de la cause Madchester puissent pour effectuer leurs rites initiatiques et voyager au pays des esprits???? Et que dire de la pochette du premier Slits. Et c'est là que mon esprit tordu (ou on dira plus honnêtement ...lettré) a tissé des liens avec le vilain petit canard roi dans l' art de foutre le bordel, Sir Malcolm McLaren. Mais que vient faire le manager des Sex Pistols dans un post sur Stavinsky, The Knife et la tribalité en musique? C'est que la rouquin avait après le punk a continué son rôle de manager anarchiste-situationniste et tenta à nouveau via un autre retour aux sources du rock de changer son époque et l'industrie du disque. Mais cette fois-ci il alla encore plus loin que son époque préférée ,le rocks des 50's. Il décida de se détacher de l'influence jugée dorénavant "nocive" américaine (car trop assimilable au capitalisme) pour aller chercher encore plus profondément dans les origines. Sa démarche lui fit rencontrer le piratage et l' Afrique. Il se passionna d' abord pour ça: Et il décida de l'utiliser pour pervertir la pop mainstream et ça donna ça! Après s' être engueulé avec le fameux Adam (le titre précédent influencé par les idées de McLaren a été écrit après leur séparation), ce petit renard rouquin de McLaren garda les musiciens d' origine et décida donc de promulguer la piratage de la musique en faisant la publicité des cassettes audio vierges le permettant. Et comme il était pervers ce diable de Malcolm, il remplaça le beau Adam par tout aussi belle mineur de 14 ans(!) Annabella Lwin qu'il tenta de faire dépuceler par un des membres du groupe dans un but de cohésion pour le groupe (encore (!) un truc proche inspiré des sacrifice païens ). Heureusement sans succès je vous rassure. Je sais que McLaren peut paraître un sacré manipulateur doublé d'une belle petite ordure mais c' était aussi un sacré génie en avance sur son temps comme l'illustre ce clip. Le titre s' appelle "C30, C60,C90 go!" du nom des cassettes vierges en hommage au récent piratage qu'elles permettaient. (Pour les plus jeunes ces chiffres indiquaient leur durée). L' autre élément de la vidéo indiquant l' aspect visionnaire du bonhomme c' était la deuxième nouveauté qu'offrait la cassette. Avant, l' écoute d'un disque était réservée au foyer à cause de l' encombrement occasionné par une platine. McLaren avait compris avant beaucoup d' autres que la mobilité offerte par les cassettes allait changer à jamais le mode d' écoute de la musique et par conséquence, la façon de faire de la musique, la vendre et la musique en elle même. Quelques mois avant le walkman et près de trente ans avant le format MP3 McLaren nous avait annoncé le Ipod. Laissons de coté McLaren et finissons-en avec les rythmes tribaux. La démarche de The Knife n' est pas isolée en 2013 comme l' attestent ces trois morceaux aux fortes consonances tribales. Ce sont-ils tous passé le mot? Je ne sais pas mais une chose est sûr, les musiques qui marquent profondément le sont justement parce que souvent elle porte en elle l' air du temps qui les a vu naître et qu' également elle transcende leur époque via parfois l' emprunt aux musiques du passés. Après cette petite digression il apparaît évident et troublant qu'entre la démarche d'un Stravinsky en 1913 et celles des Knife et des autres, les liens sont plus étroits qu'il n'y parait à première vue. 2013 ressemble-t-il tant que ça à 1913, l' année précédente de ce que vous savez? Brrrrr... De là à danser autour d'un feu dans les bois dans la tenue d' Adam peinturluré de piments naturels pour repartir sur de bonne base et partir en guerre contre notre triste et oppressant monde actuel ... Alors si il y en a qui ont fait dans le tribal et que la mode New Age des rites s'est du coup rappliquée c'est bien eux !
- BEST OF 2024
Voici enfin venu le moment du bilan annuel. Avant tout je tenais à m' excuser mais faute de temps il m' a été impossible de chroniquer tout ce que j' aurai désiré au cours de ce très bon cru 2024. Qu' à cela ne tienne vous trouverez pour chaque disque une petite description que j'ose espérer aussi juste qu'un vraie chronique. En attendant quoi penser de l' année musicale 2024. Elle est marquée, divine surprise, par le grand retour de ces bonnes vieilles guitares. Le Rock ou quel que soit son appellation a enfin compris que pour redevenir un brin pertinent il faut se réinventer. On l' avait vu revenir depuis quelques années ce retour en grâce mais on peinait à y croire après tant d' années de revivalsstériles en tout genre . Bien sûr ils ne sont pas encore très nombreux à réellement révolutionner le vieux machin (Moin, Still House Corner) mais quand on observe les jeunes pouces indies (Dummy, Julie) on sent bien que certaines sales manies rétrogagas sont délaissées et qu'une nouvelle fraîcheur s' installe. Autre fait marquant et celui là aussi on la sentit venir depuis longtemps c' est cette gigantesque réinitialisation du logiciel DreamPop. Une remise à zéro salvatrice toujours bâti sur des fondations anciennes mais probablement mieux choisis parmi les plus solides et à même de pouvoir permettre de nouvelles directions dans la construction de l' héritage de ce courant. Il y a deux ans sortait la traduction du gigantesque "A contre courant" de Martin Aston après son petit succès dans le monde anglo-saxon. Livre ingurgité à deux reprises et offerts plusieurs fois pour ma part cette somme relate l' aventure du label 4Ad et la vision sans borne et avant gardiste de son créateur Ivo. Ne cherchez pas plus loin pour votre prochaine lecture et en observant ce top annuel vous allez réellement comprendre l' influence majeur que les artistes 4AD ont fait peser sur certains en 2024. Jabu, Tristwch Y Fenowod, Spivak, Man Rei et Milan.W ne sont que la partie immergée de l' iceberg. 2024 a vu également de vieilles têtes revenir des tréfonds de nos souvenirs. The Cure après des années de tournées s' est enfin décidé à retrouver les sujets du studio et quelle surprise que ce retour triomphant aux bonnes vieilles valeurs avec une voix absolument intacte et donc toujours majestueuse. Si Saint Etienne nous a également surpris peut on vraiment employer le vocabulaire de l' étonnement pour Nick Cave and The Bad Seeds avec leur parfait dernier album tout comme pour Beth Gibbons et Kim Gordon. De véritables valeurs sûrs. Si les guitares se portent à merveille on est forcé de constater que côté électro ça plafonne un peu et que l'innovation s' est faite bien discrète. Si un Zuli maintient l' espoir côté Deconstructed Club le vent frais nous est venu du Brésil avec Dj Anderson Do Paraiso et son Baile Funk givrant quand le label Prìncipe via Nidia a plus que bien sauvé les meubles européens. Une certaines vision de l' Ambient domine toujours les débats mais cette année marque également une certaines stagnation dans ce courant. On pourrait bien évidemment citer assurément les valeurs sûr apparues ces dernières années, Jessica Pratt, Cindy Lee, Nala Sinephro et la géante Klein. 2024 a bel et bien été un bon cru mais il faudra attendre pour s' assurer que la bascule opérée au bénéficie d'une Indie Music sinistrée il n'y pas si longtemps n' est pas un feu de paille. Et bien sûr la mixtape annuelle Let's go! MOIN You Never End Troisième album pour nos chouchous et clairement celui de la consécration artistique. Disque avant gardiste par excellence ce "You never End" dépasse de très loin les deux premiers déjà adorés par ici. Je vous invite à vous plonger dans les archives du blog ( ici pour débuter ) pour constater l'immense chemin parcouru par Tom Halstead et Joe Andrews. Depuis leur duo Dark Ambient Raime jusqu'à leur retour assumé à leurs premières amours Post Hardcore avec la rencontre de la reine des percussionnistes Valentina Magaletti (que l'on va recroiser très vite dans ce top). Avec celui ci Moin n'hésite pas à ouvrir les portes à des invités vocaux venant de territoires éloignés et cela paye sans jamais devenir l'artifice d'un groupe instrumental en panne d' inspiration. Bien au contraire. Avec des sonorités moins agressives leurs guitares semblent avoir étendu leurs palettes à perte de vue. Certains invités tel Coby Sey ( ici ) dévoilent les liens secrets entre cette musique venue du rock et passée par le goût des textures du Dark Ambient avec une part de l' histoire UK Bass et de courants assez éloignés. On est définitivement au-delà du simple Post Hardcore, Post oui, mais Post absolument tout, donc ... un providentiel futur sans frontières stylistiques. STILL HOUSE PLANTS If I don't make it, I love u Deuxième du Top et deuxième album prouvant que les guitares ont encore des choses nouvelles à nous raconter quand elles ne sont plus entre les mains des neuneus rétrogagas. Imaginez un groupe d' écossais fans du Post Rock jazzy de la première heure (Tortoise) mais ne négligeant pas le Post Hardcore façon Shellac et Slint. Bref un groupe rejetant le carcan Noise dans lequel certains suiveurs à la vue basse des grands Mogwai avait enfermé le Post Rock. Un groupe qui se remémore judicieusement tout aussi bien les grandes heure de la No Wave que celles du Free Jazz. Un groupe qui n'a pas peur d' utiliser l' électronique pour l' enregistrement et qui décide simplement de faire appel à une chanteuse sous hautes influences R'n'b. Rajouter à ça un vrai goût du risque prononcé (suicidaire?) façon Scott Walker et This Heat et vous obtenez l' un des groupes à guitares les plus révolutionnaires de leur génération. David Kennedy et Finlay Clark s' amusent à vous manipuler et tirer au bord du précipice en jouant avec vos nerfs quand la voix de Jessica Hickie Kallenbach vous rattrape au dernier moment tout en vous déchirant le cœur . TRISTWCH Y FENYWOD Tristwch Y Fenywod Ça fait quelques années que de nombreuses formations britanniques lorgnent sur le passé Folk de leur pays. L' an dernier la formation irlandaise Lankum avait emporté tous les suffrages de la presse Indie. Par ici on avait juste trouver cela gentillet tout en se méfiant et pestant contre toute forme de revivalisme et ce, quelque soit le style musicale. Tristwch Y Fenywod ce sont trois sorcières semblant provenir du Moyen Âge qui, plutot que faire dans le tourisme culturel facile à la Lankum, ont préféré faire un petit détour par le Post Industriel pour nous offrir leur version d' un Néo Folk totalement revigoré. Fan de Curent 93 et de la Nico post "Chelsea Girl" (la meilleure) , c' est pour vous. Immanquablement le trio avec ses paroles cryptiques incantatoires en gallois et son instrumentation faite de cordes et de percussions venus de la nuit des temps et passés par la centrifugeuse moderniste de l' électronique possède une aura Gohtique qui ne pourra qu' évoquer aux braves la meilleur période du légendaire label 4AD (Dead Cab Dance et Cocteau Twins) . Et en cette année de retour Curesque ça peut ne pas tomber plus mal. Juste une question de zeitgeist. Ce trio comporte une vieille tête bien connue par ici, Gwretsien Ferch Lisbeth aka The Ephemeron Loop ( ici ) . La révélation Dream Pop Electro Industrielle de 2022. Immanquablement cette dernière comme à l' accoutumé dans ses œuvre s précédentes plonge le Folk à papa dans un univers Queer et Punk revigorant. Magnifique. CINDY LEE Diamond Jubilee On va pas y passer des heures le dernier Cindy Lee est prodigieux. Tellement prévisible depuis longtemps ( voir ici ). Par sa qualité et sa quantité (32 titres!). Et bien évidemment l' habituel quiproquo entre revivalisme Indie Pop Psy et Hypnagogic Pop ( ici ) va ressurgir aussi. Quand les réac aiment par ignorance et réflexe pavlovien ce que les modernismes aiment par goût de la nouveauté et de la singularité. Cindy Lee est nostalgique comme Ariel Pink autrefois mais comme Pink également Cindy Lee nous délivre une vision nostalgique qui ne se contente pas de recopier mais réécrit l' histoire à base d' expérimentation sonore et d' une vision vidée de tout dogmatisme abrutissant. Sur certains titres on peut même imaginer John Maus et Pink oubliant leur tourisme politique affligeant. Pour bien comprendre la différence entre Cindy Lee et les rétrogaga et ainsi prouver son importance on se contentera juste de le rapprocher de ses illustres alter égo britanniques proto Hauntologic Music des 90's, Stereolab et Broadcast. JABU A Soft and Gatherable Star (do you have peace) Ne me demandez pas à quoi ressemble le nouvel album de Jabu. Je pourrai évidement tenter de décrire cette musique en citant 4AD et les Cocteaux Twins. Je peux encore vous expliquer en quoi mêler l' héritage Dream Pop à celui de l' Ambient sous haut patronage Trip Hop (Bristol lieu d' origine oblige) se révèle être une recette miraculeuse assurée de toucher droit au cœur mais en définitive j' échouerai dans ma démarche. Les Hysterical Love Project nous avaient fait la même l' an dernier en nous hérissant le poil avec beaucoup d' ingrédients en commun mais Jabu en nous plongeant dans des états rarement croisés en musique va encore plus loin. La prise émotionnelle est tel qu' il faut aller vers des disques qui laisser personnes indemne tel le "Berlin" de Lou Reed ou ceux de Nico ou pour continuer dans cette sphère le terrifique "Music For A New Society" de John Cale. Si ces derniers ont fait cauchemarder certains celui de Jabu va les cueillir à l' aube et plonger encore plus profond dans un états second par son charme vénéneux. La réponse britannique à une certaines scène australienne Indie vénérée ici tel HTRK ou YL Hooi s' était faite attendre. Elle est arrivée et on s' en remet toujours pas. MAN REI Thread Pas remis du précédent et de sa Dream Pop venue de nul part mais quant même un petit peu assurément via 4AD? On remet ça. Et version encore plus brumeuse. Encore plus éthérée et impressionniste. Plus Ambient, limite New Age. Jabu vous a touché tout en vous mettant mal à l'aise par certaines sensations et souvenirs enfouis, Man Rei va vous apaiser et finir par vous emporter vers le pays des songes sans vous endormir. Chose étrange Kristin Reiman aka Man Rei nous vient par ses origines d' Europe de l' Est et plus précisément d' Estonie. Et ça se ressent. Les braves connaisseurs de 4AD me voient venir j' espère, même si la corde est grosse, 4AD-Europe de l' Est etc etc Bref syndrome Voix Bulgares absolu. Une nouvelle fois on cite les Cocteau tout en omettant pas que Man Rei est tombé elle aussi un jour sur leur disque en collaboration avec Harold Budd, le merveilleux "The Moon And The Melodies". DJ ANDERSON DO PARAISO Queridão On ne se remet toujours pas de ce Baile Funk brésilien basculant des soirée chaudes des favelas vers des ambiances plus sombres. Innovation sans bornes. Un de nos futurs possibles. Critique à lire ici . NALA SINEPHRO Endlessness Digne héritière des Pharoah Sanders, Alice Coltrane et bien sûr Sun Ra, Nala Sinephro rajeunit le jazz spirituel à grande rasade d' électronique. Effets garantis. NIDIA & VALENTINA Estradas Quand l' égérie du grand label Prìncipe ( ici ) rencontre celle de Moin, Valentina Magaletti, la Batida en voit des vertes et pas mûres et nous décollons très haut en direction de Dancefloors inconnus et jubilatoires. Et pour clore la redite avec le numéro 1 de ce top on n' oubliera pas qu' à la production on retrouve Tom Halstead KLEIN Marked Ça en deviendrait presque ennuyeux. Klein est encore classée dans le Top de ce blog mais à chaque sortie discographique de la belle ce ne peut être qu' une évidence. Klein est une génie du collage sonore et de bien d' autres choses. Ce coup-ci elle s' amuse avec les sonorités des guitares du Noise Rock et de Métal jusqu' à évoquer sa version obligatoirement très personnelle d'un Shoegaze méconnaissable. Ses paysages sonores sont encore plus sombres, plus rêches et radical. Comme on le disait des Autechre à une autre époque, cet musique cassant tous les codes, est TOUT. Et TOUT le reste... de la merde. AESON ZERVAS S-t On n' a plus trop de nouvelles du pape de l' Hauntology Leyland Kirby aka The Caretaker ( ici ) mais qu'à cela ne tienne. En 2025 on retrouver son alter égo grecque en matière de questionnement sur la nostalgie et sur la perte de mémoire. Le même tourbillon mémorielle que celui ressenti autrefois avec l' anglais s' empare de nous avec ce premier album d' Aeson Zervas. Construit à partir d' extraits provenant du passé folk de son pays et de musiques classiques aux origines inconnues ce disque hypnotise puis devient une merveilleuse machine à remonter le temps et à explorer notre psyché. JAWNINO 40 Enfin du concret avec cette première mixtape tonitruante offerte par le plus grand espoir du Grime. Jawnino rénove de fond en comble le Grime vieillissant et cela fait du bien. Ce proche de Klein et de Dean Blunt , y'a jamais de hasard, s' empare du passé et le propulse vers l' inconnu. Il se révèle être l' un des plus fins et plus perspicaces observateurs du Londres des 20's. MILAN W. Leave Another Day L' artiste anversois est passé par tous les styles depuis une dizaine d' année, Synthpop, IDM, Ambient Pop, Krautrock, Hypnagogic Pop etc etc. En 2024 il s' est décidé à opérer un virage radical vers une Dream Pop à fleur de peau très 80's sans que ça soit du revivalisme facile. Plutot que de lorgner sur des évidences tel The Smiths, Milan Warmoeskerken aka Milan W nous délivre une version toute personnelle aux multiples influences. Encore une fois les Cocteaux Twins et une frange du catalogue 4AD sont évoqués mais pas seulement. Les guitares rappelleront souvent Felt ou Eyeless In Gaza. Un peu à la manière de Jabu (voir plus haut) le belge semble avoir retenu les leçons d' artistes apparus beaucoup plus récemment tel la clique australienne CS+Kreme et HTRK ou le perfide Dean Blunt. Beauté absolue. KIM GORDON The Collective En cette année voyant les guitares se réinventer la reine ne pouvait ne pas être. Deuxième effort de notre boomer préférée et deuxième chef d' œuvre mêlant l' héritage Noise Rock New Yorkais avec le Hip Hop et l' Indus. Chronique ici . ASTRID SONNE Great Doubt Avec cet album la multiple instrumentiste danoise atteint enfin les sommets qu'on lui prédisait depuis des années. Brassage styliste, voix enfin mis en avant et assumé, cet album est peut être un peu long dans sa mise en bouche mais révèle des trésors de recherches et de trouvailles au fil des écoutes. THE CURE Songs Of A Lost World Le Come Back de 2024. L' entame d' album parmi les plus émouvantes de ces dernières années. Plus de deux minutes de musique sans paroles jusqu' à ce que cette voix intacte venu d' un passé lointain vous cueille pour vous replonger dans la mélancolie de votre adolescence. On retrouve The Cure dans ce qu'il a toujours su faire de mieux. Oublié les tubes parfois pathétiques ou gentillets dont le Top 50 nous abreuvait et retour vers la trilogie ultime (Seventeen Seconds, Faith, Pornography) et son merveilleux épilogue "Desintegration". NICK CAVE & The Bad Seeds Will God Question récurrente depuis 40 ans. Est-ce qu'il y a une chose que Nick Cave et ses Bad Seeds ne savent pas faire? Réponse : Oui...des mauvais disques. BILL RYDER-JONES Iechyd Da Remettre au goût du jour cette Chamber Pop un brin Lo-fi qui nous avait tant charmé autrefois (les 90's) est l' un des exploits 2024 . Merci à cet ancien The Coral. Chronique ici . JESSICA PRATT Here In The Pitch Pourquoi le Folk de Jessica Pratt n' est jamais rébarbatif ni trop passéiste? Pourquoi je l' associe systématiquement à des courants jouant eux aussi à merveille avec le passé et la nostalgie sans tomber dans le piège rétrogaga tel l' Hypnagogic Pop ou l' Hauntology? 12 ans de carrière, 4 albums et toujours pas le moindre élément de réponse si ce n' est ce songwritting parfait et cette voix envoûtante. Ce dernier album la voit reluquer la Californie des Beach Boys, les Walker Brother ou Van Dykes Park. DUMMY Free Energy S'emparer d'un très large spectre de tout ce que les 90's nous offerte jusqu' à titiller la fibre Baggy Sound/Madchester et Shoegaze des plus braves d' entre nous sans que cela ne fasse une compilation générationnelle facile et devenir l' une des formation les plus digne de l' héritage de Stereolab ce n' était absolument pas gagné. Dummy, médaille d' or de l' Indie Pop/Rock 2024. SPIVAK Big 2007 Facts Quatre albums et la pépite Dream Pop chypriote semble toujours passer sous les radars de la presse Indie. Quel bande de con! Comment nous faire des tonnes sur des pelletés d' artistes recrachant du vieux Folk ou de la vieille Indie music sans personnalité et être incapable de voir plus loin que son centre ville social et culturel. Et puis vous en connaissez des jeunes pousses capable de reprendre les très vilains Jane's Addiction et d' en faire une merveille? Probablement son meilleur album pour Maria Spivak qui n' en finit pas d' offrir l' une des plus belles et touchantes rénovations d'un si vieux courant. Et devinez quoi...fan de des Cocteau Twins jetez-vous dessus! Frisson garanti. JULIE My Anti Aircraft Friend Comme Dummy les Julie se sont abreuvés de tout ce qu' il se faisait de bien dans l' Indie 90's, Shoegaze, Slaker Rock, Noise Pop et un brin du surestimé Grunge (ben oui parce que mis à part le blondinet de Seattle vous pouvez me citer un groupe de ce courant qui tienne encore la route? Le premier qui cite Pearl Jam c' est beigne assuré!). Et comme Dummy leur vision portée sur leur très jeunes épaules colle parfaitement à notre époque à force de brassage et d' une vision très personnelle. Disque parfait, certes ça a le goût du passé, mais la date de péremption n' est pas près dépassé. DJ E Chuquimamani Condori Plus de nouvelles depuis 4 ans mais 2024 voit Elysia Crampton ( ici ) aka Chuquimamani-Condori aka E+E reprendre sa place dans un top annuel de ce blog qui lui doit tant depuis plus de douze ans. Chronique ici CS + KREME The Butterfly Drinks The Tears Of the Tortoise Les autres grands génies de la scène de Narrm près de Brisbane tant vénérée ici (HTRK, Jonnine, YLhooi) nous reviennent et nous plonge dans un psychédélisme Folk habituel chez leurs amis mais inédit pour le duo. Disque envoutant qui nous fera oublier l' ennui ressenti par instant avec le précédent. BETH GIBBONS Lives Outgrown Enfin le vrai premier album solo de la légende bristollienne. Si le Trip Hop est très loin et les expérimentations électros Krautrock de ses deux comparses de la formation que vous savez sont très loin la si touchante Beth Gibbons nous offre une Chamber Folk qui touche là où ça fait du bien ...l' âme! MANNEQUIN PUSSY I Got Heaven Quand les vilains petits canards deviennent des anges de l'indie Pop Rock tendance lourde. Y'avait rien à espérer de ce groupe et puis... le miracle et ... un tube imparable dans un meilleur monde. Chronique ici ZULI Lambda L' égyptiens semble décélérer le rythme mais pour encore mieux déchiqueter le passé des Dancefloors et délivrer le meilleur album 2024 de Deconstructed Club. JLIN Akoma Retour de la reine du Footwork. Chronique ici SAINT ETIENNE The Night Un peu comme avec celui de la clique à Robert Smith , le retour de la belle Sarah Cracknell et de ses deux comparses est une divine surprise. Probablement leur meilleur depuis plus de vingt ans. Ambient, méditatif et toujours expérimental par ses collage sonore cet album offrira également les pépites Pop dont Saint Etienne a toujours eu le secret. DAWUNA Naya Si comme moi vous aviez un fort penchant pour les slows dégoulinants de Prince et D' Angelo mais que vous pensez qu' en 2024 ça serait génial de les tordre dans un R'n'b tordu et complexe à souhait façon Thirza alors Ian Mugerwa aka Dawuna est votre homme depuis des années. A peine remis de son "Glass Lit Dream" de 2020 on se doit d' écouter ce faux LP vrai Ep qu 'est "Naya". BIANCA SCOUT Pattern Damage Chronique ici NAEMI Dust Devil JONNINE Southside Girl On l' adore et une nouvelle fois elle nous cajole. SARAH DAVACHI The Head as Form'd in the Crier's Choir Sarah Davachi reste en cette année la reine du Drone et d'une certaine vision progressive de l' instrumentation classique. Les disques s' alignent et l' œuvre de l' artiste canadienne devient colossale au fil des années. MK GEE Two Star & The Dream Police Ce type, la grosse hype depuis quelques mois, ose se replonger dans le classicisme rock le plus rédhibitoire. Eric Clapton adore ses talents de guitariste c' est dire. Malgré cela il nous offre une relecture du passé malaxée par le R'n'B et basée sur une expérimentation assez bluffante. On se pince le nez parfois quand à d' autres instants on est charmé. Parfois il évoque certains grands moments Sophisti Pop . Affaire à suivre. ARAB STRAP I'm totally fine with it 👍 don't give a fuck anymore 👍 C' est dans les vieux futs écossais que l' on fait la meilleur musique aux odeurs de bière chaude , de fin de soirée pathétique ou de réveil difficile. TIM REAPER & KLOKE In Full Effect Comment oser nous offrir cet Jungle digne de son âge d' or en 2024. Et en plus c' est tout sauf passéiste. On prend! SMOTE A Grand Stream THE SMILE Wall Of Eyes & CutOuts Tom Yorke et son comparse Jonny Greenwood avec Tom Skinner nous auront offert deux très bons albums et on va finir par se demander si franchement ce serait pas mieux si ils oubliaient leur vieux machin qui s' appelle Radiotruc ou quelque chose qui sonne comme ça tellement The Smile fait largement l' affaire. BONUS Le disque qu'on sait pas pourquoi on a aimé. Peut être que c' est seulement que ça faisait du bien sans surtout pas chercher à savoir pourquoi. CLAIRO Charm Le disque que l'on a détesté aimer et puis aussi parce qu'il faut toujours être ami avec les vieux potes. FONTAINES D.C. Romance Le titre accroche cœur de vieilles connaissances dont on attendait presque plus rien. Quand une chanteuse de variétoche 2.0 pour ado et bisounours macronisés dont on s' en tapait royalement devient une icone en quelque seconde en fricotant avec de vieille gloire French Touch sur une tout autant vieille scie remise au goût du jour. La détonante musique de pub venue d' un groupe que l'on apprécie reprenant un très vieux souvenir d' enfance française. Ou, Amanda Lear reprise par les Punk Queer de Special Interest sous le haut patronage de Kevin Shields (My Bloody Valentine)
- RAIME ou, le vide rebel orchestré
Le duo Raime sortira le 10 Juin la suite tant attendue de leur "Quarter Turns Over A Living Line". Enfin l' occasion d' écrire sur eux. De jeter à la face de ce monde tellement drogué de remplissage à tout va mon amour pour ces farouches créateurs de beautés avec presque rien. La musique de Raime est l'une des plus belles au point d' être devenue depuis 5 ans l' encre retenant mon petit navire personnel ballotté par la tempête. Comment définir la musique à la singularité miraculeuse depuis ses débuts de ce duo formé par Joe Andrews et Tom Halstead ? Comment expliquer la fascination de certains et comment faire partager ce bonheur et cette vision rebelle de la musique ? Écouter Raime c' est un peu comme écouter le bourdonnement sourd de votre système auditif rencontrant (enfin?) le silence après le déluge sonore d'un concert. Un bourdonnement sourd qui peut être accompagné d'une aura Dark après moult stimulus divertissants . Du Lugubre/sobre après le trop plein. Le lugubre et le sobre ne sont pas synonymes d' ennuie. Loin de là. C' est un peu aussi le même bourdonnement, en moindre peut-être, qui accompagne la sensation étrange d' apaisement que l'on ressent en rentrant dans notre appartement silencieux après avoir passé la journée enveloppé dans le bruit de la vie moderne. Du monde moderne. Circulation, machine, la musique omniprésente (bar, centre commerciaux), l' autre musique aussi, celle du flux d'information de toute forme médiatique (Internet, radio, télé, téléphone). La musique Raime semblant si glauque, étouffante et dark devient finalement sur la longueur une bouffée d' oxygène face au reste. Ces instants décrits plus haut sont importants. La musique de Raime l' est donc devenu naturellement. Surtout que le monde en accélérant sans cesse développe sur nous tous une pression irrésistible. On ressent une peur du vide. Peur de louper quelque chose, de ne pas profiter de la vie face à une offre pléthorique. Et pourtant, toutes ces sollicitations, par leur rythme effréné et leur accumulation remplissent-elle vraiment le "vide". Ce monde consumériste n 'aime pas le vide. Surtout il ne faut pas donner du temps pour écouter ce bruit sourd. Faut du storytelling. Du divertissement facile. De la joie et de la bonne humeur. Des histoires sans fin et surtout sans morale. Du divertissement imposé dans le seul et unique but de ne surtout pas se pauser sur le bord de la route. Ça pourrait donner des envies aux autres conducteurs et ça créerait un bouchon. En musique cela donne une avalanche de disque, de nouvelles formations, du buzz sans cesse. Surtout quand l' offre peine à combler le vide. Les artiste doivent difficilement s'y faire une place alors ils ne se pausent plus sur le bord de la route de peur de perdre leur place. Plus le temps de prendre son temps pour trouver l' originalité. Alors on tape dans le passé. Plus facile et plus assimilable comme divertissement. Écouter Raime c' est un peu dire stop et merde à la musique divertissante, mille fois entendue et remplisseuse. La première fois face à Raime on a l'impression de regarder un film consistant en un seul plan fixe. Sans dialogue. Sans action? Pas vraiment. Peut-être est-elle hors champ et risque traverser l' écran à tout instant. Une histoire sans but, un manque total de storytelling. Pas de quoi danser. Pas de quoi chantonner. L' héritage anti-pop/rock/divertissement obligatoire d'un certain post-punk est ici. Celui des Throwbing Gristle ou des This Heat par exemple. Il y a aussi du John Cage et son acte révolutionnaire à caractère zen ,4' 33". Le "fameux" coup du silence joué par un orchestre avec sa mise en scène et sa composition. La leçon de Cage c' était qu'il y a toujours du son . De la musique. Les premiers spectateurs de la chose s' aperçurent qu'il y avait bel et bien une musique malgré le silence de l' orchestre. Les gouttes de pluie tapant sur le toit du théâtre et même les bruits des spectateurs eux même. Respiration, toux, frottement des vêtements. Raime c' est une rythmique dub ou doom. Lourde , pesante et étouffante comme le silence épais décrit plus haut. Toujours dans la répétition. On pense à tous ces "fanfarons" de la musique du style gothique ou industrielle. "Faith" de Cure par exemple mais en encore plus désertique et fantomatique que l'original. . Elle ne va pas s' accélérer la rythmique . Pas s' arrêter non plus. A peine si elle va subir des soubresauts. Cette rythmique semble être squattée par des sons extérieurs. Tel ceux de l'expérimentation de Cage. Au tout début du groupe (ses deux premiers ep) ce n'était que sample trafiqués par l' électronique, des nappes de synthés terrifiantes, des cris ou encore des sons déjà aperçus dans le grime ou la Witch House. Comme dans ces deux dernières l' oeuvre de Raime est symbolique d' utopies brisées dans le futur. D' un avenir incertain où les grains de sables ont définitivement bazardé la machine à combler du vide. Plus envie de se divertir à moindre frais en terme d' investissement personnel. Dès leur premier album, "Quarter Turns Over A Living Line", l' acoustique s' est pointé. Grattages maladroits de corde de guitare. La boite à rythme remplacé par des sons de percussion en apparence "moins artificiels" mais toujours un peu trafiqués tout de même. C 'est devenu plus rêche, plus "rock" et c 'était prévisible. Parallèlement nos deux bonshommes ont copiné avec Pete Swanson le Pape du boucan noise. C'était le single/split "Positive/Elsie". Les Raime cachés sous le pseudo Moin y délivrait leur version lente et lourde du noise du père Swanson. Plus tard Moin s' offrit un ep pour lui tout seul et ainsi renda hommage au post-punk qu'ils chérissent. This Heat, comment pouvait-il en être autrement question intransigeance et indépendance d' esprit. Mais il y avait un fort relent Albinesque. Sur le prochain "Tooth" c'est encore plus le cas. Raime avec ses cordes de guitare hésitantes répétitives et leurs airs post-rock c 'est un peu comme du Godspeed Black Emperor ou du Mogwai qui bloquent ou refusent l' embrasement sonore obligatoire en festival pour finalement laisser la place à la musique de l' extérieur, celle de John Cage. Et qu'est-ce qui arriverait si ces deux formations faisaient ça? Leur post-rock redeviendrait ce qu'il a toujours été. Du post-punk. Raime a le cul entre deux chaises. L' électro moderne et le post punk. Qu'ils y restent ! C'est la meilleur des positions ! L' ennuie n'est pas au programme sur "Tooth" comme sur toute la discographies de ces enchanteurs des ténèbres. Les Raime sont maîtres absolus de la subtilité. Le détail qui va vous emporter vers les cieux. Le silence en modèle, le refus de la facilité et le goût de la lenteur pour toucher un raffinement devenu chez les autres utopique. Petit conseil : Tenter la découverte de ce groupe chronologiquement. Gardez Tooth pour la fin et débutez par les deux ep et le premier album. L 'effet va être une véritable claque. PS : BLACKEST EVER BLACK, un label droit dans ses bottes. Label fondé par Kiran Sande en 2010 BEB est devenu une référence en matière de musique dark et intransigeante. Créé à l' occasion du premier ep de Raime il n' a eut de cesse de nous offrir des merveilles jusqu'au point de concurrencer en terme de quantité et de qualité les autres labels chassant dans des styles plus variés. Chez BEB jamais de faute de goût. Bon nombre des artistes préférés de DWTN sont passés par ce label. Depuis deux ans le label est en permanence dans mon top perso. La liste est lourde, hallucinante: Raime, Pete Swanson, le génial Regis, la beauté glaciale de Tropic Of Cancer, Prurient/Vatican Shadow, Black Rain, Cut Hands, Dalhous etc etc Récemment le label est parti hors d' Europe et des USA pour dénicher une bande de copains australiens tous plus originaux et talentueux les un que les autres. Les hypnagogico-dark F ingers, la prometteuse Carla Dal Forno, les félés de Tarcar ou les bouffeurs de champignon Tarquin Magnet. On y trouve même Jac Berocal et les héros légendaires de Ike Yard et quelques autres pépites du passé.
- DUMMY, expérimentation rétrogaga jouissive.
Après un premier album en apparence sans surprises mais assez intriguant et complexe la formation provenant de Los Angeles revient avec l' émerveillant "Free Energy". La divine surprise du moment en provenance d' un rock Indie qui voit se poursuivre son fragile renouveau artistique. Depuis sa sortie en 2021 "Mandatory Enjoyment" des Dummy se révélaient être l' oeuvre d' une formation au style et à la personnalité difficilement classables. Un disque bien plus sibyllin qu' il n' y paraissait. Une sorte de cheval de Troie. Avec ses rythmiques Krautrock, ses claviers évoquant la Pop 60's et la musique Lounge, il paraissait évident que l' on avait affaire à des fans de Stereolab et parfois Broadcast et pas vraiment à une énième formation sans réelle personnalité adepte de la copie facile d' illustres aînés? Les neuneus adeptes du vintage se ruèrent sur "Mandatory Enjoyment" sans réellement saisir la portée de ce disque. Faute de détenir le mot clé caché par la référence Stereolab. Pour les habitués de ce blog, avant d' être une simple lubie Rétrogaga 90's Indie Pop gentillette, Stereolab est surtout l' un des groupes précurseurs de l' Hauntology aux côtés de Broadcast. Je vous invite à vite vous jeter sur ce vieux post de 2016 ( ici ) ou à taper dans le moteur de recherche du blog le mot clé justement. On rappellera juste ici que la Hauntology Music se différencie de l' exercice rétrogaga simplet car il interroge le présent en utilisant la nostalgie non pas pour son seul intérêt réac de doudou mais pour évoquer un futur qui n' a pas eu lieu en tentant de reconstruire un utopisme perdu à l' heure du néolibéralisme triomphant. La composante Rétro-futuriste de Stereolab n' était pas seulement un simple déguisement vintage mais plutot une tentative de redonner goût à l' avenir par des gauchiste avérés refusant la terrible sentence ânonnée après la chute du mur de Berlin, " la fin de l' histoire ". Le capitalisme a gagné et " There is no alternative " . Avec "Free Energy" Dummy se révèle appartenir pour de bon à l' univers Hauntologique. Moins perfide que Dean Blunt, moins vintage et tordu qu'un Ariel Pink ou un John Maus (les deux représentant de la version ricaine que l'on appela "Hypnagogic Pop"). Ces derniers mois nous avons vu apparaître une pelleté d' artistes et formations jouant donc cette carte afin d' échapper au rétrogaga et interroger réellement sur le présent jusqu' à tenter de changer les choses. Dummy est la version Indie Rock et Pop d' une Bianca Scout ( ici ) ou de Space Afrika. Beaucoup plus fun mais non moins pertinent parce que fondamentalement le fruit d' expérimentations stylistiques et sonores. La palette référentielle s' est considérablement élargie avec ce deuxième album et sans que cela ne devienne un assemblage grossier cache-misère. Les rats de discothèque Dummy ont pris leur temps et dévoilent une certaine maestria dans l' art d' emprunter sans copier éhontément rejetant d' autres rats aux oubliettes tel les Horrors (pourtant assez pertinents par instant). Dès la sortie de "Free Energy" beaucoup de la critique neuneus conformistes du net se sont rués sur l'un des très rare buzzer référentiel mis à leur disposition par leur esprit simpliste, "Shoegaze!!!!!" . Suivi du nom du groupe qu'ils auraient probablement détester ou mépriser en 91, "My Bloody Valentine". Remarquez, ça change un peu de la tarte à la crème Post Punk. Un peu court bande de branleurs. Evidemment que le dernier Dummy a des senteurs "Loveless" mais elles ne sont pas caricaturales et enfin il faut veiller à préciser que le poids de la formation de Kevin Shields est axé sur un seul titre. Et quel titre. Avec des rythmiques délaissant le Krautrock pour aller se faufiler dans des univers plus dansant les Dummy rappelle l' importance du morceau clôturant "Loveless". Le gigantesque "Soon". Titre ultime pour votre serviteur, le pont ultime entre les deux courants majeurs de la musique Indie fin 80's début 90's. Deux courants portés plus ou moins aux nus et très vite raillés. Assassinés par une certaine vision rockiste et réac pour laisser la place net aux revivalistes dont la Britpop. Mais deux courants aux portées considérables encore visibles de nos jours, le Shoegaze bien sûr et le Baggy Sound des Stone Roses, Happy Mondays et les Charlatans. Il suffit d' écouter "Soonish" pour réaliser que les Dummy dans leur passion shoegaze sont allés là où si peu des prédécesseurs revivalistes du genre sont allés. Le dancefloor. On ne peut également pas clore ce pont entre la scène Shoegaze et Madchester sans parler des sous estimés Chapterhouse. Mais réduire "Free Energy" à un simple changement de paramétrage nostalgico-gaga grossier en direction d'un seul autre courant du passé est une erreur comme le dévoile "Blue Dada". Avec son intro basée sur un rythme typiquement Baggy et ses voix éthérées qui font place à un retour surprenant du Krautrock accompagné de drones et larsens en tout genre ce titre résume parfaitement ce qu' est ce disque. Plus loin "Godspin" invoquera le Field Recording sur "Opaline Bubbletear" quand certaines senteurs New Age risquent vous surprendre au détour d'un "Opaline Bubbletear" avant de replonger chez MBV et Lush. Juste avant "Unshaped Road" laisse à entrevoir ce que donnerait un vieux banger Baggy Madchester entre les mains des Girl Band/Gilla Band. Nos sommes confrontés à un Kaléidoscope foncièrement moderniste des 90's. Une vision déformée par le prisme de courants pas réellement associables à cette époque et qui ont la côte de nos jours car ils se sont renouvelés. Délaissant le rétro futurisme du premier album les Dummy opte pour le psychédélisme via ses textures sonores mais dans les us et coutumes de la composition on sent une approche qui a plus à voir avec l' Ambient et l' expérimentation. Certains sons vont réellement surprendre l' auditeur par leur nouveauté et la production joue un rôle très important pour se différencier du peloton tant elle ne cesse de tenter et de trouver. Alternant ainsi des titres abrasifs parfois Noise Pop avec d' autres plus calmes et planant cet album psychédélique à la vision large et doté d' un songwritting hors pair à l' efficacité redoutable me rappelle un autre des 90's par sa richesse et sa diversité. Découvrir "Free Energy" en 2024 peut permettre aux jeunots de ressentir les même émotions perçues par le quinqua plus de trente ans auparavant à une autre de ces formations honteusement sous estimé. C' est la même sensation jouissive et addictive d' ouvrir une mystérieuse boite à surprise qu' autrefois avec le "Everything's allright Forever" des Boo Radleys. Comme les Liverpuldiens Dummy révèlent non seulement être dotés d'une sincère et forte curiosité dénuée d' arrière pensée mais en plus savent partager leur savoir tout en l' enrichissant à leur tour. Peut être en plus charmeurs et trompeurs Dummy appartient bel et bien à cet petite galaxie de formations apparues récemment qui renouvellent enfin et véritablement l' Indie tel les merveilleux Still House Plant ou Squid. Bonus, les ponts entre le Baggy Sound/Madchester et le Shoegaze














