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- DEMEN. Faille spatio-temporelle en provenance du 4AD de 1983
Moins d'un an après la beauté du "Precious System" de l' envoutante MJ Guider (petit rappel ici) le génial label Kranky nous la rejoue encore une fois 4AD. Quoi de plus normal pour le label de Grouper et des importants Stars of The Lid tant l'univers qu'il offre depuis les 90's est régulièrement rapproché à celui du légendaire label anglais.( Petite compile des importants Kranky à la fin! ) Après le bayou en mode éthérée de MJ Guider Kranky vient de débusquer son équivalent suédoise. "Equivalent" est un terme bien mal trouvé tant Irma Oum aka Demen offre à la fois un univers très 4AD et personnel. La Suède ressemble parfois à l' Ecosse mais Demen offre des différences et nous ne nous retrouvons pas dans la récitation ou le pastiche un brin maquillé. Si en règle général ces derniers temps Cocteau Twins est très souvent cité quand on fait le lien "présent/passé" cette fois c'est le projet du boss de 4AD Ivo Watts-Russel qui est à évoquer. Dead Can Dance aussi mais dans une moindre mesure. La mystérieuse suédoise préfère faire dans le sobre et évite l' emphase parfois adopté par notre reine préférée du Royaume Uni, celle d' Ecosse pas la vieille bique bien sûr. God Save Elizabeth Frazer. Demen aime ainsi se complaire dans les processions flâneuses et mélancoliques du projet This Mortal Coil. Pour les fans le cahier des charges est plus que bien rempli, réverbérations et voix éthérées. Et voir même au delà pour les fans de gothique, Demen va encore plus profond dans les ténèbres. Chez elle l' héritage ambient est encore plus présent et on voit poindre certaines senteurs New Age inconnues ou très peu usitées par This Mortal Coil. Musique à la fois émouvante et consolante qui stimule avec gravité le contexte d' écoute. A la différence de bien des fossoyeurs frileux de l' héritage 4AD ne voyant que par le format classique pop Demen n' hésite pas à laisser la part belle à moment purement instrumentaux. Elle parle de "Doom Pop" et c' est exactement ce qui fait sa particularité. Il va faire très froid cet été! Petite compile des pépites sorties chez Kranky.
- Chino Amobi, palme d' or surréaliste pour le post-club
Résumé des épisodes précédents, ici, et surtout par là pour plus d' explications sur sa musique, les idéologies, iles mportances culturelles, artistiques et politiques via sa grande copine Elysia Crampton) Maintes fois cité ici l' américain d' origine Nigérienne nous offre enfin l' occasion de parler de lui plus précisément avec la sortie de son "vrai" deuxième album sous son vrai nom. Chino Amobi était déjà apparu dans la liste de fin d' année 2014 du blog sous le pseudo Diamond Black Hearted Boy. Depuis il est devenu incontournable. Associé déjà à Elysia Crampton (énième collaboration dans le dernier disque) ce très proche de Rabbit n' est rien d' autre que le big boss de NON, ce label diaspora dont je vous parle très souvent (Faka, Crampton, Farai etc etc). L' an dernier avec Rabbit leur mixtape dorénavant sorti sur disque, "Freedom from mental poisoning", il avait déjà tapé l' incruste dans le top (39ème). Son ep "Airport Music for Black Folk" sorti en plein été m' avait échappé et a donc raté une autre place d' honneur. En 2017 se sera non seulement en son seul nom mais dans le haut du panier tant "Paradiso" est un véritable succès. Quelqu'un a parlé au sujet de Chino Amobi, de sa musique, et d'un bon nombres d' artistes présent chez NON, de post-américana. C 'est effectivement de cela dont il s' agit. Comme chez Crampton, Rabbit ou la clique du Club Chai on a à faire à quelqu'un qui n' est pas dans le faux-semblant ou l'ironie tel celles rencontrées trop souvent dans la scène indie vintage à guitare ou électro-pop américaine. Il nous parle du pays qui l'a vu grandir, un pays qui modèle le monde entier à son image. Il nous fait parcourir ce monde dans son véritable état actuel. Amobi a bel et bien les deux pieds et la tête en 2017 et ça fait mal autant de réalisme et de lucidité d'un seul coup. Sa musique est certes difficile d' accès mais elle comporte tellement de légitimité, de justesse, d' espoir qu'il serait dommage de passer à côté. Amobi est un roi du collage sonore et plus exactement de ce que l'on appelle l' Epic-collage. Sample musicaux à foison, sons du quotidien détournés aux origines multiples. Que ce soit des bruits de rue, jeux vidéos, médias, réseau sociaux etc etc. Sons agressifs, compressés, stridents. Tout ceci accompagné très souvent de Spoken word. Comme tant d' autres artistes cités ici il harmonise nos vies quotidiennes, notre humanité, avec la technologie omniprésente et les stimulis médiatiques. Plus directement que chez d' autres d' ailleurs sa musique stigmatise les angoisses brutales et la peur plus diffuse que l'on subit de manière artificiellement. L' indie boy tel un Ty Seagall ou Mac DeMarco s' enferme dans le passé pour ne pas voir ou fait tout simplement le clown sur fond de muzak lo-fi totalement inoffensive. Amobi observe, y trouve de la mocheté mais aussi de la beauté. C 'est souvent violent mais parfois contemplatif. Pour Amobi chaque être humain n'est pas une chose séparé du reste du monde, une sorte de nature morte/vivante changeant que très peu. L' environnement a toujours une influence sur l'individu, qu'il l' accepte ou pas. Inutile de chercher le cocon dans les postures ironiques et nihilistes. Il s'insurge donc, constate et dénonce à la fois. "Paradiso" est un disque cinématographique politique dans la grande tradition surréaliste. Surréalisme dystopique. Pendant une heure on suit une histoire. Un roman avec ses passages tristes ou rempli d' espérance, réalistes ou lyriques, adultes ou enfantins. Petit changement par rapport à ses oeuvres produites sous le pseudo de Diamond Black Hearted Boy les structures autrefois plus petites et répétée tendent à s' allonger ce qui permet une lecture plus posée. A l'image des styles et références présentes chez les artistes NON le cocktail Amobi est fait avec tous les ingrédients disponibles. Rien n' est inférieur, complexe ou trop inécoutable. PLus que Crampton on est très proche de l' agression industriel, noise. Le lien entre Hospital Production et NON Worldwide se confirme après les sorties communes de Dedekind Cut l' an dernier. Dominick Fernow (Vatican Shadow/Prurient) plane souvent sur le disque allant même jusqu'à évoquer son ancienne formation coldwave, Cold Cave ("Antikeimeinon"). Parfois les senteurs Hip Hop et surtout le spoken words rappelle Saul Williams produit par Death Grips. Metal comme chez Lopatin, afrique (Faka tape l'incruste), techno, pop ou r'n'b. Amobi a bien compris que pour parler d' une époque mondialisée mieux vaut ne pas se référer qu'à sa seule culture. La musique agit comme la diaspora de Non. Enrichissement totale. Chino Amobi avec ce chef- d' oeuvre lacère les déguisements sociaux de tous, le sang coule et purifie. Il rappelle ce qui veut être oublié par certains ou vécu/observé au quotidien intensément par d' autres. Les temps ont changé et si nous ne voyons que le mauvais il y a encore des motifs d' espérer, de combattre. L' histoire n'est jamais fini. Celle de Chino Amobi continue et devient essentielle.
- FAWKES, mystère sombre et moderne français.
"Peut-être que l'imagination est sur le point de récupérer ses droits. Si les profondeurs de nos esprits cachent des forces étranges capables d'augmenter ou de conquérir ceux qui sont à la surface, il est dans notre plus grand intérêt de les capturer" (Citation d' André Breton présente sur le site d' Halcyon Veil et collant parfaitement à la musique de Fawkes "Mais qui es-tu Fawkes?" serait-on censé demander juste après le petit choc ressenti à l' écoute de son ep mixtape "Death is the Goddess". Qui est cette étrange sorcière en provenance de notre pays et qui répond dans le civile sous le nom de Sarah Foulquière? Et ce n' est qu'un début, il y en aurait des questions à lui poser tant sa musique semble à la fois venir de nul part mais aussi de la nuit des temps musicaux. Certaines choses semblent identifiables parfois, un truc de Bjork, Katie Gately parfois, un art du sampling très Portishead (clavecin) débouchant sur l' art vocale et sa manipulation d' Holly Herndon, des liens évident avec le post-dancefloor et le néo grime. Mais attention nous ne sommes pas dans la citation et l' énumération de choses déjà vue, la jeune fille a une sacrée personnalité au travers un univers dark très proche du gothique et de la culture celtique. Oui je sais, on peut encore reparler de déconstruction de music de club, de saccage numérique jouissifs. Une sorte de Kablam assagie mais tout autant torturée. Apparue sur le radar à footwork de DWTN pour sa collaboration avec Jlin dans la gargantuesque compilation anniversaire "µ20" de Planet Mu en 2015 il m' aura fallu du temps pour remettre la main dessus. Et ce malgré plusieurs sorties disco, un premier ep chez les français "Desire", et un deuxième encore plus passionnant trouvable que sur son soundcloud. Ce coup-ci on la retrouve enfin et pas chez n'importe qui. A une adresse connue que l'on porte en très haute estime ici, Halcyon Veil. Chez ce bon vieux Rabit qui nous a déjà offert tant de belles choses beaucoup défendues dans ce blog, ses collaborations avec le grand Chino Amobi, Mistress, Imaginary Forces, la prodigieuse compile "Conspiracion Progresso", Why Be et bien d' autres choses. Et si en plus on rajoute que le génie M.E.S.H. la programme dans ses playlist alors que dire du silence total des sites et médias français face à autant de talent de la part de notre compatriote! Après MORSE dans un genre pas si éloigné que ça voici encore une belle surprise de modernité version française. Vivement la suite!
- JLIN, footwork insoumis à son apôgée.
Jlin dans Dancing with the Noise, ça a commencé par là, continué par ici ou enfin là dedans. N' hésitez aussi à aller fouiller les articles antérieurs (nombreux) sur son style musicale, le footwork. De toute façon Jlin c'est aussi la troisième place du top album 2015 et sa présence dans le top des cinq ans du blog . Et bien voilà, nous y sommes. Le monument, le disque révolutionnaire ultime du footwork qui va bien au delà. Celui qui transcende toutes les frontières, celui qui confirme tout le potentiel avant-gardiste de ce courant. Toutes ses promesses et ses victoires ultérieurs. Son immense et précoce influence sur une grande partie des disques essentiels de la décennie, sur les autres courants. En espérant bien sûr qu'il y en ait d' autres. La somme de tout ce que ce genre apparu à la fin des 00's à Chicago a pu produire en terme de nouveautés, de génies artistiques, de pistes inexplorées et de réflexions. Dès le début on savait que le footwork allait bousculer le marasme conceptuel dans lequel les musiques de danse avaient fini par s'engluer. Le footwork remettait la marche avant et pas seulement pour un rôle limité attribué par des sourds de simple machine à danser . Jlin offre au monde "Black Origami". Jlin, celle qui était devenue la reine du genre après une quasi disparition de 4 ans entre sa présence sur la légendaire compilation de Planet Mu ( le monstre "Erotic Heat" ) et son premier album lui aussi un monstre génial, "Dark Energy". Depuis ce dernier il devenait évident que Jlin apportait une singularité suffisante pour booster le footwork encore plus loin et haut. La différence qui fait tout. Dj Rashad, RP Boo, Spinn, Dj Earl, Traxman, Dj Paypal, Dj Nate, Dj Roc, Young Smoke, Dj Clent, Taye, Taso, Diamont sans parler des japonais et des russes. Tout ces noms maintes fois abordés dans ce blog peuvent être fiers de ce disque, "Black Origami". Ils y ont tous participé par leurs oeuvres mais Jlin est donc allé encore plus le loin. Le footwork s' était émancipé dès le début, Jlin s' émancipe du footwork définitivement. Alors que des gens comme Powell (rock et danse) ou Oneohtrix Point Never (ambient, IDM, ou autre) n'en finissent pas dans l' aspiration du footwork de tout détruire et rénover à grand coup de saccades, brusqueries, de coupures de rythme, choix de sources de samples totalement incongrus ou rafraîchissants (les fameuses poubelles de l'histoire et l' avant-garde en sauveteurs du progrès) , Jlin pousse encore plus les possibilités offerte par cet art subtil des polyrythmies à 160 bpm. Si il y a un artiste qui a joué sur ces derniers points un rôle majeur/divin au cours des 20 dernières et que l'on peut ainsi considérer comme un maître en la matière c' est bien Aphex Twin et que fait ce dernier? Ses dernières prestations sont truffées de titres de Jlin, jusqu'à 4 ou 5. Adoubée par les équivalents footwork depuis longtemps (Rashad et Boo) c'est à présent Richard D James qui place Jlin au dessus du lot, côté expérimental c' est Holly Herndon (encore!) et Basinsky qui s'en chargent aussi (présents sur le disque)? Pourquoi "Black Origami" ? Pourquoi Jlin et pas un autre producteur footwork? Jerrylinn Patton n' a pas exactement le même parcours que les autres Dj footwork. Elle n' est d' ailleurs pas exactement à l'origine une Dj footwork à proprement parlé selon ses dires . Née du côté de Gary dans l' Indianna Jlin s' est faite faite toute seule, coupée de la scène originelle distante de quelques dizaines de kilomètres, Chicago. Sa relation avec les Rp Boo, Rashad et autres s' est faite par les réseaux socios et internet favorisant un certain détachement. Cette plus grande liberté en terme d' introspection et de rêverie lui a permis de développer ses propres techniques et d' aller en quête d' influences musicales ou autres bien plus diverses et variées que les autres. Dans "Black Origami" les musiques Africaines (déjà avec le ep Dark Lotus en début d' année), Indonésiennes, Tibétaines ou Japonaises côtoient l' expérimentale plus occidental tel les drones et le travail sur les boucles de William Basinski ("Holy Child"), les voix retravaillées et l' influence dancefloor européenne d' Holly Herndon ("1%"). Le footwork est avant-tout une musique de danse, de battle, Jlin se casse du ghetto et le traîne autant dans les ateliers de danse contemporaine (collaboration avec le chorégraphe Wayne McGregor) qu'en Inde avec l' aide d' Avril Stormy Anger une spécialiste du mouvement et de la danse de ce pays. Le footwork, ou ce qu'il en reste, n' en fini pas de voyager tout au long du disque, Afrique du Dud et sa scène hip hop queer (Dope Saint Just) jusqu' en ... France façon gothique avec la présence de Fawkes ( on en reparle très vite de cette énigmatique parisienne, Sarah Foulquière!). Jlin par ses gigantesques aptitudes à assimiler et son imagination débordante construit des titres au fonctionnement rapide et brillant. Dans ses interviews pour la sortie du disque elle assimile sa façon de composer à la vie par la métaphore de l' art origamesque, une feuille blanche que l'on plie sempiternellement. Elle plie le rythme avec ligne directrice le mouvement quite à en inventer de nouveaux. Elle plie encore et encore, les convenances et les coutumes. Elle plie ... mais surtout ne déplie jamais! Courage absolu que d' adopter ce procédé créatif sans gilet de sauvetage. Refus absolu de revenir en arrière pour recadrer une architecture musicale totalement inédite donc un brin intimidante. C'est ce qu'il y a d' encore plus passionnant selon moi chez Jlin, cette volonté affirmée de modernité, cet objectif du jamais entendu. Bref, foutre la merde !!!! Son modèle en la matière, Igor Stravinsky et son "Sacre du printemps". Quoi d' étonnant quand on connait les points communs entre l' oeuvre du compositeur russe (reliser mon article de 2013 sur le sujet ici) et celle de la productrice footwork qui ne cesse de clamer que ce dernier est incontestablement Africain par ses origines. Un critique anglais écrivait récemment que chez elle comme dans le footwork en général on retrouve le leitmotif de bon nombre de musiciens géniaux et révolutionnaires de ces quarante dernières années. Rythme, mélodie, harmonie...pas un ne surpasse les autres parce qu'ils ne font qu'un. Et l' anglais de citer Kraftwerk, la Jungle 90's et la tradition africaine des tambours comme moyen de communication à distance. Autre modèle cité par Jlin mais qui concerne plus ses rapports à la politique, à son féminisme et sa quête d' émancipation, mais aussi dans un certain sens à ses racines sociales (elle a travaillé dans la sidérurgie) et ethniques, Coco Chanel !!! Jlin aurait incontestablement sa place chez NON tant elle aussi fait entendre une voix rafraichissante et différente parmi la domination, le monopole, des musiques blanches et occidentales. Ce disque est gigantesque. Gigantesque au point d' être intimidant, oppressant, incompréhensible à la première rencontre. N' aillez pas peur, n' aillez plus peur. La beauté et la liberté sont à ce prix. "Black Origami" est extravaguant, innovateur, révolutionnaire; il excelle, débloque tout. Il est au coeur de tout. Disque monument, disque matrice pour les années à venir. Beaucoup plus mûri et élaboré que "Dark Energy", il garde aussi toute la bestialité et l' énergie brute des premiers titres concis et rigoristes du footwork originel. Jlin est devenue définitivement une artiste majeur explosant toutes les frontières sur son passage. Sa dernière Boiler Room.
- PERC, amère musique pour dancefloor (ou pas) politisé.
Le décrasseur d' oreilles et de consciences politiques nous revient. Troisième album pour le chef du label spécialisé dans la techno la plus dark et industriel Perc Trax. Ali Wells "semble s' être assagi" vont estimer les oreilles difficiles justement. Assagi peut être sur la forme parfois mais pas sur le fond, on dira qu'il voit plus loin sur la forme justement et du coup chasse le cliché de la techno brutale kilométriques tendance inécoutable ailleurs que sur le dancefloor. Caricature que certains s' étaient empressé de penser à son sujet et sur le genre. Le bonhomme et sa musique sont bien plus compliqués, intelligents et astucieux que ça. Plus malicieusement imprégnant et si il fait preuve de pondération comparé à ses prédécesseurs, le grand "The Power & The Glory", ce "Bitter music" touche au but sans passer par le coup de dockside dans la tronche. L' aspect cinématographique de sa musique se révèle enfin dans toute sa splendeur, s' assume dans un sens. Nous retrouvons bien sûr les aspects tribaux et maléfiques de la techno made in Perc, les ambiances dark de l'indus, les beats méthodiques qui semblent de plus en plus cependant se laissaient aller à plus d' irrégularités charmeuses pour les allergiques aux autoroutes dancefloor. Ce rat des archives du BBC Radiophonic Workshop y a encore été franco sur les trouvailles historiques et sur leurs manipulations machiavéliques. Plus ambient que les précédents "Bitter Music" vous étonnera avec ses tendances instrumentales avant-gardistes et ses sonorités très Kraftwerkienne au point de révéler frontalement toutes les qualités contemplatives de la techno, politiques ou spirituels malgré ses aspects robotiques. Perc semble vouloir faire appel pour affronter notre époque et ses cataclysmes (il dit avoir été fortement inspiré par le Brexit) à des aspects primitifs plutot qu' a des postures travaillées trop vues ces derniers jours, le nihilisme et le désenchantement comme seuls et uniques alternatives face au néo-libéralisme et autres maux contemporains. Ces masques d'une certaine forme d'individualisme suicidaire teinté de déni non assumé (cultivé justement par le consumérisme et le néo-libéralisme). Pour Perc laissons nous aller, guider, à plus d' humain, au naturel. "L' humain d' abord" semble être son slogan. On signe illico le manifeste et on conseille aux anciens fans comme à ceux de Prurient et Throbbing Gristle. Et en plus on retrouve une autre politisée profondément humaine adorée par ici, Gazelle Twin.
- PATTEN, le brouillard s'organise
Depuis que Patten est devenu un duo il semble que le roi du brouillage sonore tende à se discipliner, ou plus exactement, à être plus clair. D seul était difficile à comprendre parfois, la venue de A (la fille) a changé beaucoup de chose et ce qui apparaissait avec le réussit "Ψ" se confirme avec leur dernier Ep "Requiem". Malgré le sentiment d' étouffement qui persiste certains rayons du soleil filtrent et permettent d'y voir plus clair dans la composition du brouillard "Pattern". Un brouillard mais aussi une fumée qui irrite, qui réveille. On est toujours face à des relectures moderne post-internet d'un spectre large stylistiquement. IDM, indus, dark ou encore shoegaze "Amulet" et footwork flippant "Swarm". En 4 titres le duo continue son rapprochement de l'univers NON ou d' Arca, le lien entre le futur et le temple Warp. Comme ce dernier le format chanson, ou du moins leur vision de ce format, devient une norme incluse dans la génétique de Patten. Marqué par le décès de son père et les bouleversements subis par notre monde D parle de l' admission définitive du triste état de ce monde. L' abandon de toutes formes de déni face à la réalité semble paradoxalement devenir un bien fait mental. Une source de plaisir "Requiem", un disque sur le deuil? Un peu, surtout un disque lucide, sans complaisance avec l' auditeur et qui vous veut du bien comme un vieil ami qui vous dit rassurant: "tout devient tellement si clair à présent, passes à l' action". Les quatre titres sont accompagnés chacun d'une vidéos à la thématique fortement enfumée.
- SLOWDIVE, retour gagnant et shoegaze moderne.
L' annonce de leur reformation pour une série de concert il y 2 ans n'avait pas contrairement à beaucoup d' autres l' amer goût du passage à la caisse futile et nostalgique. Plutot l' impression qu'une injustice allait être réparée tant ce groupe a toujours bénéficié d'une côte d' amour forte mais peu partagée. Faut dire que l'histoire s' était clôturée en 95 dans la douleur, les regrets, la frustration et l'incompréhension. La presse, une partie du publique jusqu'à leur leur propre label en voie de révolution culturelle Britpop forcée (Creation de Mc Gee) ne leur firent pas de cadeau jusqu' à accélérer le processus de séparation. Ce retour sous les projecteurs poussé par un inespéré statut culte acquis au fil des années chez les plus jeunes devait être dégusté et même favorisé. Je les avais vu pour l'occasion à la Route du Rock et certains petits détails en disait long sur les traces du désamour et même au delà jusqu'à illustrer par exemple certaines petites hypocrisies de l'indie version français. Citer alors le nom de la formation revenait à un excellent détecteur à certains faussaires post-overground, ceux apparus accidentellement dans le petit monde indie après les succès Oasis/Blur et Radiohead, des supposés amateurs de musique plus en quête de travestissement sociale et culturel que par passion innocente. Vous savez bien de quoi je veux parler cher amis quadras, ceux dont le bagage culturel et musical ne se résume qu' au sommaire des Inrocks, le magazine qu'il fallait lire pour passer pour un type cultivé aux yeux des autres. 20 ans après le manque d'imprécation et de curiosité de certains se faisait encore sentir comme le prouva leur méconnaissance de Slowdive. Slowdive demeurèrent donc dans mon esprit comme dans celui de certains autres les gros cocus de l'histoire shoegaze en terme de popularité et de reconnaissance artistique. Et ce, dès les débuts. Bien accueilli au début Slowdive mangea deux fois plus que les autres quand l'heure fut venu de la mise à mort du style sur l'hotel du Grunge et de la Britpop. Si My Bloody Valentine étaient les dieux créateurs et Ride les beaux gosses VRP de la cause alors Slowdive furent les trop discrets aventuriers et penseurs du machin. Les premiers a avoir suffisamment de recule pour pouvoir faire aller plus loin un genre possédant déjà en lui un solide potentiel d' explorateur. Slowdive depuis toujours est la synthèse absolue de ce qu' était ce courant. La douceur et la mélancolie éthérée des voix, l'influence gothique Cocteau 4Ad et le soupçon Tee-pop de Sarah Records d'une part et les montées et les attaques noisy des guitares mêlées aux pédales d' effets, l' héritage indus, punk ...bref Jesus and Mary Chain d' autre part. C' était aussi et surtout probablement par leur réflexion et leurs expérimentations ceux qui tiraient le mieux les liens étroits entre le genre et les influences moins évidentes pour le premier quidam venu. Ceux qui dévoilaient ce que Kevin Shields et son esprit trop torturé et enfumé peinait à montrer avec My Bloody Valentine. Plus posés donc que la grande gigue Shields leur musique permettait ainsi de mieux comprendre d' où venait cet art suprême du travail sur les textures. On ne remerciera jamais assez le shoegaze pour son rôle de cheval de Troie efficace au sein du rock et des autres courant franchement rétrograde sur certains sujets. D' avoir placer l' art des textures au même niveau que celui du songwriting et de l'instrumentalisation classique sans parler de l'enregistrement (le studio participe au songwriting) et de la composition de morceaux (d' abord jammer ensuite coller et écrire). Le non-musicien autant pertinent si ce n'est plus novateur que le musicien virtuose ou confirmé. "Pygmalion" sorti en 95 c'était à la fois la preuve évidente de l'influence d'un Brian Eno et de l'ambient première période (le passé) mais aussi le point de raccord avec son présent, la scène électronique alors en plein essors. Les ambiances de ce disques rappellent beaucoup certaines présentes dans les premiers Aphex Twin par exemple. Le shoegaze étaient avant tout un courant ouvert sur le reste du monde musicale contrairement à ce que l' impression de replié sur lui même et rêveur aurait laissé pensé à l'image de ces bandes de guitaristes le regard braqué sur les pédales d' effet. Un truc de curieux expérimentateurs ouvert d' esprit et certainement pas une niche stylistique à l' esprit étriqué pour une certaine population en quête de cocon ghétoïsant rock ou pop ou encore punk. Quatre après le "MBV" de qui vous savez et juste avant le redouté retour des Ride (option Britpop réac ou shoegaze réac ? Bell ou Gardener?) qu'en est-il du shoegaze de 2017 qui voit revenir Slowdive sur disque ? Si le genre semble bien vivant par le nombre de formations revivalistes et si il est dorénavant accepté comme un courant influent il faut avouer qu'il apparaît trop souvent sous l' apparence d'un hibernatus que l'on décongèle de temps en temps au risque que ça sente le faisandé (Diiv). Entendez par là un courant mutant cultivé hors sol , un genre n'innovant qu' en se reposant trop souvent sur son énorme héritage. Si le shoegaze se traduit encore en terme de nouveauté ce n'est pas par lui même mais par son utilisation parcimonieuse avec d' autres genres. Par citations ou réflexe pavlovien, la dream-pop de Beach House, le prog des Kairson Irse ou le black métal des Deafheaven ou Alcest sans parler du post-rock. My Bloody avec MBV avait pourtant bien fait progresser le schmilblick mais c'est resté lettre morte du côté des revivalistes indie et leur quête débile d' authenticité chimérique; sauf bien sûr du côté de certains électroniciens appréciés par ici. Slowdive par ses actes passés et ses particularités décrites plus haut avait tout pour rééditer l' exploit de "MBV". "Slowdive" est une réussite totale et comme d' habitude avec eux un disque intelligent, expérimentateur, sensible et pas tapageur pour deux sous. Les Slowdive évitent surtout le piège revivaliste en délivrant un shoegaze renouvelé. Ils ont beau être parmi les instigateurs du genre ça ne les a pas empêcher la remise en question et mieux, de s'inspirer de tout ce qui succédé à leurs glorieux faits d' arme "Souvlaki" en tête. Ce "Slowdive" est une véritable leçon de vie pour musiciens vénérés sur le retour dans sa façon de s'être nourri exactement de ce qu'ils avaient influencé voir engendré. La machine à rêves éthérée qu' étais leur shoegaze a subi bon nombre de versions, de relecture tel Beach House, les Slowdive laisse le dédain et la jalousie du vieux con aux autres et vont chercher justement le producteur du duo américain. De même pour les murs de guitares et les montée de sèves bruitistes les développements d' Alcest, Jesu et autres se font sentir dans le Slowdive 2017. Ils sont pleinement conscient de l' âge du machin et ne vont pas chercher les même recettes pour faire plus "vrai", ils savent que ça ne pourra pas le faire comme autrefois. Délaissant l' authenticité illusoire on les voit ainsi s' amuser avec toutes sortes de logiciels sur leur laptop. Chose impensable pour les gogos revivalistes et leur culte des outils vintage. En matière de songwriting il en est de même. Neil Halstead n' hésite pas à changer les façons d' autrefois alors que d' autres vétérans sont incapables de tenter la moindre nouveauté (Grandaddy par exemple). Des changements de rythme surprenant et bluffant de réussites semblent être devenu une de ses nouvelles marottes. Halstead démontre surtout son immense talent d' écriture et qu'il est bel et bien l'un des songwriters les plus sous-estimés des 90's. Comme autrefois les Slowdive tissent des liens et dévoilent les ingrédients de la potion magique. Les guitares évoquant tant Durutti Column remettent au premier plan l' esprit Post-punk qui soufflait encore fortement fin 80's début 90's. Les intros et certaines transitions quant à elles portent bien le seau du prog-rock via certains procédés. Procédés et filiation moins facilement identifiables dans les oeuvres de jeunesse shoegaze. Si Schield a souvent parlé de Psychédélisme et de Pink Floyd c'est bel et bien chez Slowdive que l' évidence King Crimson/Fripp apparaissaient. Le temps a fait son oeuvre sur les voix d' anges mais intelligemment Halstead et Rachel Goswell semblent en jouer habilement et s'y être parfaitement adaptés en recherchant de nouvelles pistes. Etrangement l' utilisation des synthés et le recours à certaines sonorités 80's retravaillées numériquement (probablement) évoquent le proto shoegaze et ses nappes des A.R. kane dont DWTN vous a déjà tant parlé*. De toute manière la ligne tracée entre le jeu et le son de Fripp, celui de Viny Riley et ceux de Ar Kane très vite observée devient avec ce disque l' une de ces petites histoires de techniques d' abord secretes et peu connue totalement fondamentales dans la Grande Histoire du rock(* Merci aux Slowdive pour la possibilité de se replonger en cette année anniversaire dans les débuts de ce blog pour ceux qui ne connaissaient pas AR Kane, par ici). Mais si en plus des trouvailles et expérimentations nouvelles il y a bien quelque chose qui n' était pas présent en 91 et encore moins chez les héritiers c' est bel et bien les trouvailles et la maîtrise des Slowdive en matière du jeu clair-obscur. Pas tapageurs, plutot tranquilles et sûr d' eux dans cet art du contraste les Slowdive offrent une majesté et une affinement rarement vus même pendant l' âge d'or au point de tout simplement faire pâlir tous les autres cadors du genre. Uniquement dans d' autres styles ceci s' était vu à un tel niveau(électro, jazz et classique) mais en matière de rock indie on touche les sommets et les débouchées s' annoncent prometteurs. Même dieu lui-même avec ses apôtres, Schields et My Bloody Valentine peuvent retenir la leçon. Bref vous l'aurez compris, le dernier Slowdive est l' anti-vieux con shoegazer et faussaire overground absolu. Certaines formations reformées ont encore le jus nécessaire peut-être parce que dès les origines elles étaient au dessus du lot avec leur vision de la musique avant gardiste sans compromis ni en faux-semblant. Slowdive après My Bloody prouve que ce genre de par cette nature avant-gardiste avait en lui toute la force et les moyens pour se renouveler. Au moment où d' autres reformations, pathétique ou sans intérêts à par nostalgiques, prouvent l' infériorité et les limites d' autres visions moins aventurières, l' art du recyclage facile (LCD Soundsystem ) ou celui de la synthèse à l' efficacité et pertinence temporaire (Grandaddy), Slowdive et le shoegaze se posent comme l' une des plus belles et importantes histoires de la musique contemporaine. Au delà du petit monde rock et indie.
- LAUREL HALO retrouve sa voix et sa pop liquéfiée.
Cela faisait deux ans que Laurel Halo nous avait laissé en plan. Plus rien à se mettre sous la dent depuis son génial ep méditatif "In Situ". Son prochain album "Dust" sortira le 23 juin mais sachez d' hors et déjà qu'il sera l'un des grands disques de votre été et aussi tant qu'à faire, du reste de l' année. Après les expérimentations difficiles techno et autres Halo revient à ses penchants popsong. Mais popsong à la Halo, donc fatalement celle du futur, le grand saut dans l'inconnu comme dogme. Signe de ce retour sur le continent exploré par son chef d' oeuvre de 2013 "Quarentine", sa magnifiques voix. Et pas que la sienne. On peut croiser celles de l' une des grandes révélations de l' an dernier Klein, la prometteuse Lafawndah ainsi que Michael Salu. Côté instruments c'est encore mieux, la copine Julia Holter bien sûr, le percussionniste de chez PAN records Eli Keszler et des fêlés et géniaux (voir plus bas) entre autres. "Dust" poursuit donc là où le puissant courant marin qu' était "Quarantine" nous avait laissé voguer, entre deux eaux. Deux? Plutot des dizaines tant les genres et les époques musicale se croisent et se recroisent chez l' américaine. Les influences et sources d'inspirations aussi divers et variées ne s' entrechoquent pas comme chez d' autres, Halo réussit encore une fois à nous dévoiler par son talent toute la complémentarité qu'ils peuvent receler en eux. Une belle leçon face aux niches stylistiques. L' héritage Detroit tant identifiable dans ses expérimentations plus dancefloor sont encore aux rendez-vous, le r'n'b, le dub comme souvent également, la musique concrète, la pop, le japon (cf pochette de Quarantine), le jazz le plus aventureux et tant de choses se rapportant à l'univers de la science fiction. Ce n'est pas un assemblage grossier fait selon les règles restrictives et pataudes de notre monde. Halo utilise sa baguette magique qui a vu défilé 30 ans de culture électro, qui s'en est imprégnée, pour se télé-transporter dans la quatrième dimension (le futur?). Dans la dimensions Halo donc si différente de la notre les chansons-objets semblent ne pas être justement de simples objets inertes, finis. Ce ne sont pas des choses imaginables, sages, attendues, si prévisibles. Elles n'en font qu'à leur bon grès. Parfois elles se disloquent, se cassent pour se recoller ensuite. De vrais modèles d'indiscipline. Si Laurel Halo était réalisatrice jamais Terminator ne prendrait l' apparence désirée d'un Shwarzy. Elle jouerait avec lui. Le pauvre serait en permanence en état de fusion, de modelages et au détour de certains c'est bel et bien tout un système sanguin et un vrai coeur battant la chamade que nous découvririons. Terminator version Halo? Un androïde pas si artificiel que ça. Les titres chez Halo développent des qualités organiques, semblent réagir aux conditions atmosphériques, à nos émotions, à leurs propres affinités. Des popsongs ayant fondues sous un soleil de plomb où les instrumentations s' y entremêlent comme les lianes le font selon les caprices de dame nature pour au final nous en donner une plus grosse et solide ressemblant à un arbre. La technologie chez elle devient infiniment sensuelle, tourmente nos émotions comme seuls les humains le peuvent. Laurel Halo fait encore preuve d'une inventivité à fort potentiel émoustillant pour le corps et l' esprit. L' aspect aquatique de sa musique reste encore et toujours sa marque de fabrique tellement l' utilisation des sub bass y est omniprésente. Sun Ra avait l'espace, Halo c'est l'océan. Naturel ou numérique. Pour résumer ce qu'elle a fait au cours de l' enregistrement la musicienne parle de "découpage modale, jeu d' improvisation avec poussière digitale". Devrait-on la corriger et parler tout simplement de "poussière magique" jetée par une fée pour donner vie à tout ce qui passe sous sa main. Et que c'est beau la vie donnée par Laurel Halo et ses visées futuristes. PS: Dans la série disques géniaux mais pas le temps d'en parler plus il y a le dernier disque de l' un des collaborateurs de halo, Craig Clouse. Jetez vous sur la bizarre, comique et géniale machine à recycler les détritus musicaux des $hit & $hine paru chez ... Diagonal! Comme aussi le grand retour des Raime sous le pseudo Yalli et leur travail de torture effectué sur la grime et la jungle en mode indus/dark.
- GAS, le retour du Pape de la MicroHouse!
Après la réédition essentiel du catalogue de ses oeuvres produises sous son pseudo le plus connu le bon Wolfgang Voigt est de retour avec GAS. 17 ans après le chef d' oeuvre "Pop" le pape de la MicroHouse (même si l' artiste par son talent et la diversité de sa musique dépasse largement le cadre étriquée de cette étiquette) nous offre l'un des meilleurs disques depuis ce début d'année. En aurait été-t-il autrement d' ailleurs? Pour les plus jeunes jetez-vous sur les premiers GAS mais n' hésiter pas non plus face au petit dernier, ce n'est absolument pas un retour en demi teinte du au temps passé.17 ans tout de même. Pour les autres si ce "Narkopop" n' apporte pas une réelle révolution avec ses drones ambient il détonne par rapport aux précédents. Bien sûr nous sommes toujours plongé dans ce complexe univers à la fois ample et épais. Voigt donne encore l'impression de partir à l' aventure et en même temps d' ajuster et viser juste à chaque coup. Ce Gas version 2017 parait encore plus attentif sur les textures qu' autrefois en maniant à merveille les réverbérations et les couches sonores. Etonnament le brouillard qui est la marque de fabrique du projet s' estompe et ce disque apparaît être le plus compréhensible, le plus palpable. L' influence Wagnérienne reste et demeure peut être encore plus évidente tellement cette micro house est imprégnée d'un fort romantisme. Ce qui apparaissait aléatoirement devient une évidence ici, les fans du label adoré par ici, Modern Love, vont voir clairement l'influence majeur de l' allemand sur les Andy Stott et les deux Demdike Stare par exemple. Ce lien magique qu' ils tissent entre les réverbérations et les rythmiques issues des dancefloors, c' est du Voigt tout craché! Si le courant microhouse tel les derniers The Fields semblent fatiguer et se répéter un peu trop avec l' âge le directeur du label phare (Kompakt) pète le feu. Normal c' est le BIG BOSS! et le dernier GAS est une réussite totale.
- JULIA HOLTER live...la cerise sur le gâteau!
Quiconque a vu Julia Holter sait de quoi il va être question. J'ai beaucoup écrit sur l' américaine depuis les débuts de DWTN concomitant avec la sortie de la claque "Tragedy". Faut avouer que ce disque fait partie de la genèse de ce blog. Alors voilà que Holter décide de sortir un disque live. Je sais, je suis comme beaucoup avec les disque "live", beaucoup de futile et trop peu de relecture d'oeuvres discographique convaincante. Avec Holter il en est bien sûr tout autre. Peut être parce que tout simplement comme certains les lives de l' américaine amènent souvent chez le spectateur à une très rare conclusion, "mieux que sur disque" et "oeuvre en mutation". Et quand on regarde ses disques passés c' est dire la qualité des prestations qu'elle nous offre. Holter en version live vous agrippe et ne vous lâche plus. Artistiquement et émotionnellement. On peut toujours s' appuyer sur l' érudition conceptuelle qui accompagne chacune de ses oeuvres mais mise à nu la musique d' Holter se révèle encore plus intrigante, passionnante et touchante. Les titres difficiles deviennent des évidences et les plus "pop" se révèlent bien plus complexes et intrigant. Ses relectures de titres anciens, ses échappées faite d'improvisations travaillées, tout ce disque live éclaire un peu plus le talent de la jeune femme. Etrangement l' évocation du duo rebel échappés avant la fin du velvet underground apparaît plus du tout saugrenu. Il y a parfois du Nico et du John Cale. Encore une fois Holter se hisse largement au dessus de la meute de prétendantes de la folk pop. Trop ailleurs et trop curieuse pour se laisser aller à l' exercice purement rétro. Son "In the same room" : La cerise sur le gâteau !
- MORSE, jeunes gens modernes ...de 2017
Et le miracle continue d' avoir lieu. Le temps musicale se conjugue enfin au mode post-internet ou Internet Wave en France. A l'occasion de la blague La Femme je vous avais parlé de Ninja Swords et du label Permalnk d' Aprile. Ce coup-ci la claque moderne vient de M O R S E. Déjà repéré pour une gigantesque mixtape qui avait le mérite de laver l' affront national. Soit l'omniprésence des styles rétro et des clichés éculés indie ou garage, sans parler du bourrage de crane médiatique électro gnangnan tout autant passéiste comme Jacques (Jacques ne serait-il pas à l' électro "expé" ce que Macron est à la politique avec son omniprésence médiatique et live?). Alors que certains ne vont n'y voir que du r'n'b sous autotune , bref ce qu'ils détestent et méprisent, d' autres vont retrouver le parfum de la mélancolie post internet et d'une certaine contestation lucide de notre époque. Sans parler des relations nature-humanité et nouvelles technologies. M O R S E est le digne héritier made in France des James Ferraro, Oneohtrix Point Never, Arca et tant d' autres abordés dans ce blog. Mais attention, il ne s' agit pas là d'une énième version du complexe Yéyé à la française. Vous savez bien cette art si franchouillard d' arriver après la bataille et de copier sans originalité avec bien souvent de grosses maladresses, bref l'opportunisme à la française. Non, M O R S E comme ses petits camarades cités plus haut, vaut bien plus que ça. Apparu en même temps que les WWWings, Amnésia Scanner ou Kablam nos compatriotes n'ont pas à rougir. C' est bel et bien du post-internet avec de la vaporwave ou du post-dancefloor dedans mais à leur sauce. Comme les autres il n'est pas non plus étroit d' esprit et peut nous offrir de l' espèce d' ambient 2.0 comme le label PAN vient de faire. Chez lui par exemple on retrouve bien la tradition rap/hip hop française, on sent qu'il a grandi avec ça. Et que dire quand le jeune français du 2017 numérique s' attaque à son patrimoine variétoche national des 80's, stupéfiante et émouvante version de Michel Berger. Dans ce "Seras-tu là" il y a une honnêteté et une émotion totalement dénuée du trop plein de cynisme dont tant d'autres nous abreuvent dans cet exercice. Les élitistes et les snob de tout genre peuvent se recoucher. Quant aux nostalgico-gaga des jeunes gens modernes d'il y a 30 ans il serait bien de se pencher sur le cas de MORSE et des autres, juste histoire de sortir de leur ambiguïté mortifère. Jetez-vous sur son ep "Volume 1" et sur sa page souncloud, jeune ou vieux, vous ne vous en remettrez pas! https://soundcloud.com/m-o-r-s-e/
- Arca. La fragile beauté ou, l' humain derrière le laptop.
Troisième album de l' artiste vénézuélien et troisième chef d' oeuvre. Chef d' oeuvre de tout. Peut être son disque le plus facile, quoique, on parle toujours d' Arca, l'un des plus grands innovateurs de la décénie. A la fois le plus complexe, trompeur par sa grandiloquence mais terriblement touchant de sincérité. Plutot que revenir sur une déjà riche carrière, je vous conseille d' allez voir dans les archives de ce blog tant le bonhomme en est un habitué depuis ses débuts, attardons nous sur ce qui fait de son "Arca" une beauté sidérante et moderne. C'est quoi ce disque? Un enfant qui vient de chuter de vélo, il est en larme et se touche son genou égratigné. Moment intense et déjà émouvant. Mais la beauté ultime va arriver. Quand sa mère va le prendre dans ses bras pour le consoler. Geste d' amour ultime. Ce "Arca" c'est ça, il provoque l' accident mais mis en son. Depuis toujours Arca cherche cela, agencer la souffrance pour atteindre une magnificence. Parler de la déficience des corps et des âmes. Inciser au plus profond du nombril de chacun et décrire ainsi ce qui fait le monde extérieur. Il y a quelque chose d' irrémédiablement adolescent chez ce Arca. D' enfantin. Une espèce de version post internet de la Tee Pop dans l'indie music à guitare. Un Morrissey moderne à l' heure de la mélancolie et de la mise à nu numérique. Que les fans des guitareux torturés de l'indie 90's (Elliot Smith, Cobain etc) se penchent sur Arca, sur cette musique qui leur semble en apparence si ..."artificielle", "étrange" et "inauthentique". Qu'ils abandonnent leurs pudeurs de gazelle apeurées et rétrogrades. Cette musique est celle qu'ils ont toujours aimé. Arca c' étaient des sons trafiqués par la technologie pour parler de l'intimité, de l'idm tortueuse un brin difficile, c' est dorénavant une voix! Et quelle voix. Déchirantes de beauté. Doit-on remercier Bjork pour avoir forcer son collaborateur à se découvrir encore plus? Mais il est sûr que les deux ont tant de chose en commun et pas seulement leur capacité à marier expérimentation, pop culture et émotion. Comme l'islandaise le vénézuélien a garder sa vision futuriste et son humanité proche de tous. Modernité ne veut pas dire systématiquement inauthenticité. Comme elle il peut être emphatique et sobre, puiser autant dans l' expérimentation la plus abstraite, le folklore populaire du passé que dans la culture jugée la plus "sérieuse", l'opéra. Pas de frontière. Un tourbillon de sons, de cris, de larmes et de sangs amenant à une catharsis jubilatoire et libératrice comme chez Faka récemment. Arca est proche de la jeune Faka comme il est donc de Non Worlwide. On pense ainsi à Elysia Crampton avec qui il ne partage pas seulement des similitudes sonores. On pense à Holly Herndon aussi. Le futur ne s'inscrit plus dans les garage de la classe moyenne occidental, mais dans ceux de la planète entière, même quand il n'y a même pas de garage. Vous l' aurez compris une nouvelle fois Arca offre la beauté. Trois albums, trois ep, deux mixtapes magistrale et toujours pas un signe d' essoufflement. Artiste Majeur!
- KELLY LEE OWENS
C 'est l' exemple parfait du gentil "petit" disque ne payant pas de mine sur lequel on ne cesse d'y revenir sans cesse. L' an dernier c' était celui de MJ Guider dans un autre genre. La galloise Kelly Lee Owens passée par Manchester va irrémédiablement squatter bon nombre de quotidien sans le crier sur tous les toits. Si à la première écoute elle ne semble pas se démarquer de la masse d' artistes électro-pop dont nous gave l'industrie les suivantes dévoilent un talent prononcé au dessus du lot. Une sensibilité particulière mêlée à une maîtrise solide des rythmes lent. Kelly ne choisit pas un camp. Elle lorgne autant sur la Dream Pop avec ses petites comptines que sur le dancefloor en mode after ou lounge avec ses synthés acide et surréel. On peut retrouver aussi bien des morceaux de Kosmich (Kraut) tripant que de l' ambient reposée parfaitement assumée. Les crochets pop zigzaguent, prennent leur temps. Owens nous prend la main pour divaguer dans ses toiles impressionnistes dont les coups de pinceau ressemblent fortement à la houle marine. Elle pratique une dream pop plus aquatique qu' aérienne et se rapproche en cela de deux chouchous du blog. Quand on prend un peu de recule il y a vraiment des similitudes avec Laurel Halo et Andy Stott même si les outils et le vocabulaire musical ne sont pas les même. Le point de ralliement avec Halo notamment ne tarde pas à venir avec le titre "Arthur". Hommage évident à Arthur Russel dont elle perpétue la tradition de vouloir rêver avec les souvenirs de la soirée précédente. Certains penseront aussi à quelqu'un d'un brin plus énervé, Daniel Avery ou à Ghost Culture pour la pop synthée rétro et planante. Normal puisque Owens avait déjà posé sa voix sur les disques d' Avery et qu' elle est proche du second . Par contre elle évite assez facilement par son mariage d' une certaine complexité, son affectivité et un minimalisme trompeur les aspects redite et rétro des deux bonshommes. Par exemple si on peut reconnaître un petit bout de drone et de sitar so Chemical Brothers elle dépasse largement la citation grotesque à la Avery ("8") avec son amour de la fantaisie méditative. Un autre nom connu s' invite dans ce premier album c' est Jenny Hval et bien lui en a fait à la scandinave tant elle retrouve le peps et une fraîcheur d'esprit qui lui manque tant dans ses expérimentations un brin scolaire. Kelly Lee Owens peut aussi évoquer, plus proche chronologiquement, une Marie Davidson mais sans le clinquant et le m'as-tu vu 80's que la canadienne dévoilait un peu trop pour offrir elle aussi le disque refuge par excellence. Owens nous offre bel et bien cela, le disque refuge parfait sans pour autant tomber dans le pantouflage rétro et autocentré. Owens capte parfaitement la nature fugace des sentiments et de la vie en général. Son passé d' infirmière en service de cancérologie n' y est incontestablement pas étranger.
- LAWRENCE ENGLISH, "Cruel optimism", beauté contestataire.
Parler de Lawrence English sans passer par la case truc rigolo à deux balle qui va remplir la chronique est à la fois difficile et franchement incongru. Difficile parce qu' il y aura toujours un couillon pour dire que son pseudonyme suffit à désigner sa nationalité et incongru parce que la musique du bonhomme n' amène franchement pas à la grosse marade. Lawrence English est australien. Et sa musique est simplement l'une des plus belles choses à entendre, à révasser et à réfléchir. Ce pote de Ben Frost et Tim Hecker nous revient trois ans après son merveilleux "Wilderness Of Mirror" (19ème du top 2014) et l' enregistrement d' extérieur "Viento". English a le rare don de toucher systématiquement et de vous rendre attentif à tout et n' importe quoi. Dans "Viento" l' auditeur était hypnotisé par les sons collectés en Patagonie et en Antarctique. Ainsi le souffle du vent sur une tolle ondullé devenait un véritable poème épique. Je sais, écrire un truc comme ça peut préter à sourire mais tentez le coup par une froide soirée d' hiver et vous ne vous en remettrez pas. C'est quoi la musique de Lawrence English? De l' ambient faite de drones plus ou moins bruitistes et de sons collectés divers et variés franchement inidentifiables. Une brise sonore devenant bise pour à nouveau ne devenir qu'un souffle léger mais ténu. Un aller-retour constant entre minimalisme et maximalisme . Cette succession de vents légers interrompus par de sacrées rafales stimule et dynamise l' auditeur. Chez certains musiciens proche d' English il peut arriver qu'on s'y ennuie dans ces alternances de calme et de tempête, qu'une certaine forme de routine s'installe, mais aussi que l'on s'y perde face à trop de complexité servant de camouflage à ce trop plein d' automatisme. L' australien évite les excès d' apport de couches sonores par sa sobriété et sa réflexion directe et forte. Son sens du détail lui permet d' éviter d'en dire trop en ciselant une musique directe. Vous verrez beaucoup le terme d' impressionnisme à son sujet et c' est franchement justifié mais pour continuer dans le paralèlle avec la peinture on peut résumer vite faite son dernier disque à une sorte de peinture impressioniste politique. Un acte à la fois contestataire, clairvoyant et encourageant, comme son titre l' illustre si bien, un disque optimiste et lucide. Très curieusement on néglige souvent la portée politique et le désir de révolte des musiques ambient et drone. Par exemple en n'y voyant qu'un simple refus du commercial, une démarche jugée "jusqu ' au boutisme" sans réelle intérêt. Certains n'y voient aussi qu'un simple outil méditatif ou un truc artistique coupé des réalités du quotidien face à ces musiques lentes où il ne se passe apparemment pas grand chose . D' autres préfèrent n'y déceler que le fatalisme des "jusqu'au boutisme" et même le désespoir de gens désireux faire une pause avec un goût prononcé pour le sombre et l' angoissant. Un truc de personnes cherchant à se faire peur "artificiellement" ou étant désespérément triste, mélancolique. Entre attitude zen insouciante ou pensée dépressive individualiste sans but. English démontre tout le contraire en dévoilant par exemple ses motivations derrière "Cruel optimism". Il nous raconte s' être inspiré des écrits de l' essayiste Lauren Berlant portant sur l' absence et la présence du pouvoir sur nos vie. Sur son influence et comment il nous façonne. English précise : "sur la manière dont le pouvoir consomme, augmente et façonne finalement deux conditions humaines suivantes: l' obsession et la fragilité." Derrière ça se cache bien sûr une sacré critique et une bonne dose de réflexion combative à l' encontre de notre monde capitaliste et du "libéralisme triomphant et agonisant. Il démontre surtout que l' ambient et les drone en étant certes moins direct que les musiques incluant des paroles (folk, pop, rap etc) n' agissent pas moins d'une manière plus indirectement. Les sous-entendus se révèlent parfois aussi forts si pas plus efficaces que les slogans un brin grossiers et trop facilement caricaturaux. Slogans tellement attendu et entendu que l'on ne sait plus vraiment s'ils recèlent du fond.
- MARCH IDES, psyché-prog à la cool.
Il y a quelques jours je vous parlais de Kairson Irse, nos chers finlandais fan de My Bloody Valentine et de King Crimson. Groupe fascinant quand il laisse leurs influences très variées et leur vécu vacciner leur musique contre la redite simpliste, le pastiche caricatural. Comme eux les March Ides de Limoges ont su retrouver les chemins détournés pour atteindre un certain paradis psychédélique option Prog. Le jazz jouant son rôle de liant naturel quand ils passent de la Californie à l' Angleterre. Et oui encore du prog au menu du jour mais faut dire que le tenter va ouvrir à grand coup de burin les fenêtres de la perceptions un brin obscurcies ces temps-ci dans le milieu des guitares. Si sur leur page facebook ils vous parlent des références évidentes , San Francisco et le Kent anglais (ce que l'on nomme aussi la scène de Canterbury) ne vous attendez pas pour autant à une belle copie d' élève sage. On dira plutot celle d' élèves rêveurs. Ces deux scènes d' autrefois ne sont que les montants de la porte donnant sur un univers de songes sans limite. On est très loin du gentil premier de la classe ou du branleur faussement rebel mais franchement fayot avec leurs visions bas du front. Trop cool pour ça, trop libre, trop vrai, trop curieux et passionné par la musique en elle même sans vouloir le beau rôle à peu de frais. Eux aussi semblent offrir comme leurs cousins scandinaves une sorte de post psychédélisme et de post prog. Prog psyché comme autrefois? Oui mais sans les travers. Pas de prog prise de tête, de psychédélisme agressif et m'as-tu-vu de supermarché. Le démonstratif est chassé par la délicatesse. Comme si Kevin Ayers revenait aux affaires mais sans son goût pour la déconne. Il n'y a pas non plus de virtuosité tape à l'oeil. Oui prog planant comme autrefois mais passé aussi au filtre du temps écoulé et des autres courants apparus. Les guitares semblent avoir effectué un passage par le post-rock. La rythmique parait aussi avoir entendu parlé du math rock en oubliant les travers sportifs/performer du genre. Le saxophone ou la flute ne cherchent pas à faire free ou rock artificiellement. Ils sont planant, prennent leur temps et paraissent éthérés. On a franchement l'impression que c'est du saxo ou de la flute post...shoegaze. C'est leur texture qui semble intéresser le plus les musiciens. Chose que l'on voit rarement chez les pasticheurs obnubilé par l' authenticité 60's ou 70's c'est cet intérêt pour les textures, conscient ou pas, qui transparaît à l' écoute des March Ides. Ou plus précisément comment le rôle majeur des textures apparu depuis 30 ans ont influencé des jeunots de 2017 dans leur approche. Sur les quatre titres disponibles on sent également un vrai travail d' improvisation. Pas la fausse que rajoute certains petit vicieux pour se la péter à leur chansonnette bien trop sage déjà cousues de fil blanc. L'improvisation est à la base de tout ici. C' est en jammant des heures et des heures que l'on devient un vrai songwritter disait un vieux gourou en fauteuil roulant. A la différence de leurs proches et géniaux amis de Still Charon les March Ides délaissent les 90's et l'indie avec ses crochets pop et son format chanson pour s' épanouir parfaitement dans l' expérimentation. Ils seront en concert le 18 Mars sur Limoges. A ne surtout pas rater!














