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- CIRCUIT DES YEUX, le chef d'oeuvre.
Circuit des Yeux, grande passion du blog depuis sa création comme par exemple ici, par là ou encore là. La grande claque glaciale offerte en plein été par le single "Paper Bag" le laissait présager. Un an après son projet "Jackie Lynn" Haley Fohr risquait taper très fort avec son prochain septième album. Celle que nous avions découvert toute fraîche diplômée de l'université d' Indiana peut à présent postuler pour une chaire à vie au panthéon des très grands songwritters. Section ... voix gigantesques. "Reaching for Indigo" est à considérer ,déjà, comme un grand classique. L' album de la maturité d' une jeune fille qui n' a eut de cesse d' évoluer, de se questionner et d' expérimenter à tout va. Moins fouillis que les précédents et franchement plus équilibré entre expérimentation et classicisme folk gothique. Oubliez tous les pastiches dont nous abreuve l' industrie et les médias indie depuis des années. Ce disque offre un magnifique résumé de toutes les facettes qu' Haley Fohr a dévoilé au cours des 7 années écoulées depuis sa découverte. Hasard des sorties, l'une des révélations du début 10's tant défendues dans ce blog sort son disque au même moment qu' un autre grand espoir de DWTN, ZooKid/King Crule . Je ne sais pourquoi mais mon esprit les a toujours associé étrangement malgré de fortes différence. Si l' anglais confirme lui aussi toutes les espérances il faut bien reconnaître que l' américaine apparu sous les projecteurs de façon beaucoup plus discrète vient de prendre une très large avance. Là où l' anglais semble s' appuyer uniquement sur ces solides bases et parfois nous laisse franchement face à un mur de répétition jusqu'à l' ennuie, les errements expérimentaux de Fohr, qui ont pu par le passé laisser certains sur leur faim, semblent être les clés du succès artistique. La monotonie ne fait pas partie de son language musical. Belle leçon en faveur de l' expérimentation élevée en dogme. Il faut avertir les néophytes au sujet de Circuit des Yeux. Rentrer dans un de ses disques ne laisse jamais l' auditeur sans profond émois voir même des cicatrices tant elle touche là où ça peut faire mal. Là où ça peut bouleverser même le plus cynique d' entre nous. "Reaching for Indigo" atteint un degré d' existentialité rare en musique. Fohr ne triche jamais dans l' exercice méditatif et confessionnel à l' instar d'une Carla Dal Forno. Autre point commun avec l' australienne on sent planer sans cesse depuis ses débuts le fantôme de Nico période post "Chelsea Girl", bref, la meilleure, l' harmonium. Comme Nico en son temps, Haley Fohr possède l'une des plus belles voix de sa génération. Un baryton puissant doté de 4 octaves qui emporte tout sans prévenir. Un petit filet ondulant le long de la vallée qui peut en un instant se transformer en torrent d' émotion. On passe de l' harmonie apaisante au chaos le plus incontrôlable. J' avais déjà cité pour tenter de décrire le choc émotionnel et artistique ressenti face à cette voix des noms comme bien sûr Nico mais aussi Scott Walker. L' expérimentation dans le chant évoque de plus en plus un autre moins connu mais tout aussi important, Patty Waters! Fohr était à ses débuts complexée et déçue par l' accueil d'une partie du publique qui n' hésitait pas se moquer de sa voix et de sa façon de chanter. Les moqueurs conformistes vont devoir faire profil bas face à une voix encore plus belle et maîtrisée. Question instrumentation Fohr réussit également l' équilibre parfait entre désordre et subtilité. On retrouve les arabesques orchestrales intimes et dépouillées accompagnant sa guitare depuis deux disques. Un important travail sur des textures électroniques discrètes mais tout autant essentielles a encore été réalisé. On croise des drones au violon pudiques mais fort digne d' un John Cale , des motifs répétitifs à la Terry Riley et de surprenantes guitares psychédéliques. "Reaching for Indigo" est à l' image d' Haley Fohr. Inclassable. Donc fatalement essentiel.
- COLLEEN vole au dessus de tout.Bonus: Kaitlyn Aurelia Smith
Cécile Schott aka Colleen a laissé de côté sa viole de gambe pour faire mumuse avec des synthés et le bonnes vieilles pédales Moog. Dit comme ça ça peut laisser indifférent ou, à peine titiller l' esprit et la curiosité. Oui mais. Colleen vient de nous offrir l'un des plus beaux disques de Dream pop de l'année. Et c'est peu dire que d' affirmer que son prochain disque va réconcilier certains avec ce terme devenu symbole de parodie et de cliché, un mot clé pour tout bon apéritif dînatoire pour poseur qui se respecte. Tout ce que l'on déteste ici. Ce style est tant saturée depuis quelques années en redites sans réel intérêt où tout ce ressemble, s' auto-caricature, tourne en rond, ressasse le même référentiel jusqu'à en être devenu un genre mort synonyme d' indigestion. Je préfère de toute façon parler d' ambient pop à son sujet tant elle s'inscrit dans une tradition moins portée sur le songwritting classique pop du genre dream . La dream pop chez elle se conjugue au présent par la recherche et l' expérimentation. Laissons à d' autres Charlotte Gainsbourg faire fructifier l' héritage familiale. Colleen nous offre l' une des pierres angulaires d'une carrière déjà riche en pépites et réussit l' exploit de rejoindre au panthéon du genre notre fierté national Air mais aussi les grands noms du passé, Arthur Russel ou dans une certaine mesure David Sylvian . On peut dire de Colleen qu' il s' agit de notre Julia Holter made in France. En huit titres son changement de priorité en instrumentation s' accompagne d'une curiosité dans l' expérimentation rares et passionnantes. Sans toutefois perdre en capacité d' émouvoir. Il faut dire que ce disque dévoile une artiste se livrant corps et âmes comme jamais peut être. Parfois, un fantôme surprenant à la symbolique tellement dramatique flotte porté par la voix de SChott. Celui déjà croisé chez une Lana Dal Forno. Le spectre des spectres de la musique moderne de ces 40 dernières années. Qu'elle soit expérimentale ou pop. Nico. Selon les infos il a été enregistré juste après le Bataclan et est donc marqué par la proximité de la parisienne avec ce drame. "A flame my love, a frequency" dissertant sur la vie et la mort, la nature et la solitude, réussit l' exploit d' être un baume contre toute la merde qui a fini de nous exploser à la figure ce soir-là. Colleen plutot que de sombrer dans l' apitoiement nous donne de l' espoir, la force de s'ouvrir au monde pour éviter tout cloisonnement et atteindre une lucidité salvatrice. Si nous détournons nos regards de la saleté pour regarder nos pieds nous la détournons aussi un peu de la beauté qui sauvera en apportant les solutions. C' est un peu le message qu' elle délivre. Ses boucles électroniques évoquant la tête chercheuse Delia Derbyshire et les grandes heures de la BBC Radiophonic Workshop s' apparentent aux méandres d'un fleuve en cru nous emportant tous. N' aillons pas peur des senteurs concrete de son électronique , ne fermons pas les yeux et les oreilles, laissons nous être porté et écoutons tous les "bruits", et qui sait? Ce fleuve qui nous fait si peur nous amènera à la branche salvatrice auquel il faudra s' agripper pour en sortir. Bonus: Proche des travaux de Colleen par certaines références et sonorités au passé électronique et également thématique (découvrons la vie et la mort sur un mode voyageur curieux de tout) il est aussi conseillé d' écouter le dernier disque de Kaitlin Aurelia Smith. Peut être plus abouti que son précédent album (classé dans le top des failles spatio-temporelle 2016) son récent "The Kid" convainc un peu plus malgré de forte connotations 70's vintage. Et quelle pochette
- VISCERAL MINDS 2, dancefloor furieux et aventureux
Il est une nouvelle fois question des deux têtes pensantes de Fractal Fantasy, Zora Jones et Sinjin Hawke (voir par là). Leur label qui se veut ne pas être à proprement parlé un label nous offre LA compilation 2017 pour tout bon dancefloor qui se respecte. Un dancefloor qui expérimente à tout va, qui n' est pas une énième niche stylistique ou sociale. Je sais, je vous avais déjà tenu à peu de chose près les même propos au sujet de la compilation gigantesque du Club Chai en début d' année (voir ici), mais force est de constater que "Visceral Minds" sans réellement chasser sur même les terres de "Club Chai vol1" est devenue depuis sa sortie une sorte de jumeaux. Si Club Chai rassemblaient une pelleté de noms inconnus et prometteurs nos deux énergumènes de Fractal Fantasy viennent de construire une espèce de Dream Team de la cause futuriste pour le dancefloor. On y retrouve tout un tas de nom de révolutionnaires de la musique de club. Un contingent hallucinant de noms déjà croisés par ici et provenant d' univers différents.Des dj Footwork et pas des moindres, la participation post-mortem de Dj Rashad en plus de celles de Dj Spinn et JLIN! Un gros bout de l'univers Night Slugs/Fade To Mind avec L-Vis 1990 et même le nouveau trésor des nuits mancuniennes, le collectif Swing Ting. J' oubliai le croisement entre Sakamoto et TCF, les V1984. Stylistiquement c 'est un putain de bordel jouissif sans nom. Nous fréquentons tout ce qui peut se faire sur un dancefloor sous toutes ses formes au cours d' un voyage planétaire. Passage assez long du côté de Chicago et son footwork, le grand gaganant une nouvelle fois, puis c' est Newark et son Jersey Club et un soupson de Baltimore Club. L' UK Bass n' est pas en reste avec un son maximaliste à souhait tout comme le crunk, le 2 Step et le dancehall jamaïcain. Quand des voix apparaissent elles sont anglaises ou latines. L' instrumentation classique cher à Sinjin Hawke peut symboliser à nouveau sa volonté et celle de ses compères et consoeurs de rajeunir le passé pour se propulser vers le futur. Le mot d' ordre de Visceral Minds est bel et bien ceci : Go to the futur. Ou "Dancing with the futur"? Un futur pas toujours dystopique, quelque fois rétro sans tomber dans le cliché, parfois rêveur quand l' ambient s' en mêle. L' expérimentation, la recherche de nouvelles idées, est d' abord perspectible tout au long des 20 titres jusqu'à devenir le principal attrait. Compilation obligatoire ! Adresse de leur site où Visceral Minds est dispo dans son intégralité avec bien sûr un visuel époustouflant (marque de fabrique du couple Jones/Hawke) https://fractalfantasy.net/
- LEE GAMBLE, quand le passé parasité crée le futur
Après quelques ep passionnants l' un des artistes essentiels des 10's revient au long format trois ans après un "Koch" qui m' avait un peu laissé sur ma faim. Faut dire que ce qui avait précédé "Koch" mettait placé la barre très haute en matière de choc artistique. Que ce soit avec son chef d' oeuvre absolu "Diversions (1994-1996)" (présent dans le top 2012-17 des 5 ans de DWTN) ou "Dutch Tvashar Plumes". 2017 Lee Gamble a encore fait table rase de son passé et réenclenché son moteur à propulsion en direction d' univers lointains. "Koch" n' était donc qu'une pause et ses titres plus "dansables" (le ep "Chain Kinematics") une jolie récréation. "Mnestic Pressure" poursuit donc le gros travail de réflexion sur le passé qui est la marque de fabrique de Gamble. Pour les débutant "Diversions 1994-1996)" comme son titre le laissait suggérer était la distillation d' éléments jungle et rave de cette époque lointaine dans l' expérimentation la plus obptue. "Dutch Tvashar Plumes" reprenait les us et coutumes du bonhomme mais c' étaient nos souvenirs de la techno qui subissait ses foudres créatives. Le passé parasité par le numérique moderne pour rencontrer le futur potentiel, bref deux grands disques avant gardistes par excellence. Gamble s' inscrivait ainsi dans la suite d' artistes que DWTN a tant de fois abordé. Des artistes jugés pourtant très éloignés de sa culture dancefloor. Ce disque sorti en 2012 se voyait étiqueter par les plus réactifs et avertis du nom d' hypnagogic . Hypnagogic dancefloor aurait-il mieux valu juste histoire de bien cerner la nouveauté portée par Gamble et sa filiation avec des gens comme James Ferraro, Oneohtrix Point Never et même Ariel Pink. Gamble n' a eut de cesse de s'interroger sur l' histoire et la nature même de nos souvenirs musicaux. Ce qui le rapproche d' un autre courant maintes fois également traité ici, la Hauntologie de Leyland Kirbie et des Demdike Stare. "Mnestic Pressure" marque plusieurs tournants dans la carrière de Gamble, d' abord exit PAN et coucou Hyperdub en ce qui concerne la maison de disque qui l' héberge. Ce changement de label s' accompagnant d'un important changement musical . Exit encore mais plus légèrement les brumes hypnagogiques parfois sinueuses pour rencontrer un Gamble plus immédiat mais toujours délicat, le semblant de narration laisse quant à lui place à un coq à l' âne plus abrupte mais tout autant explicite. Sa musique toujours rêveuse et parfois planante semble devenir aussi plus robotique et rigoureuse. Mais que les fans de la première heure se rassure cette musique semble encore et toujours en mutation permanente tant Gamble est capable d' appliquer une multitude et une diversité d' angle de vision dans un même morceau. Qui dit s' attaquer à nos souvenirs musicaux doit automatiquement mettre à mal, consciencieusement nos habitude d' écoutes. Gamble utilise pour cela une vision surréaliste inédite. Les choses ne sont pas là où elles le devraient. N' arrivent quand on s'y attend. Ne sont de toute façon comme on se souvenait qu' elles étaient. Gamble jongle avec tout le registre de tonalité et de fréquence qui puisse exister. L' écoute passive ou simulée proche d' un réflexe pavlovien ne peut pas fonctionner avec lui. L' investissement doit être total. L' aspect vieillot qui subsistait des samples de jungle et de rave malgré ses maltraitances numériques se voit masqué un peu plus par un autre plus technologique et moderne. "Mnestic Pressure"? Assurément un futur "classique" sur lequel on s' évertuera encore à trouver les secrets dans quelques années.
- JOHN MAUS: Fin du quiproquo? Notre héroïque pourfendeur de l' abus d' ironie et de cynisme
Après son pote Ariel Pink cet été (voir ici) le génial cinglé John Maus revient 6 ans après son dernier album. L' attente fut longue. Trop longue? Découvrir ce quatrième album amène à des interrogations. Elles étaient déjà présentes dans mon esprit au sujet des deux derniers Pink et il devient vital de les affronter quand il est question de nos deux héros musicaux. Héros pas seulement pour des raisons purement de ... "goûts musicaux" consuméristes ou de maquillage sociales et culturelles". Le machin baptisé Hypnagogic pop apparu fin 00's et peu abordé en France, si ce n'est avec des pincettes par les hallergiques à toute forme de réflexion poussée sur la musique, c 'était d' abord et avant tout, lui et ses deux potes! JOHN MAUS, ARIEL PINK et Gary War. Daniel Lopatin et James Ferraro suivirent de près. L' hypnagogic pop avec son interrogation sur notre rapport au passé musical, à nos souvenirs, et tout ce qu'elle entraîna comme réflexion (la nostalgie, le vintage, la révolution numérique et le flux d' info, l' état du monde etc etc) et nouvelles formes musicale. Les intentions et le gigantesque attirail de concept que Maus et ses deux compères voulaient transmettre par leur musique, tout ce bordel essentiel pour comprendre l' enjeu de ces artistes et de l'hypnagogique pop, et bien ce bordel est tout bonnement passé à la trappe chez bon nombre de fan en pleine confusion rétrogagaïste et hipstériennes. L' aspect dystopique porté par leur rétro futurisme? Emporté par la pose des uns et la toxicomanie à l' unique rétromanie des autres. A moins que la dystopie ne soit devenue l' argument malhonnête d' individualistes forcénés et suicidaires. Je n'aborde pas ma musique en termes de nostalgie ou de rétromanie" John Maus Novembre 2011 Au moment de se retirer le bon John nous avait assuré vouloir se relancer dans l' expérimentation et tenter de nouvelles approches. Trop lucide qu'il était pour ne pas voir l'impasse lui arriver dessus et surtout les quiproquos qui commençaient à s' additionner à son sujet. Le quiproquo en pop n'est pas une nouveauté. Voir des gens aimer une musique qui dénonce leur comportement, leurs valeurs ou ce qu'ils sont, on l' a déjà vu. Mais celui dont sont sujets Maus et Pink est peut-être l' un des plus frustrant et énorme. Depuis 2011 Maus et Pink ignorés pendant les 00's alors qu'ils étaient bel et bien actifs (et déjà géniaux) ont vu un statut culte et un éclairage médiatique assez surprenant leur tomber dessus. Surprenant par l' origine de l' intérêt porté et sa nature. Parce que derrière une côte d' amour en hausse permanente il y aurai comme qui dirait une grosse méprise. John Maus est un anti-ironie et cynique à l' instar de ses prestations scéniques héroïques et brut de décoffrage. Pas de chichi et de folklore rock'n'roll/pop/"spectaculaire" (dans son sens situationniste). Une bande magnétique pour le refus d'une certaine authenticité désirée par certains et un type qui tel un soldat en combat donne tout ce qu'il peut. Une autre forme d' authenticité contre la pose et la routine. John Maus entendait lutter justement contre ce que le comportement dont ses fans en pleine méprise sont symptomatique par leur façon d' aborder la musique. "Screen Memories" jette un petit voile sur les belles promesses et les espoirs placés en lui pour briser la méprises de certains au cours de son absence tant on a le sentiment de se retrouver en territoire connu aux premières écoutes. Je reconnais que je suis un peu dur parce qu'à y regarder de près ce prochain album n' a pas à rougir face aux trois premiers et à la compile d' inédits sortie entre-temps. Mais dans ce blog on préfère aller plus loin que le simple "c' est bien foutu" et la simple question de "goût". Outre le sentiment d' accalmie en comparaison aux précédents il y a dans les paroles une petites évolution. Quelques petits indices qui montre que Maus est loin d' être naïf et dupe face à l' amour porté par une partie de ses fans et l' accueil des médias. Certaines de ses paroles maintes fois répétées tel des slogans politiques comme toujours chez lui devraient faire tiquer les oreilles de certains. Mais je crains que ce ne soit toujours pas le cas faute d'une forme musicale devenue trop facilement récupérable car déjà assimilée, et donc lue sur plusieurs degré et surtout ceux qui ne poussent pas à la remise en question. Musicalement on se retrouve malgré une plus grande maîtrise et un soin plus important à sa production toujours devant la même recette que celle de "We Must Become the Pitiless Censors of Ourselves". Ce détournement d' éléments synthpop 80's (les année de la poussée Néo-libérale et du capitalisme triomphant sur toutes autres idéologies) , ses influences classiques et baroques, cette posture post punk évoquant le mariage entre la proto électro de Cabaret Voltaire et Current 93 pour l' imaginaire et les craintes de fin du monde moyen-âgeuses omniprésentes. Maus explique avoir passé le laps de temps qui sépare ses deux albums à s' amuser avec les puces électroniques afin de construire ses propres synthés et ça se sent. Il est probable qu' à l'instar de Pink lui aussi a donc cherché à nettoyer le son hypna au moment où bien des suiveurs s' en sont emparés (la chillwave). Ce son qui rebutait au tout début tant de gens devenu depuis des fans (croyez mes expériences perso de tentative de partage). Ce qu'il faut bien comprendre avec "Screen Memories" c' est que l' on est une nouvelle fois devant une relecture du passé qui se veut plus une perversion, une manipulation qu'un simple copiage dénué de réflexion qui satisfait la partie de ses adorateurs en pleine méprise. Malheureusement à l' image de "Teenage Witch" il semble que Maus en nettoyant sa production lo-fi plus difficile d' accès affiche moins clairement le détachement et l' analyse d' autrefois face la nostalgie. Cette chanson évoque par sa musique une nostalgie léchée de l' adolescence, un "c' était mieux avant" cher à tous les fans de vintage. Oui mais les paroles ne décrivent pas des souvenirs tranquilles, un instant de vie purement agréable. Il y a quelques petites surprises dévoilant un développement comme ce titre tellement Pinkien avec sa grosse guitare FM mais beaucoup moins charmante que ses éternels synthés néo-baroque("Find Out"). La surexcitation semble faire place à certains moment à des instants méditatifs surprenant de la part de cet hyperactif . Pour conclure sur la simple appréciation musicale ce "Screen Memories" est aussi intéressant que les trois précédents mais seulement voilà, on en est au 4ème après 6 ans d' attente et...: "Si le statu quo est un état politique ou un langage musical, l'idée devrait être de tuer ou renverser cela." John Maus Novembre 2011 Au début des 10's Maus et Pink cernaient parfaitement certaines petites choses comme par exemple l' overdose d' ironie, de cynisme, de consumérisme et de superficialité recouverte de fringue vintage et de rétromanie qui guettait et étouffait la musique et la société. Exactement ce qui peut décrire le comportement de la partie de ses fans en plein malentendu. Ironie et superficialité surtout pratiquées dans la classe moyenne blanche occidentale, celle étant censé être culturellement "plus ouverte", "plus progressiste", "plus curieuse" et "plus armées en outil critique". Et c' était plus particulièrement le cas dans l'indie music (LA musique de ces classes sociales) qu'ils secouèrent. Un autre n'a t-il pas dit récemment : "On s’est trop habitués à l’indie rock, qui est une appropriation bourgeoise du rock, sans fond, sans danger ni excitation." Ian Svenonius (The Make Up) Face à ça ,toujours selon Maus en interview, le chanteur pop était censé être le courageux et vaillant chevalier des temps anciens qui remet le monde dans le bon sens. Qui use de la meilleur arme et pour lui ça signifiait que le musicien se devait de trouver un nouveau langage pour parler de la façon dont les gens se rapportent les uns aux autres. Dans un sens Maus bien avant les politologues et les politiques en appelait déjà à une certaine forme de populisme en musique. Attention, le populisme n' est pas le clientélisme démago surfant sur la nostalgie et les niches stylistiques pseudo contestataire qu'il dénonçait justement. Lui c' était le bon côté de la médaille. LCD SOundsystem ou le rock garage l' autre face malgré eux. Il est loin le temps où Maus passait pour un naïf utopiste et déclenchait les sarcasmes ou l'incompréhension des cyniques en beuglant "right for the gays" ou "Cop Killers". Faire des chansons engagées, réellement, certains de ses fans actuels trouvaient ça trop facile et sans intérêts. Le fameux retour du populisme que j' écrivais plus haut. Un appel à l' engagement et un rappel du rôle artistique de la pop alors que tout amenait à l' asservissement consumériste et au conformisme. Et notre bonhomme d' "accabler" les neuneus journalistes pas venus pour ça de concepts et de citations provenant d'un Deleuze ou de Badiou. "Cop Killer est le moyen idéal de mettre en avant l'idée que tout programme politique ou artistique valable devrait chercher à renverser la situation telle quelle. Que le statu quo soit un état politique ou un langage musical, l'idée devrait être de le tuer ou renverser cela. La chanson ne consiste pas à tuer un être humain, mais à surmonter l'inhumanité, à détruire la machinerie qui nous tourne vers une fin autre que nous-mêmes". John Maus 2010 Maus disait et, c' est ça mon gros problème avec ce disque, semble encore nous dire en 2017 : "attention un jour on va avoir un président dangereux" à force de ne pas parler simplement de l'essentiel alors qu'il faut dorénavant écouter et s' adresser au peuple et non à un coeur de cible commercial et culturel dans nos chansons. Tout ce qu'il avait prévu, ce gouffre s' apparentant à la fin du monde, est devenu palpable pour un plus grand nombre. Trump, Brexit, Macron et réchauffement climatique... c' est arrivé, c' est sous nos yeux, et Maus est encore dans le signal d' alerte. C 'est ça qui gène un peu dans le dernier disque avec son manque de changement radicale dans la forme par exemple qui aurait permi une adaptation à la situation qui a changée et bien sûr au quiproquo lié sur la rétromanie. Entre 2011 et 2017 lui et ses compères de l' hypnagogic pop ont participé activement à changer la donne en enfantant bien des artistes et des mutations en musique. Mutations certes encore très peu répandues dans les gros médias "indie" mais on les perçoit de plus en plus tel la gène occasionné par la redite rétrogaga qu' ils dénonçaient et détournaient s'une certaine manière. Le maître en passe d' être dépassé par les élèves et les changements qu'il avait pourtant appelé de ses voeux, anticipé jusqu' à les provoquer? Et en plus, bien évidemment, ce qui devait arriver arriva, les cyniques de tout poil maître absolu de l'ironie et autres hipsters stigmatisés par les deux gars se sont donc mis à adorer Maus et Pink avec leurs aspects vintages et rigolos. Sans parler de la pléthore de musiciens so 80's comme Maus mais totalement à mille lieu dans les intentions et le degré de réflexion (Alex Cameron). Les conceptes d' Hypnagogic pop ou d' Hauntologie et tout ceux spécifique à Maus leur sont bel et bien passé par dessus la tête et ça, dès 2011;l' américain regrettait en interview via un jugement sur les guitares qui doit franchement géner ses fans de garage soit disant aventureux par exemple. "Je pense que les synthétiseurs et les formes d'onde permettent une complexité sonore qui dépasse la palette des guitares traditionnelles ... La palette était là dans les années 80 alors pourquoi a-t-elle été mise de côté et oubliée? les timbres et les sons offrent tellement de couleurs et de possibilités, me semble-t-il, que les possibilités de la guitare ont été épuisées." Le pari de piocher dans le passé pour justement critiquer son utilisation ad nauseam sur le seul prisme de la nostalgie et de se trouver un coeur de cible était risqué en terme de quiproquos et de confusions avec les clientélistes. Qui plus est en privilégiant le format pop là où d' autres faisaient fuir les tricheurs en réussissant à éviter les amalgames par une expérimentation moins commerciale. Demdike Stare et Lee Gamble pour le dancefloor et Leyland Kirbye pour la musique ambient. Maus et Pink font dans la Hauntologie comme tous les nom cités. La Vaporwave (les vrais punks des 10's), ce qui la suivi tel les artistes d' Orange Milk Records, James Ferraro ou Oneohtrix Point Never ont développé de nouvelles formes en matière d' emprunt et de détournement du passé. Ils ont affiné les critiques et multiplié les points de vue éclairant comme par exemple sur le rôle en matière de communication de la culture pop. Des gens comme Arca ou Holly Herndon ont dépassé le stade du post-modernisme pour ré-ouvrir via la technologie la boite de pandore (aux yeux de certains) du modernisme. NON Worldwide ou certains artistes post-punk (Protomartyr, Sleaford Mods) ont remis au goût du jour et élargie la critique sociale et politique après que Maus les ait juste ébauché, regretté et espéré. Là où Protomartyr par exemple pallie le manque de renouveau musicale par la grande forme de son chanteur/parolier Maus apparaît beaucoup plus timide. Timoré face à NON Worlwide pour être plus exact. Là ou Daniel Lopatin excelle et se renouvelle dans les trouvailles d' artefact pop à détourner notre Saint John semble être devenu justement un artefact du début des 10's et de l' apparition du courant hypnagogic pop. Epoque pourtant pas si lointaine. Finalement à la question de savoir si je conseille ce disque j' ai envie de vous dire de juste s'y arrêter et ensuite d' aller voir ailleurs en passant juste avant par ses 3 premiers albums qui, malgré le temps écoulé, semblent encore bien plus pertinent et possède toujours la vitalité dont ce tardif "Screen Memories" semble manquer. Histoire de se rappeler que ce type est un héros, certes fatigué (définitivement? pas sûr!). Un des rares qui ont réenclenché la marche avant musicale et critique quand tous les autres utilisaient le passé à des fins cyniques, nostalgiques et idiotes en nous suggérant que l' histoire était fini. "Screan Memories" sera bientôt dans tous les bons apéritifs dînatoires pour cyniques arrivistes, bobos, réac faussaires, poseurs, dragueurs vicieux et hipsters. Afin d' éviter tout quiproquo et confusion faites leur écouter ceci, ils ne connaîtrons pas, n' aimeront pas et disparaîtront parce qu'il y a des merdes bien plus aptes à satisfaire leur triste désir de posture facile et de consumérisme béat. Et pourtant. Avec leurs sales manières de décrire le vrai monde du présent en piochant dans les poubelles et tous les genres... Ce sont LES "We Must Become the Pitiless Censors of Ourselves" de 2017 ou du moins, ses enfants légitimes! Pas le temps de chronique Le Nmesh et l' année hallucinante de son label Orange Milk Records mais allez sur le site du label. Nmesh? "C' est comme comme des Avalanches avec un cerveau"
- JANA RUSH, l' autre fille du footwork
C 'est LA révélation footwork de cette année. Celle que l'on avait pas vu venir tellement Jlin monopolise l' attention. Et pourtant on ne peut pas vraiment dire que la discrète Jana Rush est une débutante. C' était même l'un des secrets les mieux gardés du footwork à Chicago au point que votre serviteur passionné de cette scène depuis 2010 n' en connaissait que quelques titres sous le pseudo de JA RU et de vagues rumeurs sur les forums spécialisés. Cette trentenaire débuta sa carrière de Dj au sein des radios des blocks de Chicago à ...10 ans! Premier disque de ghetto Tech/house à 15 (1996) chez ... Dance Mania, rien que ça! Si vous ne connaissez pas Dance Mania et son créateur Jesse Saunders allez vite sur le net, histoire de réparer une grosse bévue musicale. La transition magique de la juke à cette révolution que fut le footwork fin des 00's , et aussi de tout ce qui a précédé en terme d' innovation sur les dancefloors chicagoans, elle peut donc dire qu' elle en était et pas qu'un peu. Alors que toutes les portes lui semblaient ouvertes pour accompagner sa consoeur Jlin derrière la cohorte des mecs l' histoire s' arrêta net. Maman Rush appréciait peu qu'elle passe son temps à faire de la musique avec ses copains Rashad et Deeon. Jana étant une brave et adorable jeune fille à sa maman elle se lança dans des études en 2000 pour devenir brillamment ingénieur en Chimie et ...technologue en tomographie par ordinateur. Me demandez pas je sais foutrement rien de ce truc, moi mon truc ici c' est le footwork. Le footwork justement, avec les bonnes fréquentations qu'elle avait, elle ne pouvait y échapper. Même avec la tête dans les bouquins. C' est peut être bien là le truc qui fait que son "Pariah" arrivé sur le tard après tous les copains ne ressemble absolument pas à une redite. Le recule pris avec une très bonne vision d' ensemble pendant toutes ses années-là lui permit d' enfanter une version bien à elle du footwork. Un footwork également bien plus teinté de la techno, de la house et de la ghetto sous toutes leurs formes apprises chez Dance Mania. Ce qui frappe au premier abord chez elle c' est donc bien l' omniprésence de l' électro. Bien plus que chez les autres grands noms. Ensuite il y a la puissance et l' âpreté à faire pâlir bien des mâles du genre. "Break it", l' un des plus grands titres de l' histoire déjà riche du footwork, résume parfaitement cela. Un monstre au BPM gigantesque et aux sautes d' humeur dévastatrices. Mais attention, âpreté ne veut pas dire bourrin systématiquement comme on le verra plus tard. C est que notre revenante a un sacré sens du détail et opère avec précision et sérieux tel un rat de laboratoire. Probable déformation professionnelle. Jana Rush est autant singulière par son parcours et sa forte personnalité qu' elle est aussi totalement imprévisible dans ses manières. Sa parfaite connaissance du genre et sa maîtrise complète de toutes les variantes font de "Pariah" un parfait résumé de tout ce qui a été tenté avec le footwork. On passe tour à tour de l' art de la fluidité à la Rashad au tape à l' oeil minimaliste et à l' efficacité de RP Boo et Traxman. Sans parler de sa passion et de sa virtuosité très "JLINienne" en matière de percussion. Si on retrouve chez elle quelques bons (et attendus) samples issus de l' héritage soul/funk/hip hop Jana Rush se démarque de tout le reste une fois de plus au regard des emprunts étonnants mais aussi du "produit fini". "Divine" et d' autres titres la voit explorer une espèce de drone évoquant étrangement une forme nouvelle accélérée d' ambient si ce n'est de shoegaze!!! . Face à "Midline Shift" comment ne pas imaginer les vocaux de My Bloody Valentine ou d'une cohorte de chanteuse dream-pop maltraités sur une rythmique footwork vaselinée. Après le footwork un brin trippant et étrangement planant, même à très forte vitesse, elle peut aisément se jouer ailleurs des codes dancefloor house et techno et de leurs synthés avec en toile de fond des tics toujours très dronesque, musique concrète (!) et même ...IDM! Aphex Twin déjà fan de Jlin devrait vite écouter. Autre rencontre du troisième type la présence de bons vieux breakbeats directement en provenance de la jungle. Pour résumer mon amour de ce disque, entre le shoegaze et l' ambient façon footwork et maintenant la drum & bass british toujours à la même sauce cette fille m'offre pour le prix d'un disque pas mal de mes fantasmes de partouze stylistique que la découverte du footwork avait enfanté. Sept ans après Bangs & Works et alors que les suiveurs de mode et les opportunistes, raccrochés au wagon à la suite de l' éclairage apporté par la mort médiatisée de Rashad , commencent à lâcher l' affaire (ouf!) le footwork via "Pariah" prouve une nouvelle fois toute sa vitalité et qu'il ne s' agissait surtout pas d'un "sous genre". Il y avait une reine footwork, JLin ...il y en a à présent deux! La même à 15 ans pour le légendaire Dance Mania Son ep de 2016 sous le pseudo de JA Ru célébrant son grand retour avec le terrifique "Space". Titre footwork parfait pour halloween.
- CARLA DAL FORNO
Je ne pensais pas réécrire de si tôt sur Dal Forno après la news concernant l' annonce de la sortie de son ep "The Garden" et la claque du titre hommage à Berlin et Einstuzende Neubauten (voir par là). Surtout que depuis deux ans elle ne cesse de squatter ce blog (ici, là juste avant) sans parler de ses liens avec l'un des labels préféré de DWTN, Blackest Ever Black. Et que dire du tortueux nouveau disque de son groupe F Ingers (c'est ici aussi). Mais ça c' était avant la découverte des trois autres titres présents sur le ep. Ils sont tous bluffants et absolument pas anecdotiques comme parfois on peut le craindre dans ce cas de figure, album gigantesque suivi d'une série de tournées usantes et de collaborations chronophage (FIngers). Un changement s' opère, sobrement mais surement. Le titre "The Garden" le suggérait mais les trois autres le confirment encore plus. L' optimisme du premier album disparaît, on perd les traces de dream-pop pour des choses plus sombres , indus et gothique. Le lien avec la dark ambient et les lubies de son label se fait plus fort. Mon petit plaisir actuel éclaire bien ceci, alterner les chansons de la belle avec les titres "dancefloor" et étouffant de ses collègues Pessimist ( ici) , Raime (là), Tropic Of Cancer (là) ou la légende Regis (jetez-vous sur sa compile "Manbait" classée number one dans le genre ici même en 2015). Tout le travail accompli avec F ingers se fait encore plus sentir. Toujours ces senteurs médiévales qui la rapprochaient de Nico mais à la différence de l'icône allemande et de son apparente simplicité acoustique l' enchevêtrement primitif chez Forno et surtout l' usage primordial des effets sonores , comme chez F Ingers, deviennent la marque de fabrique de cette personnalité forte. Comment l' australienne réussit elle a à la fois imprégner fortement notre cerveau avec cette musique qui semble traverser notre esprit puis disparaître sans prévenir. Un songe voué à être oublié après le réveil mais qui va vous poursuivre toute la journée, si ce n'est la vie! En moins de deux ans depuis la sortie de "Fast Moving Cars" Carla Dal Forno est devenue une grande, ... une TRES GRANDE! Et aussi un poil plus belle que le plus beau spécimen que Berlin a produit
- SOTE, de WARP à Téhéran
Quelques semaines après la réédition de l'un de mes disques cultes, le "Spellewauerynsherde" d' Akira Rabelais (voir ici), un autre album et ce coup-ci tout inédit réussit la plus parfaite des jonctions entre le passé et le futur, le patrimoine ancestral et la technologie. Sote n' est pas le dernier rejeton de la scène électro et expérimentale Iranienne. Ce quadragénaire a en effet déjà un très long parcours derrière lui. Une trajectoire qui l' a vu partir de l' IDM et de chez WARP, passer par Sub Rosa, déglinguer l' héritage Rave en s'inspirant de Xénakis , pour arriver aujourd'hui à Téhéran et OPal Tapes, l'un des labels les plus pointu en matière de recherche. "Sacred Horror In Design" sorti il y a quelques semaines marque ainsi l' aboutissement d'une longue recherche. A l'origine c' est une commande de l'un des plus passionnant festival, le CTM de Berlin, le genre de festival alliant modernité, originalité et expérimentation en tout genre avec une réelle ouverture sur notre monde contemporain. Bref, le genre de festival dont la France toujours à la traîne car peuplée de professionnels de la profession totalement idiot, capitalistes et peureux est quasiment privée. Accompagné du joueur de santour Arash Bolourt et du spécialiste de Luth Iranien Behrouz Pashai, Sote soit Ata Ebtekar dans le civile, nous offre une musique à la fois délicate, mûrement réfléchi et instinctive. Sa partie à lui est l' électronique et il y excelle quand il s' agit de pervertir avec respect le passé. Parfois Sote laisse la musique ancestrale s'emparer de vous pour laisser les bidouillage numériques faire leur oeuvre lentement. A d' autre moment la technologie ouvre les hostilités de manière aussi puissante que le peuvent le hardcore ou la techno pour en revenir à l' acoustique intemporel . Avec lui tout débat stupide sur l' authenticité est évacué au profit de l' évasion artistique et du cassage en règle des codes et des dogmes. Après Fatima Al Qadiri, Ash Koosha (par là), Karyyn (ici) et prochainement Sadaf DWTN vous invite une nouvelle fois à vous jeter sur une musique qui nous vient d' Orient et qui passe par la planète entière histoire de sortir de nos vieilles cultures occidentales et rocks en train d' agoniser ou du moins, de sentir fortement le renfermé. PS: Avant Sote un autre artiste iranien avait marié l' électro et l' héritage ancestral, jetez-vous sur les disques sur le gros travail de réédition des oeuvres de Dariush Dolat-Shahi. Démontage en règle de tous les préjugés qui peuvent encore polluer le fond de votre cerveau de petit occidental.
- KLEIN, musique folle pour monde fou. Et un peu d' Yves Tumor, prochainement artiste WARP
L'an dernier par faute de temps je n' avais pas pu vous parler plus longuement de Klein et l' artiste classée dans le top annuel de DWTN n' avait donc eut droit qu'à une petite place dans la chronique concernant le chef d' oeuvre d' Yves Tumor. En 2017 on inverse les rôles, Yves Tumor pour son magnifique dernier album n' aura que quelques mots et Klein sera la reine de l' article grace à un ep encore plus cinglé et tout autant réussit que son "Only". Si vous ne connaissez pas encore Klein sachez que vous allez mettre les pieds dans l'un des territoires musicaux parmi les plus étranges mais aussi les plus magnifiques. Sa musique ne laisse jamais de marbre. Soit c' est un rejet, soit c' est le début d'une passion irrésistible. Comment définir, tenter de décrire, la musique de cette artiste du Sud Londoniens d' origine Nigérianne (Lagos) ? C' est tout simplement impossible. Je peux bien vous dire qu'il y a des traces de jazz, de R'n'B, de Noise, glitch, psychédélisme, jungle, gospel, Soul etc etc Vous seriez encore loin du compte . Une combinaison inédite de sons et de vie, tout ici est déchiqueté, disloqué, métamorphosé et inexorablement inédit. Face à autant d' imagination délirante sans aucune limite on ne peut que capituler. Tout ce qui passe entre les mains de Klein semble être propulsé dans la quatrième dimension. Un trop vieux monde disparaît et fait place à un tout nouveau jamais vu. C' était déjà le cas avec "Only" sorti en quatimini sur Bandcamp et très vite appelé au cours de la même année à être publié en format solide tant la demande s' est faite pressante. Un an à peine après Klein rejoint l' écurie prestigieuse d' Hyperdub (Dj Rashad, Burial, Laurel Halo, Fatima Al Quadiri, Jessy Lanza). Même parmi la belle liste de ses camarades déjà bien classés non conformistes, originaux et aventuriers, elle fait figure d' extra terrestre. Le ep "Tommy" enfonce le clou. On ne peut qu' être bluffé par ce croisement inédit du r'n'b et des manières issu de l' expérimentation la plus folle comme par exemple l' électro acoustique et la musique concrete. Dès le titre baptisé "Intro" on croise Maria Carey reprise par Klein et ses amis mais à la moulinette spatiale de Sun Ra le tout supervisé par Parmégiani. Tout au long des 8 titres Klein nous traîne de grès ou de force dans un dédale d' effets singuliers. Les voix et les pianos sont maltraités numériquement, la belle avoue un amour pour les limites du logiciel Audacity. Quand on pense pouvoir s' accrocher à un choeur ou à une boucle un brin "normal" tout se volatilise en une brume sonore épaisse ou légère selon la bonne volonté de la dame. Mais dans les deux cas ce brouillard transforme la vision de votre environnement, du monde tel qu'il est. On perd pied. Et ça, c' est très rare de nos jours, rare donc totalement utile. Yves Tumor vient de sortir sans prévenir un nouvel album et encore une fois on ne peut que contempler la grande oeuvre. Voir ici pour les retardataires qui ont loupé l' un des plus grands disques de 2016. Moins d'un an après "Serpent Music" et quelques mois après sa participation à l' obligatoire compilation ambient "Mono No Aware" du label PAN Tumor offre "Experiencing the Deposit of Faith". Même si l' effet de surprise semble être atténué face à ces 12 titres prolongeant ceux de "Serpent Music" le bonhomme a pris une tel avance que l'on ne peut le considérer comme anecdotique. Il est allé bien trop loin dans les terres inexplorées pour ennuyer et son attitude à multiplier les alternatives pour toutes les musiques électronique ou autres frappera encore par son imagination et son savoir faire. Encore une fois il charme avec son spleen et son art délicat du coq à l' âne stylistique. Avec maestria il déambule sa soul et son blues dans tout ce qui se fait de palpitant depuis quelques années, Vaporwave, indus, dark ambient, musique concrete, Hauntologie et hypnagogic pop. Une fois de plus son art des raccords juxtaposés étonne et ne parlons pas de sa capacité à créer des espaces sonores où on peut trouver de façon surprenante et charmante certaines choses là où elles ne devraient pas être. Autre nouvelle concernant Tumor, confirmant tout les espoirs placés en lui, il vient d' annoncer sa signature chez Warp après son passage chez Pan.
- DEMDIKE STARE fouillent et magnifie la malle aux trésors du GRM
Nos deux mancuniens préférés avaient été invités il y a quelques semaines par l' INA GRM (Groupement de Recherches Musicales) à se produire en ses murs. Un concert un peu particulier et forcément intriguant puisque pour l'occasion Miles Whittaker et Dean Canty pouvaient fouiller et utiliser tout ce que l'un des nos trop rares orgueils musical français peut receler en trésors. Et voilà l' héritage magnifique français en recherche de son et en musiques électroacoustique passé à la moulinette et au filtre de nos deux druides anglais. Forcément ça va très loin et peut également servir de porte d' accès à ces formes musicales parfois un brin brutale en matière d' accessibilité. Le résultat c' est une cassette de 45 minutes où nous retrouvons aussi bien certains travaux des deux compères mais aussi ceux des grands noms, Pierre Henry, Bernard Parmegiany, Guy Rébel sans oublier celui par qui le miracle GRM a eut lieu, notre génie national en la matière, Pierre Schaeffer! En prime l' INA GRM avait interviewé nos deux gars. Nos deux gars interrogés et traduits en français est une chose si rare qu' elle en est absolument vitale. Dans la même thématique, ce pays regarde trop le passé en musique, , le fait que l' institut National de l' audiovisuel spécialiste du passé justement et de la nostalgie en tout genre ait pris sous son aile un temple en matière de recherche et d' expérimentation dit beaucoup de la haute estime et des non-dits que portent nos institutions et ce pays à tout ce qui peut s' apparenter à de la musique neuve, originale et courageuse. La conjugaison ne se fait qu' au passé, effet révolutionnaire à proscrire et conformisme élevé en dogme. Seule ombre au tableau l' incapacité de reproduire sur bande magnétique les effets du surround de l' accousmonium du GRM avec ses déplacement de sons au travers des pièces. Jetez-vous les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur "Cosmogony", les Demdike Stare ne savent pas faire de disques ratés ou inintéressant!
- F INGERS: Somptueux halloween pour tous les jours !
Nos meilleurs fournisseurs de champignons hallucinogènes cauchemardesques sont enfin de retour avec leur deuxième album, "Awkwardly Blissing Out" . L' annonce par un titre inédit du successeur au génial "Hide Before Dinner" avait déjà suscité un article enthousiaste dans ce blog (voir par là). Deuxième disque de nos chantres de pop affligée et Carla Dal Forno et ses deux acolytes, Sam Karmel et Tarquin Manek, confirment haut la main leur talent en sorcellerie musicale. Comme le préfigurait les annonces de leur label Blackest Ever Black ce disque a pour sujet les angoisses adultes après qu'ils se soient penchés sur celles de l'enfance avec leurs souvenirs terrifiants qui peuvent nous hanter très longtemps. F Ingers pointe avec précision au travers de textes opaques les raisons de ces angoisses, liens sociaux, les conventions et les psychoses qui pullulent. Contrairement au premier effort le dernier met fortement l' accent sur l' électronique. Leur espèce de dub souffreteux au psychédélisme expirant nous entraîne dans un dédale de synthés bidouillés monolithique que des notes de guitares brisées lacèrent. Un vertigineux cyclone constitué d' échos nous happe par ses côtés et une fois arrivé à son sommet nous laisse retombé dans une vertigineuse chute sans fin en son oeil. Bien sûr entrer dans cette espèce de post-punk piquant qui refuse les caricatures n' est pas chose aisée si on ne réalise pas à quel point l' ambiance est ici l' élément essentiel. Les mélodies arrivent en second mais elles ne sont pas non plus à négliger. Une fois passée la surprise face à cette musique à l' étrangeté rare c' est son caractère charnel et fantomatique qui envoûte. Par quel tour de magie nos trois australiens réussissent à nous faire aimer ce goût âpre d' amertume qui a trop longtemps croupit dans nos cerveau sur-stimulés? Comment la recette mystérieuse de cette potion magique réussit-elle à encore nous surprendre jusqu'à paraître encore plus réussi? Carla Dal Forno et ses compagnon vont encore être parmi les artistes qui vont marquer profondément 2017 comme ils l' avaient déjà fait pour les deux précédentes. Et ce n'est pas son prochain ep (voir ici) qui jettera une hombre sur leur beau tableau.
- NINOS DU BRASIL, batucada et samba version Klaus Kinsky et Herzog.
En préparant cette chronique j'ai pris connaissance d'une anecdote concernant nos deux hurluberlus italiens de Ninos Du Brasil. A l'origine ces deux passionnés de Batucada et de techno jouaient dans un groupe de punk hardcore, With Love. Le projet Ninos n' était selon eux qu' une façon de tester le publique punk avant les concerts de With Love; histoire de voir qui resterait jusqu' au bout. Alors je préviens tout de suite les courageux qui désireraient faire pareil en France. A vos risque et périls, juste pour une question d' ouverture d' esprit un brin défaillante par chez nous. Surtout dans certaines scènes se revendiquant un peu trop facilement de l' héritage "PUNK!" et de la "coolitude" qui va avec. Même si, en même temps, j' encourage fortement à le faire parce qu'il n' y que comme ça que l'on enlève les oeillères. Un Devoir. Ninos Du Brasil est une arme absolue en matière de lutte contre les a prioris, les oreilles bouchées et le manque de curiosité. Comme je l' écrivais en 2015 (voir par là) leur musique à base de percussions risquent fort de brusquer les allergiques ayant régulièrement le malheur de tomber sur une troupe de capuéra au détour d' une animation en centre ville ou d'un festival . Ne parlons même pas de la triste fête de la musique. Exemple flagrant s' il en est encore que ce pays respire tellement la musique qu'il se croit obligé de la célébrer une fois par an. Histoire peut être de palier un acte manqué perpétré 364 jours dans l' année. Avec nos deux italiens et leur passion pour les rythmes tribaux latins et plus précisément brésiliens les clichés en prennent donc un sacré coup depuis leur réussi deuxième album "Novos Mistérios". Le premier sorti sur un petit label italien étant une introduction un brin hésitante. Les fans d' exotisme caricatural, soleil, "foutebollllle", nana à poil et danse pour citadines en manque de sensations fortes dans leurs petites vies ne vont pas s'y retrouver. Le Brésil, l' Amazonie, l' Amérique latine? Oui mais alors pas du tout celles de téléfoot et des pubs touristiques. Celles qui effraie, façon le Werner Herzog le "Cobra Verde" ou "Fitzcarraldo"; et si il y a coup de tête ce n' en sera pas un totalement anodin dans la baballe par un adulescent millionaire, mais bel et bien celui qui vous explose la tronche, un acte profondément violent, autant que l' éclat de rire terrifiant produit par son auteur juste après, Klaus Kinsky. A moi aussi il m' arrive d' avoir des crises d' allergie en entendant des percus mais de là à caricaturer et surtout à ne pas écouter attentivement il y a un monde. Pour les plus malins le simple fait qu'ils soit signés chez les expérimentateurs malveillants de Hospital Production aurait du taquiner leur curiosité. Ninos du Brasil est une antidote. Et cet antidote est fabriqué à base de gène punk, métal, techno,indus et même gothique. De la batucada DARK! Vous n' êtes pas sur Copacana ou au festival d' Aurillac, vous êtes perdus en pleine nuit dans une jungle épaisse et suffocante. Seul et recroquevillé sur vous, vous percevez au loin les tambours hystériques d' une tribu menaçante en plein rituel qui s' approche dangereusement et plus près du trou qui vous sert de refuge, c' est pas mieux ! Les bruits encore plus flippant de la jungle vous cernent au point de créer en vous une terreur profonde. Entre la violence humaine et le chaos de la nature. Mais cette jungle pourrait tout aussi bien être une friche industrielle abandonnée par le capitalisme cannibale où la nature la plus sauvage reprend ses droits. Le nouveau "Vida eterna" comme l' était son prédécesseur c' est ça, le combat permanent pour la survie en musique. Leur musique et leurs prestations partage ceci comme point commun avec celles de leur patron de label, Dominick Fernow (Prurient, Vatican Shadow). Comme avec le fou furieux d' Hospital Records l' approche ressemble à du déjà vu puis une sorte d' échange puissant s' instaure entre l' auditeur attentif et l' artiste. C' est violent, électrisant, sans compromis !. La vie dans tout ce qu' elle peut avoir d' animal, de saloperie et d' amour vous saute à la gueule avec des types comme ça. Punk par essence. La chauve souris de la pochette vient de vous mordre au cou pour pomper tout votre sang et aussi bizarre que celà puisse paraître, vous ressentez en un instant la trépidante sensation d' éternité qui manque tant à beaucoup de formation autoproclamé "authentique", "rock", "punk". Leur électro sauvage en apparence régressive et facile pour certains est bien plus sophistiquée qu'il n'y parait. Les rythmiques ne se répètent pas grace à une diversité hallucinante et une maîtrise qui sent la passion sincère. Changements surprenants instigués par une créativité débordante. Par rapport au précédent LP celui-ci montre nos deux italiens domestiquer encore plus magistralement l' espace au point d'en faire ce qu'ils veulent avec virtuosité à grand coup de sample pernicieux venus d' on ne sait où. Les vocaux y sont encore plus travaillés et sont accumulés en une multitude de couches étourdissantes. Les textures se voient elles aussi surchargée. A chaque instant la tension peut être propulsée à son extrème pour retomber net. Un guépart rode, attaque puis repart en retrait pour mieux revenir et vous achever. Ce disque c' est 7 bombes à détonations multiples et imprévisibles pour tout dancefloor ronronnant . Pour toutes soirées rock ou punk conformistes. Le huitième semble touchée par le zen et l' apaisement. C' est l'occasion de retrouver en guest star une grande légende elle aussi fan de la musique brésilienne, Arto Lindsay ! L'un des papes de la No Wave, le génial fondateur de DNA et Lounge Lizzard, pose sa voix et enfin relativement sereins les deux Ninos s' enfoncent encore plus profondément dans la jungle en quête d'une cité perdue.
- JEFRE CANTU-LEDESMA, shoegaze taquin.
Il est difficile d' établir le nombre totale de publications de Jefre Cantu-Ledesma tant il ne cesse de sortir à tour de bras beauté sur beauté depuis des années. Une chose est sûr depuis qu'il a signé chez Mexican Summer il en est à deux avec le dernier "On The Echoing Green". Une autre toujours en lien avec le label indie c' est qu'il confirme son petit virage pop entamé avec son merveilleux "A Year with 13 moons" (voir chronique ici) et sa cassette "In Summer" (voir aussi par ici). Pour les fans de la première heure ne vous inquiétez pas, le noise, les senteurs hypnagogic-pop, les traces de musique concrète et de post-rock font encore partie de ses rêverie ambient dronesques par instant. "On the Echoing Green" est à ce jour son disque le plus accueillant pour les âmes sensibles. Les guitares sont plus identifiables, présentes, centrales et le guitariste ose afficher plus clairement ses intensions d' amoureux de Durutti Column. A ce petit jeu-là il va même plus loin jusqu'à parfois être en capacité de charmer via une similarité sonore les nouilles/fans du fatiguant Mac DeMarco. Cantu-Ledesma fait preuve de netteté et de sobriété au point d'en perdre un peu son caractère énigmatique. Le gros changement dans son virage plus accueillant c' est une compagnie plus forte des voix au cours de ses expéditions sonores ensorcelantes. Mais comme je l' écrivais d' autres titres remplisse parfaitement le cahier des charges en matière d' abstraction, boucan et drones. Notre bonhomme n'a donc pas pour autant cesser sa légendaire maltraitance de bande magnétique. Un titre résume parfaitement les deux faces de ce beau disque. "Song Of Summer" sera l' autre marotte avec bien sûr le Slowdive (voir par ici) pour nos siestes et songeries estivales. Le début est typiquement à ce propos un titre "Souvlakiesque" et peut permettre à Cantu-Ledesma de raccrocher à lui le wagons des récents fans du groupe anglais. Belle découverte que la chanteuse Sobrenador (pas la seule présente sur ce disque d' ailleurs). Un premier tier au charme redoutable pop très Slowdive/MyBloodyValentine pour vous toucher, ensuite Ledesma redevient Ledesma et c' est parti pour un drone enclenchant un profond et surprenant sentiment d' élévation et d' ampleur encore plus fort. Et quand on croit que c'est fini Ledesma en remet une sacrée couche de réverbération en vous projetant encore plus loin avec l' arrivée de synthés et de boites à rythme magistrales. Après ces 10 minutes stratosphériques on se dit que l'on a atteint le sommet pop expérimentale du disque. Que nenni ! Les fans de M83 et de tout ce que le shoegaze synthé nous a offert vont se faire fracasser par l' évidence "Tenderness", autre tube estivale pour tout moment, sieste ou promenade, réveil ou coucher, l' après concert festivalier génial ou chiant, vos rencontres amoureuses ou vos séparations (si pas les deux!!!). Les fans de Mexican Summer peuvent encore pavoiser, leur label préféré vient encore de faire très fort et Ledesma devenir définitivement un sacré passage obligatoire pour la transition entre l'indie classique et l' expérimentation.
- Philippe Hallais aka LOW JACK s' attaque au sport médiatique sur un mode... Lynchien expériment
L'une de nos trop rares fierté nationale, Philippe Hallais aka Low Jack, revient à peine un an après son fantastique "Lighthouse Stories" (voir par ici). Sous son vrai nom il délaisse ses légères velléités dancefloor de 2016 pour un retour à ses amours indus et sa techno noisy franchement plus expérimentale. Pour les curieux de musique "urbaine" nouvelles pas ou très peu de trace de footwork ou de Gqom dans "An American Hero" mais en cherchant bien ils peuvent toujours tomber sur une de ses mixtapes géniales dans lesquelles brillent son flaire et sa grande ouverture d' esprit. Ce grand pote de Dominick Fernow (Prurient/Vatican Shadow) offre avec son deuxième album publié chez les importants Modern Love un véritable Ovni ambient et noise se révélant être un choc affectif pour quiconque osera s'y aventurer. Les glitch vous assaillent, vous interpellent et vous interrogent sur un rythme lent que ne renieraient pas ses collègues de Modern Love, les Demdike Stare et Andy Stott. Comme tant d' autres Hallais a été cherché dans les poubelles sonores de notre époque pour mieux nous la dévoiler. Et plus précisément évoquer la place prépondérante et invasive du sport par l'intermédiaire des médias dans notre société du spectacle. Notre breton dit avoir été subjugué par la chaîne spécialisée dans le sport vintage, ESPN. Mais vous pouvez tout autant aller regarder d' autres émissions spécialisées traitant du sport contemporain et collant à l' actualité, certaines pratiques se sont généralisées conférant à ce machin son rôle de divertissement des masses bien pratique pour certains. Il y a notamment repéré une des caractéristiques principales du traitement médiatique des sports , le storytelling ad nauseam. Certains avant lui avaient vu dans la couverture médiatiques de certains sport comme la version mâle et adulte des sitcoms pour ménagères de tout âge et des contes pour enfant. Dans "An american hero" il retourne ce storytelling contre ses auteurs en passant par la parodie ou la tragédie et en usant d'une électronique futuriste amenant à la dystopie. Il met à jour tout ce que ce traitement pseudo journalistique cherche à cacher mais qui explose à notre vision quand on daigne prendre un peu de recule, sentiment de puérilité, de crédulité et de cynisme. Selon lui ces documentaires "Réduisent la vie de ces athlètes de haut niveau à un conte générique, les transformant en imitateurs de leurs propres vies par l'utilisation extrême du montage, du ralenti et des thèmes musicaux." Hallais le reconnait lui même et les vidéos réalisées par Ethan Assouline accompagnant ce disque le montrent tout autant, dans cette critique de l' amérique et de son rapport avec ses héros sportifs et le role que l'on veut leur faire jouer. Il y a quelque chose du Twin Peaks de Lynch. Les nappes de synthés rappellent Badalamenti quant à l' esthétique des images, l' attention aux souvenirs cheap que sont les vieux trophées exposés dans le salon familiale ou cette jeune fille en plan fixe, l' évocation est plus que claire. Mais si l' étrangeté de l'univers Lynch et de Badalamenti restent fortes dans les esprits le temps a quelque peu fait son oeuvre et Hallais permet d' aller encore plus loin dans l' anormalité grace à la modernité dont il fait preuve et par les territoires sonores inexplorées qu'il semble découvrir. Au point de se révéler être, malgré ce que laisser entendre le qualificatif d' expérimental, un des plus grands chocs émotionnel sur disque en cette déjà bel et riche année en la matière (Arca entre autres). Les vidéos d' Ethan Assouline sont dispo ici: http://www.an-american-hero.com/ Et quelques mixtapes
- SINJIN HAWKE, futur orchestral.
Si je vous ais déjà parlé de sa copine co-fondatrice avec lui de l' étiquette Fractal Fantasy, Zora Jones, faute de sortie je n' avais jamais abordé le cas personnel de Sinjin Hawke. Dans la vie civile Alan Stanley Soucy Brinsmead. Sauf peut-être et brièvement au moment de leur ep collaboratif sorti en 2015, "Visceral Minds". Depuis 2011 et son "The Light ep" rien si ce n'est des collaborations avec des artistes obscurs rap et trap. Tout c' est accéléré pour ce canadien en 2016 avec son travail pour The Life of Pablo de Kanye West. Il aura fallu attendre 6 ans pour enfin savoir ce que le gamin avait dans les tripes. "First opus" dévoile enfin un talent fou. Une vision originale portée sur le futur doublée d'une réflexion forte et juste. Hawkes en 14 titres met tout le monde d' accord par sa bravoure artistique et son talent. Disque grandiose avec sa production maximaliste à rapprocher d'un Rustie ou par ses aspect clinquant et tape à l'oeil du post-internet de PC Music. Mais aussi disque fragile. "First opus" est un magnifique verre de crystal qui éblouit tout sur son passage. Comme Holly Herndon, Antwood ou Lopatin le discours tenu par ce mioche au sujet du numérique et de la technologie en général aurait de quoi faire fuir plus d'un réac archaïque apeuré. Il veut embrasser le futur pour mieux le changer avec pour seuls armes, le laptop et son inimagination. Comme bon nombres d' artistes évoqués ici nous nous retrouvons face à un immense brassage stylistique. Trap, grime, wooky, hip hop, dancehall, pop, soul et funk sont repérables et rapprochent Hawke de la scène UK bass mais ce dernier (proche d'un autre expérimentateur pas tenté DVA et du fondateur de Night Slugs L-Vis 1990) a sa petite touche personnelle qui fait la différence. Il puise dans l' héritage musicale familiale et son enfance. Fils d'un célèbre joueur de Cor d' Harmonium il trempe sa musique futuriste dans un alliage fait de choeurs avec des voix évoquant plus des enfants que les grosses mémères de l'opéra et surtout orchestral. Des cordes et des cuivres foisonnent partout quand les voix trafiquées numériquement évoquent les cantates du classique qu'il dit adorer. Les amateurs de vintage funk/soul et des productions de Philadelphie début 70's (le fameux Philly-sound), de rap old school aussi, feraient bien de jeter leurs oreilles saturées de redite dessus. Histoire de sortir de leur niche. Pour ceux plus porté sur le présent et un passé plus proche le fantôme de Dj Rashad et de son footwork plane sur la musique du canadien. Le dernier titre "In living memory" n' est rien d' autre qu'un hommage revendiqué à Rashad avec lequel Hawke collaborait au moment de la mort du dj chicagoan. Un autre ponte du footwork a également bossé avec le jeunot, Dj Taye, et ce pour une de mes tuerie préférées dans le genre. Si on a attendu si longtemps pour enfin découvrir cette réussite son auteur l' explique par son côté méticuleux au moment du mixage. La production est un modèle du genre qui ajoute encore plus aux mélodies à la souplesse hallucinante. Par son amour de la technologie et son héritage "classique" Hawke offre une version plus rythmée et un peu moins larmoyante du chef d' oeuvre de cette année, le gigantesque Arca. Petite sélection Fractal Fantasy avec des clips à l' esthétique toujours particulièrement soignée chez le couple Zora Jones-Sinjin Hawke et surtout allez sur le site où il y a encore mieux du style vision panoramique à gogo! https://fractalfantasy.net/#/firstopus














