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- BRITPOP, les origines. 1962-1987
ALors je vous rassure tout de suite, cette première partie en deux parties concernant les origines va vous sembler très longue, mais sera suivie par d' autres plus courtes. Pour aborder la Britpop il faut remonter très loin dans la riche histoire Britannique et s' attaquer de front à la terrible complexité de cette scène musicale. D' autant plus que comme je l' ai écrit dans l' introduction (ici), une succession de relecture caricaturale ou approximatives sinon totalement fausses ont été produites et rentrées dans l' inconscient collectif. LES AVEUX Alors oui j' avoue! La Britpop, un des premiers grands revivals rétrogaga que je maudits en permanence par ici, je m' y suis plongé jusqu' à y perdre pied. Du bout de la dernière mèche de ma coupe de cheveux Mods/Playmobile jusqu' à mes Adidas Gazelles . Et je suis tenté de dire "j' y étais" voir carrément "j en étais aussi". Avec toute l' arrogance et la morgue apprises et copiées tel des savoirs vivres au cours de ces années devant les couvertures de magazines représentant les Liam Gallagher, Damon Albarn, Ian Brown, Jarvis Cocker et autres Brett Anderson. Visuellement si vous m' aviez croisé dans les rues de Limoges ou dans une discothèque paumée de Corrèze votre premier réflexe aurait été de vous adressez à moi en langue de Shakespeare (quiprocos maintes fois vécus). Chaque mercredi c'était injection hebdomadaire de Britpop via les lectures des NME et Melody Maker achetés sur Limoges (Maison de la Presse Rue Haute Vienne) ou à Brive La Gaillarde. Parfois les mensuels anglais Select, Q Magazine et Mojo s' ajoutaient à la liste selon leurs arrivées hasardeuses en gare de Limoges. La presse écrite musicale britannique vivait alors ses dernières heures de gloires et je confirme par mes lectures passées qu 'elle fut l' instigatrice du phénomène Britpop. Mais probablement aussi que pour arriver à ses fins, sa survie, elle se reposa sur un mouvement de fond souterrain réel qu' elle amplifia jusqu' à le détourner de sa trajectoire initiale tel une loupe déformante. Côté hexagone c' est la légende Bernard Lenoir qui s'occupait de la dose quotidienne via son émission sur France Inter. Les Inrockuptibles devenus mensuels puis hebdos se contentant d' en remettre une couche via les écrits de JD Beauvallet principalement. Et je ne parle même pas du pèlerinage estival Britpop que constituait alors la Route du Rock et ceux automnaux au Festival des Inrocks. Comme je vous l' avais raconter dans l' article sur Nirvana (ici) j' étais un ado un peu à part. Rebelle mais pas trop. Pas très bavard voir carrément refermé sur lui même. Sur la défensive. Entre mal être adolescent et impression de ne pas être né au bon endroit et à la bonne époque. De ne pas avoir grand chose à partager avec les autres sauf avec les rares autres amateurs de musiques. Déjà passionné de musique je commençais à peine à afficher mes différences d' avec la majorité de mes congénères et il fallait l' intimité d' un dortoir ou d' une salle de classe après les cours pour lâcher mon petit côté Proto Geek musicale. NAISSANCE D' UNE ANGLOPHILIE MUSICALE ET CULTURELLE. Résumons mon parcours pré-Britpop et vous allez vite comprendre que les germes Britpop était déjà en moi avant même la première lecture d' un NME ou d' un Melody Maker. Vers 15-16 ans (1987-89) ma fibre mélomane débuta par la découverte des vieilleries opportunément ressorties en CD, le nouveau support apparu quelques années plus tôt. Bien sûr j' écoutais les tubes du moment comme tous les gosses mais à part deux ou trois exceptions, ce qui passait sur les ondes françaises n' était rien d' autre que du jetable. Aussi vite gobé que recraché et oublié. Un simple divertissement. J' étais donc devenu progressivement un adolescent très nostalgique d' une période qu' il n' avait pas connu. Les mythiques 60's. Cette décennies qui avait vu la jeunesse prendre un tant soit peu le pouvoir et tenter de changer le monde étaient louées régulièrement dans les médias (télé, radio et presse spécialisée) par les soixante-huitards alors devenus hégémoniques dans les rédactions. Face à mes congénères ados plus portés dans leur majorité sur le suivisme ou le "je m'en foutisme", et n' ayant aucuns accès au Rock alternatif français, la jeunesse 60's semblait à mes yeux le modèle ultime à suivre tel la fratrie que je n'avais pas. J'avais un gros besoin d'espérer mais le monde autour de moi n' était déjà que source de pessimisme et de désillusion. On y revient justement sur le rôle des premières rééditions CD des classiques 60's sur la Britpop. Les légendes du passé devenaient bien plus abordables en Cd qu' en version vinyle hors de prix (Souvenir d'un exemplaire du "Low"de Bowie alors introuvable en Cd et vendu 300 francs soit 68 euros). Pour être plus précis les CD eux aussi étaient chers et bien souvent on se reportait sur le format cassette et la copie pirate. Fallait-il encore pour cette dernière trouver la matière via les connaissances sinon le fan de musique isolé de devoir s' armer d' une patience à toute épreuve et d' avoir souvent un train de retard. N' oubliez jamais que nous allons parler d' une époque sans internet et à moins de vivre dans une grande ville ou dans une fratrie votre seule source de découvertes musicales n' était que la radio, la télé et la presse écrite disponible. Le passé est donc devenu vers la fin 80's bien plus accessible. Pas autant omniprésent que de nos jours quand un simple clic suffit. La démarche était encore saine et s'apparentait à une simple volonté de se cultiver. Pas de piocher par opportunisme et refus du présent afin de quoi se créer une posture ou fabriquer un assemblage facile d'influence. Je débutai donc par le parcours classique d' alors : Beatles, Hendrix, Rolling Stones, Doors (désolé) Led Zeppelin (tel un vermifuge) Pink Floyd, Queen (beurk! ), U2 (rebeurk) etc etc etc. Et avec ça une petite dose de punk mais pas trop (Sex Pistols et Clash). Les curateurs médiatiques soixante huitards n' aimaient pas trop ceux qui les avaient suivi et on peut assez vite comprendre pourquoi. J'avais aussi un petit faible pour les compilations concernant les musiques à base de Synthétiseurs et enfin les rares titres Acid House croisés sur les ondes. Je me gavais donc surtout du passé en piochant sur les deux rivages de l' Atlantique sans discernement ni préférence jusqu' à une rencontre bien plus marquante. Un véritable événement dans mon quotidien qui me fit basculer vers le camp anglophile pour un très long moment. Et ainsi de tomber amoureux à vie des sous-cultures britanniques. En Mars 1988 sort chez Polydor la compilation "Who's Better, Who's Best". En parallèle est diffusé un documentaire relatant l' histoire des Who sur M6. Le choc ressenti un samedi après-midi est terrible et multiple. Musicale, esthétique, sociétale et politique. Ce pays que mon héritage rugbystique franchouillard considéraient comme la terre de nos ennemies héréditaires devenaient l' Île merveilleuse des héros de mon monde intérieur. Tout dans le documentaire me marqua à vie. Les postures, les danses, les fringues, la musique, les commentaires, la façon de parler de musiques avec des considérations débordant sur d' autres domaines. Il y était notamment question des classes sociales britanniques et cela rentra en résonance avec ma vision de la société et ma fibre politique naissante elle aussi. Je m' aperçus à ce moment-là , par un étrange phénomène paradoxal, que l' adolescent français que j' étais se retrouvait mieux dans les paroles de groupes et artistes d' outre Manche que celles de ses compatriotes malgré bien sûr quelques différences. Et ce fait de persister jusqu' à nos jours à l' exception du Rap et de trop rares particularités rock ou électros. Une véritable révélation. J' ai pas vue la Vierge, mais Pete Townshend avec la frange de Keith Moon, et tous les chemins menèrent à Londres. Assez rapidement ils auront tendance à passer régulièrement par l'axe Manchester/Liverpool. Vision Moderniste contre penchants Traditionalistes. Mod et Trad Rock débattant de la modernité, Brighton 1964 Pour cet article je me suis replongé dans mes premières années de mélomanes et donc cette compilation un temps oubliée mais qui compta tant. Respectant à peu près la chronologie de leur carrière les 19 titres dressent l' évolution stylistiques et les innovations de leur génie en chef, Pete Townshend. Des début Rythm & Blues avec la période Mods adepte de la Soul , les tentations psychédéliques et enfin le retour rock sauvage mêlé aux envies expérimentales et électroniques. Je suis sidéré par les parallèles entre leur parcours jusqu' aux 70's et ce que je recherche de nos jours dans la musique. Des liens avec la conception développée dans un blog capable curieusement de produire une série d' article sur la Britpop "rétrograde" alors qu' il ne jure que par l' innovation, l' expérimentation, le renouvellement et la prise de risque chez les artistes. Tout est dans le mot Mods. Mods: abréviation de modernists pour qualifier à l’origine les amateurs de modern jazz, par opposition aux trads . Sous culture britannique. Et les Mods devenus plus tard amateurs de Pop et de Soul de se foutrent de grosses branlées avec les "Trads" rockers sur les plages de Brighton. La bagarre ,ou plutot le débat, se poursuit sous une autre forme dans ce blog et ailleurs depuis 10 ans. Jusqu'à quel point faut-il s' inspirer du passé et quels dangers quettent? Curieusement quand les groupes Britpop énuméreront leurs influences les Who seront rarement cités dans leur culte du passé malgré une influence esthétique et patriotique certaine. Seront cités par ces gamins nostalgiques en quête d' une identité nationale plus forte face à l' invasion Grunge les grandes heures de leur héritage musicale avec principalement les groupes de la British Invasion victorieuse aux Etats Unis. Mais déjà je me dois de préciser un petit accroc dans le récit médiatique. La British Invasion, réel modèle ou fausse excuse ? Invasion de Parkas et de Vespas, Mods à Brighton La génération Britpop dans sa quête d'un nouvel âge d'or citait cette British Invasion conquérante avec les Beatles bien sûr, parfois The Rolling Stone car jugés trop rock donc trop ricains, les Zombies, les Animals etc etc. Mais paradoxalement les formations réellement admirées et copiées étaient bien trop British pour avoir percé aux States voir même en Europe. Beaucoup de Mods tel Les Small Faces, The Creation, The Easybeats ou plus ambigu les The Kinks. Une vériatble facination pour l' imagerie Mods va se déverser dans la presse sous la Britpop. De même on pourra rajouter, et nous les aborderons ici, d autres groupes ou courants succédant aux Beatles mais qui eurent également un impact moindre en dehors des frontières britannique tel le Glam Rock ou le Post Punk. Ce qui s' apparentait à une réaffirmation identitaire certainement légitime et nécessaire pour lutter contre une trop grande influence étrangère débouchera sur un repli sur soit total mortifère et illusoire. Rien à voir avec une volonté de repartir à la conquête du monde qui aurait nécessité une certaine ouverture sur l'extérieur. Les groupes Britpop dans leur majorité ne chercheront donc pas vraiment à devenir grand aux States mais quoi de plus normal. En ces temps-là un simple succès nationale suffisait à leur presse nationale pour leur décerner le titre de Plus Grand Groupe Du Monde. L' Europe et le Japon leur subviendront pour penser dominer le monde et être à la pointe mais en définitive ce sera les dernières petites bataille victorieuses des guitares Britanniques avant la prise du pouvoir mondiale par le Rap américain. En définitive nous verrons que la recherche des influences dévoile que la Britpop n' était pas un bloc monolithique et que nous pouvons même parler d'une succession de vagues hétérogènes ne partageant seulement en commun qu' un fort goût du rétro et que la volonté d'afficher plus fortement son identité patriotique n'était pas commune à tous . À y regarder de plus près on peut même déceler en la Britpop comme une étrange alliance entre Modernistes et traditionalistes jusqu'à ce que l'un des camps l' emporte et l' entraîne à sa mort. Des différences sociétales, sociales et même genrée vont être également discernables. Il semble évident que la trajectoire des Who ne les gêna un peu ces Britpopeux et pour cause. Townshend avait su évoluer et sortir des ornières nombrilistes et stylistiques quand les Oasis, Suede ou Pulp (avec honneur si plus), Blur un temps et tous les autres se plantèrent royalement. Si on doit chercher les deux plus fortes et revendiquées influences réelles sur la Britpop il faut alors chercher dans l' enfance de ses acteurs qui pour l'immense majorité n' avait pas connu les glorieuses sixties, le Glam Rock et à peine le Punk. Mieux vaut sa propre nostalgie de son enfance, plus marquante, que celle de seconde main des aînés. Et donc pour la plus part, ce fut dans les 80's qu'ils puisèrent le mode opératoire. Deux formations vont leur servir et bon nombre vont se limiter qu'à ces deux là limitant encore plus dangereusement le spectre d'influences. THE JAM, Is this modern world? Ainsi et très vite on en arriva , par une certaine logique, "si eux l'on fait pourquoi on y aurait pas droit", à ce qu' une partie de la Britpop de dédier par réelle passion ou par excuse un culte à un autre revival exclusivement anglais moins massif et lui aussi tournant autour de l' univers des Who. Certains rétrogaga n' ont pas tout à fait tord, les revivals ont toujours existé dans l' art et la musique populaire. Cette fausse excuse vous pouvez souvent la voir apparaître et évidemment elle a servit à certains Britpopeux comme dorénavant à tous les revivalistes contemporains. Mais jamais avant la Britpop ils n' avaient à ce point éclipser toute autre forme de modernisme et tuer dans l' œuf toutes tentations d' évolution. Fin 70's c'est donc un Revival Mods qui apparaît. Son impact est assez court et faible sur l' ensemble de la société Britannique. Si quelques groupes eurent leur petit instant de gloire il fut en grande partie lancé et incarné par Paul Weller et ses Jam. Weller qui sera nommé chez les Gallagher et compagnie comme le Modfather, le parrain de la Britpop, verra alors sa carrière relancée après quelques années de vaches maigres. The Jam quasiment inconnu encore de nos jours en France fut le groupe le plus populaire en Angleterre au début des 80's. Leur séparation précoce sera vécu comme un véritable traumatisme. Un traumatisme que l' on a ressenti fortement plus de 10 ans après quand les Gallaghers, Bluetones et compagnie les nommèrent avec des trémolos nostalgiques dans la voix comme l' une de leur influence majeur. Se pencher sur l' histoire des Jam va se révéler être très éclairant et explicite en partie de celle de la Britpop. Paul Weller se lance dans la musique dès ses 14 ans. Ses précoces qualités de guitariste et de chanteur vont très vite le propulser au rang de petit virtuose ce qui va entraîner chez lui dès cette époque un certain complexe de supériorité que l' on peut aisément définir comme de l' arrogance et de l' assurance hors norme. De cette arrogance que les Gallagher et Albarn vont nous abreuver dans les 90's jusqu' à la nausée. Le jeune Weller ne s' intéresse pas au Glam de Bowie ni au rock progressif alors aux sommets. Lui son truc, c' est les 60's et surtout toute la scène Mods avec sa passion pour la Soul. Déjà à contre courant de la définition du modernisme. En fait Weller avec ses acolytes, Bruce Foxton (Basse) et Buckler (Batterie), vont reprendre le train de l' histoire en marche grace à la bombe d' énergie et de remise à plat que fut le Punk vers 76-77. Leur son va devenir tout autant violent et agressif que celui des Punk mais toujours avec leurs us et coutumes Mods. Leurs costumes taillés sur mesure et toute l' imagerie Mods vont très vite les faire passer pour d' étranges anomalies dans la vague Punk qui déferle sur Londres. Immédiatement le talent de songwritter de Weller va très vite les propulser aux sommets des charts britanniques. Un premier album "In The City" dès 77 les impose sur le devant de la scène Punk. Les textes de Weller diffèrent également du contingent Punk par sa teneur bien plus politisée et sa perspicacité. Anti Establishment absolu, Weller ne laissera rien passer et sera l' un des premiers opposant culturel à Margaret Thatcher avec Billly Bragg. Ce trait va durer tout au long de leur carrière. Sans jamais l' affirmer Weller va devenir probablement le chanteur le plus ouvertement de gauche avec Joe Strummer des Clash. Sur ce point ses adorateurs Britpop passeront au mieux pour des timorés, au pire pour des fêtards insouciants et un brin stupides. Weller longtemps après les Who et les Kinks va être aussi le principal représentant du retour d' une forte Britannicité* qui avait quasiment disparu que les Sex Pistols effleurèrent en comparaison par l' utilisation de l' union Jack quand les Clash auront des visées bien plus mondialistes et universalistes. *Britishness : terme anglais traduisible en français par britannicité. Est utilisé pour qualifier ce qui distingue le peuple britannique des autres peuples européens et forme la base de son unité et de son identité. Leur carrière va être une course effrénée qui ne dura qu' à peine 5 ans. Leur deuxième album "This is Modern World" sort à peine 6 mois après et confirme que The Jam se différencie des autres Punks par son adoration pour les 60's. Déception critique ce disque marquera Weller qui va très vite comprendre que la simple redite tout autant énergique qu' elle soit ne suffit pas. Alors que la légende raconte qu' un Weller très (trop?) sûr de lui avait pris d'un peu trop haut Joy Division au cours de l' émission légendaire Something Else du 15 Septembre 1979 la suite va vite révéler un Weller plutot intelligent et adroit en entamant une démarche similaire de réinvention comme le Post Punk et Joy Division avaient entamé. "All Mod Cons" est la deuxième naissance des Jam qui deviennent progressivement plus Post Punk que Punk. Le succès critique comme populaire ne les quittera plus. Ils vont marquer durablement les esprits en alignant une succession ininterrompue de 18 singles dans le Top 40 national. "Setting Sons" suivra avec la même réussite. Ces deux albums, mélanges malins et adroits de Traditionalisme et de Modernisme avec une très forte Britannicité seront les plus plébiscités par les artistes Britpop. Les plus copiés. Dommage, le meilleur restait à venir. "Sound Affects" avec sa pochette hommage aux clichés Pop 60's se révèlent être le disque des Jam le plus Moderniste. Moins agressif mais tout autant pertinent politiquement on voit un Paul Weller chercher constamment à sonner comme son époque Post Punk, voir mieux, à la dépasser. L'influence des productions des disques de Joy Division et Gang Of Four y est franchement évidente et le poids de Gang Of Four se discerne également dans l' écriture des paroles. On ressent à la réécoute la forte tension décrite plus tard par Weller au moment de l' enregistrement. Dans ce disque, le préféré de Weller, la tension entre Modernisme et Traditionnalisme est au plus fort degré que l' on puisse rencontrer à l' époque et dans leur carrière. Laissant de côté sa fibre Mods il tenta de rééditer à sa manière le coup d' accélération Pop que fut le "Revolver" des Beatles et comme il le reconnaîtra plus tard sous la très forte influence du "Off the Wall" de Mickael Jackson bien que cela ne se révèle pas vraiment en apparence. L' immense "That's Entertmaint" frise l' Art Pop tout en décrivant la vie quotidienne ouvrière de l' époque. C' est aussi le plus parfait pont entre les deux groupes anglais les plus populaires des 80's. The Jam and The Smiths. Par la suite Weller développera une musique bien plus mixte en terme d' influence en devenant de plus en plus dansant, Funk, Rythm & Blues et Soul. "The Gift" et enfin le single d' adieu "Beat Surrender" seront leur apogée et de ce fait la raison principale de la décision de Weller qui estima qu' il fallait tourner la page pour continuer à évoluer. A l'instar du Townsend progressiste le Paul Weller post Jam de Style Council avec son virage Sophisti Pop et Jazzy, après ses virées crossover Soul et Funk, sera mis aux oubliettes par les Britpopeux bas de front. Dommage pour eux parce qu' à l' exemple de cet emprunt au Jazz, les groupes Post Rock s' en souviendront à leur place. Les tentations réactionnaires derrière les revivals. Le Paradoxe/mensonge Britpop L' imagerie des Mods mais une musique Traditionaliste Weller avait bien décelé les risques mortifères de tout Revival dans la musique puisqu' il avait frôlé de peu les abîmes rétrogaga avec son deuxième album et qu' à force de remise en question, d' expérimentation et de brassage stylistique, il put se renouveler et sortir de l' ornière. La Britpop dans son ensemble n' en retint aucune leçon comme le montrera ces sommets d' isolement stylistique et de nombrilisme que seront "Be Here Now" et "The Great Escape". D' autres Revival en parallèle du Revival Mods incarné par les Jam et auraient pu également servir d' avertissement à la Britpop. Réactivés par l' énergie Punk ils étaient apparus aux débuts 80's avec plus ou moins de pertinences et finirent très mal. Le revival Ska britannique piochant dans la culture Jamaïcaine et populaire britannique des 50's et 60's fut l' un des rares à finalement se révéler progressiste politiquement et artistiquement. Mais très vite et assez injustement il fut traité comme une simple mode pas très sérieuse. En fait le monde musicale depuis le Punk était devenu profondément progressiste et une fois leur fraîcheur provenant du Punk évaporée les Revivals tournèrent vite en rond incapable qu' ils étaient de se renouveler. Madness dont on va reparler abandonna le Ska progressivement pour une Pop bien plus blanche quant aux Specials leur virage Art Pop ne rencontra pas le succès mérité. Par exemple un autre revival trahissant plus concrètement les relents réactionnaires de ces tendances était également apparu fin 70's. Le revival Rockabilly avec en fer de lance les Stray Cats et son pendent anglais traduit par le retour dans les rues des Teddy Boys. Et devinez ce qui se passa. Les rues de Londres de ressembler aux plages de Brighton 15 ans plus tôt sauf que les Punks avaient remplacé les Mods. Il est aussi à noter qu' en matière de relents réactionnaires le Ska du fait de son lien étroit avec le mouvement populaire Skinhead n' y échappa pas non plus et Madness devra toute sa carrière se coltiner un contingent de Skin d' extrême droite dans ses concerts. A partir de cette époque les tentations Revivalistes furent alors jugées comme pathétiques voir dangereuses artistiquement et socialement. Même si un artiste était alors très fortement influencé par un vieux mouvement il se devait d' en proposer une relecture fraîche si ce n' est une réinvention ou son brassage avec d' autre mouvance stylistique. Certains Mods apparus à cette époque, souvent amateurs de Northern Soul, n' oublieront pas les origines progressistes de leur mouvement et on en retrouvera à l' avant garde de la vague Acid House et Rave. LA BRITPOP, THE SMITHS ET L' AMBIGU MISTER MORRISSEY On ne peut pas ne pas parler des Smiths au sujet de la Britpop. Après les grands groupes 60's et The Jam voici l' autre gigantesque influence. Cette formation mancunienne étendard de l' Indie music des 80's fut la plus citée et régulièrement affichée comme le modèle à suivre mais entre les déclarations tapageuses et les actes il y a souvent un monde. The Smiths avec leur Jangle Pop opérèrent eux aussi une sorte de retour en arrière dès 83 mais encore bien assez moderne à contrario d' une partie de la Britpop 10 ans plus tard. Tous le témoins de cette époque vous le diront et certaines de mes conversations avec des autochtones me l'ont confirmé. L' arrivée et le succès des Smiths fut là-bas un cataclysme musicale et sociétale qu'ici on peine à imaginer. Leur singles atteignant régulièrement les sommets des charts cela avait pour conséquence une présence médiatique inédite illustrée par des passages à l' institution télévisuelle Top Of The Pop devenus légendaires. L' Indie Music se faisait une place au milieu des charts qu' elle n'avait jamais trouvé jusqu' alors. Ce groupe au nom si commun avec son chanteur affublé de chemisiers prisées par les ménagères britannique, ses lunettes premier prix de la sécurité sociale, ses bouquets des glaïeuls hautement anti virilisme rock, et ses paroles évoquant le quotidien de la Working Class et des franges, jetait une pierre Britishness* popu dans la vitrine Toc du Mainstream. Sans toutefois devenir très renommé à l' extérieur de l' île au contrario de The Cure. Cure que Morrissey détestait aussi comme l' illustre l' hilarante succession de saleté que Robert Smith et Morrissey se sont envoyé (ici pour la rigolade). Morrissey revendiquait ainsi une très forte Britannicité encrée dans le réel et non de carte postale. Mais aussi une Britannicité trempée dans une indécrottable nostalgie. C' est probablement ce fait qui rebuta les étrangers comme cela avait été le cas avec The Jam et d' autres. Morrissey et Johnny Marr n' aimaient pas la musique Mainstream de leur époque à base de synthés et axée sur les pistes de danse. En réaction et par goût ils optèrent pour la configuration classique Guitare/Basse/Batterie. Marr possédait une culture musicale de guitariste assez ouverte pour l' époque allant du Rock des Yardbirds ou les Rolling Stones jusqu' au Folk de types comme Bert Jansh ou Roy Harper. Plus tard il s' intéressera à l' électronique et l' Ambient dans la droite ligne de l' esprit sans frontières stylistique du Post Punk qui l' avait vu grandir. Si en apparence Morrissey semblait plus éclectique en adorant les chanteuses Pop de son enfance (Sandie Shaw et Cilla Black) il faut remarquer qu' il ne quittait pas la sphère Rock avec ses passions limites maniaques pour Patti Smith ou les New York Dolls jusqu' à développer une étrange et déjà anachronique lubie pour le Rockabilly. Le germe des tendances réac Britpop est bien à trouver par là, chez Morrissey. Grandis tous les deux sous le punk et le Post Punk ce fait leur évita d' avoir une démarche trop rétrograde et chercher à s' évader du lourd héritage Rock. Marr a donc toujours expliqué vouloir rompre avec les clichés Rock de la guitares et développa son art des arpèges sophistiqués en délaissant l' agression sonore des larsen par exemple. Il ne cessa de repousser les limites et d' innover. Un titre à lui seul comme "How soon is now" prouve que les Smiths malgré leur instrumentation rock des plus classiques pouvait utiliser le studio afin de sonner réellement neuf. Fait amusant et très annonciateur, Morrissey détestait donc toute la culture Dancefloor et ne se gênait déjà pas de jouer les vieux cons en crachant sur Madchester et la House quand Marr y sauta à pied joint avec le duo qu'il forma avec le New Order Bernard Summer Neil Tennant des Pet Shop Boys. Ascétisme et timidité Indie. La Britpop a donc toujours revendiqué l'importance des Smiths mais quand on se penche sur le poids réel de la formation sur chaque groupes Britpop on discerne de réelles divergences et seulement un vrai point commun. Et en fin de compte on s' aperçoit également que les successeurs ayant de cesse de porter aux nues le groupe n' ont pris dans l' héritage que ce qu' ils ont bien voulu. La configuration guitare/basse/batterie est bien sûr le lien évident avec notamment un très fort consensus autour de la guitare de Marr. Les guitaristes Britpop ont tous vénéré le Mancunien et toutes les formations Britpop ont tenté de retrouver l' alchimie qui reliait Marr et Morrissey. Ils furent rares ceux réussirent. Des très bons guitaristes il y en avait mais de la classe d' un Marr très peu finalement. L' évidence est Bernard Butler de Suede loin devant les Steve Mason (Gene), Steve Cradock (Ocean Colour Scene), Nick McCabe (The Verve) et Gaz Coombes (Supergrass) pour les plus intéressants. Les divergences sont surtout au sujet des paroles de Morrissey et de sa personnalité complexe. Je pourrai passer des heures à tenter de le définir sans réellement toucher au but. A la fois bagarreur et délicat, fragile et fort, Morrissey par ses paroles et ses attitudes fut souvent traité de maniaco dépressif voir de misérabiliste ou encore de moralisateur. Il agaçait aussi par son petit côté poète maudit cultivé donneur de leçons. Critiques justifiées qu'en infime partie parce qu'il pouvait également se révéler être drôle même si grand amateur d' un humour très noir, capable d' une autodérision totale, sarcastique et provocateur. Prenez toutes ces descriptions et chercher un parolier Britpop qui y correspond dans leur totalité. Vous n' en trouverez pas à une seule exception notable, Martin Rossiter des Gene. Et parfois vous allez même rencontrer des antithèses absolues. L' apport essentiel à la Pop britannique de Morrissey fut donc la fragilité qu'il se dégageait de ses chansons. Rarement on avait croisé des textes de chanson Pop évoquer aussi bien la solitude affective, les désirs sexuels non conformistes et la dureté de la société britannique. Rien à voir avec les clichés rock , l' assurance orgueilleuse et la masculinté affirmée de certains roitelets Britpop. Rien à voir non plus avec l' euphorie jouissive et la volonté de célébration à tout prix affichés par certains. Il y a avait aussi dans le personnage public de Morrissey un petit truc qui pouvait en effet bousculer les normes masculines de certains . Ses poses durant ses passages télévisés ou les séances photos, ses déclarations sur sa virginité volontaire et le droit au célibat était à contre courant de ses congénères rockstar. Laissant immanquablement planer le doute sur sa sexualité. 10 ans après Bowie le mancunien remettait le couvert sur ces sujets-là et il est clair que dans le Manchester du début 80's comme dans le rock aux tendances misogynes et virilistes ce n'était certainement pas de trop et franchement salvateur. Comme certains de la Britpop Il s' inscrivait lui aussi dans la grande tradition de songwritters passés maître dans l'art de la description et critique de la société britannique à l'instar d'un Ray Davis des Kinks ou Pete Townshend. Mais encore une fois, à de très rares exceptions, ils furent très rares à aller aussi loin que Morrissey préférant rester à la surface quite à tomber dans la caricature. Morrissey développa une haine envers la génération qui lui succédait, Madchester, et encore une fois le comportement des Britpopeux avec leurs hommages appuyés, héritiers et marqués aussi par Madchester, semblaient hypocrites. Ainsi, Morrissey par son aspect donneur de leçons, aimait mettre en avant une certaine hygiène de vie. Végétarien revendiqué, ce fan des New York Dolls (ironie !) reprouvait la consommation des drogues et on était même pas sûr qu'il buvait de l' alcool. Pour lui plutôt que la boite de nuit et l' ecstasy c' était camomille et un bon livre. Les Gallagher et d'autres avec leurs montagnes de coke et de champagne oublierons le dogme Morrissey. Autre divergence tue par la Britpop, l' étique Indie et anticommerciale. Si The Smiths jouaient le jeu de l'industrie musicale cela était cependant avec de fortes valeurs héritées du Post Punk et des limites assez restrictives. Morrissey et compagnie dressaient en permanence des restrictions à l'exercice marketing au grand dam de leur label indépendant et quand ils signèrent sur un gros label c'était avec des conditions très strictes. Refus d' apparaître dans la première émission télé venue (à l' exception notable de la messe culturelle hebdomadaire Top Of The Pop), relation conflictuelle avec la presse, méfiance de l'outil promotionnel principal des 80's que fut le clip etc etc. La Britpop fut moins regardante dans son désir de dominer les charts et un grand nombre d'accrocs à l' éthique Indie apparurent. On se souviendra de l'utilisation avec leur accord de titres pour la publicité et des explications pitoyables d'un Damon Albarn par exemple. Alors que Morrissey ne ratait pas une occasion d' allumer l' establishment Blur et Oasis se reposaient dessus quand cela leur était nécessaire. Suede et Pulp s' avéreront moins dociles et franchement plus futé dans l' art d'infiltration du système. Les Smiths et la personnalité de leur chanteur marquèrent de leur empreinte toute la scène Indie. Mais tous n'avaient ni le charisme, ni la talent d' orphevre Pop des Smiths pour oser autant et bousculer les charts. Très rapidement le profil type de l' Indie Boy devena celui d' un étudiant mélancolique, plutot réservé, de classe moyenne, progressiste sur les domaines sociétaux et pas franchement porté sur les drogues et la biture. Musicalement cette génération abandonna la "ligne claire" des Smiths pour noyer ou flouter leurs gentilles mélodies sous un boucan de réverbérations et une production lo-fi. L'éthique Indie était alors un dogme susceptible d' être utilisé pour exclure les artistes un brin trop ambitieux commercialement. Quant aux paroles elles se déplacèrent de la rue vers l' intimité d'une chambre d' adolescent mélancolique. Elles ne garderont donc pas le côté acerbe et l' affirmation d'un soi So British la jouant dorénavant plus modeste. L' explosion Madchester fut une première révolte, hédoniste, contre un certain ascétisme et une chape de Plomb que certains traits de la personnalité de Morrissey liés paradoxalement au climat Thachérien avait fait tomber sur une partie de la jeunesse et la société. L' androgynie affichée de Morrissey on la retrouvera chez Suede tout comme la fragilité émotionnelle et certaines revendications des minorités et marges dans les paroles chez les premières formations Britpop tel Gene et Echobelly. Par la suite cela s' estompera jusqu' à disparaître. 1992, la chute du Roi Indie des 80's. Une place à prendre. Morrissey en 92 reste et demeure l' icône absolue de l' Indie anglaise. Et même si Madchester a ébrécher son statut d' icone en le ringardisant un brin avec ses postures de donneur de leçons chaque sortie de disque est attendue tel celle du messie. Son précédent disque "Kill Uncle" avait quelque peu déçu ne rééditant pas le premier effort solo réussi du Moz, "Viva Hate". Disque qui dévoilait un Morrissey plus aventureux musicalement avec Vini Reilly de Durutti Column à la guitare et le fidèle Stephen Street en musicien et producteurs comme du temps des Smiths. Un Stephen Street que l' on retrouvera avec ...Blur. Quand "Your Arsenal" sort en Juillet c' est une douche froide pour l'indie boy que j' étais. Morrissey par ses paroles semble annoncer son futur départ d' une Angleterre qu' il juge à l' agonie en opposition avec la volonté de célébration des Albarn et compagnie. Mais aussi musicalement. Il quitte le navire Indie pour se noyer dans un marasme bodybuildé Rockabilly rétrogaga seulement éclairé par de fines lueurs Glam portée par la présence de Mick Ronson (ex guitariste de Bowie). Une des chansons ("National Front Disco") raconte la vie d' un jeune anglais aux tentations nationalistes se désolant de voir ses "pôtes" fachos du National Front fantasmer leur délire racistes dans des soirées dansantes. Peut être la chanson la plus ambigue d'un Moz qui va le devenir lui aussi de plus en plus dans ses sorties médiatiques. L' infâme concert de Finsbury Park. Le "secret" de la fameuse Britpop Touch des clips de Blur résumé en un seul de Madness. Une formation légendaire So British se reforme cet été-là et pour l' occasion s' offre un festival à Finsbury Park. Madness. Eux aussi énorme influence et fierté de la Britpop et surtout Blur, ils créent leur propre festival nommé Madstock et y invite Morrissey. Petit détail déjà dit. Les Madness ont toujours drainé avec et malgré eux quelques énergumènes fachos. Quelques jours auparavant le Moz donne une interview au NME et sort cette connerie. "Je ne pense pas que les Noirs et les Blancs s'entendront vraiment " Immédiatement Morrissey dément mais le 7 Aout à Findsbury il ne trouve rien de mien que de se draper de l' Union Jack sous les applaudissement d' un parterre de Skinhead d' extrème droite selon la version médiatique. Selon les fans les Skin l' aurait hué pour cause ... d' accaparement de leur culture. Dans les deux cas le Moz commença à sombrer à ce moment-là. Le malaise est général. Chez Madness, la majorité du publique et les fans Indie. Pendant quelques années on pensera à de la maladresse ou de la pure insouciance puis d' autres déclarations de la bouche d' un Moz vieillissant arriveront toute plus accablantes et gerbante. Et l' idole Indie de se transformer en un équivalent Rockstar du Céline de la littérature. La Britpop ne tombera pas réellement dans les travers de la relation étroite entre Patriotisme et Nationalisme malgré un usage intensif de l' Union Jack par ces artistes et leurs sempiternelles et multiples péroraisons Britishness allant jusqu' à la nausée . Chose impensable quelques années plus tôt dans le milieu Indie plutot allergique. Morrissey a-t-il brisé un tabou chez ces gamins-là où ont il voulu se réapproprier un attribut national longtemps accaparé par l'extrême droite ? La réponse se situe comme souvent entre les deux mais cela va virer au ridicule. Si certains n' hésitèrent pas d' autres, portés par des valeurs plus à gauche (Cocker, Anderson) ou simplement par méfiance contre tout symbolisme un brin trop martial, préférèrent ne pas trop s' afficher ou s' associer à l' Union Jack. THE SMITHS & THE JAM VUS DE FRANCE Arrivé trop tard dans l' univers Indie, leur séparation date de 1987, je ne découvris l' oeuvre des Smiths que Post Mortem vers 90 quand Madchester m' en laissa le temps. C'est à la même époque, et tout à fait fort logiquement pour un fan des Who, que je suis devenu fan des Jam et de la suite de la carrière de Weller. Le tube "Shout To the Top" de son Style Councyl est l'un des très rares titres de cette partie, avec ceux de Madness, qui appartiennent à mes souvenirs radiophonique ou télévisuels de ma période ultérieure à ma passion musicale. L' impact des Smiths fut également considérable chez les rares français adeptes de Bernard Lenoir et des Inrocks (autour de 100000 personnes). Celui des Jam bien moindre si ce n'est chez certains connaisseurs et ce pour une raison générationnelle. Parfois je fus également témoin d' un certains mépris de la part du camp Smiths pour celui des Jam quand l'immense majorité du public rock nous balançait cette sentence pitoyable "Trop anglais pour plaire chez nous". Ces groupes étaient donc totalement inconnus de la majorité du fait qu' ils n' entrèrent jamais dans notre triste Top 50 nationale alors que la France vivait une étonnante et drôle Curemania . Je devins donc totalement addict de 1990 à1993 sans que cela ne soit une hégémonie passéiste dans mon univers musical. Avec le recul il apparaît très évident que c' est la réappropriation forcée et abusive de la Britpop mêlée au naufrage Rockab de Morrissey qui me firent lâcher ces deux groupes pour passer à autre chose. Depuis si j' entretiens pour ces groupes une toujours forte passion celle avec Morrissey se rapproche de plus en plus à la relation que l' on peut entretenir avec un Céline en littérature. Weller quant à lui ce serait plutot le gentil parrain parfois un peu trop déifié et servant de mauvaise excuse aux rétrogaga. Un vieux parrain parfois radoteur mais qui illumina ces dernières années par certaines de ses déclarations fondamentalement Mods et progressistes comme quand il avait reconnu que seules le Grime et la Jungle puis l' UK Bass renouvelaient réellement et la scène musicale britannique (ici). Voilà pour la première partie consacrée aux origines. Vous allez très vite comprendre que si 1988 sépare les deux parties sur les origines ce n' est absolument pas un hasard. Cette date est celle d' une révolution qui aura de grandes conséquences sur la Britpop même si cette dernière semblera vouloir la refouler et piocher dans celles abordées ici. A SUIVRE
- SUEDE, UNE MAGNIFIQUE ÉPINE DANS LE PIED DEPUIS 30 ANS
Alors voilà où en sont les guitares Indies en 2022. C'est triste mais si prévisible. Cette rentrée discographique est marquée du point de vue critique par un hallucinant Come Back sur le devant de la scène qui met à jour l' état pitoyable des guitares depuis des années. Bien sûr il y a ces derniers temps des motifs de réjouissances. Surtout avec le Post Punk des Fontaines DC et quelques autres allant piocher ailleurs. Les Black Midi, Just Mustard (ici) et Squid par exemple. Girl Band (ici) par son influence et sa réussite récente est dans une toute autre dimension en terme de réelle innovation. Mais ces arbres cachent un véritable désert d'originalité et de consistance où la redite et les groupes interchangeables finissent de clouer le cercueil de l' Indie music. L'un des grands disques du moment selon les blogs et les sites spécialisés est donc l'œuvre d'une formation vieille de plus de trente ans. Un groupe qui plus-est souvent défini à ses débuts (voir encore chez les détracteurs) comme un feu de paille médiatique. Une hype comme le sont réellement beaucoup de pseudos futurs rénovateurs des guitares de nos jours. Des faux espoirs d'un instant que ces vieux Suede couvrent aujourd'hui de leur ombre solennelle. Mais c'est aussi et paradoxalement un des premiers groupes a pioché allègrement dans le passé et lancer, ou rendre acceptable, les Revivals qui ne cessent d' occuper l'espace depuis trente ans. Dans ce blog chaque fin d'année on prend soin de séparer les groupes un peu trop traditionalistes dans leur utilisation du schéma classique Guitares Basse Batterie . Le top s'appelle Top Faille Spatio Temporelle et permet de parler de très bons disques faits par des jeunots mais jugés ici pas assez progressifs et moderne, voir un brin déconnectés du présent. Dans le même état d' esprit le Top Monument Historique célèbre les vieux qui, sans apporter du neuf comme autrefois, continuent d'exceller dans leur domaine. En 2022 je vais être emmerdé. La formation dont il est question va peut être dominer ces deux classements tellement les jeunots ont vu leur niveau baisser depuis des années. Les meilleurs d'entre eux préférant jeter leurs envies sur d'autres styles et technologies. Sérieusement! Comment peut-on encore s' enthousiasmer pour le psychédélisme faisandés des King Gizzard And The Lizard Wizard, la si simpliste recette Punk Rock Rap de Bob Vylan, l' Indie Folk Country pour quadras dépressifs de Big Thief et The Sadies. Sans parler de l' arrivisme Post Punk d' Idles . Wet Leg a remis au goût du jour l' art du crochet Pop dans l' Indie mais allez écouter le vieux groupe en question et vous allez vite comprendre que ces types de plus de 50 ans sont plus prometteurs pour la suite que les jeunes Wet leg avec leurs méthodes si prévisibles. Suede sort l' un des meilleurs disques de la rentrée et l' accueil de la critique est tout à fait approprié selon moi. Et dieu sait que dans ce blog on déteste mettre en avant les vieux machins. Manquerait plus qu'un succès commercial chez les jeunes générations tel celui de Liam Gallagher en Grande Bretagne (ici) et le constat dressé plus haut d' être encore plus affligeant. C'est assez ironique tout de même. Les guitares sont remises sous les projecteurs médiatiques via deux artefacts Britpop. La Britpop ! Merde ! Ce machin des 90's, en partie construction médiatique, symbole de patriotisme, taxé ici et ailleurs de réaction anglocentriste passéiste. De retour en arrière créatif rétrogaga. Un symbole de tout ce que l'on déteste par ici est en train de devenir trente après un rayon de soleil dans une époque sombre et le pire, sans que cette satanée nostalgie s'en mêle réellement puisque ce sont des jeunes critique et un publique rajeuni qui en sont l'origine. La jeunesse des journalistes se trahie d'ailleurs assez bien quand on lit leur présentation de Suede et du courant qu'il lancèrent malgré eux, la Britpop. Approximations, connaissances de surface et caricaturisme appris dans les articles et documentaires commémoratifs récupérés à la va vite sur le net. En gros la Britpop c' était tout ce que j' ai écris avec le duel Oasis/Blur et quelques autres vite énumérés. On leur dit que le meilleur groupe n' était pas dans ces deux grands noms ? Neuvième album d' une longue carrière, "Autofiction" est à la fois un retour aux sources et un disque moderne. Retour aux sources parce qu' on retrouve le Suede des débuts. Et il est utile de préciser, le Suede d' avant l' emballage médiatique de 1992. Celui au sein duquel la copine de Brett Anderson tenait la guitare aux côté de Richard Butler, une certaine Justine Frischmann future leader d' Elastica. Future copine de Damon Albarn qui lui la Britpop avec Blur... Oasis... Shed Seven...Menswear...Gene ... Jarvis ....Echobelly...My Life Story...Supergrass......Salad...My Life Story;;;The La's...... ... Hum! ... OK ... J' avoue ! Si vous me lancer sur ce sujet Britpop ça va devenir assez gênant pour le moderniste pourfendeur de la nostalgie et des revivals. Celui qui préfère voir devant plutot qu' en arrière. Parce qu' on risque y être encore dans quelques heures et ainsi de me trahir. Comme une épine planté dans le pieds depuis très longtemps qui vient de se faire ressentir avec ce dernier album de Suede. Une épine que je me refuse à enlever comme d' autres ne cherchent pas à cacher les vieilles cicatrices provenant de l' insouciance adolescente. Cicatrices servant de petit rappel à l' ordre. La Britpop, j' y étais et pas qu'un peu au point que... L' heure est donc peut être venue ... (A suivre...) Revenons à "Autofiction", à 2022. Retour aux sources parce que l' on retrouve l' énergie et la puissance punk et Post Punk en partie disparues avec le départ de Frischmann mais encore décelables dans leur premier album éponyme. Disque Moderne parce que si ils reviennent à la case départ ils ne laissent pas de côté non plus leurs acquis musicaux engrangés depuis 30 ans et ne trompent pas sur leur âges. Si il y a nostalgie elle ne déforme pas le regard sur le présent et n' empèche pas de se projeter dans l' avenir. Le Brett Anderson de 2022 reprend les manies du Bret de 1992 mais raconte la vie du quinqua et il est visiblement très colère. Peut être plus que le rebel et anticonformiste mais naïf de 1992. Le plus étonnant chez Anderson mis à part sa niaque et son talent de parolier intact est que sa voix est elle aussi insensible aux ravages du temps. Changée un peu, des brisures apparaissent mais elles ont l' avantage d' être maîtrisées pour rajouter émotionnellement le ressenti d'un "vieux". Toujours magnifique et étonnante. la grande voix Britpop avec celle du Vrai Roi de la Britpop (Mais qui est-ce me demandez-vous , si c'est pas Albarn et Gallagher???...a suivre vous dis-je ...) et à moindre échelle celle de Liam Gallagher. Suede nous revient donc dans une forme rarement affichée depuis leur reformation en 2012. Percutant et assez frais après deux derniers disques plus spirituels et expérimentaux. Confirmation que cette reformation était amplement justifiée car si ils n'ont pas toujours épaté avec les trois albums qui suivirent la pause de dix ans il est nécessaire de préciser que pas un seul est médiocre et que chacun nous ont surpris par les changements et la prise de risque créatif d' une formation pouvant se reposer avec fainéantise sur ses grandioses débuts. Les membres originaux, Osman avec sa basse à la fluidité imparable, Gilbert et sa force de frappe atomique, tiennent toujours la baraque et à l'instar d' un Anderson revigoré ils pourraient donner des leçons de talent à la relève. Richard Oakes à la guitare, successeur de Butler, et Codling aux synthés, épatent encore et prouvent qu' ils se sont révélés être plus qu'une simple bouée de sauvetage au départ de Butler. Le premier album éponyme et "Dog Man Star" de l' ère Butler constituent le sommet de Suede généralement dans l' esprit des fans. Le troisième "Coming Up" reposant sur la collaboration de ces deux types avec les originaux en est guère loin si ce n' est leur pendent plus Britpop. Si Suede a donné le coup d' envoi de la Britpop les vieux cons comme moi vous diront que très vite Anderson a rejeté l' étiquette et que Suede s' en est éloigné un temps pour finalement surfer dessus avec "Coming Up" d' une façon très maline. "Autofiction" ne peut pas être étiqueté Britpop parce qu' il n' en comporte pas beaucoup. Anderson parle toujours de son pays où il vit mais sans vraiment afficher une anglicité et un patriotisme glorifié affirmés. Il parle surtout de l' âge, du Sexe, de la maltraitance et de la situation désastreuse de son pays Post Brexit. Et puis surtout ce disque n' est pas Britpop parce que ce que l' on nomme Britpop est surtout un courant encadré chronologiquement (1992-1997) tel une capsule temporelle dans les 90'S avant d' être un style musical définissable. Grosse bévue souvent lue chez les jeunes journalistes. Ce neuvième album de Suede est marqué du saut Post Punk. Visiblement Anderson et les siens ne sont pas murés dans leur musée Glam Rock Bowienesque et observent la jeune garde. Il y a aussi quelque chose de Black midi dans cette façon de remettre l' expérience du live dans l' enregistrement, quelque chose de Girl band dans cette production jouant énormément sur la spatialité du son. Suede a toujours évolué stylistiquement et ce depuis les débuts. Punk et Glam d' abord, puis Arty avec "Dog man ...", carrément Britpop "Coming Up", plantage un tantinet électro sunthé avec "Head Music", le grand vide superficiel de "A New Morning" (leur pire) et enfin les trois post reformation faisant variés les ingrédients déjà utilisés dans leur dosage. Dès l' entame du disque, "She still leads me on" Suede rassure et sidère par sa force en donnant à l' occasion une sacrée leçon à The Horrors. Leçon Glam Gothique répété avec "That Boy On the stage". "She still leads me" est également remarquable parce qu' il est l' un des titres de Suede les plus Morrissey/The Smiths de leur longue carrière, une énorme influence pour eux. Dans ce titre et dans quelques autres du disque Suede réussit là où Morrissey en solo s' était planté quand il avait voulu durcir le son dès "Your Arsenal" en 1992. Suede n' apparaît pas bodybuildé artificiellement et grotesquement comme le Moz autrefois. Plus loin "15 Again" est un futur classique de leurs concerts comme les autres vieilles tueries. Véritable hymne potentielle chez leurs fans pour des lives qui étonnent toujours les étrangers devant l' intensité du culte et l' adoration qui y sont développés. Les fans de Suede sont parmi les plus accrocs que vous pouvez rencontrer tout étant adorables et ouverts. Suede a toujours été très clivant tout comme The Smiths et les Pet Shop Boys autrefois, deux grandes influences d' Anderson avec Bowie. Suede nous délivre comme à son accoutumé quelques unes de ses ballades dont ils ont le secret. Suede est probablement le dernier grand fabriquant de Slows acceptables, classieux et intelligent de l' histoire du rock. Pour les jeunes générations c' est un conseil, si Il ou elle sont susceptibles d' aimer, Suede par ses ballades/Slow est une arme de destruction massive lancée sur son cœur en soirée. "Drive Myself Home" en est la version ultime pour 2022. Déjà titubant par le début du disque et son énergie inespérée l' auditeur, fan ou méfiant, va définitivement tomber KO avec les trois derniers titres. "It's Always The Quiet Ones" le plus Bowienesque des 11 titres est appelé lui aussi à devenir un hymne chez les fans quand "What am i with you" est une ballade/slow somptueuse prenant le temps pour vous dévaster en un claquement de doigt. Le monstre de lyrisme "Turn Off Your Brain and yell" clôture le disque et dévaste tout sur son chemin. Anderson donne la marche à suivre d' une manière ambiguë mais nécessaire pour affronter cet avenir si inquiétant que l' on soit jeune ou un vieux. Un vieux pas encore égocentrique et atteint de panurgisme Néo libérale, misogyne, homophobe, viriliste et pollueur. "Débranche ton cerveau et hurle" Suede avec ce neuvième album est à l' encontre totale des vieilles redites nostalgico gaga qui favorisent toujours plus un auto enfermement volontaire afin de se couper du monde face aux multiples mauvaises nouvelles qui assomment et rendent amorphe. Alors oui! Ce n' est pas une blague. En 2022 Suede vient de pondre l' un des plus beaux et vivifiant disques de guitares de l' année.
- RIP JEAN LUC GODARD . Godard et la musique?
Godard et la musique? Beaucoup de choses à dire. Bien sûr Delerue pour "Le Mépris", la danse de "Bande à part", les Jukebox omniprésents, Marianne Faithfull, Chantal Goya, le fameux "la musique après la littérature" de Pierrot Le Fou etc etc etc. Tout ça à voir dessous. On doit aussi à Arte cette collision magique entre Godard, Sonic Youth et Tarrantino. Le truc susceptible de résumer la jeunesse de certains quadras et quinquas en quelques secondes. Et enfin pour finir son fameux One + One dans lequel il mélange les Rolling Stones créant Sympathy For Devil avec la politique et les Black Panther. Un must dans le domaine du mélange réussit des genres et un modèle absolu pour parler musique pour ce blog.
- SARAH DAVACHI, arrivée au sommet.
On ne présente plus Sarah Davachi dans ce blog. Depuis son "All my circles Run" de 2017 cette canadienne truste annuellement les tops Albums. 2022 la voit offrir son disque peut être le plus abouti. Somme de toutes les expériences passées ce "Two Sisters" semble revêtir le costume de l' album clé d'une déjà riche carrière et peut être bien son chef d' oeuvre absolu. Pour les retardataires Sarah Davachi est une experte en orgue depuis son passage au sein du Centre National de Musique du Canada . Obsédée par les musiques classiques, médiévales et religieuses du passé elle n' a de cesse pour autant de les propulser dans le présent si ce n' est le futur. Sa carrière est parsemée de voyages spatio temporels qui finissent toujours par atterrir en territoire Ambient-Drone et classique Moderne. Des drones qui perdent vite tout dans l' esprit de l' auditeur tout sentiment de monotonie pour le plonger dans un labyrinthe de douces émotions profondément viscérale et d' expérimentation obtus. Le dernier "Antiphonals" malgré sa réussite ne m' avait pas tant emballé que ça. Une impression de simple retour en arrière après les aventures précédentes. Pire. Son statut de reine héritière de Pauline Oliveros sérieusement remis en question avec la talentueuse prétendante Kali Malone auteur du magnifique "Living Torch" plus tôt dans l' année. "Two Sisters" efface immédiatement cette impression et on retrouve la canadienne un cran au dessus. C 'est un album somme mais surtout un album qui révèle une artiste au sommet de son art capable d' une musique vu et entendu nul part. L' expérimentation a repris ses droits un très laps de temps suspendus. L' étrangeté qui accompagne Davachi depuis toujours semble avoir été renforcée alors que toute ces années auraient du l' atténuer. Davachi excelle comme jamais dans sa spécificité de brouiller systématiquement les pistes. De mélanger avec magie et maestria ce qui semblerait être opposé. Le passé rencontre le présent, un présent obscur et flippant à l' image d'une musique nouvellement devenue pessimiste et sombre. L' acoustique et l' électronique se mêlent avec encore plus de limpidité et la nostalgie se tourne vers l' inconnu. Ses Drones apparaissent tour à tour modernes ou baroques. On l' avait vu chanté mais cette fois elle invite Jessika Kenney et offre une version originale des merveilles du chef d' oeuvre d' Akira Rabelais (ici). "Alas Departing" introduit avec le traitement d' une voix fantomique un Leyland Kirby inédit dans l' univers Davachi. A force de ne ressembler à rien ni personne Davachi semble depuis ses débuts nous offrir une espèce d' Hauntology purificatrice et aventureuse sous des attraits faussement nostalgique, académique et revivaliste. Mais surtout, plus encore avec ce dernier album, Davachi nous offre l' une des plus émouvante et belle musique d' avant garde. Un baume pour le corps et les esprits ouverts et difficiles. Magique !
- THE EPHEMERON LOOP met les Cocteau Twins en Transe. L'un des chocs de l' année.
Les 7 premières minutes de l' album "Psychonautic Escapism" vont vous plonger dans la sidération comme rarement. Sidération provoquée par le carambolage stylistique de l' année doublé d' un choc émotionnel rare. Un des coup de poings musicaux de l' année assurément. Le titre "Psychonautic Escapism (Cold alienation)" débute par une attaque Noisy digne d' un décollage d' Airbus capable de faire fuir les plus aguerris. Quelques secondes plus tard ce boucan s' interrompt pour laisser place à des nappes de synthés planante portée par une ensorceleuse voix éthérée. Nous étions chez Pete Swanson et en un claquement de doigt nous voici lové dans la Dream Pop planante des Cocteau Twins. Bien évidemment vient en tête le "Made You Realize" des My Bloody Valentine dans le rôle du passeur. The Ephemeron Loop c' est Vymethoxy Redspiders aka Urocerus Gigas déjà croisée dans le duo de rock xénoféministe, Guttersnipe. Originaire de Leeds elle est donc issue du plus profond des underground avec de longues années d' activisme dans ses bagages. Artiste Trans elle se présente également comme une adepte du psychédélisme et n' hésite pas à parler de sa consommation de LSD comme des traits autistiques de sa personnalité. Son premier album solo est bel et bien un choc stylistique multiple comme le confirme le titre décrit plus haut. Après la Dream Pop la coquine nous assène un violent coup de tête Noise Metal avec des rythmiques lorgnant sur la Gabber et la Transe. On quitte donc l' univers Dream Pop-Shoegaze pour affronter le Cybergrind des Duma et le Gabber des Gabber Modus Operandi. L' exercice du premier titre sera réédité sur les 7 autres titres de différentes manières. Ce que réalise The Ephemeron Loop ne devrait pas fonctionner et pourtant. L' auditeur sort de cet album rincé et envoûté. Elle avoue avoir mis des années à chercher comment créer ce"bain d'acide synesthésique qui ouvre les portes de la perception". Venant du Black Métal sa prise de LSD avec la rencontre du Shoegaze et la fréquentation de la scène Queer de Leeds au cours accompagnèrent sa transition. Les styles ne se mélangent pas vraiment mais se superposent d' une façon qui semble naturel à moins qu' il ne s' agisse juste du fruit de notre imaginaire sous l' influence d'un tour de sorcellerie magistral. Une alternance de cauchemars et de rêves psychédéliques. Ce qui les lie c' est une production clinquante qui tient plus du Maximalism et de 'l Hyperpop d'une Sophie. n passe de l' effroi Dark à la caresse sur un ton lyrique de la Dream Pop. Ce premier album est un coup de force phénoménal qui va laisser des traces chez beaucoup. On peut bien sûr rester imperméable à cet univers passant du coq à l' âne et demeurant souvent à la marge mais il est évident qu' il se passe quelque chose tout au long des 8 titres que on ne retrouve que très rarement dans les autres courants. Mélangés ou pas. Ultime!
- THEY HATE CHANGE, le Hip Hop vire à l' anglaise.
Andre Gainey et John Harrison aka Vonne sont deux gamins de Tampa en Floride. Alors bien sûr, quand ils se lancent dans le Hip Hop, on a pu rapidement dire qu' ils faisaient dans le Southern Hip Hop. Juste pour raison géographique la plus part du temps. Mais il va falloir s' attarder sur certaines caractéristiques de cette scène pour expliquer un petit peu pourquoi ce duo charme là où beaucoup gavent dans la scène Hip Hop à force de répéter. Le Southern Hip Hop a toujours eu ses aficionados de ce côté-ci de l' Atlantique. Le succès commercial autant que critique des Outkast n' était pas un hasard. La scène du Sud des States a toujours partagé avec l' Europe un goût prononcé pour le Dancefloor jusqu' à l' incorporer dans le Hip Hop. Remarquez la Beyonce aussi vient de nous faire ce coup-là mais en allant ressortir la House de son armoire poussiéreuse où elle aurait mieux fait de la laisser faute d' évolution réelle et d' idées. Avec la Sotuhern Hip Hop un certain sens de le fête se confrontent à la dureté des scènes Est et Ouest du pays depuis plus longtemps. Par chez nous leur passion pour la Roland Tr 808 dès l' apparition de la Miami Bass nous a toujours titillé l' oreille. They Hate Change s' inscrit dans cette tradition. Mieux. Le duo tisse de très solides liens trans Atlantique comme rarement croisés autrefois. De toute façon on va faire simple. Si ce blog a décidé de vous parler des deux gars c' est qu' ils se revendiquent comme anglophile et que ça sent dans leur dernier album "Finally, new". Et c' est probablement ça qui fait que leur album est une éclaircie dans un genre devenu ventripotent et il faut bien le dire chiantissime. Vous en connaissez beaucoup des groupes de Rap qui citent dès qu' ils en ont l' occasion vous citent pêle mêle Brian Eno, l' UK Bass, le Grime Trap de Novelist croisé très souvent ici avec la clique Weightless Logos-Mumdance et Goldie. Dans le dernier album ils bluffent par leur savoir en nommant Poly Styrene des légendaires punks X Ray Spex. Et puis question problématiques inhérentes au courant via une certaine homophobie toujours présentes chez leurs confrères on a droit à un hommage à la Trans genre Jackie Shan. Alors bien sûr on pourrait se dire que nommer les bons noms ne suffit pas à faire de la bonne musique. Certains critiques de Pitchfork les ont traité de Geek à ce sujet. Ils ont pas compris que tous les grands musiciens sont très souvent des Geeks en puissance. Mais c' est que les deux They Hate Change ne sont pas des perdreaux de l' année et qu' ils peaufinent leur recette depuis près de dix ans en expérimentant à tout va. Ce quatrième album succède à une série qui affichait des progrès constants et solides. "Finally, new" est leur plus convainquant album et celui qui dépasse largement l' accumulation révérencielle superficielle. Ils brassent avec une facilité déconcertante leurs racine Southern Hip Hop avec le breakbeat, la Grime et la Jungle allant jusqu' à s' approprier magistralement ce bon vieux Footwork de Chicago. Une bonne raison pour se remettre franchement au Hip Hop après des années de bouderie.
- DJ LAG, le grand disque Gqom qui manquait.
Dj Lag vient enfin de nous offrir son premier album. Et on peut également parler du premier grand album Gqom d' un artiste hors compilation et mixtape. Comme vous le savez ici on suit le Gqom (ici) depuis les débuts et cela faisait longtemps que ce petit événement était attendu. Dj Lag jusqu' à aujourd' hui c' était une pelleté de Ep avec le prometteur et adoré par ici éponyme de 2016. Une omniprésence dans les mix de nombreux Dj tel Burial, Kode 9, Slikack et même le pitoyable Teki Latex. Des passages remarqués à Boiler Room et dans certains dancefloors réputés. Mais surtout à partir de 2020 une petite hype pour sa participation au "The Lion King: The Gift" de Beyonce. Hype vite ingurgité et oublié par le Mainstream même si évidemment ce sont les touches Gqom qui sauvaient le marasme surproduit et opportuniste de l' américaine. A la suite de ça Dj Lag fut victime d' un scandaleux plagiat par les affreux Will.I.AM et Megan Ryte qui se révéla assez révélateur de certaine manière américaine vis à vis de l' Afrique musicale (Remember Michael Jackson pillant Manu Dibango). "Meeting With The King" arrive enfin et place définitivement Dj Lag au panthéon du Gqom. Une occasion également de justifier tous les espoirs dans ce courant innovant et jouissif. Dj Lag prouve aussi à quel point le Gqom est susceptible d' évoluer à l' instar de ce Dj. L' Amapiano qui a succédé au Gqom et au vieux Kwaito pèse de tout son poids sur la production de Dj Lag et permet ainsi d' ouvrir une porte de sortie au Gqom originel. Un Gqom qui voit son rythme baisser d' un ton mais garde ses nappes de synthé glaçantes susceptible de mettre le feu à tout instant. Comme toujours le Gqom révèle ses énormes capacités à développer la Trans mais d' une façon peut être encore plus puissante et nette par rapport aux première sortie Lo-Fi du label Gqom Oh. Beaucoup d' intervenants, dont l' apprécié Sinjin Hawke (ici), ce qui perpétue la tradition Gqom de la collaboration et toujours une curiosité accrue pour tout ce qui vient de l' UK Bass. Dj Lag offre une autre voie que celle tracée par la clique Nyege Nyege/Hakuna Kulala (Phelimuncasi, Menzi) ou Citizen Boy et Mafia Boyz issus de chez Gqom Oh! Peut être plus proprette et susceptible de toucher un plus grand nombre. En tout cas et jusqu' à présent, le classique absolu du Gqom à titre individuel.
- BEST OF 2021
TOP ALBUM 1. ARCA - Kick ii, iii, iiii, iiiii 2. CIRCUIT DES YEUX - -io 3. YL HOOI - Éponyme 4. PERILA - How Much Time It Is Between You And Me 5. SPACE AFRIKA - Honest Labour & Untitled (To Describe You) 6. LINGUA IGNOTA - Sinner Get Ready 7. FOR THOSE I LOVE YOU - Éponyme 8. TERESA WINTER - Motto Of The Wheel 9. LOW - Hey What 10. HTRK - Rhinestones 11. THE ARMED - Ultrapop 12. TIRZAH - Colourgrade 13. BLACK MIDI - Calvacade 14. GAZELLE TWIN & NYX - Deep England 15. LORAINE JAMES - Reflection 16. SQUID - Bright Green Field 17. KLEIN - Harmattan 18. DEAN BLUNT - Black Metal 2 19. LOTIC - Water 20. AYA - Im Hole 21. MICA LEVI - Blue Alibi 22. LEON DUNCAN - Fuck A Rosetta Stone For My Brainwaves 23. BENDIKE GISKE - Cracks 24. PRETTYBWOY - Tayutau 25. PRINCESS DIANA OF WALES ( LAILA SAKINI ) - Éponyme 26. JANA RUSH - Painful Enlightenment 27. OÏ LES OX - Crooner Qui Coule Sous Les Clous 28. FATIMA AL QADIRI - Médiéval Femme 29. GROUPER - Shade 30. RICHARD YOUNGS - CXXI 31. MOIN (RAIME & Valentina Magaletti) - Moot! 32. DON ZILLA - Ekizikiza Mubwengula 33. SAN SALVADOR - La Grande Folie 34. JAKE MUIR - Mana 35. SLEAFORD MODS - Space Ribs 36. MARINA ROSENFELD - Teenage Lontano 37. HOLY OTHER - Lieve 38. NOT WAVING - How To Leave Your Body 39. DAWUNA Glass Lit Dream 40. MAXWELL STERLING - Turn Of Phrase 41. TIME IS AWAY - Ballads 42. SCOTCH ROLEX & CO - Tewari 43. RAT HEART - Éponyme 44. KELAM DURAN - Night In Tijuana 45. AARON DILLOWAY LUCRECIA DALT - Lucy & Aaron 46. MICROCORPS - XMIT 47. SARAH DAVACHI - Antiphonals 48. KORELESS - Agor 49. TIME BINDING ENSEMBLE - Nothing New UNder The Sun 50. ABUL MOGARD - In Immobile Air CELUI QUI A FAILLI PASSER A LA TRAPPE EMEKA OGBOH - Beyond The Yellow Haze PLUS DIX REMPLAÇANTS L' RAIN - Fatigue MARK FELL & RIAN TREANOR Last Exit To Chickenley LOST GIRLS - Menneskekollektivet COLLEEN - The Tunnel And The Clezring SKEE MASK - Pool DJ MANNY - Signals In My Head MOOR MOTHER - Black Encyclopedia Of The Air PARRIS - Soaked In Indigo Moonlight PENDANT To All Sides They Will Stretch Out Their Hands ANDY STOTT - Never The Right Time TOP FAILLES SPATIO-TEMPORELLES The Bug Ils sont jeunes (ou parfois vieux) et font de la musique d'une autre époque. C'est franchement bien foutu et même parfois prodigieux mais seulement voilà...Merde !!! On est en ... 2017 et on les aime non sans gène. Faut vivre avec le futur! 1 ex æquo BLACK COUNTRY, NEW ROAD For The First Time & THE BUG Fire 3. DRY CLEANING New Long Leg 4. SONS OF KEMET BlacK To The Future 5. TURNSTILE Glown On 5. ERIC DREW Quivering In Time 6. MDOU MOCTAR Afrique Victime 7. THE CORAL Coral Island 8. CHAI Wink 9. ICEAGE Seek Shelter 10. JANE WEAVER Flock TOP MONUMENTS HISTORIQUES Aussi beaux que l' architecture moderne même si c'est pas toujours révolutionnaire. Mais! Ça tient et ça tiendra toujours la route. Surtout, que la jeunesse prenne garde de ne pas y squatter trop longtemps. Eux, ils savent faire, vous les jeun's, prenez modèle mais surtout surtout, NE PAS COPIER, ça ferait du Made in China pour nouveaux riches. Vivez votre temps et préparez le futur! 1. ARAB STRAP As Days Get Dark 2. NICK CAVE & WARREN ELLIS Carnage 3. GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR G_d's Pee STATE'S END 4. TYLER, THE CREATOR Call Me If You Get Lost 5. RP BOO Established TOP EP & SINGLES 1. YVES TUMOR The Asymptotical World 2. ZULLI All Caps 3. BURIAL & BLACKDOWN Shock Power Of Love 4. SOPHIE Bipp (AUTECHRE Remix) / Unisil 5. BLACKHAINE And Salford Falls Apart 6. KALLISTA KULT Éponyme 7. LSDXOXO Sick Bitch 8. TARA CLERKIN TRIO In SPring 9. CLAIRE ROUSEY / MORE EAZE An Afternoon Whine 10. NICK LEON FT060 CELLE QUI S' EST POINTÉE AU DERNIER MOMENT : JLIN Embryo RÉÉDITIONS, COMPILATIONS & PLUS MICHELE BOKANOWSKI MICHELE BOKANOWSKI - Rhapsodia/Battements Solaires (Réédition) EARTHEATER Phoenix, La Petite Mort Edition ALICE COLTRANE Kirtan : Turiya Sings (Réédition) AUTECHRE LP5 (Réédition) SUN RA Lanquidity (Réédition) RADIOHEAD Kid A Mnesia (Réédition) GOLDIE TImeless (Réédition) SCRITTI POLITTI Cupid & Psyche 85 (Réédition) TRASHCAN SINATRAS I' Seen Everything (Réédition) MARTIN HANNETT & STEVE HOPKINS The Invisible Girls (Réédition) LESLIE WINER When i Hit You - You'll Feel It (Compilation) THIS IS CAIRO NOT THE SCREAMERS (Compilation) APOCOPE (Compilation) L' ESPRIT DE NYEGE (Compilation) AMAPIANO NOW (Compilation) POUR LA PETITE HISTOIRE ... Il aura donc fallu attendre plus de trente ans pour enfin découvrir l' identité de cette femme sur l' une des photos parmi les plus iconiques des 80's et de mon adolescence. Repérée dans le cahier de texte d' une bourge de mon village cette photo éminemment symbolique de la rébellion, dont les adolescents aimaient se revêtir à tord ou à raison, allait devenir un Saint Graal pour votre serviteur puis un souvenir enfoui dans sa mémoire. Quand 2021 arrive je ne n' y pense même plus et c' est le label Light In The Attic qui va me faire replonger dans ces lointaines années tout en réparant une injustice musicale flagrante. "When i Hit You - You'll Feel It" rassemble les chansons visonnaires de Leslie Winer et la claque après-coup est assez importante. Cette américaine, mannequin de profession, n' a pas seulement fréquenter les Jet Setter les plus puants ou le monde de la mode des 80's avec lesquels la jeune semblait bien étrangère et un brin le vilain petit canard mais elle a également côtoyé des génies tel Basquiat ou Burroughs. Pour la musique la diablesse avait bon goût et une certaine affinité avec ce qui annoncerait le futur. Entre le Dub et le Spoken Word préfigurant certains de ses titres présents sur la compilation annonce rien de moins que le Trip Hop. A l' heure où ce dernier revient sur le devant de la scène dans nombre de disques avant gardistes le retour en grâce de Leslie Winer répare enfin une de ces injustices dont la musique a le terrible secret. Fans de Portishead, Tirzah ou Massive Attack, jetez-vous sur ""When i Hit You - You'll Feel It". HORS CONCOURS DEMDIKE STARE - Drum Machines (Mixtape)
- ARCA éclabousse de sa classe ce monde misérable avec une oeuvre monumentale de 4 disques!
Arca est depuis les débuts de ce blog un incontournable. Une icone incontestée qui a vu tous ses albums systématiquement classés dans le Top 20 annuel. "Xen" 9ème en 2014 (lire ici), "Mutant" de 2015 11ème (ici), "Arca" 2017 2ème (là) loupant d' un cheveu le trône derrière Jlin. 2018 verra son "Kick i" (ici) pointer à la 18 ème place. Mais au delà des classements Alejandra Ghersi Rodriguez fut pour votre serviteur un phare absolu en matière de musique nouvelle, révolutionnaire, avant gardiste et Populaire. Et cela vaut aussi dans les domaines sociétaux, politiques et sociaux. Moi le vieux mâle français hétéro limite boomer j' ai plus appris au sujet de la transsexualité et de la non binarité dans ses textes que dans tous les reportages putassier ou totalement niais qu' il arrive parfois de voir. Alors quid d' Arca en 2021? Presque dix après ses débuts. Toujours à la hauteur des sommets d' autrefois? Il y a quelques mois un lecteur francophone argentin m' interrogea sur le fait surprenant justement qu' Arca n' avait jamais atteint la première place dans mes tops annuels comme dans les siens et de nombreux autres. Et ce malgré son statut iconique absolu sans interruption que nous lui portions en commun depuis 2012, année du coup de tonnerre "Stretch 1 & 2" (ici). Sans parler de sa légendaire mixtape un an plus tard, "&&&&&" (là). La discussion fut passionnante et nous arrivâmes à une surprenante et illogique conclusion. Arca se retrouvait lésé par ce qui était justement l' une de ses plus grandes qualités, la richesse et la diversité gigantesque de son univers créatifs. Ses multiples facettes. Et également qu' aucun de ses albums ne rendaient réellement justice à cela. Il y avait bien un peu de chaque personnalités artistiques mais jamais d' une façon totalement évidente. Une partie d' Arca était toujours sous-jacente pour qui le connaissait mais n' éclatait jamais au grand jour pour la majorité comme pouvait l' illustrer son titre de 2015 presque devenu mythique de nos jours, "Alive". Et une autre question nous taraudait du coup. Était-il possible que ce miracle ait lieu? Arca pouvait-il nous offrir ce grand disque multi-directionnel et multi-colore comme jadis sa grande copine Bjork avait su s' en approcher? La réponse était une évidence mais fallait-il encore qu' Arca l' ose et passe outre les clichés liés à l' orgueil artistique, le "trop" nuisible à l' excellence et d' autres soucis provenant de la lourdeur de l' industrie musicale et des us et coutumes sclérosantes. Quand "Kick i" était sorti Arca avait promis une suite sous la forme d' un album. Puis ce fut des annonces de singles et on s' est attendu, plus ou moins déçu à un deuxième "Kick i". C' est que "Kick i" avait également, malgré sa réussite, laissé un léger goût amer de facilité. Ce virage à angle droit en direction de sa culture latine Pop et Reggaeton amenait les habitués à être tentés de regretter un certain manque de surprises si ce n' est de profonde originalité par instant. En résumé Arca opérait une mue Pop se contentant de l' habiller de ses anciennes aventures expérimentales sans vraiment renouveler ces dernières. La suite s' annonçait sympathique tout au plus aux fans difficiles de la première heure avant gardiste même si ils espéraient un sursaut chez l' aventurier sonore qu' avait été un Arca. Un Arca en passe de devenir une Pop Star après avoir été aux yeux du grand publique un obscur et étrange producteur avant gardiste collaborant avec des stars . Et puis courant Novembre ce n' est pas un album mais trois sorties qui furent annoncées d' ici Décembre. Et comble dans l' industrie musicale, au rythme d' une chaque jour. Arca est bel et bien un enfant du net qui a su utiliser toutes les possibilités numériques inimaginables offertes auparavant en terme de technique et de distribution artistique. Les apôtres tel votre serviteur commencèrent à supposer qu' Arca préparait un gros coup. Trois albums prévus? Arca n' est absolument pas du genre à se contenter de répéter trois fois la même chose. Tout au plus une fois avec tout de même des variations comme cela avait le cas avec "Xen" et "Mutant". On aurait donc droit à un "Kick i" bis puis deux bonnes surprises? Mais une fois rassuré par l' espoir d' une nouvelle évolution germait immanquablement dans l' esprit la crainte du remplissage. Offrir trois album en une fois? On en connait beaucoup qui avaient tenté par le passé le même coup un brin mégalo et orgueilleux. "Sandinista" des Clash en la matière est plus une magnifique exception que la norme faite de loupé, de vide et souvent de suite avortées ou vite oubliées. Le marathon discographique d' Arca débuta le 30 Novembre avec le premier album fort logiquement intitulé "Kick ii". Le lendemain ce fut "Kick iii" et le 2 décembre "Kick iiii". Mais la grande surprise ce fut pour le 3 décembre avec un quatrième album inattendu, "Kick iiiii". 145 heures de musique pour 47 titres. Ne risquait-on pas le ballonnement si ce n' est pas l' overdose? Bien évidemment je me suis rué sur les quatre disques comme mon emploi du temps me le permit. 145 heures de musique!!! Vous imaginez bien qu' il faut un certain temps pour digérer tout ça d' où l' assez long délais entre cette chronique et la sortie des disques. Alors!? Grand coup artistique ou grand coup médiatique avec remplissage par du matériel de seconde main et de l' anecdotique? La réponse fuse, une pentalogie monumentale composée de disques à considérer chacun comme des réussites susceptibles d' être classer individuellement dans les tops de fin d' année. Une action artistique extravagante de 5 disques renfermant l' une des musique elle aussi parmi les plus extravagantes mais certainement pas de cette fausse extravagance que de vicieux conformistes enveloppent commercialement leur daube passéiste. Arca est au mieux de sa forme et a trouvé le seul et unique moyen de dévoiler à la face du monde l' étendue des possibilité de son univers complexe et riche en diversité. Après tout quoi de plus normal que le vénézuélien réussisse là où d' autre se sont vautrer, lui qui depuis ses débuts Maximaliste excelle dans l' art du trop plein. Attendez-vous cher auditeur à vous faire une nouvelle fois dévorer entièrement par cet océan musicale et y retourner avec délectation quand vous retrouverez enfin la surface. A vous faire submerger d' émotion comme rarement. Si Arca était un auteur français ce serait assurément l' enfant caché d' un Rabelais et d' un Céline sous le parrainage d' un Proust pour la longueur de l' oeuvre. "Kick ii" Le début de "Kick ii" le retrouve là où on l' avait laissé en 2020. Les yeux rivés sur la Pop Mainstream mais les pieds bien encrés dans son héritage latin, sa culture LGBT en bandoulière et sa vision futuriste en art de vivre. Toutes ces valeurs se confrontent, s' entrechoquent et se mélangent d' une manière qui n' appartient qu' à Arca. Comme son prédécesseur "Kick i" ce premier volume de la pentalogie 2021 épate par ses performances Pop et sa maîtrise du Reggaeton mais peine cependant toujours à satisfaire suffisamment les aventuriers amateurs de surprises. Il faut dire que la culture Latina et le Reggaeton ont infiltré le Mainstream depuis longtemps et parfois Arca peut apparaître moins tonitruant. "Kick ii" égale donc dans sa première partie "Kick i". Plus loin ce disque ne ressemble plus vraiment à une simple redite tant il apparaît évident qu' Arca a continué à peaufiner et développer la recette du premier. Le Arca agressif, bruitiste et fondamentalement abrasif de "Mutant" réapparaît pour notre plus grande joie et "Kick ii" de devenir réellement intriguant. La fin tarabiscotée de "Kick ii", le très Elysia Crampton "Confianza", préfigure la suite et l' auditeur fan de pop latine et de reggaeton de se retrouver bientôt cueilli et stoppé net dans ses velléités dansantes tel le fan de Rock et Pop Glam ou Soul de Bowie quand ce dernier dégoupilla "Heroes" et surtout "Low". Bienvenue dans un autre monde. "Kick iii" "Kick iii" arrache les amateurs de Pop Mainstream du canapé où ils dormaient devant MTV et ceux du reggaeton du club où ils se trémoussaient machinalement pour les balancer en plein set Deconstructed Club sur le dancefloor du All à Taïwan où la clique SVBKVLT envoie du lourd. Le Reggaeton laisse à place à une culture Dancefloor bien plus agressive et sans compromis. Nous voilà en terre connue par ici. Le bord du précipice, là où on a la meilleur vue sur le futur lointain. La Drill' n'Bass, le Glitch Hop, le Post Industrial et l' IDM d' Aphew Twin. C 'est tout ça que nous nous prenons dans la tronche et surtout pas conjugué au passé. Arca qui avait participé à son apparition effectue donc un retour tonitruant sur les dancefloors futuristes et dystopiques de la Deconstructed Club. Retour gagnant tant iel y chez elle. Comme sur "Kick ii" un titre placé vers la fin annonce le suivant et sert également d' hommage aux amis et artistes adorés par Arca. Après "Confianza" en l' honneur d' Elysia Crampton c' est le très finement nommé "Joya" dont son titre et sa musique suffira à propulser l' auditeur du côté d'une île à l' opposé du monde latino-américain. Une île habituée des craquements terrestres et des effusions de lave comme la musique d' Arca peut être coutumière et sur laquelle règne depuis des décennies sa grande amie, Bjork et son Islande natale. "Kick iii" est assurément la plus grande réussite avant gardiste de la série. "Kick iiii" "Kick iiii" calme le jeu après la déferlante sonore. C 'est surtout le disque le plus délicat, cajoleur et sensible des 5. Le plus rêveur et le plus psychanalytique. C 'est aussi celui où Arca nous fait le plus retrouver de vieilles connaissances de l' univers électro, expérimental et Indie Rock. La punkette passée par les top MTV, Shirley Manson de Garbage, effectue un come back hallucinant quand celui effectué par Planningtorock s' avère tout bonnement irréel et inespéré. Une vieille tête habituée de ce blog est aussi de la partie, Oliver Coates, quand Arca décide de retrouver les cordes modernisées et les affinités orchestrales de son album éponyme "Arca" de 2017. Le spectre musicale d' Arca s' élargie encore plus et les ponts que ce blog avaient tenté de dévoiler par sa ligne directrice depuis longtemps apparaissent au grand jour tel "Altar" qui rappelle certains instant d' Oneohtrix Point Never. "Kick iiii" avec un nouveau virage stylistique en direction de l' Ambient Pop est la preuve ultime qu' Arca est susceptible d' atteindre les sommets sur toutes sortes de terrains. "Kick iiiii" L' imprévu "Kick iiiii" peut enfin clore le parcours initiatique dans cette monumentale pentalogie entamée il y a un an. Arca caresse l' auditeur comme jamais. C' est le disque où l' espace devient le plus tangible et le silence y tient un très grand rôle. L' ambient Pop de "Kick iiii" perd les rythmiques et les crochets Pop en tout genre, ne reste que le terme Ambient. Parfaite démonstration après les précédents qu' Arca sait aussi faire avec très peu. L' exploration stylistique se termine donc par l' Ambient et la musique classique moderne mais toujours par le prisme idiosyncratique d' Arca. Reposant après les tourmentes précédentes ce qui était apparu comme un disque bonus devient lui aussi un classique absolu dans la riche carrière du vénézuélien. La série "Kick" avec son énormité prouve définitivement le statut quasi mythique qu' en à peine dix ans Arca à atteint. Par sa longueur et sa richesse il va falloir un temps long pour digérer ce mets de Roi mais on peut assurément certifier que cette oeuvre risque bien surpasser les autres dans une carrière déjà inimaginablement riche.
- YL HOOI, frisson australien.
C 'est le dernier grand frisson de 2021. Et peut être l'une des plus belles découvertes de l' année. Un frisson en provenance d' Australie et le moins que l'on puisse dire c' est qu'il a pris son temps pour arriver jusqu' à nos froide contrées européennes. Sorti en catimini sur le label australien Altered States en 2019 il lui aura fallu deux pour débarquer chez nous avec le soutien d' un autre label australien, Efficient Space. Ying-Li Hooi aka YL Hooi réside à Melbourne et semble connaître bon nombre de vieilles connaissances de ce blog. Par exemple est cité dans les crédits Tarquin Manek de F Ingers et souvent on retrouve les hantises et rêves infantiles du trio qu' il formait avec Carla Dal Forno et Samuel Karmel. C' est surtout tout l' univers Dream Pop bien particulier et sans bornes de la scène du coin qui se rappelle à la mémoire des habitués du blog. Comme chez Cs + Kreme, Jonnine ou HTRK il en faut très peu à YL Hooi pour envoûter et toucher au cœur. Les dix titres reposent principalement sur sa voix très retravaillée par les réverbérations et une guitare accompagnée de synthés. On frôle en permanence l' univers Dark Ambient et Dream Pop du feu label Blackest Ever Black mais parfois dans une version Pop bien plus affirmée. Les songes éveillés d' une Carla Dal Forno ou les divagations sentimentales d' une Jonnine/ HTRK se teintent d' une patine Dub à vous faire replonger tête baissée dans les œuvres d' Adrian Sherwood quand ce dernier s' amusait à remixer en version Dub la crème de l' indie (Primal Scream, Blur) ou les héros indus et Post Punk. Que cette merveille n' arrive à nos oreilles qu' en fin 2021 ne gâche rien bien au contraire, c' est l' un des plus beaux et salvateur cadeaux pour ces fêtes de fin d' années pandémiques un brin angoissantes avant d' entamer une nouvelle année elle aussi inquiétante.
- HOLY OTHER, retour inattendu d' une icone de ce blog.
Le hasard fait bien les choses. Ce blog va bientôt fêter ses dix ans. Toujours l' occasion de se pencher sur le passé et l' exercice peut parfois révéler des loupés ou des manques. Comme par exemple ces artistes adulés en qui on portait beaucoup d' espoir aux débuts du blog. De divines apparitions qui ont déçu ou tout simplement disparu précocement sans laisser de trace. Holy Other fait partie de la deuxième catégorie. Mieux. Ce producteur avec ses compères de la Witch House était l' un de ces trop rares artistes qui d' une certaine manière poussèrent à la création de ce blog. Il faut se souvenir qu' ils étaient pas nombreux les phares balisant le futur et l' innovation dans le marasme Rétrogaga de la fin 00's début 10's. Holy Other (là) et le label Triangle étaient pour votre serviteur de véritables icônes (ici). Et le sont restés. Des aventuriers du modernisme étendard du refus de l' éternel retour dans le passé que l' on nous assénait en permanence. Je sais c' est toujours un peu le cas aujourd' hui mais dorénavant l' alternative est bien réelle et toujours pertinente pour qui veut bien se donner le courage de sortir des sentiers battus. Holy Other vient donc de sortir enfin la suite de ses légendaires ep et premier album. Presque 10 ans d' abstinence discographique. Plus personne n' y croyait jusqu' au coup de tonnerre que représenta l' annonce de la sortie imminente de "Lieve". Et c' est avec une certaine et justifiée appréhension que les anciens fans, et comme trop souvent les opportunistes habituels devenus fans à leur tour après être largement passé à côté de Triangle et Holy Other si ce n' est pas après les avoir méprisé un temps, patientèrent encore quelque jours ce retour inespéré. Enregistré sur le long terme on retrouve tout ce qui faisait le charme de David Ainley aka Holy Other. Sa version personnelle de la Witch House qui avec nostalgie et tristesse et surtout une sensibilité gigantesque évoquait admirablement les tourments de l' âme humaine. Holy Other offrait à la Witch House ce qui aurait pu être la rencontre improbable des légendes Shoegaze tel Kevin Shields et Robin Guthrie (Cocteau Twins) avec Prince. Un croisement de différent passés mais par le prisme de tout ce qui s' était de neuf entre temps et qui avait donné la Witch House. Le Chopped & Screwed de Dj Screw, le Southern Hip Hop, le Dubstep de Burial et bon nombres d' ingrédient issus du R'n'b Alternatif. Lui et d' autres ont anticipé le lent et salvateur retour triomphale de l' Ambient opéré pendant les 10's et culminant pendant les confinements. "Lieve" reprend donc les affaires là où Holy Other les avait laissé en 2012. Peu de profonds changements si ce n'est probablement une maîtrise plus forte. Personnellement je me laisse facilement envahir par le sentiment qu' il surpasse occasionnellement, si ce n' est égale le reste du temps, "Held". Les idées laissées en jachère reviennent définitivement abouties. Le son semble plus percutant parce que peut être plus "propret". Les fans de la première heure vont agréablement être surpris. Malgré le poids des années, la sensation de redite due aux multiples écoutes faute de nouvelles musiques pendant 10 ans, le frisson qui parcourait votre échine à la découverte des immense "Yr Love" et "Touch" revient subrepticement et foudroie à nouveau. Les années ont passé mais Holy Other, tel une vieille amitié trop hâtivement mise en suspend, revient comme au premier jour et nous comble. Bien sûr on peut se laisser aller à l' idée que ce deuxième album arrive tardivement et que nous sommes passés à bien d' autres chose mais plonger dans "Lieve" prouve par la fraîcheur dont il fait encore preuve qu' Holy Other et ses potes du regretté Triangle records (ici pour le post scriptum) avaient bel et bien une longueur d' avance.
- GROUPER ouvre sa malle aux trésors cachés
Liz Harris a décidé de nous offrir un album composé de pépites écrites tout au long des 15 années d' une des carrières les plus passionnante des années écoulées. Ce qui aurait pu s' apparenter à un simple vide grenier plus ou moins anecdotique chez d' autres devient un album digne de ses prédécesseurs. Bref, encore un trésor. "Shade" dévoile toutes les directions prise par Harris depuis 2006. Ses penchants Ambient en matières de réverbération absents ces dernières années réapparaissent donc le temps de deux titres pour le plus grand bonheur des fans du diptyque A I A. La ligne directrice d' Harris, le minimalisme, se voit revêtu de toutes les variations opérée par l' américaine au cours de ses 12 albums. Les harmonies vocales et la guitare constitue l' essentiel du reste de l' album mais reste présent la mélancolie et le goût des textures qui l' a toujours rapprocher de la galaxie Dream Pop/ Shoegaze. Encore une fois à l' écoute des 9 titres on ne peut que constater les gigantesques qualités de baume réparateur de sa musique pour les âmes . Liz Harris aka Grouper fait du bien, adoucit ce monde si brutal, en offrant une intimité si rare de nos jours. Disque à ce jour le plus classique "Shade" dévoile toutefois toutes les différents visages de cet artiste tant essentiel. Toujours simple en apparence mais bien plus complexe quand on s' attarde sur les moindres détails. Et Liz Harris/Grouper de pouvoir encore une fois prétendre aux lauriers de cette fin d' année.
- CIRCUIT DES YEUX tutoie Scott Walker et Nico pour un autre chef d' oeuvre.
Je ne comprendrais jamais pourquoi Haley Fohr aka Circuit des yeux, une grande habituée de ce blog suivie depuis la création du blog, n' a pas tous les projecteurs braqués sur elle comme elle le mérite. Une carrière brillante longue de treize ans au cours de laquelle l' américaine ne cesse de progresser et encore une fois la sortie de son dernier disque ne reçoit qu' un accueil poli sans tambours ni trompette malgré sa parution chez Matador. "-IO" est sorti il y a quelques jours et il semble déjà oublié pour bon nombres de journaleux qui ne cessent de nous déverser régulièrement dans le net leurs passions démesurées souvent injustifiée pour des nouilles rétrogaga façon Lana Del Rey ou St Vincent. Souvent des chanteuses aux yeux plus gros que le ventre que l'on nous a fait passé pour des génies et qui au fil des années ont plus rempli les rubriques news et annonces que les bréviaires de la musique tant la leur s' oublie aussi vite qu' apparue. Et ne parlons pas d' Anna Calvi. Vous vous souvenez Anna Calvi, l' héritière présumée de Scott Walker et de Piaf. Celle qui allait s' emparer du trone de Pj Harvey et Bjork. L' insupportable Anna Calvi, et bien elle devrait comme ses fans sourds l' écouter le dernier Circuit des Yeux et disparaître à jamais. "-IO" présente rien de moins que la plus puissante et troublante version féminine du Scott Walker légendaire de la Pop Baroque des 60's pour ensuite évoluer vers les sombres territoires foulés plus tard par son compatriote . Haley Fohr à la différence des affreuses citées plus haut ne se contente de pas de faire dans la piètre copie de faussaire et offrir une version édulcorée du plus accessible des grands noms. Comme toujours elle s' échine à chercher et innover plutot que creuser des sillons maintes fois traversés. L' adepte du minimalisme poursuit ses objectifs Pop apparus au milieu de sa carrière mais se dote d' une tonitruante orchestration classique. Disque de deuil et de douleur écrit seul pendant la pandémie puis enregistré avec 6 musiciens sonnant comme un grand orchestre "-IO" nous éclabousse émotionnellement et artistiquement. Comme toujours chez Fohr rien n' est simple et la surprise survient à tout instant. Ce disque est peut être celui où son talent mélodique parait plus que jamais évident. C' est autour d' une St Vincent de se cacher dans son armoire spéciale Latex. "Vanishing" et "Dogma" emporte l' auditeur très loin dans les tréfonds de l' âme et comme rarement la joie se mêle au chagrin. Et la faiseuse Lana Del Rey de creuser pour se cacher. Et encore et toujours cette voix majestueuse qui ose tout sans tomber dans la surcharge. Cette voix qui semble le fruit de l' hybridation miraculeuse de Nico et de Scott Walker. Comme chez eux la mort rode sur l' oeuvre de Circuit des Yeux, elle a perdu un ami par suicide et elle a accompagné une proche au cours de sa fin de vie. Elle la chante la faucheuse mais ce que l' auditeur ressent c' est étrangement une renaissance. Comme chez l' allemande et Walker. Elle nous plonge dans l' apocalypse mais c' est pour mieux nous en arracher. "-IO" est le chef d' oeuvre absolu d' une carrière (voir son mot clé pour tous les articles la concernant) parmi les plus intrigantes et sans concession de la décennie écoulée.
- JANA RUSH, Footwork personnel
Il faut le reconnaître, de grands disques Footwork, on ne peut pas vraiment dire qu 'il y en a eu à foison ces derniers mois. Dans les top DWTN il faut remonter à 2019 pour retrouver un album du genre, le "Take Of Mode" de Dj Nate. A vrai dire il semblait que les principaux enjeux concernant ce courant, pourtant bien vivant de par le monde, semblaient extérieurs à sa scène. Les vieux noms semblait avoir mis la pédale douce et à l' exception d'une génie tel Jlin, le Footwork de ne plus évoluer réllement après avoir tant révolutionner. Par contre son influence sur les autres courants reste plus que jamais gigantesque. Du Footwork il y en a partout dans ce qui se fait d' avant gardiste et novateur. De la Deconstructed Club européenne à celles asiatiques ou africaine comme le témoigne régulièrement ce blog. En attendant que la reine Jlin ne nous offre un ep promis pour la fin de l' année c' est une autre reine du courant qui effectue un retour susceptible de foutre la honte à tous ses "vieux" collègues mâles. On était sans nouvelles de Jana Rush depuis son génial "Pariah" de 2017 (voir ici) . D' après ses dires ce ne fut pas un long fleuve tranquille pour l' une des pionnières du courants trop longtemps restée dans l' ombre jusqu' à "Pariah". Jana Rush a toujours dévoilé au travers de sa musique une personnalité attachante, sensible et sincère, mais également fragile. Jana Rush est la Dj du questionnement par excellence dans le footwork là où bon nombre de mâles se la jouent les gros durs sûr d' eux et ne cherchent plus vraiment à changer. Dans le récent "Painful Enlightenement" il est question de dépression, de manque de confiance en soi et d' affirmation. Mais aussi d' expérimentation pure plutot qu' une simple volonté de faire danser. Jana Rush est l' une des plus dignes héritières des Rp Boo et Dj Rashad. Le Footwork est avant tout une musique qui depuis toujours a tenté de repousser les limites et trouver des territoires vierge. Un grand coup pied au cul chicagoan aux Dj feignasses des dancefloor surfant justement sur la nostalgie de cette ville. Comme toujours chez Rush l' expérimentation puise dans le gigantesque héritage dancefloor de sa ville natale mais également dans celui d' un certain jazz contestataire. Les ambiances de ce disque sont, comme toujours encore une fois chez elle, flippantes, angoissantes et sombres. Jana Rush est la Dj Footwork la plus proche de l' univers Indus européenne. Le sexe fait une entrée tonitruante dans l' univers de Rush comme l' illustre le sample d' un film porno dans "G-Sport". Mais plutot que ce soit sur un mode putassier comme autrefois dans la Ghetto Tech House qui l' avait vu apparaître, Rush joue de la fausseté de ces films et interroge sur la domination masculine en la matière. Rush, l' une des rares Dj Footwork encore une fois à aborder le suicide le temps d' un gigantesque " Suicidal Ideation". "Painful Enlightenement" dévoile une productrice délaissant un peu la recherche en matière de composition sans rien perdre de son talent pour s' attarder comme jamais sur les textures. Plus abrasif que le précédent, qui déjà se différenciait de la concurrence en la la matière, ce disque ne cesse de vous empoigner par la ceinture afin de vous éjecter de la piste pour un tête à tête plus mental dont vous ne sortirez pas indemne. Comme chez Jlin le footwork chez Rush peut également s' écouter à la maison tant il mérite une attention de tout instant pour déguster son ingéniosité et ses trouvailles. Jana Rush a d' hors et déjà atteint la plus haute marche de la compète Footwork version long format de 2021 quand Jlin risque régner sur le format Ep prochainement. Bref 2021 sera l' année où les femmes auront définitivement pris le pouvoir dans un courant où elles ne sont pas nombreuses. PS: Si 2020 et 2019 n' étaient pas des grands crus en Footwork 2021 s' en sort largement mieux. Dj Manny confirme enfin les espoirs placés en lui depuis longtemps avec son "Signals in My Head", curieux et touchant Footwork imprégné de la romance R'n'b et du savoir faire Dancefloor de Chicago. Quant au vétéran et inventeur du genre, sans réellement se renouveler, RP Boo vient relever les compteurs avec son "Established" et prouve ce que le Footwork et indirectement bon nombre de courants musicaux de par le monde lui doivent.
- TIRZAH, Tri Hop déconstruit et intime.
Tirzah effectue son grand retour avec son deuxième album. Après les succès critique et public de "Devotion" l' attente de trois était devenue assez importante. On se demandait vraiment de quoi serait fait "Colourgrade". Redite ou évolution ? Pour ceux qui ont découvert Tirzah à l' époque de "Devotion" il est clair que "Colourgrade" va surprendre pour ses forts penchants avant gardistes et une certaines rugosité sonore. En 2018 son R'n'B déconstruit teinté de Trip Hop arrivait à caresser dans le sens du poil sans réellement brusquer. C' était l' une de ses qualités, offrir des chansons Pop parfois étranges mais toujours très accueillantes. Un pont entre la Pop la plus gentillette et l' univers de la grande copine Mica Lévi. Sa légèreté cotonneuse vous enveloppait chaleureusement. "Colourgrade" pousse le curseur encore plus loin sur tous les terrains et penche définitvement vers le côté Lévi. La déconstruction est encore plus totale. Les rythmes paraissent profondément organiques et davantage erratiques. Tirzah et ses collaborateurs semblent avoir décider de jouer au jeu du chat et de la souris avec les fans de "Devotion". De la même sorte son chant devient bien plus minimaliste si ce n'est feutré et effacé. Sa voix développe ainsi encore plus d' intimité dans la relation qu' elle met en place avec l' auditeur. Entourée des mêmes amis, Mica Lévi évidemment et Cosey Sey, Tirzah voit débouler à ses côtés ce petit diablotin Dean Blunt pour l'un des titres les plus flippant de sa jeune carrière. A l' image de "Recipe" les sons sont devenus plus rugueux et surtout flirtent allègrement avec une abstraction profondément avant gardiste qui se faisait bien plus discrète en 2018. Moins Hypnagogic-Pop et une ambiance brumeuse plus du tout synonyme de chaleur mais devenue bien plus froide. Tout en avançant et évoluant il semble que Tirzah ait décidé dans ce but de se ressourcer en se rappelant de son premier Ep "I'm not Dancing" et de sa participation à celui de Mica Lévi sous pseudo Micachu, "Taz and May Vids". Trois ans après "Devotion" Tirzah apparaît changée, deux maternités sont passées par là ainsi qu' une réelle professionnalisation dans le domaine. Il est beaucoup question de maternité selon ses dires dans "Colourgrade" et il est vrai que si "Devotion" rassemblaient des douceurs R'n'b câlines prodiguées par la bonne copine, "Colourgrade" rend ces tendresses bien plus profondes et inconscientes comme celles unissant les mères à leurs enfants. Deuxième album et deuxième réussite absolue. On peut même se demander si le dernier n' est pas finalement bien plus intéressant parce que davantage intriguant et renversant alors que le premier qui avait pour lui toute la potentialité en matière de surprises n' était au final qu' un léger pas en arrière vers plus de légèreté. Album en intégralité par ici














