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Mandy, Indiana

DEBIT, quand la Cumbia Rebajada revient hanter le présent et le futur.

  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Delia Martinez aka Debit nous avait perturbé dans le bon sens du terme avec son très bon "The Long Count" (ici). Trois ans plus tard elle revient pour nous étourdir encore plus avec une nouvelle évolution de sa musique. "Desaceleradas" sorti en fin d' année dernière et classé 4 ème du top Album DWTN (ici) méritait sa chronique. L' une des œuvres les plus originales de 2025 est aussi étrangement très imprégnée du passé. Alors que les occidentaux par goût du confort ou par peur de l' avenir se baignent dans des revivals doudounesques trompeurs et un passé avantageux les peuples colonisés autrefois leur renvoient le leur et celui là fait très mal tant il accuse, interpelle et nous projette tous vers un avenir à construire plutot qu' à subir.


Son "Long Count" de 2022 (l' année sans top album DWTN mais je vais y remédier) abordait l' histoire pré colombienne occultée par la colonisation. Debit s' inscrit dans la lignée de ces artistes amérindiens qui ont fort justement un compte à régler avec la colonisation tel Elysia Crampton (LOS THUTHANAKA) et ceux présent sur la compilation Hauntology "Fantologìa". En mêlant l' emploi de l' IA sur des archives sonores de la culture Maya et ses passions Ambient et électro-acoustique elle nous avait donc offert l' une des réussites de cette année-là. En 2025 toujours avec cette volonté de réinterpréter les sonorités historiques elle s' empare de la Cumbia Rebajada. Courant peu connu ce style est né à Monterrey (ville d' origine de Debit) le jour où les platines défaillantes du Dj Gabriel Dueñez ralentirent à 76 Bpm un disque de Cumbia. Les danseurs adorèrent cette accidentelle et étrange version dub d' une musique festive qui tournait autour des 100 BPM à l' origine. Assez vite d' autres prirent le relais de Dueñez au point que les jeunes Cholombianos de Monterrey s' emparèrent de cette musique pour en faire leur étendard.



Les Cholombianos fut un mouvement culturel de la jeunesse de Monterrey facilement reconnaissables par leurs rouflaquettes taille XL à faire pâlir le jeune Liam Gallagher et autres Britpopeux . Leur look vestimentaire se composait de tartans ou de chemises Hawaïennes et des pantalons Baggy issu du Hip Hop tombaient sur des converse blanches customisées. Un sacré gloubi boulga culturel génial. Une multitude d' accessoires évoquant leurs racines indiennes et colombiennes se rajoutant à ce look détonnant qui les firent traité par les autres de Punks Tropicalisé.


Delia Beatriz aka Debit a réussi à mettre la main sur les deux premières mixtapes légendaires de Dueñez pour les retravailler et nous offre une version s' apparentant à un geste onirique puissamment psychédélique. En utilisant un ARP 2600 pour réharmoniser les bandes originales, parfois rejouées à l' accordéon  par elle même, puis en rajoutant du souffle, de la réverbération, en distordant la mélodie et en jouant sur la granulation du son Debit nous offre une musique entendue nul part. Une sorte d' Ambient mutante tout sauf accessoire.

Le courant original voit ses typiques ralentissements être encore plus décélérés jusqu' à évoquer chez l' auditeur un étourdissement suivi d'un basculement dans les tréfonds de l' histoire. Cette lenteur alliée à la subtilité du travail de Debit nous amène à l' effroi et le malaise devant un chaos sonore déstabilisant et impressionniste.

Elle semble procéder à un véritablement envoutement par la dissonance atonale et la cacophonie. Le passé fait mal. Surtout celui des anciennes colonies. Le passé fout la honte. Surtout celui des occidentaux.


Ce travail évoque William Bazinsky et ses boucles, le Chopped'n'screwed de Dj Screw ou la Tape Music de Philipp Jeck. Que des noms mille fois cités dans ce blog. Evidemment on peut aussi invoquer Leyland Kirby aka The Caretaker et sa Hauntology Music. Surtout par l' ajout de craquement vinylesque et son approche de la nostalgie et de la mémoire. On peut aussi citer la version ricaine, l' Hypnagogic Pop. Cette album est une véritable déclaration de foi pour la protection des souvenirs contre l' effacement culturel désiré par la colonisation et ensuite accéléré par la mondialisation le néolibéralisme.


Ce qui peut s' apparenter à une fête hanté pouvant facilement servir de BO à certains passage de "Shining" de Kubrick (les photos des fêtes donnée dans l' hôtel) est aussi un puissant acte de rejet d' une certaine idée grossière de la nouveauté dans la Pop. La stupidité qui voudrait qu' elle soit toujours plus rapide, puissante, euphorique et clinquante. Debit nous offre une sorte d' élégie mélancolique où tristesse et espoir se mêlent dans une série de titres changeants souvent éthérés.


Un véritable chef d' œuvre d' une musique véritablement "Pas comme les autres".



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