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Ana Roxanne

DAGMAR ZUNIGA, Folk anti tradition d' une beauté absolue.

  • 25 févr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 juin


Depuis que la musique bégaye (début 00's) le Folk aussi n' avait pas échappé à la maladie rétrogaga. Pour le pire et le meilleur. Malgré quelques réussites provenant souvent de très fortes personnalités (The Microphones, Joanna Newsom, Grouper) il était souvent question d' artistes empêtrées dans un revival cadenassé par les traditions. Le meilleur des labels indépendants du moment (AD 93) vient de dénicher sur Bandcamp l' alternative suprême aux redites sage et inoffensives. Une artiste qui ne se borne pas à imiter bêtement une époque ou une scène mais plane littéralement au dessus de toutes les barrières du temps, de l' espace et des chapelles.


Elle se nomme Dagmar Zuniga vit à Brooklyn et est originaire du Nicaragua ce qui a probablement une petite importance. Ainsi elle s' éloigne assez radicalement du rapport au passé naïvement nostalgique de ses prédécesseurs revivalistes majoritairement WASP. Un rapport au passé latin marqué par la colonisation, l' oppression et l' émigration. C' était peut être pas si mieux avant et surtout tout dépend pour qui. Elle veut bien tâter de la nostalgie via le Folk mais à sa façon et en s' empreignant de tout ce qui a succédé à l' âge d' or de ce courant.


Les quatorze titres enregistrés sur cinq années évoquent bien sûr le passé Folk mais surtout quand le psychédélisme s' en mêlait. Linda Perhacs, Vashti Bunyan, Bridget Saint John et en arrière plan la scène la scène Laurel Canyon (Byrds, Crosby Still Nash & Young, Mamas and Papas, Love, Joni Mitchell. Docu essentiel ici)

Quitte à abandonner les visions étriquées Dagmar Zuniga n' hésite donc pas à tremper le grimoire Folk dans un bain expérimental. Sa clé pour cela est le Lo-Fi symbolisé par l' utilisation d'un vieillot magnéto 4 pistes Tascam 424 pour produire et enregistrer sa musique. Une Lo-fi en filiation directe à première vue des dernières traces chaotiques et cinglées sur bande de Syd Barrett ("The Madcap Laughs") et plus proche de nous Daniel Johnston et le Ariel Pink des tout débuts. Quand le manque de moyen et un contexte agité deviennent propices aux aventures sonores.


Dès les premières notes "In Filth Your Mystery Is Kingdom / Far Smile Peasant in Yellow Music" vous happe par le souffle des bandes magnétiques et l' auditeur peut très vite s' imaginer avoir découvert dans un grenier un vieux disque qui se révèle assez vite une pépite oubliée des sixties. Un truc génial passé sous les radars. L' écoute attentive nonobstant l' "apparent délabrement" de l' enregistrement vous confronte à un songwritting brillant, magique et inespérément rafraichissant après tous les revivals subis.

Zugmar allie méticulosité et simplicité et offre une œuvre généreuse avec des bouts de ficelles et surtout une manière novatrice dans le Folk, celle de la déconstruction. Elle s' empare du bréviaire et en fait du Cut Up (cf William Burrough, David Bowie etc etc) . L' architecture des titres est aventureuse et surprend.

Sa voix de soie ,murmurant ce qui semble s' apparenter à des contes de fées flippants, semble être prisonnière de distorsions métalliques ce qui rajoute de l' étrangeté à l' ensemble. On navigue entre Art Brut par son aspect artefact 60's redécouvert, l' impressionnisme et le surréalisme. Cette chanteuse donne l' impression de nous parler de mythes et de légendes oubliés avec un chant parfois dévotionnel à moins qu' il ne s' agisse, chose plus si étrange que ça, des futurs disparus. Ceux que le Néolibéralisme et le capitalisme tardif voudraient nous faire croire impossibles. Les habitués du blog me voit venir j' espère. Encore une fois il est question d' une musique Hauntologique. Nous ne sommes pas arrivé à la fin de l' histoire que ce soit économiquement, politiquement, socialement ou artistiquement. On peut sortir de la redite. Nous pouvons nous inspirer du passé tout en tentant d' apporter quelque chose de neuf.

Ainsi le souffle des bandes magnétiques ne peuvent que faire penser aux craquements des vinyles d' un Leyland Kirby et comme je l' écrivais plus haut Dagmar Zugmar à l' instar du britannique nous offre un Folk née d' une vision novatrice après s' être évadée des barrières du temps et de l' espace et enfin et surtout des genres musicaux. En cela on peut la placer à la suite d' une Cindy Lee ou de Liz Harris (Grouper).


Plus l' auditeur progresse dans le disque plus il va s' étonner de n' être plus seulement confronté au référentiel et aux ressentis Folk Psychédélique mais également à ceux de l'Ambient, de la musique Concrète et de la Tape Music. Les instruments, les voix et les rythmes se superposent ou semblent à d' autres instants se décomposer et ou se fissurer. C' est à un véritable travail d' orfèvre de l' expérimentation offert par une artiste autant attachée aux textures sonore qu' au songwritting.


Un des grands disques de l' année.




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