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  • 48° 56' 88'' N , 1° 92' 57'' O. Premier épisode, Route du Rock 1995.

    Savait-il le gamin de 21 ans dans le train Limoges-Poitiers le 18 août 1995 que le voyage commencé allait se répéter de très nombreuses fois à l'avenir? Qu'il prendrait l'apparence aux yeux de son entourage d'une sorte de coutume et ce bien malgré lui et à tort? Avec cette dernière il peut arriver que l'on sache plus vraiment pourquoi on la pratique. Pour la RDR ce n'a jamais été le cas. Le même enthousiasme que pour la première fois. S'il se trouvait quelqu'un pour le lui prédire, je me demande bien ce qu'il aurait répondu le gamin? Il l'aurait très certainement renvoyé sur les roses le devin du jour. A cet âge on ne veut surtout pas ressembler à ses parents et leurs "ridicules" rituels annuels. Je vais bien sûr évoquer des souvenirs musicaux. L'évolution de la musique indie, des modes, du public, des styles, des courants. Vous comprendrez que ce qui pousse à faire le pèlerinage est principalement la passion. La passion pour la musique mais aussi des choix philosophiques, politiques et un besoin profond de se ressourcer au fil du temps. J' évoquerai aussi des trucs plus personnels. Il fait partie de nos vies, de notre histoire. Certains se rendent au stade tous les dimanches, d'autres c'est un bon restaurant mensuel ou la séance de ciné hebdomadaire. On se remémore les vacances et on tisse des liens avec l'histoire familiale. "La petite? Elle avait quel âge pour notre visite de Fort Boyard? Tu Te souviens? On l'avait perdue dans la foule. Oui parfaitement, c'était l'année du décès de la tante Simone. On avait du écourter notre séjour". Parfois, c'est juste une réunion de famille avec l'arrivée de nouvelles têtes et l'irrémédiable départ de certaines. Le temps s'écoule devant toujours les même endroits. Finalement, ils sont les seuls témoins qui peuvent raconter l'histoire dans son intégralité et les pierres du Fort Saint Père en ont des choses à raconter sur mon compte et sur d'autres. Pour moi c'est à la mi-août que ça se passe. Je vais à La Route du Rock à Saint Malo. J'ai vu évoluer la Route du Rock et la Route du Rock m'a vu grandir, changer, douter, pleurer, tomber amoureux et bien sûr vieillir. Et puis se rendre à un festival de musique c'est toujours mieux que passer tous ses étés dans de moches cités balnéaires du Roussillon. Surtout s'il s'agit DU festival "pas comme les autres". La première fois : Il a fallu que mon pote Seb me pousse à y aller. J'étais plutôt tenté par le soleil de la première édition du festival de Benicassim. Mes parents se rendant dans le Roussillon, il m'aurait été facile de prolonger jusqu'à la province de Castellòn. L'affiche espagnole était hallucinante: Jésus & Mary, Ride, The Charlatans, Carter Usm etc... Ne trouvant personne pour m'accompagner en terre espagnole, je décidai d'y aller à ce foutu festival Breton. De toutes façons je ne prenais pas trop de risques, Bernard Lenoir était de la partie. Si Dieu le père s'y rendait alors ses apôtres se devaient de le rejoindre. Vous êtes-vous déjà rendu compte à quel point certaines habitudes sont vite prises au cours des années? Premières foulées dans le fort et petite inquiétude des limogeauds loin de leurs terres. "Comment fait-on pour se retrouver? Et si on allait là sur la droite, à mi-chemin entre la scène et la régie? Ok !". Ainsi en 1995 pour la première fois et pas la dernière, je me suis également perdu dans Saint Malo, promené le long de la Chaussée du Sillon en me méfiant des mouettes (l'avenir me donnera raison), j'ai rouspété sur la horde de touristes avec leurs garnements dans Saint-Malo intra-muros, gueulé que les restos étaient trop couteux, pesté contre le lever tardif de mes compagnons, cherché Lenoir, trouvé Soulier, attendu devant chez Sanchez, glacier de son état. Et puis et surtout, mangé, brossé mes dents, acheté des bières, pissé et chié au Cora de Saint Jouan des Guérets. Bref, avec Seb, Magalie, Angeline, Stéf & le plus grand des "frères pétards", nous découvrions les jalons obligatoires de ce qui allait devenir un pèlerinage pour nous et bien d'autres. Je ne cite pas la séance de toilette collective dans le cimetière de Châteauneuf d'Ille & Vilaine, je n'ai jamais pu trouver par la suite des personnes tentées par l'expérience. Mais je vous la conseille. Premiers plantages de tentes dans les douves et première anecdote : - Seb : Je crois que Miossec commence. - votre serviteur : Non c'est pas lui; écoute bien il s'agit de son CD - Angeline: Tu as raison ça y ressemble comme deux gouttes d'eau. -Seb : C'est curieux tout de même ? -votre serviteur : Fumons ce que l'on a, buvons une bière et je fais le pari que c'est pas Miossec. - Seb : Ok Quand on entendit Miossec beugler "Salut" au bout d'une demi-heure et trois binouzes, nous comprîmes que le concert se finissait. C'est le meilleur concert de Miossec que j'aie jamais vu. Les moments forts de cette première Route du Rock ? Cette édition 95 a lieu en pleine Britpop et la programmation s'en ressentira. Pour le meilleur et pour le pire. A cette époque le festival sera souvent caricaturé. "Rassemblement de popeux refermés sur eux-mêmes et manquant sérieusement d'ouverture d' esprit" ai-je entendu. Mais aussi pêle-mêle: "élitisme", "intégrisme", "chiantissime", "festival de coincés" etc... L'évolution de la programmation contredira évidemment les ignorants. Mais il est clair que l'année 95 ne sera pas un grand cru artistique. A quoi peut bien ressembler un individu de très faible corpulence pris de son plein gré dans un pogo pendant Menswear? Très simple. Une boule de flipper. Grand souvenir de bousculade juvénile pendant leur concert. Et ce type qui ne cessait pas de brailler entre les morceaux: "Miossec au secours!". Il portait un t-shirt des Bérus. C'était le temps de la guéguerre Alternos contre Popeux indies. Le type n'a pas du revenir. Et puis il a perdu la guerre. Artistiquement, ouf ! Politiquement, merde ! Menswear, l'archétype du groupe porté aux nues par la presse britannique. La chute ne sera que plus dure. Et pour moi ce groupe et bien d'autres serviront de vaccin contre toutes formes de hype à l' avenir. Je crains que le destin d'une Lana Del Rey ne soit similaire à celui des Menswear. Etaient-ils bons les Menswear ? Un petit peu et c'est tout. Mais pas exécrables. Les seconds couteaux de la Brit Pop à l' instar de leur aînés de la mi-60's nous pondaient des singles très accrocheurs. Mais sur la longueur d'un album ça ne marchait plus. Et puis des gens comme moi étions à l'époque en pleine schizophrénie. Les vêtements évoquaient le nombrilisme et la nostalgie réac d'Oasis et Blur pour plaire à ces mesdemoiselles, mais seuls le soir dans nos chambres nous nous masturbions sur Aphex Twin, Autechre, Leftfield, Scott Walker avec son "Tilt", Bardo Pond, Goldie et le post-rock. D' autres souvenirs pêle-mêle ? La classe avec laquelle Marijne van der Vlugt de Salad sirotait du vin au goulot, ma montée d'hormones devant la chanteuse de Powder, le stage diving hallucinant du batteur de ces derniers pendant Supergrass, l'ennui et la déprime pendant le concert de Gene, la veste en cuir du chanteur de Marion, le saut dans la batterie de la chanteuse de Skunk Anansie qui avait été la révélation du festival. Merde! Pas ça! Moi j'avais préféré Dominique A, Supergrass malgré une petite forme due à leur tournée des festivals, et The Bluetones . J'assume pour ces derniers. Ecoutez leur superbe "Bluetonic" et vous discernerez l'énorme influence des La's et des Stone Roses sur la Brit Pop. Le festival ne durait que deux jours cette année-là. Les nuits dans les douves écrivaient alors leur légende. Nous avons découvert ces soirs-là toute la folie et l'humour du breton imbibé. Ainsi un petit type que je n'ai jamais revu se chargea de l'animation devant les campeurs réunis autour d'un unique feu de camp. Prenant sa bière pour un micro, je dois avouer qu'il nous fit une bien meilleure prestation que celle donnée par son compatriote de Brest quelques heures plus tôt. Sa copine, un peu fâchée, décida qu'était peut-être venu le moment de planter la tente et lui tendit la perche servant habituellement à soutenir la toile. "Prends cette perche et aide-moi à monter la tente au lieu de raconter des conneries". Éclat de rire général. Le petit homme la pris au mot et, s'emparant de la perche, s'élança en criant "Bubka me voilà!". Je ne sais pas quelle hauteur atteignit notre athlète d'un soir, mais une chose est sûre, depuis ce formidable saut j'ai compris pourquoi mieux vaut un matelas pour la réception qu'un feu de bois. Plus tard, nous croisâmes un type de Limoges que nous ne connaissions pas. C'était pas la première fois. Par timidité, nous ne lui avions pas adressé la parole. Ce mec demeura une énigme et une légende pendant des années. Qui pouvait bien être le mystérieux "mec au T-shirt des Boo Radleys" de Limoges que l'on ne croisait que dans les bons concerts? On a mené notre enquête. Fait intervenir les RG, le Mi5, la CIA. Sans résultats. Fallait nous comprendre. Les mecs qui écoutaient de la musique pas comme les autres n'étaient pas légion sur Limoges. Ni ailleurs non plus. C'était ça aussi l'importance d'aller à la Route Du Rock. Le seul festival qui programmait des trucs que l'on adorait. On y allait confiants. Si nous ne connaissions pas tous les groupes, on ne risquait pas de trop grosses déceptions. C'était un emblème. Un signe de reconnaissance. En 1995, si tu lisais les inrocks, la presse anglo-saxonne, et que Bernard Lenoir était ton sauveur des ondes radios, tu te devais d'en faire partie. De toutes façons nous n'avions pas trop le choix. Fouillez dans les archives et listez la prog des autres festivals en cette année 95. Y avait des pépites mais enfouies dans la vase d'un rock plus mainstream ou caricatural. Le courant indie était très peu représenté. Avec le recul, il est à présent facile de dire que la prog de Saint-Malo suivait ou précédait parfois les évolutions et les changements importants de ces 20 dernières années dans la musique. Elle collait à l'actualité et tenait largement son rôle de défricheuse. A l'époque, on s'en rendait même pas compte. Quoique... Je vous le répète. Se rendre à la Route du Rock ça signifiait quelque chose. Et pas uniquement en rapport direct avec la musique. 16 ans après. Printemps 2011. Concert des Crocodiles à la Fourmi. Il est là! Devant moi! LE type. "T-shirt Boo Radleys RDR 95". Le vrai. En chair et en os. Et en plus il est avec un pote à moi. Je l'agresse direct. Moi : "Tu serais pas le T-shirt des Boo Radleys à la route du Rock 95 ? Lui : "Ben ouais". Les autres : hallucination collective ! Le dimanche fut moins drôle pour moi. Il faisait beau et chaud . Malgré cela j'étais vêtu du pull d'une amie. Le climat de 1995 avait transformé le Fort Saint Père en un vaste désert de poussière. Tu rajoutais la sueur et les jets d'eau pour rafraîchir les troupes, et les t-shirts blancs devenaient marron et immettables sous peine de passer pour Gérard Holtz après le Dakar. Les plus jeunes risquent de ne pas me croire mais c'est vrai. Un t-shirt et un pull léger suffisaient pour nos soirées malouïnes. N'ayant pas donné signe de vie depuis un bon bout de temps, je me décidai enfin à reprendre contact avec mes procréateurs. La conversation fut glaciale et coupa net l'euphorie que cette première édition avait suscité en moi. Nous repartîmes de Bretagne et tout au long du trajet la phrase de ma mère me revenait à l' esprit."Ta grand mère ça ne va pas. Il faut que tu reviennes le plus vite possible". La pierre angulaire de mon enfance commençait ce que l'on appelle une lente et douloureuse fin de vie au moment même ou un autre repère apparaissait dans mon existence. Comme une sorte de passation de pouvoir sur ma destinée. J'y repense à chaque fois que je "monte" à la Route du Rock. Première fois et déjà le hasard faisait que ce festival et mon histoire personnelle s'entrelaçaient solidement. Je revois encore les images du retour, le défilé du paysage et ces deux morceaux en boucle dans le walkman sony offert par la petite dame en noir. Gene s'avéra utile ce jour-là et la suivante piquée chez Lenoir quelques semaines plus tôt annonçait un disque que nous allions tous écouter en boucle par la suite.

  • James Ferraro, ou la veste en jean qui révolutionne la musique

    Si vous êtes observateur, vous avez probablement remarqué dans les articles de ce blog l'omniprésence du type à la veste en jean vestige des 80's. Mais aussi mon agacement des musiques nostalgiques faites de nos jours et mon obsession pour tout ce qui ressemble à un renouveau. Qu'il soit mondial ou régional. Si John Maus, par sa personnalité et sa musique, fait s'emballer mon rythme cardiaque, que dire de l'effet de James Ferraro sur mes neurones? Si l'hypnagogique-pop est pour beaucoup dans la volonté de créer ce blog, alors faire un papier uniquement sur James Ferraro est une évidence. Une obligation. Parfois les évidences tardent à se dévoiler dans votre esprit. J'ai un bon outil de repérage pour savoir ce qui me passionne dans la musique, mes liens Facebook. James Ferraro, depuis 2009-2010, truste la tête du classement avec John Maus. Je n'ai reçu qu'une seule réaction en 2 ans. "C'est quoi? Une pub pour l'Ipad?". C'est vrai que la première rencontre avec lui peut désarçonner. Si je veux retrouver au fond de ma mémoire l'équivalent, il faut remonter à celles en 1990 avec My Bloody Valentine ou Autechre avec "Tri Repetae" vers 1995. Le truc qui peut fausser votre jugement et faire passer à côté du caractère nouveau du machin, c'est l'utilisation de sons connotés d'une époque révolue. Petite différence avec MBV et Autechre. Leurs sons étaient neufs et porteurs d'une intense étrangeté. On les avait très peu entendus auparavant. Avec Ferraro, les sons sont connus mais l'étrangeté est toujours présente. C'est une vue d'ensemble qu'il faut adopter. Un truc important concernant le frisé est à signaler: il n' utilise pas de sample piqué chez d'autres artistes. Il élabore lui-même les morceaux qu'il samplera et mélangera par la suite. La démarche est proche de celle de Kevin Shield qui passait des heures et des heures dans sa cave à expérimenter toutes sortes de nappes de sons avec sa guitare et ses pédales d'effets pour ensuite les incorporer dans ses chansons. On ne savait plus d'ailleurs si ses samples étaient de simples rajouts ou s'ils étaient à l'origine du morceau . Observez bien; c'est plutôt rare finalement. Le sampler est l'instrument roi dans tout ce qui se rapporte de près ou de loin à une évolution dans la musique depuis 20 ans. Quand les Animal Collective à la culture indie se décident à former un groupe, leur mot d'ordre est : "Faisons de la musique indie mais sans guitares", "Créons des morceaux en se servant du sampler comme Dylan & Wilson le faisaient avec leur guitare et leur piano". Ce jour-là, ils prirent une assurance tous risques contre un retour en arrière. James Ferraro, à l'instar des Animal Collective et de Kevin Shields, ne pense qu'à une chose, faire de la musique. Encore et encore. Depuis le début, il travaille beaucoup sur le grain du son. Il déclare avoir été marqué à vie par celui que possédait le son d'un disque passant à une vitesse ralentie. Dans son processus créatif, apparaissent très vite l'utilisation et la maltraitance du matériel sonore provenant des vieilles cassettes audios et VHS. Les deux premières vidéos en sont le fruit. En 2011 Ferraro sort "Far Side Virtual", et ce qui demeurait une interrogation à mes yeux est devenu un fait avéré, James Ferraro est un vrai génie. Que demande-t-on à un génie sinon d'accélérer le cours de l'histoire tout en nous poussant vers une remise en question salvatrice? Avec "Far Side...", il laisse un peu tomber les synthés 80's et s'empare des possibilités numériques des 90's (cf article sur Rustie). Certains vont penser que Ferraro et la musique souvent mise en avant sur ce blog "c'est un peu chiant". Il faut qu'ils comprennent bien une chose. Je me répète mais je juge cela essentiel. Je veux porter le T-shirt qu'affichait Genesis P Orridge vers 1975 (!) , " Rock'n'roll is for arselickers", Le Rock'n'Roll c'est pour les lèche-culs". Celà ne m'empêche pas d'en écouter de temps en temps, mais se référer constamment à cette référence ferme des portes. Y a pas que le blues, le rythm&blues et la folk sur cette terre. Y a une semaine on me demandait mon avis sur Trailer Trash Tracys, groupe dream-pop shoegaze un peu trop light. Je n'osai pas faire part de mon ressenti complet par peur de passer pour un éternel grincheux et je me contentai de dire que le seul morceau du groupe qui me passionnait réellement était le remix effectué par Ferraro de l'un des titres des Trailer Trash. Écoutez l'original, meilleur morceau de l'album qui plus est, passez ensuite au remix de Ferraro, et vous comprendrez que ce dernier vit dans le futur, contrairement aux Trailer. Il est ailleurs. Le fossé qui s'est creusé entre certains fans et groupes de musique s'affiche clairement ici. La musique fait trop dans le recyclage et elle s'est perdue. L'essentiel n'est plus vraiment là. Elle est à l'image du personnage de la photo de fond de Dancing In The Noise. A la croisée des chemins. Lequel prendre. Pour affronter l'inconnu, pouvoir faire un choix et se repérer, il n'a pas beaucoup de solution. Et il a abusé d'une. Le rétroviseur, l'autre photo du blog. Avouez que pour la conduite ça devient risqué. Amusez-vous à ne regarder qu'en arrière sur l'autoroute. Le rail de sécurité ou le 3 tonnes vont vous stopper net si vous n'avez pas le bon réflexe, mais même dans ce cas-là votre vitesse va considérablement ralentir et votre marche en avant cesser. Et la musique se retrouve à l'arrêt, plantée au beau milieu d'un désert. Qu'est-ce qui est en jeu ? Le rôle que la musique doit tenir dans nos vie tout simplement. Doit-elle n'être qu'un simple divertissement et servir juste d'illustration vaguement raccord à nos vies, ou être une extension de ce que l'on est. De ce que l'on ressent, de nos rêves, nos dégoûts. La musique doit-elle simplement être un moyen de fermer les yeux devant le monde ou devenir une aide et surtout un moyen de changer les choses? J'ai fait mon choix depuis des années. James Ferraro et John Maus sont là pour ne pas le regretter. Il m'arrive de fantasmer sur d'improbables soirées. James Ferraro, John Maus, Ariel Pink et leurs copains refont la musique et ainsi le monde jusqu'à pas d'heure tout en se demandant comment changer le cours des choses. Un peu comme auparavant d'autres vénéraient cette fameuse photo représentant les papas du punk, du post-punk et de la New Wave. Ou encore cet autre instant saisi au cours de l'enregistrement de la plus novatrice et importante trilogie de tous les temps. Les deux photos étaient sur les murs de ma chambre d'étudiant, à côté de celle de Nirvana. Le choix à faire sur un mur. Devinez laquelle des trois sauterait si je redevenais cet adolescent. En 2001, un disque pourtant revivaliste se révéla un énième électrochoc dans ma passion. Eh oui, quand c'est vraiment bon c'est possible. Je me suis souvenu de la Brit-pop des 90's. J'en ai gardé l'envie et la curiosité pour la musique qu'elle déclencha en 1993, mais j'ai bien fait attention à délaisser son égocentrisme et son étroitesse d'esprit et de goût. Je voulais que la musique me serve pour exprimer ce que je ressentais. Et que ce soit toujours raccord. Le groupe de 2001 continua sa carrière, et ce qui était en 2001 le symbole de la passion, de l'émotion, de la manière d'aborder la vie, est devenu plus connu. Mais la musique avait perdu tout l'esprit révolutionnaire, et servait à présent ce que nous voulions foutre en l' air. La "bonne" musique ne doit être utile qu'à vendre, pas à changer le cours des choses. Voilà le message de cette pub. Ils prennent ce qui est un éventuel danger, et en le détournant retournent l'arme contre ses créateurs, l'ennemi. Et l'ennemi, c'est nous et notre désir de changement. Pas sûr que ça marche avec James ferraro. J'espère... Tomber sur ça après Fukushima, avouez que ça fait fussoir. En écoutant les Strokes en 2001 je ne pensais pas devenir pro-nucléaire.

  • EN PASSANT: RUSTIE, la déflagration sonore

    Rustie est écossais et son "Glass Words" est sorti l'an dernier. Si son côté "j' en fais des tonnes" m'a dans un premier temps refroidi, je m'y replonge assez souvent depuis. Quasi ignoré chez nous, ce musicien issu du Dubstep brasse son style de prédilection avec d'autres, souvent un hip-hop imprégné de synth-funk cher à Prince et Bootsy Collins. Le jeune Rustie se passionne également pour les sons numériques créés par ordinateur et provenant parfois des jeux vidéos. Tiens tiens, ça me rappelle quelqu'un que ce blog adore. Celui qui est pour moi l'un des génies cachés de la musique actuelle. Finalement, Rustie et ses copains m'amènent à la question suivante: a-t-on réellement pris conscience de l'influence des progrès technologiques de ces 20 dernières années? De la multiplicité des moyens offerts pour faire du neuf en musique? A-t-on aussi compris que la façon d'apprécier la chose musicale s'en trouvait radicalement chamboulée? C'est qu'il va falloir perdre de vieux réflexes et s'aérer l'esprit pour certains. A force de le rabâcher, de le lire partout comme une évidence, avons-nous vraiment pris le temps de regarder les conséquences réelles du phénomène et des opportunités dorénavant offertes? Tous les musiciens au moment de la création et leurs fans quand ils écoutent leurs disques s'en rendent-ils compte? Y a les Rustie et les James Ferraro. Puis y a les autres. Et encore d'autres qui sont entre les deux.Tout ce beau monde devrait se mélanger, non? Pas sûr que tout le monde le pense réellement. Quand on tombe par exemple sur des gens consensuels comme Anna Calvi ou Kurt Vile et leurs fans. Surtout les fans. Ils font ou écoutent une musique du passé (certes bonne parfois) sans oser vraiment s'emparer des nouvelles capacités techniques et artistiques offertes. Je trouve ça triste. Des idiots feront preuve de fatalisme, "pourquoi tu vénères pas comme moi tel ou tel artiste. C'est parce que ça a déjà été fait ? Mais bon tu reconnaîtras que la musique fait plus vraiment dans l'innovation de nos jours". Alors c'est sûr que si on cherche pas, on trouve pas. Surtout si on est d'une nature peureuse. Ces gens disent peut-être le faire mais au final écoutent très peu de musique expérimentale ou vraiment nouvelle. Sauf si cette dernière a un rapport évident avec un de leurs artistes cultes. Un bon vieux songwriter sera éternellement à leurs yeux l'archétype du type à vénérer. Un type derrière un ordinateur jamais. Anna Calvi et Kurt Vile consensuels? Oui, parce qu'ils font une musique déjà connue. Et ce qui est connu est rassurant, donc consensuel. Revenons à Rustie. Les structures de ses morceaux sont bien évidemment très syncopées façon Dubstep, mais il m'arrive parfois de penser à l'IDM d'Autechre, Aphex Twin et même Boards Of Canada.. C'est surtout assez tape-à-l'oeil. Mais d'où vient cette superposition de sons qui vous explose à la tronche? Les spécialistes expliquent que cela est le fruit de l'usage du son numérique et de ses possibilités bien plus grandes que celles offertes par l'analogique. Ce dernier ne peut pas mémoriser les informations, et les traitements des signaux sont donc limités (merci wiki). Cette façon de faire de la musique est très proche de celle de types comme Thundercat ou DJ Rashad avec sa Footwork qui est un style musical où les beats ont une puissance décuplée, toujours grâce à l'utilisation du numérique. Oups, j'oublie Evian Christ. Un gros truc à venir. Ce mélange de funk, d'électro et parfois de jazz présent chez Rustie et Thundercat, c'est l'occasion d'écouter le grand "Sextant" d'Herbie Hancock comme l'a si justement signalé The Wire. Son meilleur album à mes yeux. Faire de la musique grâce au numérique et donc internet permet des choses inimaginables y'a 20 ans. On surcharge le son. Sa nature est modifiée et les possibilités ne sont plus réservées aux heureux utilisateurs de studios hi-tech onéreux. Démocratisation des moyens. Démocratisation aussi de l'accès au catalogue des oeuvres passées. Le gamin de Guéret a de nos jours la possibilité de rencontrer Brian Eno plus tôt dans son vécu. En 1989, il fallait appartenir à un réseau. L'isolement géographique ou social se voit lui aussi effacé. Les sources de sons justement deviennent illimitées. On peut utiliser n'importe quel instrument sans même chercher le musicien qui va avec. Et oui, le numérique, c'est aussi la fin de la suprématie du musicien au sens premier. Plus besoin de passer des heures de sueurs et d'apprentissage afin d'atteindre la virtuosité ou juste le minimum de maîtrise pour obtenir ce que l'on a en tête. Finie l'époque où un groupe passait son temps à chercher le violoniste ou le batteur qui lui manquait. Internet est là. Gain de temps pour travailler. Si on diversifie les instruments disponibles et les capacités de traitement du son, et bien on multiplie automatiquement les possibilités d'expérimentations. Donc l'innovation. Et comme toutes les musiques sont devenues disponibles, le métissage devient encore plus envisageable.Tout est permis. Si je vous dis enthousiaste que dans le Rustie des solos de guitare dégoulinante sont mélangés à une musique dansante et électronique, et bien certains esprits aux oreilles bouchées le traduiront par "c'est pourri", "faute de goût". Nous voilà repartis pour encore 50 ans de retours en arrière incessants . Ça vous dit rien? Du bon avec du mauvais? J'affine. Mélanger deux styles très différents. Deux mondes parallèles. Tenter l'irraisonnable . En 1989, c'était pas possible. Un groupe électro avait peu de chances de trouver un virtuose adepte de Van Halen dans son bled qui accepte de jouer avec lui pour voir ce que ce mélange détonnant pourrait donner. Et si c'était le cas, il n'en aurait fait qu'à sa tête le Satriani de Mufflin-les-Ecoutilles. L'ouverture d'esprit nécessaire à tout mélange des genres n'était pas toujours présente. Elle aussi bénéficie de l'ère numérique. Un fan de la production disco de Chic pouvait-il imposer sa passion dans son groupe de potes spécialisé dans les reprises de Sonic Youth? Pas sûr. Maintenant, il peut le faire tout seul. En 2001, le sampler apportait un début de solution. Le gosse pouvait par exemple s'amuser avec sa guitare sur une boucle de basse des géniaux américains. Le sampler permettait d'expérimenter et ainsi on pouvait voir apparaître une musique parfois issue d'un mélange de bons et mauvais goûts qui donnait un truc jamais écouté. Un truc novateur. La façon de faire de la musique subissait une vraie révolution. Celle de l'analyser aussi, déjà, suis-je tenté de dire. Un solo de guitare-héro était mal vu en 1977, car souvent jugé tape-à-l'oeil. S'il n'avait à l' époque que pour but de mettre en valeur le bagage technique du musicien au détriment de l'artistique, le même solo incorporé différemment dans une nouvelle oeuvre d'aujourd'hui peut devenir pertinent. "Tout est bon dans le cochon". Faut juste savoir le cuisiner. Et donc voici un vrai titre révolutionnaire. En avait-on vraiment conscience à l'époque? Peut-être certains réacs ont négligé l'évolution, choqués qu'ils étaient par le fait que ce groupe utilise un truc catalogué de "mauvais goût". On pourra bien sûr, à l'écoute de Rustie, citer Justice, Mondkopf, Jakson etc. Bref, les suceurs de roue des Daft punk. Mais reconnaissez que sa musique tape-à-l'oeil fait étonnamment preuve d'une finesse dans sa mise en forme, alors que celle des rentiers de la musique électronique française en est dépourvue. A chaque écoute on remarque un détail qui tue. Je parlais récemment à propos de la novatrice et essentielle hypnagogic-pop du fait que dorénavant il devenait nécessaire de ne pas hésiter à piocher dans le bon du passé, mais aussi et surtout dans le mauvais. Et ce pour ne pas tomber dans un revivalisme infécond. Daft Punk étaient des précurseurs avec leur sample de solo de guitare dit de "mauvais goût". Les cartes étaient redistribuées. Et le réac de se perdre en conjectures. C'est l'ensemble qui compte, et lui ne s'attache bien souvent qu'à des détails, ses horribles petites habitudes d'écoute. Il a appris par coeur le manuel "Le Rock Indie pour les nuls". Il sait les noms qu'il faut dire et ceux qu'il ne faut pas dire. Si pendant des années il ne s'est fié qu'aux bonnes vieilles valeurs par crainte de l'inconnu, il va plus rien comprendre aux nouvelles musiques. Il risque d'être démasqué et de se couper encore plus de ce "décadent" monde qui l' entoure. Fantasmons pour conclure. Et si un jour les futurs Animal Collective révolutionnaient la musique après s'être inspirés de Jean Ségurel, accordéoniste folklorique? Ce serait cocasse mais plus du tout surprenant. Tout redevient possible.

  • Triangle Records

    Triangle est un label situé à Brooklyn et créé par un certain Robin Carolan. Tout ce qui sort de sa maison de disques est à écouter en urgence. Les amours du monsieur, c'est beaucoup de Witch House. Mais la Witch House, quésaco? Ce terme désigne parfois tout et n'importe quoi. Réfuté par des initiateurs du genre comme Pictureplane ou oOoOO, on peut toutefois trouver certains dénominateurs communs présents chez les artistes associés à ce genre. Par exemple par des racines communes tel l' influence du Chopped & Screwed Certains reconnaissent en DJ Screw une sorte de pionnier pour sa technique de mix et les samples utilisés dès la fin des 90's. Il ralentissait les morceaux et développait ainsi des ambiances lourdes et sinistres. Autre influence majeur souvent citée, la darkwave, et plus précisément Dead Can Dance. Mais on peut rajouter la mouvance gothique et le drone. Bref, souvent une musique claustrophobe. Si c'est le fun que vous recherchez, passez votre chemin. Si beaucoup de ces artistes utilisent des recettes du Drone, il est à noter qu'encore une fois le shoegaze est présent, ce qui est tout à fait normal vu que la nouvelle scène Witch House était ancrée dans la chillwave. Donc qui dit Chillwave (Memory Tapes, Neon Indian, Washed Out) dit automatiquement Hypnagogic-Pop bien sûr. Rapide raccourci j'admets mais qui se justifie amplement.. Les Stars du genre: Salem bien sûr. A présent que la Witch House ne vous est plus une énigme, parlons de Triangle qui la conjugue sur tous les modes. Les variations peuvent être multiples. Fait rare, je craque pour la quasi intégralité du catalogue de ce label. Ils sont pas nombreux, mais quand vous allez découvrir la concentration d'autant de talents dans un si petit label, vous allez être subjugué. Verrouillez la porte, fermez les volets, fermez les yeux, et en avant pour le grand frisson. Triangle fait pas dans l'hédonisme à outrance, mais se laisser happer par ses productions se révèle une expérience passionnante. Première signature et première claque. Balam Acab. Après un très bon ep en 2010, il confirme en 2011 avec Wander/Wonder. On y entend très souvent le bruit de l'eau. J'adore l'eau. Rappelez-vous ce que je racontais dans un précédent post. La première musique perçue est celle du ventre de votre mère, les bruits provenant du liquide amniotique . Balam Acab s'en est souvenu. Ensuite, revenons à une Witch House encore plus flippée, donc très proche de Salem. Le groupe porte l' un des noms les plus étonnants de toute l' histoire, !!! est battu. Voici oOoOO. Prochain album en Avril. Mais si il y a un tube parmi les sorties Triangle, c'est avec les prometteurs Holy Other et leur glacial ep, "With U", l'une des claques de 2011. Le fantastique Yr Love. Passons à d'autres plus connus. How To Dress Well qui vient tout juste de signer chez Triangle et Clams Casinos Les dernières signatures en date, Ayshay , Water Borders et l'énigmatique Lie avec son ep en Mars. Je me préparais à publier mon article sur Triangle quand j'appris que Robin Colan venait de signer la dernière sensation qui a fait frémir la blogosphère à la fin 2011. La dernière semaine de décembre, un inconnu publia une série de morceaux sur youtube et provoqua une petite onde de choc ressentie jusqu'ici. Son nom? Evian Christ. Un type adepte du Footwork et du dubstep qui sample la magnifique musique du Grouper de Liz Harris ne peut pas finalement être mauvais. Comme bien souvent chez Dance With The Noise, on va se référer à une mixtape sortie chez Fact, la Fact 191 préparée par le label. http://www.mixcloud.com/FACTMixArchive/fact-mix-191-tri-angle/ On notera également que les artistes du label avaient sorti un étonnant album hommage sur Lindsay Lohan .

  • 48° 56' 88'' N , 1° 92' 57'' O . Préambule sur la Route du Rock

    Le ciel est assombri par de gros et menaçants nuages. La campagne est vallonnée et le vert omniprésent dans les champs en plein été saute aux yeux. Va-t-il pleuvoir ? Ce n'est plus la même appréhension qu'autrefois. Et puis tant pis si la flotte est au rendez-vous. On a l'habitude. Ça fait partie du charme et ça deviendra une énième histoire à raconter. La circulation est fluide. On va arriver à l'horaire prévu. On écoute Pulp et toutes les têtes bougent en rythme. "Do you remember the first time" qu' il demande le Jarvis. Oh que oui on s'en souvient de la première fois. Et de toutes les autres. Après une courbe vers la droite et une légère descente, une petite colline se présente devant nous. Elle est recouverte de bois. On discerne des affiches sur ses flancs. Il va falloir quitter la quatre voies et prendre la D74 pour la contourner. Passer devant le petit resto synonyme de lendemains difficiles. Petit coup d'oeil sur la gauche pour observer les vilains camping-cars présents depuis toujours. Le carrefour approche et il va falloir faire demi-tour.On maugrée sur cet obligatoire retour sur nos pas. Comme à chaque fois. La croix elle aussi est toujours là. Après cela, au bout d'un kilomètre il faudra dévier sur la droite. Ralentir pour éviter les marcheurs courbés sous le poids de leur attirail de camping. Un pré bosselé accueillera le véhicule. En face un autre champ similaire mais porteur d'un souvenir très fort au point que mon épiderme réagit à sa vue. Il était question d'une longue quête solitaire sous un orage dévastateur. J'étais perdu, mon corps et mes vêtement ruisselaient, les pieds pataugeant dans la boue et les éclairs qui cisaillent la nuit . Et enfin la foudre qui choisit de tomber dans un bois voisin me pétrifiant sur place. Inoubliable. Nous sommes à présent à pied et entamons à notre tour la longue marche. Il y a du vent. La mer n'est pas loin . Peut-être aura-t-on droit au survol du site par une montgolfière encore une fois ? L'odeur maritime mêlée à celles de la terre et de la verdure nous attaque les narines. D'autres senteurs connues viendront plus tard, la sueur, les parfums féminins, la saucisse grillée ou encore les fumées illicites. Et comment ne pas oublier le houblon. Et sous toutes ses formes le houblon. Nous foulons à présent un chemin de terre. On longe le bois aperçu tout à l'heure et on se souvient à nouveau. Cette fois-ci il s'agit d'une pathétique tentative de traversée en cherchant un raccourci qui tenait beaucoup plus du parcours du combattant. Un bruit sourd se fait de plus en plus entendre. Un groupe effectue ses balances. On essaie d' identifier les types. Comme à chaque fois. Un autre virage à droite et le voilà enfin le but de ce long voyage! Le putain d'endroit tant espéré. Le centre du monde est-on tenté d'exagérer. Le même depuis 17 ans. A suivre ...

  • John Maus va sauver le monde mais il m' a gâché la Route du rock.

    Avertissement à l' attention du lecteur : Cet article provient d'une personne victime de troubles psychiatriques et neurologiques graves. L'article en question concerne également un artiste victime des mêmes maux. Donc Prenez garde! vous risquez vous aussi de devenir un MALADE infecté par la Folie Maussienne. Je vais essayer de vous décrire par une petite anecdote l'effet que le garçon me procure.Cela se passe à la Route du Rock 2011, mais avant cela je vais vous expliquer pourquoi je me suis cru malade depuis 2010. J'étais devenu accro depuis ma première rencontre avec Maus vers la fin 2010. Mon état se détériorait de plus en plus. Des symptômes apparurent. Des dizaines de liens publiés sur Facebook. 15 plus précisément de janvier à Octobre 2011, et ce sans savoir communiquer mon engouement. J'ai mis en place des ruses machiavéliques imaginables que par l'esprit perturbé d'un schizophrène pour toucher la communauté facebookienne. Certains me reprochèrent même d'en faire trop! Je ne suis pas un adepte de la fan attitude, mais j' avoue que l'indifférence rencontrée m'entraînait dans le fanatisme. Des jours entiers à éplucher le net pour en savoir plus. A traduire ses interviews ou tout ce qui se rapportait de près ou de loin au bonhomme. Que ce soit en anglais, en espagnol ou en estonien . Des heures et des heures de monologues et de délires analytiques sur le sujet. Fallait voir les yeux au plafond de ma bien-aimée quand j'abordais le sujet une énième fois en plein milieu du repas. Heureusement elle comprenait un peu. C'est que elle aussi est atteinte d'un virus. La grippe A, enfin La Grippe Dominique A. John Maus n'avait pas l'air de déclencher la même passion chez les autres et cela créait en moi un terrible sentiment d' injustice. Mais on est en France, et en France on est toujours un peu plus lent à la détente. Les médias étaient trop occupés à glorifier Anna Calvi et Metronomy. Qu' il soit désigné disque du mois de juin chez Magic n'y changea rien. Tout au juste ça sauva l'honneur de la mère Patrie. Le doute s'empara de moi. Et si John Maus n'était que le fruit de mon imagination? Mon système auditif serait-il devenu défaillant au point de ne plus faire la différence entre un truc pourri et un truc génial. Horreur! Et si en fait John Maus était Christophe Maé? Mon système cérébral défaillant me faisant croire à un Bordeaux grand cru alors que j'avalais de la soupe Leader Price pour midinette. Et puis ouf! En 2012, le nom de John Maus apparaît dans les conversations mondaines. Je n'étais plus malade. Le pic de la maladie était passé mais des séquelles persistaient. Le traumatisme subi était tellement puissant que j'eus recours à une cellule psychologique pendant des mois. C'était le 14 Août 2011 à 17h45 et ce fut terrible. Pire que les 8 secondes de Laurent Fignon. Pire que Glasgow 1976 ou Séville 82. Pendant les trois jours et même après l'édition RDR 2011, il se passa un truc horrible dans ma petite tête.Quelque chose de totalement inédit. Un manque terrible. Pas aussi puissant que l'éloignement de l'être aimé mais son équivalant en matière musicale. Ce n'était plus arrivé depuis fort longtemps. Un sentiment de frustration latent m'a accompagné tout au long du festival. C'est venu progressivement pour atteindre des sommets à la fin du festival. A peine si j'identifiai sa cause. Les moyens de substitution ne manquaient pourtant pas. Dan Deacon, monstrueux. Dirty Beaches, intense. Fleet Foxes, Electrelane, Kills,Mogwai, Low, etc etc... C'est sûr que certains tueraient pour voir un seul de ces artistes. En dernier secours, tel de la méthadone, il me restait ma clef usb pour les trajets routiers reliant St Malo au Fort Saint Père. Mais je ne pouvais écouter comme il se doit mon gourou, trop perturbé par les vociférations de mon ami basque qui goûte peu mon art de la conduite. Ce n'est que le troisième jour que j'ai enfin pu identifier la raison de ce vide. Et je ne pouvais pas partager mon désarroi. Nous étions sur la plage pendant un concert d' un intérêt secondaire. Au moment de quitter le sable breton, je croisai ce type. Rien de spécial à première vue.Un peu le genre de ces amateurs de musique indie qui se contrefoutent de leur look. Le mec passerait plus facilement pour un geek que pour un fan des libertines. Plus Décathlon-polaire quéchua que veste en cuir et jeans slim. Certainement un garçon trop timide et complexé pour afficher ses passions musicales au grand jour. A la Route du Rock on en croise plein. A peine si on les voit. Pas des quéquets comme votre serviteur avec qui on sait tout de suite qu'on va pas parler du catalogue la Redoute ou des Aaron. L'unique différence entre eux et moi est dans le comportement face au monde qui nous entoure. Ils se recroquevillent quand d'autres affrontent le monde extérieur avec arrogance et fierté mal placée. C'est tout juste si on sait ce qu'ils aiment ces types là . Mais pour une fois, peut-être la première fois de sa vie, il avait osé. Il affichait clairement ses amours. Que dis-je! Sa prétention! Sa fierté! Quand nos regards se croisèrent il baissa le sien. L'habitude qu'il a certainement face aux branleurs. Et pourtant. Entre lui et moi comme je l' expliquais juste avant, il y a finalement très peu de différences . Si seulement il avait su la timidité et le malaise qui s'étaient emparés de moi en sa présence. A-t-il vu seulement que j'avais mouillé mon pantalon? C'était la posture très mâle d'un lads Mancunien à la Ian Brown qu'il aurait du adopter. Le torse bombé, oscillation de bas en haut de la tête, jambes écartées. Pourquoi cette fébrilité et cette honte de ma part? Cet apocalypse interne. Très simple. Sur son t-shirt était écrit : "I SAW ... JOHN MAUS". Donc, "J'ai vu machin" était écrit sur un t-shirt. Y a pas plus prétentieux tout de même. Fierté mal placée? Bien sûr! Mais parfois on peut en faire preuve. Je n'aurais jamais osé pensais-je. Et puis, si! John Maus a la capacité de faire de vous un fanatique hystérique prêt à tout pour votre sauveur. Bref vous devenez une Nadine Morano ou un terroriste kamikaze. Sauf que moi, misérable vermisseau, petit cancrelat du trou du cul de la campagne française, je ne l'ai pas vu le John Maus en concert. Mais qu' a-t-il pu bien voir ce geek timide & complexé pour devenir ce mec arrogant et prétentieux? Ce jeune éphèbe boutonneux a du vivre une expérience sensationnelle pensez-vous. Un trip sous LSD? Une nuit avec Kate Moss défoncé à la coke. Aurait-il vu dieu?. Les petits hommes verts? Andy Shleck courir intelligemment et gagner le Tour de France? Gérard Depardieu devenir végétarien? OUI & NON. Et finalement, un peu de tout cela en fait. Une sorte de voyage dans la folie. Il s'est retrouvé dans une situation irrationnelle. Les vidéos sur youtube de John Maus ont une telle force d'attraction que ses concerts en live doivent être monstrueux. On a goûté très certainement à quelque chose qu'y s'en rapproche au cours des sets de Dan Deacon, Dirty Beaches, Aphex Twin durant la Route du Rock 2011. Mais à la vue des extraits, il faut ces concerts réunis pour les égaler en intensité. Je rajouterai en prime la frénésie véhiculée par Jarvis Coker, la promenade au bord du gouffre offerte par une Cat Power, et cette intuition que l'on a face à Pete Doherty que toute cette histoire va très mal et sordidement se finir dans un caniveau de Londres. J'ai lu un peu partout que citer Scott Walker au sujet de John Maus était envisageable. C'est une idée très juste. Dans la famille je fais de la pop mais j'ai un cerveau en ébullition et je nourris l'espoir de révolutionner cet art, il peut bel et bien faire figure de fils spirituel pour Scott Walker. Son pote Ariel Pink tiendra le rôle du grand frère. Pour Maus, le petit truc baroque en plus que possédait le grand Scott. Ariel Pink est trop occupé à fouiller les archives de Brian Wilson enterrées dans le bac à sable du piano du Beach Boys. Si je cite Walker en référence, c'est surtout à propos du fond, les motivations d'un type au moment de la création d'une oeuvre de musique populaire. Si les travaux du bonhomme vous font dire "rien de neuf & c'est inoffensif", je vous conseille chaudement d'aller voir ses interviews sur le net et vous comprendrez que les enjeux ici dépassent largement le cadre étriqué d'une simple nostalgie synthpop 80's et qu'il cherche vraiment de quoi sera fait la musique des années à venir. Duo Ariel Pink & John Maus John Maus et son copain Ariel me font vraiment espérer une progression et ne représentent pas un autre retour en arrière improductif. (cf l' article sur l' Hypnagogic-pop) Le fait que le bonhomme ait travaillé avec les Animal Collective et ait également fréquenté les amphis de la California Institute of the Arts, représente un réel gage en matière de recherche et d'innovation. Y a de la pensée derrière tout ça. Du neurone en ébullition. Des questionnements sur l'avenir de la musique. Que doit être la pop musique? Quels sont les objectifs au moment de sa création. Qu'est-ce qu'une chanson et son but en 2012 ? L'expérimentation sans concessions, c'est à dire créer une oeuvre forte & souvent difficile d'accès ne nous mène-t-elle pas droit dans le mur en se coupant de l'essentiel ? On est pas ici dans la consommation d'un simple produit culturel comme malheureusement c'est souvent le cas de nos jours. Plus proche du mc-do que de l'art. Qu'il soit majeur ou mineur. Y a t-il une solution alternative au choix trop simpliste: Autechre d'un côté, Coldplay de l'autre ? Quand on écoute Maus, on doit chercher à savoir ce qui se déroule sous nos yeux. C'est qu'il se passe enfin quelque chose avec ce type. Peut-être une sorte de ces remises en question et de ces coups d'accélérateur qui boostent l' histoire. Un "truc" équivalent à ceux de cette trop rapide énumération qui suit. Le Velvet Underground avait fait rentrer l'art dans le rock et la pop musique. Miles Davis nous a expliqué la musique modale. Quand Eno, avec l'aide des allemands, crée l'ambient, on n'écouta plus, on se laissa envelopper. On ne s'intéressait plus seulement à l'artiste mais autant à la façon d'écouter son oeuvre. Kraftwerk a confirmé ce que l'on commençait à deviner : toute évolution technique apporte un changement dans la façon de composer et d'apprécier la musique. La machine n'est pas toujours l'ennemi de l'homme. Et que dire du punk et de la démocratisation du sampler. Ne plus croire certains musiciens réactionnaires: la technique et la virtuosité ne sont pas essentielles à la création. Elles seraient même parfois un rempart à l'innovation. Je cite les punks mais d'autres sont allés encore plus loin. Les Punks: "n 'apprenons que 3 accords et montons un groupe". Génésis P-Orridge de Throbbing Gristle: "Pourquoi diable? Ce sont encore trois de trop". Un artiste se doit-il de jouer live de son instrument? La musique enregistrée en tant qu'instrument a-t-elle enfin gagné sa légitimité? Une simple bande magnétique et la voix ne suffisent-elles pas donner de l' émotion ? Y a tout ça dans le discours et la musique de John Maus. Quand le bonhomme est en interview et qu'il cite une multitude de références philosophique (Badiou!) , serait-ce poudre au yeux pseudo intellectuelle? Peut-être. C'est l'avenir qui nous le dira. Au moins celui-là il a le mérite de nous faire réfléchir sur notre passion. Pour qui veut bien s'en donner la peine, bien sûr. Revenons à mon anecdote malouinne. Le mec de la plage s'éloigna accompagné de ses trois copains. Geeks eux aussi. Ça marche toujours par 3 ou 4 ces machins-là. La tête basse comme d'hab et pas de présence féminines autour. Y a rarement des filles avec ces types-là. Que voulez-vous messieurs-dames. Les filles ont mauvais goût. C'est la vie. Certainement sont-ils passé par un Casino acheter des chips et du Nuttela. A leur âge votre serviteur ne se serait pas contenté de ça pour débuter sa soirée. Jamais au cours des précédentes Routes du Rock je n'ai ressenti cette telle sensation de manque à mon retour de Saint-Malo. Je loupais un truc énorme. C'était sûr! Il avait manqué l'essentiel. Je n'oublierai jamais cet instant précis sur la plage. Le jour ou je croisai ce "pauv type" qui n'aura jamais sa rolex avant ses 50 ans mais qui un beau jour avait vu... John Maus. Et pour conclure ce message et exprimer publiquement toute la jalousie et la frustration qui est en moi 5 mois après je citerai une énième fois cet idiot de Thierry Rolland: "Monsieur le Geek binoclard de la plage de Saint-Malo avec votre t-shirt "I saw John Maus", vous êtes un SALOP !"

  • Not Not Fun & 100% Silk

    Not Not Fun a déjà été abordé dans l'article concernant Maria Minerva et L'hypnagogic-pop,http://dancingwiththenoise.blogspot.com/2012/01/belles-du-seigneur-l-hypnagogic-pop.html. et dans celui concernant U.S girls.http://dancingwiththenoise.blogspot.com/2012/01/ma-us-girls-preferee-n-est-pas-lana-del.html) Bref, vous l'aurez compris, j'adore le label californien créé par le couple Britt et Amanda Brown en 2004. Depuis 3-4 ans, il arrive souvent que mes coups de coeur soient estampillés Not Not Fun. Normal pour un type comme moi fasciné par tout ce qui se rapporte de près ou de loin au courant hypnagogic-pop. Ce qui est le cas ici. On ne va pas trop y revenir mais je veux juste signaler une terrible omission de ma part concernant les origines du courant en question. J'expliquais qu'il subissait l'influence notable de l'univers New Age et de l'Hauntology music. Les deux machins sont très proches grâce à l'utilisation commune des musiques ethniques, folkloriques et tribales du monde entier. Et la question qu'il faut se poser est la suivante: qui a bien pu relancer l' intérêt pour ces sons-là? Cherchez plus. Il s'agit tout simplement du groupe le plus important des année 2000. Comment ai-je pu les oublier quand j'abordais l'hypnagogic, alors que leur magnétisme sur cette dernière est flagrant. Animal Collective. Explication en musique : Le fameux passage de la flûte de Pan. Je dis fameux parce que certains ont beaucoup glosé sur ce bidule-là. Moi j'ai adoré cet emprunt à la musique traditionnelle roumaine de Gheorghe Zamfir. Un jour un type me comparait ce sample à une faute de goût de la part des Animal Collective. Pauvre garçon, ce qu'il appelle faute de goût, je nomme ça largeur d'esprit et fenêtre ouverte sur le monde. Faudrait qu' il pense à aérer sa chambre, ça commence à puer chez lui. Souvent dans les musiques tribales ou traditionnelles, l'art de l'incantation est présent. Et bien quand on pense à Not Not Fun, il faut garder cela en pensée. De là à se promener tout nu dans les bois, à bouffer toutes sortes de champignons et à se caresser les uns et les autres, on y est pas encore. Quoique... Ses artistes font un choix finalement très rare et courageux: ils essaient de rompre avec le lourd héritage Rock'n'roll & Rythm&Blues des 50's et 60's, et d'aller ainsi voir ce qui se passe ailleurs. Ils aèrent la chambre du fan de rock indie précocement devenu vieux et réac. Donc pas vraiment de songwriting classique chez eux. On est plus près de l'expérimentation sous influence de substances bizarroïdes. Ce sont tous des enfants du post-punk et du psychédélisme. Dans les locaux de Not Not Fun, la bande-son doit contenir pas mal du psychédélisme, du drone, du disco, du krautrock et de l'ambient. Ne pas se fier à l' imagerie 80's qui pourrait faire penser à un revivalisme gratuit et stérile, comme chez John Maus ou Ariel Pink, c'est un leurre. Amanda Brown, avant de diriger ce label et de sortir des disque sous le pseudo LA Vampire, était présente dans l'une des première signatures du label, Pocahaunted. Je parlais de disco tout à l'heure, c'est que Amanda Brown aime aussi danser. Un sous-label De Not Not spécialisé dans l' électro et la culture dancefloor a vu le jour en 2011, 100% Silk. Et voici Innergaze & Ital. Revenons au catalogue du Not Not Fun original. On y trouve beaucoup de trucs passionnants, et je vous invite tous à découvrir la diversité de ce génial label. Eternal Tapestry, Ensemble Economique, Sun Araw, Barn Owl, NASA, Abe Vigoda, Maria Minerva, US Girls, Peaking Lights, Deep Magic, Rangers, Magic Lantern. Petite sélection de tubes de la maison. Depuis 2011, Not Not Fun s'est rapproché du très intéressant français Hands in the Dark. Tout à fait logique quand on connaît les similitudes dans l'approche de la musique des deux maisons de disques. Donc si vous aimez NNF, penchez-vous sur le cas Hands in the Dark, et plus particulièrement sur le cas du génial Cankun (Vincent Caylet), signé chez les deux labels. https://handsinthedarkrecords.bandcamp.com/

  • En passant : Total Control

    Maintenant que le quota de mecs à moitié à poil c'est fait, passons aux présentations. Total Control nous vient d'Australie et, en ce début d'année, c'est l' album qui repasse le plus souvent à la maison. Léger décalage horaire, il est sorti en 2011 chez eux, mais le temps que ça franchisse la distance, fallait bien attendre. 2012 commence pas vraiment sur les chapeaux de roue niveau sortie de disques, alors retournons à l'essentiel, et l'essentiel c'est le post-punk! Si vous n'êtes pas d'accord, sortez tout de suite. Mais un mouvement qui avait aussi bien digéré ses influences pour nous proposer de formidables paysages sonores d'une rare diversité et enfin influencer la musique, jusqu'à nos jours y'en a pas eu beaucoup. Quand vous vous sentez tout mou, rien ne vaut une bonne rasade de post-punk et donc cette tuerie sous haute influence Wire/Pink Flag. Pour le quota fan des Liars/Wire, c'est fait. A noter que leur "Med II" aurait pu très bien faire l'affaire . Passons au quota Joy/Warsaw. Pour encore respecter un autre quota et vexer personne , le quota Wire époque ChairMissing/154 Pour le quota Wire/Gary Numan. Et enfin on finit les vidéos avec le quota Wire/Suicide. Malheureusement, à la vision des finances de Dancing With The Noise, je ne suis pas en mesure de partir pour le pays des stupides bestiaux qui sautent en l'air tout le temps comme des cons, et pouvoir ainsi interviewer les Total Control. C'est couillon, j'avais une super question, et comme les rares news qui nous arrivent d'Australie ne concernent que la chose rugbystique, le théâtre de Sydney le jour de l'an et parfois une invasion de criquets ou d'une toute autre espèce de bestiole bizarroïde, je ne saurai jamais. La question? Euh... Une question façon chroniqueur du grand journal: "Bonjour les Total Control, je me suis laissé dire que vous étiez des fans de Wire. Est-ce vrai? "

  • Pete Swanson & Yellow Swans.

    Pourquoi ce nom pour mon blog, "Dancing with the noise"? Il correspond à une sorte de fantasme déjà décrit ici régulièrement. Danser avec du bruit. Pas nécessairement exécuter une danse au son de, sur le rythme de, aux ordres de... Le terme important à mes yeux est "avec". Se laisser happer, être englobé, traversé par une ambiance. Le "bruit" peut désigner des choses très diverses dans leur nature. Agressives, légères, vaporeuses, inaudibles, aquatiques, répétitives, etc.. L'important, c'est la musique bien sûr, mais également de quelle manière l'écouter. Désirez-vous regarder une piscine et dire,"oh mon dieu, qu'elle est belle" ou, tout naturellement, plonger et vous baigner dans son eau? Les deux choix sont possibles! Existe-il un morceau qui peut représenter la synthèse absolue de mon fantasme? Oui plusieurs. Mais si on doit n'en garder qu'un seul, ce sera lui, ce TRUC! Ce machin. Cette chose d'une durée de 7 Minutes 45 secondes. Je rêve de le passer dans une soirée, au cours d'un interplateau, dans un véhicule à l'occasion d'un long trajet, dans un centre commercial le jour des soldes. Qu'il se pointe là. Maintenant. Vous fauche. Qu'il vous surprenne. Vous glace le sang pour ensuite le reliquéfier. Que vous soyez bousculé dans vos certitudes et vos sales habitudes. Ce morceau est une merveille. Danser avec le bruit. La première musique que vous avez entendue n'est pas une chanson de variété ou de rock, un grand songwriter sachant chanter, une nana avec une "belle voix", une comptine pour enfant, le son de la voix de vos parents vous parlant d'un au-delà pas encore découvert. Non, ce sont les sons biologiques du ventre de votre mère. Voici la bombe. Pete Swanson. Membre fondateur des Yellow Swans. Mais c'était quoi Yellow Swans? Du bruit, du son. Bref, de La Musique. Une avalanche de sons qui vous tombent sur la tête, qui vous cognent. Puis... Puis vous vous y sentez bien. C'est du drone. Ne cherchez pas avec du drone le même plaisir qu'avec une pop song. C'est autre chose. Un autre plaisir. Avec la chanson, c'est comme avec un film. Faut être au début pour comprendre la fin. Avec le drone, ce serait plutôt un paysage. Vous ne faites que passer. Vous vous asseyez dans l'herbe et vous vous laissez aller. C'était là avant vous et ce le sera après votre départ. Une fois que vous avez compris cela, vous allez évacuer les habitudes acquises avec la pop music. C'est qu'elles sont tenaces. Mais ça vaut le coup, le drone est tout autant jouissif. Je pense que si beaucoup goûtent peu des plaisirs issus de l'imaginaire des gars comme La Monte Young, c'est juste le résultat d'une incompréhension. Faut pas culpabiliser non plus. Vous n'êtes pas handicapé. Les amateurs de drone ne sont pas non plus dotés d'une intelligence supérieur. Il n'est pas nécessaire d'avoir reçu un apprentissage comme cela peut être le cas avec les arts majeurs (peinture, musique classique). Avec le drone on prend notre temps. Vaut mieux, ça peut durer des heures, des jours. La Monte Young faisait dans la répétition d'un seul accord, parfois d'une unique note, jouée ad vitam eternam. Et bien vous savez quoi? On s'est aperçu que notre cerveau provoquait des variations selon notre état physique ou psychique. Houla ! Je vais trop loin. Revenons à Swanson et à son précédent groupe. Yellow Swans. Ce noise peut devenir très jouissif. Il m'arrive même d'être pris par une sensation de liberté extrême pendant une écoute. Une sensation pas si présente que ça dans la pop music, le rock, etc. Liberté pour l'auditeur parce que l'on ressent également la liberté totale des créateurs. Le drone est de l'ambient et aussi des sensations ressenties avec le psychédélisme. Il était présent chez Yellow Swans. Un psychédélisme noisy. Fan de Mogwai & Godspeedyou! BlackEmperor, écoutez "Mass Mirage" de l'album "At all Ends" de 2007. Les productions de Pete Swanson avec son défunt groupe ou en solo sont innombrables. Je n'ai pas tout écouté mais à chaque fois c'est différent. C'est un nouveau voyage. La principale évolution du travail de Swanson avec son album "Man with Potentiel" est l'apparition des beats. Il y en avait avant mais ils étaient perdus au loin. Mais pourtant ils étaient bien là. On savait qu'ils allaient se pointer. Des battements marquant le rythme dans la musique dite "expérimentale", c'est pas si fréquent que ça quand on y repense. Dorénavant, on peut danser sur ces grincements, ces bourdonnements soniques. Ils nous accompagnent. Le mec a bossé avec les Skaters de James Ferraro. Encore James Ferraro. Swanson ne cesse de travailler. En 2011, il a sorti un autre album, "I don't rock at all". L'électronique maltraitée est moins présente, les guitares sont revenues. Maltraitées également. C'est plus calme, les Bpm ne sont pas aux alentours de 150. Mais bon, y a toujours un grésillement en quelque part. On décolle de chez Vini Reilly et son Durutti Column pour voguer vers Mogwai. Une anecdote: par une belle après-midi, je me baignais dans Yellow Swans. Malencontreusement j'avais laissé Facebook ouvert. Le bruit signifiant que je venais de recevoir un message m'extirpa de mon voyage. Et je tombe sur: "Eh jojo! T'en penses quoi du dernier Belle & Sebastian?" Et en plus en le lisant j'imaginais la voix assez caractéristique du type, un grand amateur de vin au demeurant. Et bien la sensation éprouvée était certainement la même que celle que vous risquez de ressentir en écoutant Swanson et Yellow Swans pour la première fois. C'est juste pour vous dire que ce jour-là mon ami était dans une pièce et moi dans une autre. Mais dans la même maison. Et le couloir nous séparant n'est finalement pas très long, et peut assez vite être dégagé des objets encombrants (les habitudes). Alors n'hésitez pas à changer de pièce. Cela peut valoir le coup. Cadeau pour finir. Le lieu saint des amateurs de drone. La légendaire Dream House de La Monte Young. Occasionnellement dans le musée Guggheneim de New York. Sinon l'adresse de l'installation est celle de la MELA Foundation et elle est en fonctionnement non stop depuis ...1993. Parfois, des expos itinérantes la font voyager et passent par la France. Si ça vous dit, bien sûr.

  • Margo Guryan est dans votre chambre.

    On connaît tous une chanson de Margo Guryan. Et si ce nom et cette photo ne vous signifient rien, ce qui suit va vous parler. Et vous savez quoi? C'est pas sa meilleure. Comme Billy Nicholls évoqué précédemment, Margo Guryan est une auteur/compositrice fortement influencée par Brian Wilson des Beach Boys. New Yorkaise de naissance, elle a fricoté avec le milieu underground présent sur la Grosse Pomme dans les 60's. La contre-culture et les beatniks. Elle gardera toute sa vie ce fort engagement politique, jusqu'à sortir en 2007 un missile anti-Bush, "16 words". Son album "Take a Picture" est pour moi et d'autres l'un des plus fameux trésors cachés de cette époque-là. Elle ne voulait pas chanter, juste écrire. Sa voix parfois au bord de l'abîme et de la rupture et ses merveilleuses compos me font penser à certaines chansons et interprètes de Gainsbourg. Mais ce n' est pas sa meilleure. De toutes façons, c'est tout l' album qui est merveilleux. Écouter Margo Guryan de nos jours sur un lecteur mp3 vous procure ce même plaisir incommensurable que celui enfoui dans votre enfance. Ce plaisir addictif du gosse enfermé dans sa chambre devant ses rares vinyles et sa platine bon marché. Il passe et repasse les même chansons. Les yeux fixés sur l'enceinte. Il n'est plus tout seul dans sa chambre. C'est tout un orchestre qui se cache dans cet objet de la marque Philips. Tout un monde merveilleux qui ne joue que pour lui. Margo Guryan ne chante que pour lui. Elle va soigner ses plaies d' enfant. C'est un secret qu'il ne faut pas que ses parents découvrent. Et si le morceau vient à finir, et bien on le remet. Encore et encore. Dehors il pleut. Alors le gamin fait comme la jeune femme sur la photo. Il regarde un temps la pluie perler sur la vitre puis "Take the picture" commence. La magie explose. Le soleil vient d'apparaître. Les jours heureux. L'enfant a grandi mais le plaisir est le même et il filme le moment. Maintenant il veut bien partager son secret. Profitons-en. C'est juré, c'est comme ça. L'enfant se passionnera pour la musique. Toutes les musiques. Ses goûts évolueront. Ceux de Margo Guryan sont vastes. La dame osera. Même jusqu'à reprendre des scies de l'inconscient collectif pour en faire quelque chose d'encore plus beau. Alors quand elle utilise la marche nuptiale de Bach, et bien l'enfant solitaire enfin adulte rencontre l'amour. L'album arrive à sa fin. Il est sorti en 1968, mais n'a bénéficié d'aucune promo selon la volonté de son auteur. Le dernier morceau est encore un bijou. Mais je vais ne rien vous en dire. Histoire de préserver la surprise. L'enfant aime faire des voyages. Les imaginer tout du moins. Découvrir des territoires inconnus. Margo Guryan aussi en cet fin des 60's. LOVE.

  • Code 16-16-9-20-1-14-9-7,Factory Floor & Money

    Il est assez évident qu'avec un nom de groupe comme ça Dancing with the Noise ne craque pas et ne cherche pas à en savoir plus. Factory Floor est un groupe Londoniens formé à l'origine par trois jeunes hommes, Gabriel Gurnsay, Dominic Butler et Mark Harris. Ce dernier occupe le rôle de chanteur puis quitte le groupe laissant sa place à la toute jeune Nic Colk (aka aussi Nic ou Nikki Voyd) . Si je m' attarde sur ce changement ce n' est pas pour rien. Avec la venue de la dame c' est le style du groupe qui va évoluer. Mais les influences ne vont finalement que peu varier. Avec Factory Floor, première ou deuxième époque, les regards sont tournés vers Manchester et plus précisément Factory Records. A l'instar des New Yorkais Alan Watts ils ont bien sûr écouté toute la scène Mancunienne mais aussi le post-punk dans son ensemble. On est pas seulement chez Tony Wilson mais aussi dans l'industriel de Throbbing Gristle , la morgue de Mark E Smith, le courage et l' intransigeance de This Heat. Leur premier single de 2008 "Bipolar" pousse la presse anglaise à les classer comme des enfants de The Fall et surtout de Ian Curtis. A son écoute c' est évident. Si vous voulez une correspondance avec les contemporains il faut parler des Liars ou des Health par exemple mais perso quand je suis tombé sur "Bipolar" j' ai pensé à These New Puritans. Certainement leur jusqu' au boutisme. Impossible de vous l' expliquer. Ils auraient pu se contenter comme beaucoup d'autres de piller Joy Division mais même quand ils l'ont fait cela se démarquait des pilleurs de tombes croisés trop fréquemment depuis 30 ans. Et ce en n' hésitant pas d'appuyer sur la poésie industriel de Génésis P Orridge. Influences multiples, donc, pas une simple redite. C' est que le merveilleux monde post-punk était immense et varié. Donc les premières oeuvres de Factory Floor peuvent aussi être autre chose que de banales chansons de 4 minutes. Avec "Solid Sound" présent sur leur premier album Lying/A Wooden Box ( en fait une compilation regroupant un ep et un dvd), ils dissertent pendant plus de 10 minutes sur tout ce qu'il est possible de faire en matière de réverbération avec une guitare et un ampli. Tonton Thurston Moore et le noise sont de la partie.Primitif et jouissif. Sur "16-16-9-20-1-14-9-7" c'est aux boucles électroniques qu'ils s'attaquent . On a la sensation avec eux de reprendre là ou les choses se sont arrêté avec le post-punk, juste histoire de voir si quelque chose ne nous aurait pas échappée. Tiens, j' ai pas déjà dit ça sur l' hypnagogic-pop pourtant éloignée? Leur expérimentations sont très vite hypnotiques pour qui sait prendre son temps et quand il réunissent le tout "Lying" éclate comme le tonnerre dans le cerveau. Et voilà, vous l' aurez compris, Harris est parti et Nic est arrivée. Et alors qu' elle a déjà une longue expérience dans la noise-pop, le groupe Kaito, sa présence va signifier un peu plus d' électronique. Mais plus uniquement celle très souvent indus des débuts,Suicide,Cabaret Voltaire, Fad Gadget, Coil, Clock DVA (tous à découvrir). Factory Floor va logiquement évoluer de l' indus et Joy Division vers New Order époque "Technique" et ainsi s' ouvrir les portes de l' Hacienda. Au revoir Factory 78-80 et bonjour Factory 87-92. A propos de Nic Cold je vous conseille de trouver le ep sorti dans le quasi anonymat en 2008 et regroupant The Horrors avec la dame pour des reprises de Suicide. Et en plus une rareté de ces derniers. Si on veut représenter les changements intervenus dans la musique de Factory Floor je pense que le logo suivant suffit. Il est apparu sur la toile y' a peu de temps et je me suis tout de suite dit qu' il illustrait parfaitement cet article déjà publié dans une autre vie . Il a été créé par des français pour la tournée New Sound In Madchester qui regroupait des groupes de la cité du Nord, Stay + (Christian AIDS), Water Signs et XXXY. Que du bon et prometteur que j' adore. Dommage qu' ils aient zappé le formidable Meke Menete aka Money *(cf à la fin pour le grand frisson!!!). Mais sa musique aurait jeter un froid sur le dancefloor.Le logo est constitué par la juxtaposition de la pochette du premier Joy Division à celui de l' époque Madchester. La suite des aventures de la bande. Ils ont maltraité via un remix de Grinderman le grand Nick Cave, assuré les premières parties des Liars et Wire, participé au génial festival All Tomorows Party avec Shellac & Sonic Youth. C 'est déjà pas mal mais quelle joie ont-ils dû ressentir quand Stephen Morris de New Order et Chris Cosey de Throbbing Gristle sont venu mixer chacun deux de leurs titres. Votre serviteur devenu fan depuis "Lying/A Wooden Box" commençait à s' impatienter et être en état de manque début 2011 quand ce fabuleux "Real love" boosté par Dj Optimo déboule. Dj Optimo est une sorte de 2 Many dj's version écossaise très apprécié par ici depuis le mix érudit et inépuisable , "How to Kill the Dj part Two". Mais que dire de l'original encore plus speedé, cinglé et aventureux. Une fois écouté "Reallove" on peut se dire qu' il est loin le Russel Club et qu' à présent nous sommes dans Fac 51 et que vient d' être passé l' hymne de Guy Called Gerald,"Voodoo Ray" . Ca tombe bien voici qu' en novembre dernier le groupe nous pond cette pépite qu' est Two different Ways et son clip très très acid. Depuis mon premier article ils sont passé aux Trans de Rennes et d' après les retours ils ont confirmé mes espoirs puis également signé sur DFA en toute logique Murphyienne, "j' ondule mon jolie corps blanchatre sur du Mark E Smith". Est également disponible leur mix réalisé pour les forts utiles Fact magazine. Tiens à ce propos finissons en beauté avec le non moins Soundsystémiens, "Touch Sensitive" du vital Mark E Smith. Et encore c' est pas le remix . *Et maintenant le GRAND FRISSON qui va faire battre la chamade à votre petit coeur. Meke Menete c'est un peu comme le syndrome King Crule/Zoo Kid et Christian AIDS/Stay +. Repérés sur la toile sous leur première appellation et après tu galères pour retrouver leur trace. Avant il s' appelait Money et je l' avais découvert avec ces deux titres.

  • Belles du seigneur, l' hypnagogic-pop & Maria Minerva

    Petite précision : il y a eu une vie dans la blogosphère avant Dancing with the noise. Voici un article publié au cours du printemps 2010. Depuis, je l' ai un remanié pour coller à l' actualité. Mais l' essentiel était déjà là. Et voici Maria Minerva. 23 ans, d'origine estonienne, vivant à Londres, elle déclare avoir travaillé au sein du magazine Wire. Toujours mieux que Jeune & Jolie. Mais si elle s'est fait connaître c'est surtout grâce à une cassette audio.Une simple cassette audio, comme dans les 80's. C'est la grande mode chez les bons labels, il existe même des blogs consacrés exclusivement à ce support. Cette nostalgie du support étiqueté 70's 80's peut paraître être encore un énième retour sur les "bonnes vieilles valeurs d'autrefois" . Dans le cas présent les antiques cassettes deviennent également un nouveau support pour des expérimentions sonores inédites.Ce qu' il faut préciser sur cette mouvance et l' hypnagogic-pop abordée plus loin c'est que leurs motivations et leurs natures profondes sont assez éloignées d' un quelconque repli sur soi nostalgico-infantilisant.Y' a The Pains Of Being Pure Heart pour ça. Ces derniers tirent sur la corde sensible des madeleines de Proust version 90's sans vraiment faire preuve d' originalité et de largesse d'esprit via un champ d' influences pas très vaste au final. C'est bien mais on connaît déjà la chanson. En gros la scène indie 89-92 et c'est tout. Contrairement à tous les groupes abordés dans cet article et généralement dans ce blog qui ont quant à eux l'immense mérite d' être un tremplin vers des œuvres musicales plus variées, aventureuses et exigeantes. Ils sont nombreux à reproduire de la musique d'une autre époque. En enlevant le coté infantilisant de POBPH on peut citer Kurt Vile, Black Keys, Miles Kanes, Hanni El Khatib. Tous les styles et époques sont pillés. On peut certes relever chez certains une touche de nouveauté mais est-elle suffisante pour espérer une forme d' évolution ? J' en doute même si parfois il arrive que certains d' entre eux le fassent aussi bien que leurs aînés. Kurt Vile ou encore Yuck. Ce mode répétition en matière de musique est aussi diversement apprécié si on aime ou pas le style abordé. Prenons mon exemple. Si un groupe de jeunots se pointe et fait dans le shoegaze ou le baggy, The Horrors, et bien votre serviteur va être un poil plus indulgent que si ils font du folk ou du rock garage, style moins important et marquant dans mon histoire de vie musicale. La réaction peut même être épidermique. Mais le résultat est le même. On regarde dans le rétro. Et immanquablement la vitesse diminue, et le platane approche. Le coup de regard dans le rétro est parfois nécessaire pour la création. L' histoire nous l'a prouvé maintes fois. Cela ne s'est révélé passionnant que lorsque les références du passé étaient multiples et variées. Le post-punk a été une réelle évolution (influences multiples du krautrock, de la musique concrète, du prog, du rock-garage,reggea, dub ...). A conrario la Britpop des 90's et son anglo-centrisme pop-rock nous a-t-elle apporter du neuf ? Non. Certains diront que ça permet aux plus jeunes de découvrir les vieilles gloires du passé. Oui, mais. Imaginez que vous êtes en 1979. Vous avez 20 ans et vous adoptez cet attitude revivaliste replié sur une époque et un style précis avec un nombre restreint d' artistes. Vous reproduisez alors une musique datant de 20 à 30 ans. Et bien vous passez à coté du punk, de la new wave et vous faites du ...Frank Sinatra, du jazz be-bop ou du rock 50's pour puriste. Pas dégueulasse comme choix mais tout de même en même temps que Public Image Limited vous seriez passé pour quoi? Une sorte de réac gentil de bon goût mais un peu largué et sur lequel on ne peut pas compter pour faire du neuf . Oups ! Du rock 50's en 1980 ça s' est fait. Ça s' appelait les Stray Cats ! C 'est bien connu que les Stray Cats sont restés dans les esprits comme des pures génies ayant bouleversé l' histoire du rock. Et de la même manière en 1992 plutôt qu' écouter Sonic Youth ou se plonger dans l' aventure Warp et bien vous écoutez uniquement le premier album des Beatles "please please me" et n' essayez même pas "Revolver" ou "Sergent Pepper...". Vous écoutez le Dylan de "Freeweelin" et stoppez juste avant son passage à l' électrique. Y' a-t-il pas un risque de devenir réac avec le temps? C 'est que le sens de l' ouïe c' est comme celui du goût. Il faut le faire travailler et rien ne vaut que la diversité des saveurs à découvrir. Et finalement en regardant dans le rétro ne devrait-on pas s' inspirer de vieux trucs pourris de temps en temps pour créer du nouveau et ainsi évoluer plutôt que toujours se borner aux même références, en les édulcorant volontairement ou involontairement (usure du temps) de ce qui fait leur spécificité, et continuer ainsi à faire du surplace ? Et c' est là qu' intervient l' hypnagogic-pop, qui contrairement à la première impression est bien plus porteuse d' espoir en une évolution et également plus en rapport avec notre monde contemporain. A mon avis, bien sûr. Le phénomène du retour des bandes magnétiques dans l'édition musicale est indissociable du mouvement hypnagogic-pop. Il a été lancé par Ariel Pink et sa pop rétro-futuriste . Le terme désigne l'imagerie (hallucinations) qui traverse notre esprit pendant la première phase du sommeil appelée la somnolence. Merci pour les cours de la formation d' aide-soignant. Notre époque ne ressemble-t-elle pas un peu à ça ? Une sorte de somnolence traversée par des visions d' horreurs enfouies dans notre mémoire et créées par l' imaginaire collectif. 2011 : Fukushima nous a tous rappelé Tchernobyl et la peur nucléaire. Plus proche de nous, Marinne LePen en 2012 , Jean Marie depuis 1986. Et l' écologie... Toutes ces peurs imaginées de nombreuse fois par le passé se concrétisent et finalement on y croit pas réellement . C 'est un rêve, avec son scénario écrit à l' avance, alors la fin est inéluctable."On y peut rien,c 'est comme ça". Et pourtant ça vient d' arriver et la réaction espérée n' est pas exactement au rendez-vous. On savait que ça allait se produire, et le fait de ne pas pouvoir ou réellement vouloir l' éviter nous laisse dans un état de désespoir complet, et pour certains le cynisme et la frustration . Désespoir qui nous pousse tous dans le divertissement à tout prix (foot, jeux vidéo, télé etc...). Ou, à se morfondre dans la nostalgie des temps anciens, temps fantasmés à tort ou à raison. Et voilà pourquoi les soirs de solitude sur votre site de streaming préféré vous recherchez les clips des révolutionnaires Sonic Youth ou des Beach Boys . Plutot que chercher à découvrir leurs équivalents de nos jours. On cherche la réaction dans le passé, pas à la provoquer. Et en plus ce désespoir se transmet de génération en génération. Sinon comment expliquer qu' un gamin de 18 ans se passionne uniquement pour les Smiths. Prenez les calamités de 2011. Elles étaient en grande partie présentes dans notre imaginaire depuis bien longtemps. Mais si ! Souvenez-vous. On nous l' avait prédit et on a grandi avec ça dans notre tête, de là, notre attitude apathique actuelle. Le visionnage de cet épisode c' est un peu comme écouter le rétro-futurisme d' Ariel Pink et consorts. L' hypnagogic-pop est une réaction ! Certains vont me dire que les artistes hypnagogiques utilisent des sons du passé comme les revivalistes cités plus haut. Oui mais il s' agit là de rétro-futurisme. Ce qui est très éloigné d' un repli sur soi ou d'un désespoir et d' une peur de l' avenir. Ne pensez-vous pas que ce rétro-futurisme est une sorte de réponse ironique et critique à la désillusion généralisée de notre époque ? "Dites donc les vieux , vous nous aviez promis des avenirs radieux. Ils sont où ? " "Si si c'est vrai , vous n' avez pas toujours été pessimistes, vous aussi vous espériez, alors pourquoi pas nous". Écoutez le titre "Foilly Foibles, Gold" d' Ariel Pink. C'est l'un des actes fondateurs de l hypnagogic-pop. On peut citer d' autres précurseurs issus de l' underground , souvent californien, Vodka Soap, Emeralds, et enfin et surtout The Skaters, groupe du génial James Ferraro et de son acolite Spencer Clark. Suivront Sun Araw, Mark Mc Guyre, John Maus et son pote Gary War, Oneohtrix Point Never, Rangers (alors lui il me plaît beaucoup, ce type fait du Durutti Column version Hypnagogic). Ces gars-là au milieu des 00's sont fans de musique New Age et tout ce qui gravite autour (hum hum hum...). Oui oui, vous avez bien lu, LA NEW AGE, style musicale que l' on évitait souvent, probablement de vieux souvenirs refoulés de séances de Yoga forcées ou de muzak dans un centre récréatif. On peut également citer une grosse influence du Krautrock, de l' ambient music (Eno, encore et toujours), du psychédélisme et de l' indie music . Mais aussi pas mal de drone et de noïse. Bref ils écoutent de tout et chose importante, ça se voit dans leurs oeuvres. Ils ont digéré leurs influences et en ont tiré quelque chose. Ce qui est devenu rare. Les effets d' annonce sous forme de belles promesses d' évolution musicale, on connait. Petite anecdote datant de 2005. Alison Goldfrapp clamait son amour pour la musique concrète et l' électroacoustique tout en déclarant vouloir marcher sur les trace de Karlheinz Stockhausen et être son équivalent dans la pop-music. Vous serez d' accord avec moi qu'on risque attendre longtemps les belles promesses de la dame et que pour le moment on est loin du compte. Et en plus de tout ça les hypnagogics ingurgitent à haute dose les disques d' Hauntology music(Leyland Kirby)*(cf à la fin). Y' avait longtemps que l' on avait pas vu le rock s' intéresser à notre psyché. Rappelez-vous , les "portes de la perception" du psychédélisme. Selon le magazine Wire en 2009 : "L' hypnagogic pop est de la pop réfractée à travers la mémoire de la mémoire". On parle là de votre cerveau et des tours qu ' il peut vous jouer. Mais contrairement à POBPH et Metronomy par exemple, l' hypnagocic-pop ne va pas titiller votre nostalgie en cherchant à sonner ou faire comme les vieilles gloires référencées dans le panthéon du rock . Ils vont chercher dans le tordu et même parfois se passionner pour des trucs qui "puent" aux yeux des fans de rock indie . Des trucs que l'on avait désirés vite oublier à tort ou à raison sans réellement chercher à savoir si il y avait quelque chose à en tirer. Ça recycle à tout va depuis 15 ans et bien eux, ils vont aussi recycler mais du bizarre, et ce, pour essayer d' en faire du neuf et enfin éviter un revivalisme infertil. Pour cela ils vont créer des espèces d' ambiances sonores en mélangeant de la mélodie faite de brics et de brocs avec des ambiances abstraites parfois agressives. Le tout teinté de rétro-futurisme assumé, d' où leur passion pour les sons et la production symbolisant le futur dans les 70's & les 80's . Mélodies mélangées à des Ambiances abstraites, parfois agressives.Ça vous rappelle rien? Et oui le shoegaze est aussi passé par là. Ces gars-là ont bien retenu la phrase de Pierre Louis Schaeffer "Tout est musique". Après une longue immersion dans ce style on a l' étrange impression que l'on reprend le cours de l' histoire là elle s' était mise à bégayer. Si on peut dater le début de ce courant à 2003-2005 et que vous en avez peut-être toujours pas entendu parler et qu'en plus vous pensez que je parle d' un truc sans intérêt je vous invite vivement à bien lire ce qui va suivre et apprécier l' influence énorme de ce machin là : " Le courant Hypnagogic-Pop a enfanté, a participé, a inspiré ou encore est revendiqué par: - La Chillwave : Memory Tapes, Washed Out, Toro Y Moi, Neon Indian, Peaking Lights etc... - L' Indie Beach : Real Estate,Ducktails, Pocahaunted, Best Coast, Wavves, Vivian Girls, Dum Dum Girls etc... - La Witch House : Salem, Zola Jesus, Balam Acab, Holy Other, White Ring...." Ce n' est pas moi qui le dit, ce sont les artistes cités. Et bien sûr Maria Minerva. Je vais vous avouer un truc. Sans l' Hypnagogic-pop mon envie de faire un blog serait probablement restée lettre morte. Ce mouvement adore les 80's, en matière de production musicale bien sûr mais également visuelle avec un goût prononcé pour la maltraitance de nos vieille bandes VHS. L' un des labels spécialistes est celui justement celui de Maria Minerva, Not Not Fun (j' en parle dans peu de temps) Ses fondateurs se passionnent eux aussi pour le Noise,le drone et le psychédélisme, pas étonnant donc d'y trouver comme signatures les GRANDS Yellow Swans et les non moins intéressants Sun Araw(déjà cités). Mais ils ne sont pas non plus fermés à la pop , surtout si elle se révèle bizarre. L'une des fondatrices, Amanda Brown sévit dans LA Vampire et affectionne l' imagerie 80's. Et Maria Minerva dans tout ça? C'est le versant pop avec parfois un judicieux zeste de disco dans le monde hypnagogique. On est dans la répétition de motifs vaporeux. La voix est éthérée donc très proche de celle de Liz Fraser des Cocteau Twin . Son chant fantomatique me rappelle aussi la grande Nico.Pur avis personnel, ces origines d' Europe centrale n' y sont pas étrangères. On peut remuer du popotin, donc pas loin de mon fantasme musical, du shoegaze dansant. S' éclater sur un truc ABSTRAIT. C' est possible et il est pas nécessaire de se taper les bourrins de Justice et Mondkopft, entre autres. Le shoegaze dansant de Minerva est un peu la version légère de celui d' Alan Watts, déjà abordé dans ce blog. Le monde de l' hypnagogic-pop est multiple et varié et son influence s' étend bien au delà que la sphère de ses créateurs. Et ça va continuer. Les artistes cités ne font pas non plus dans le surplace. Pour finir voici un titre du dernier James Ferraro qui a laché les 80's pour explorer les sons des 90's et qui fabrique dorénavant une musique proche du maximalism . Bienvenue la Vaporwave ! * Le mot Hauntology a été utilisé pour décrire une musique créée par un ensemble d'artistes affectionnant les ambiances dites "hantées". Soit une musique résonnant avec les émotions et les sentiments d' un passé analogique et de fantômes numériques. Sont utilisés des échantillons provenant d' archives sonores de tous genres . Musique des émissions de télévision & de radio des années 60 et 70, enregistrement sur bande de dialogues, des sons de la nature , l'électronique des tout débuts, collages sonores. Ces artistes produisent ainsi une musique très proche de l' ambiant avec une touche fantomatique.Si vous avez pas compris voici le king du genre. LeylandKirby de TheCaretacker.

  • Et la lumière fut ...Light Asylum

    Décembre 2010 : Encore un groupe synth pop je me suis d'abord dit. C'est pas que je suis réfractaire à ce style, bien au contraire, mais parfois les productions actuelles ont une fâcheuse tendance à se ressembler. Mais bon, pourquoi pas. Ça peut toujours plaire aux jeunes filles désirant se trémousser sans se prendre la tête pendant que les garçons imbibés discutent de trucs trop chiants. Et puis et surtout y' a pas que le cerveau et l' âme à nourrir, y'a aussi le corps à choyer. Ce jour-là, un lundi après-midi, l' intro s' est emparé de mon salon, de mon corps et ,de mon esprit. J' ai posé ce que je tenais et je me suis planté en plein milieu de la pièce. Certains débuts de chansons font cet effet là, comparable à une apparition de la vierge Marie ou à un coup de tonnerre alors que pas un seul nuage ne soit visible à l' horizon. Elles sont rares les intros qui ont cette puissance. Récemment celle du "Midnight city" par M83 peut être citée en exemple. Revenons à " Dark Allies". Cela devient vite martial. et tout de suite ça décolle. C'est couillon et usé jusqu' à la corde dans les 80's mais ça marche à chaque fois. Et là on se dit que dès le couplet ça va faire pschit, le refrain va nous refiler la vieille recette rancie des réactionnaires Tings Tings . Une jeune fille type nordique va nous susurrer des évidences et des stupidités amoureuses mais avec un zeste de trash-attitude, parce que bon, c'est pas parce que on fait dans le divertissement léger et inoffensif que l'on se doit d'être la Céline Dion pour jeun's. Le chant débute.Il n'y aura pas de fracture de rythme entre le refrain et les couplets. Les variations notables concerneront la voix. Et quelle voix! La grande Shannon Funchess est entrée en scène et "plus rien ne sera comme avant". Vous comprendrez assez vite si vous adoptez ce blog que les phrases toutes faites et les superlatifs pour tout et rien c' est pas dans les manières de la maison. Mais avec la belle Shannon il se peut que tout être humain perde de sa réserve. Comme cela va devenir le leitmotiv de tous les rock critiques de la planète on va le dire vite fait: "Grace Jones avec l' intensité de Ian Curtis", et pour les plus précis, "sur un mélange Joy Division & New Order avec plein plein de synthés". C'est tellement évident à l'écoute de "Skull fuct", intro de "Blue Monday" tritouillé avec "Digital". Rappelons juste que le mélange Joy Division-Grace jones n'est pas nouveau, mais ça donnait à l' époque dans le reggae. Light Asylum nous vient de Brooklyn, New York. Tiens tiens...Des New-Yorkais qui s' entichent de Factory, Manchester? Les rencontres sur le dance-floor New York-Manchester ne sont pas nouvelles et à l'orée des années 80 elles nous ont déjà donné de jolis fruits. New Order avec A Certain Ratio & Tony Wilson fréquentaient assidûment les soirées du Hurrah's ou du Dancetarria, boites spécialisées dans le Punk-Funk et la Mutant Disco de la grosse pomme.Le groupe ESG signa chez Factory un ep et le label Mancunien était en partenariat avec un autre de New York,99 Records(Bush Tetras,Liquid Liquid...). " Moody" d' ESG sur le ep éponyme sorti sur Factory et produit par Martin Hannett. Les sympathiques Pitchfork ne s'y sont pas trompés et ont même raison de citer Cure pour le morceau "A certain Person". Mais plutot que faire une énième énumération de noms oubliés des 80's votre serviteur ne parlera que de Yazoo. Janvier 2011: Alors qu' ils ont signé en Avril dernier chez Mexican Summer, label dont on reparlera, on attend avec impatience leur premier album courant 2012. J' ai réécouté leur ep " In Tension Tour" et ça le fait encore. Depuis, la belle Shannon a travaillé avec les adorables Ford & Lopantin. LE ! Daniel Lopantin, LE ! type d' Oneohtrix Point Never, l' une des plus belles choses du moment, c' est dire ! Et si on rajoute sa collaboration avec !!!, ça commence à faire un sacré cv. Si on veut ne pas prendre de risque on dira que ce n'est qu'un joli début mais il se dégage tellement de Shannon Funchess que le meilleur est à espérer dans un futur proche. Sauf si bien sûr si elle décide de suivre les traces de l'omniprésente et désolante Beth Ditto dans les mondes "trop cooool ! " de la mode et de la hype et être fier de faire copine avec Daniela Lumbroso.Oups ! Je voulais dire Tania Bruno-Rosso ou Mlle Agnes, mais c'est à peu de choses près la même chose, non ? Arrivisme, tape à l'oeil et vide sidéral, y' a que l' âges de la clientèle ciblée qui varie. On va parler des artistes contemporains qu'on écoute par ici et avec qui le rapprochement avec Light Asylum est chose aisée. Enfin juste 3 ou 4, sinon ça va durer des heures. Les déjà vétérantes Telepathe bien sûr, leur potes de Mirror Mirror, mais aussi Teengirl Fantasy qui ont eux aussi collaboré avec Shannon Funchness et enfin les Pictureplane mais là c'est limite, juste histoire de passer leur tube de 2009 et de dire que j'ai été ici déçu par leur album de Juillet dernier .

  • A.R Kane, quand deux vagues se croisent.

    Dans "24 Hour Party People", le personnage de Tony Wilson nous expliquait que l'histoire de la musique moderne était constituée d'une succession de vagues et que même parfois elle pouvaient se croiser. Le point de rencontre peut être un lieu, un label, un groupe, ou même parfois l'esprit d'un unique individu. L'esprit de Brian Eno par exemple a été le carrefour d'une multitude de vagues, Velvet-Krautrock-Electro-Rock britanique-World music etc etc. AR Kane, groupe des 80's, fait partie de cette catégorie. Il s'agit probablement du groupe victime de l'une des plus immenses injustices du rock indie de nos jours. Et puis flute! De la musique tout court! Le groupe central d' une époque faste, effacé des mémoires, mais qui a conservé une influence souterraine gigantesque. Peu reconnu, voir totalement oublié, ce groupe mérite que l'on s'y attarde pour son côté avant-gardiste, sa volonté permanente d'aller de l'avant et son éclectisme. Nous sommes en 1987-1988 et le terme de "shoegaze" n'a même pas encore été prononcé par quiconque. Alex Ayuli et Rudi Tambala choisissent ce moment-là pour sortir leur premier single, et même si l'influence post-punk est facilement reconnaissable, comme celle de Jesus & Mary Chain, on peut détecter les germes du shoegaze et deviner tout de suite que les deux bonshommes ne vont pas se contenter de faire du surplace. Ce n'est donc pas pour rien que la presse de l'époque les surnommera grossièrement "The Black Jesus & Mary Chain". Les deux membres citeront également Miles Davis, Durutti Column et Can. Le single suivant sur le label 4AD évoquera dans sa forme une autre signature du label ,Cocteau Twins. En 1988, le groupe sort son premier album,"69". Réécouter de nos jours cet Lp donne les même sensations que celles ressenties devant The Silver Apples, The Velvet ou les travaux de Brian Eno. Ce sont les années qui nous séparent de cette époque qui s'écrivent devant nos yeux, et une bonne partie de la culture musicale actuelle. Ce groupe appartient à la famille des Visionnaires. Le "It's anythings" de My Bloody Valentine ne sortira que 4 mois plus tard, et pourtant, c'est de l'album de MBV dont on parle comme d'une oeuvre créatrice du shoegaze. Anecdotique et un poil en dessous du groupe de Kevin Shields me direz-vous? Attendez la suite. Beaucoup de choses sont brassées, triturées dans ce disque: Dub, psychédélisme, jangle pop, post-punk, jazz à la sauce Funky ou Free. AR Kane est à ranger aux cotés des grands groupes novateurs et sans œillères de la fin 80's, Wire, Talk Talk, Slint ou Bark Psychosis. On peut clairement dire que la Dream Pop, courant aux origines larges et difficilement définissables c' est eux ! Qu' ils en sont les instigateurs. Et puis dans un monde plus juste, cette pépite qu'est "Suicide Kiss" doit devenir une hymne du rock indie comme l'est "You made me realize" de MBV sorti que deux mois plus tard. "Crazy Blue" offre une exemple parfait de leur talent d' hybridation, quand la Jangle Pop mélancolique et rêveuse des Smiths rencontre l' Afrobeat et ses rythmes complexes mais hypnotiques. En matière d' hybridation ils étaient aussi en avance. Les 2 génies délaisseront ce coup-ci les paysages bruitistes et la dream-pop-shoegaze pour faire le grand écart que Kevin Shields n'aura pas l' idée de réaliser. Au revoir Jesus & Mary Chain et l' indie-rock, et bonjour l'acid house, le hip hop et New Order, bref, la dance pop déjà entraperçue avec "Crazy Blue". Il faut bien remettre dans le contexte, "Technique" de NO n'est sorti que 3 mois plus tôt et le buzz sur l'Hacienda commence tout juste en Angleterre . Donc, écoutez les albums de AR Kane, et vous comprendrez ce que veulent dire manque de reconnaissance et injustice face à l' avant-gardisme, et ouverture d'esprit en matière de musique. Fin de l'histoire? Non ! J'oubliais juste un détail. Et quel détail ! Si je vous dit qu'AR Kane a participé à l'un des plus importants disques de l'histoire de la musique et que vous le connaissez tous. AR Kane ne s'est pas limité uniquement à la genèse du shoegaze, de la Dream Pop et de certaines hybridation qui suivirent , il est aussi de la partie pour la reconnaissance et la démocratisation de la culture club/rave à l'approche des 90's. Et ce, juste avec un morceau Révolutionnaire sur lequel vous avez tous dansé dessus au moins une fois dans votre vie. Révolutionnaire en partie pour le succès remporté à l'échelon mondial grâce à l'utilisation du sampler, et ce dès Août 1987. Pour cela, ils travaillèrent sous un autre patronyme avec Colour Box et créèrent ça! Sorti sur 4AD évidemment. My Bloody Valentine que j'adore ont-ils révolutionné les dancefloors? Non! Alors quand vous parlerez de la bande à Kevin Shields et du shoegaze, n'oubliez plus d'aborder AR Kane. AR Kane est le chaînon manquant entre la culture dance et le rock indie. Bien avant "Screamadelica" de Primal Scream et à la même époque que "Madchester".

  • Et si ce blog était un label: NO PAIN IN POP

    Si ce blog était un label et bien il serait...Hum ! Impossible de répondre simplement tellement le nombre de labels indépendants auxquels je porte un grand intérêt est grand. Commençons dans ce blog une brève revue d'effectif. Premier de la liste, No Pain In Pop, à l'origine un simple blog de passionnés comme Dancing with the Noise. C'est un label très récent de Londres, puisque sa création date de 2008. S'intéresser à ce label en 2012 c'est un peu comme piocher tour à tour chez Creation puis chez WARP en 1995. Et même s'il possède très peu de groupes dans ses rangs, son état d'esprit et la variété de ses signatures me plaisent beaucoup. C'est un véritable défricheur. Je l'ai découvert via le single "M" des adorés Health. Ensuite, c'est en tombant sur les titres de l'une de ses signatures, Echo Lake, groupe aux influences très identifiables. "Loveless" de MBV doit être leur Saint Graal. Echo Lake n'a pour l'instant sorti qu'un petit Ep et un single, mais pour tout fan de shoegaze il est à suivre de très près. Une fois Echo Lake évoqué, c'est au tour de The Proper Ornaments, également signé sur No Pain . Il s'agit d'un projet parallèle de James Hoare, officiant à l'origine chez les très bons Veronica Falls (ancienne signature du label et groupe indie ayant énormément écouté The Pastels) et les trop méconnus Shop Assistant, vieux groupe 80's classé souvent groupe C86 Le nom des Proper Ornaments est emprunté à Free Design, groupe de sunshine pop des 60's affectionné ici aussi. Mais si on veut parler des influences des deux types, c'est plutôt vers la Nouvelle Zélande qu'il faut se tourner et The Chills, The Verlaines et The Bats. Tous signés sur Flying Nun, un vieux label qu'il fallait citer en société pour se la péter dans les 80's et les 90's. Autre signature avec déjà un album à son actif, A Grave With no Name. Voilà pour le côté Pop Indie de No Pain In Pop, mais ces gens-là sont très ouverts d'esprit et c'est pour ça que je les aime. Voici l'electro expérimentale de Patten qui tape l' incruste chez les Shoegazer. Finalement, ce n'est pas surprenant quand on connaît les liens par le passé entre ces deux styles (au hasard, Board Of Canada).Patten, à suivre de très très près dans les prochaines années après le très bizarre et génial album de 2011,"GLAQJO XAACSSO". Également présent dans les références du label et dans une version plus expérimentale que les 3 premiers cités, Forest Swords. Ici, on touche à plein de trucs passionnants, Dub, Neo Psychedelia. Leur "Miarches" rappelle beaucoup l'ambient dub version lo-fi des américains de Peaking Light, l'une des révélations de l'an passé. D'autres artistes distribués par No Pain vont continuer à faire beaucoup parler d'eux en 2012, et ce pour de très justes raisons: les Montréalais*de Grimes et de Doldrums (* cf à la fin). Tous deux appartiennent à la mouvance du Maximalism. Promis, juré: je reparle de ce truc passionnant qu'est le maximalism. Nos deux canadiens sont signés sur d'autres labels mais distribués par No Pain In Pop pour l'Angleterre, et rajoutent encore plus de diversités au catalogue de ce label. Ils n'y sont plus mais sont passés par là, Nite Jewel et Trailer Trash Tracy, anciennes signatures parties vers d'autres cieux. Enfonçons le clou au sujet de No Pain In Pop, leur éclectisme et leur bon goût. La mixtape qu'ils avaient élaborée pour Fact Magazine en est un parfait exemple. * Cf : une digression sous forme de coup de gueule sur cette belle ville de Montréal viendra prochainement. Très intéressant, et ça sera l'occasion de répondre enfin à cette question essentielle: Pourquoi Cœur de Pirate?

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