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- En passant : EQ Why, "LA" mixtape Footwork du moment
Alors que Dj Rashad et sa clique de Teklife sont les têtes de pont du footwork sur la scène internationale au point d' en devenir ses petites stars un étrange individu (de Chicago of course) vient d' apparaître sur mon radar à footwork via le label New Yorkais Orange Milk Records déjà repéré pour ses sublimes pochettes et ses nombreux artistes électro prometteurs . Son pseudo c'est EQ Why. De son vrai nom Tyrone Smith. Rashad avait clôturé l' année 2013 en merveille avec un footwork un brin assagi, plus carré et facile d' accès. Plus fluide en somme. EQ Why choisit de faire muter le footwork dans une autre direction. Le sien tabasse toujours autant qu' au début du genre et si la découverte de sa musique va prendre l' apparence d'un simple retour aux origines pour ceux qui ont découvert le footwork avec Rashad en une de Pitchfork sa mixtape "Chitokyo" confirme ce que l'on pensait depuis longtemps de cette musique du futur. C'est un mouvement bien plus complexe qui ne peut se résumer qu'à Rashad. Aller voir ailleurs de la galaxie Teklife permet surtout de s' apercevoir une nouvelle fois de la richesse des possibilités offerte par le footwork. EQ Why, qui se présente comme un vétéran du genre à Chicago, est à mes yeux une passionnante chose footwork et une véritable bombe musicale tout style confondu. Une espèce de RP Boo croisée avec le goût pour l' abstraction de Dj Clap. Bref, une rythmique toujours dans le rouge avec un délire total dans une utilisation hallucinante des sample . EQ Why avec une maestra digne des plus grands, nous en fait voir de toutes les couleurs, il continue comme ses confrère de Chicago a nous prouver que le footwork est soluble dans beaucoup d' autres style musicaux. Les fameux samples vocaux, traits important du footwork, atteignent en effet des sommets à vous rendre totalement épileptique mais en même temps sa musique reste facilement dansante, donc pop, contrairement à Dj Clap. Une mixtape coup de tonnerre dans le milieu footwork et quelque chose me dit que l'on va réentendre parler de EQ Why à coup sûr dans les prochains mois.
- Faille spatio-temporelle: Temples, un hypnotique non-sens
Je pensais que nous avions atteint le summum de la faille spatio-temporelle reliant les 60's et le 21ème siècle avec des artistes comme Jacco Gardner, Jack Bugg ou Foxtrot mais avec Temples je suis obligé de remplacer le mot "faille" par "gouffre"! Mon plaisir coupable du moment. Temples, formation britannique, sort son premier album et c' est le gouffre spatio-temporelle absolu. Un gouffre acclamé un peu partout, quasiment le disque d' indie-music du moment. Un disque avec lequel le jeu consistant à le faire écouter en cachant sa date de fabrication se révélera hallucinant et trompeur pour celui qui les découvrira. Chaque titre de ce "Sun Structures" pourrait se retrouver dans une vieille compile 60's que l' entourloupe ne se verrait même pas. Des disques et des formations revival bien sûr que nous en avons vu. Des gens bornés, résolument bloqués sur une période donné de l' histoire du rock, un genre particulier, c'est pas ce qui a manqué depuis une quinzaine d' année mais avec ces jeunes anglais nous atteignons quelque chose qui échappe à toute logique. Ou plutot l' apothéose d'une logique. C'est qu'il faut préciser quelques petites choses sur les revival. Bien souvent certains filous cachaient leur manque d' originalité et leur nostalgie derrière un choix stylistique pas trop éloigné temporellement. Souvent l' indie des 80's et 90's sous couvert d'un hommage à une certaine idéologie. Un petit travail de réactualisation via la production ou un brassage de quelques connaissances en matière d' influences suffisait à faire passer la chose. Temples ne cherchent pas à nous leurrer. Temples n'en a que foutre de la belle idéologie indie et de toute façon je crois bien que ces jeunes garçons ne savent même pas qu'il a existé un truc à la fin des sixties qui avait sérieusement remis en question l' héritage de l' époque dans laquelle ils se complaisent. Le Punk. Temples n' a rien compris? Un petit peu mais comme cela arrive souvent les erreurs de certains deviennent des gestes héroïques quand elles sont autant surréalistes. Tout dépend ce que l'on entend par "héroïsme". Temples fonce tête baissé avec ses gros sabots. Dans un mur? C'est une sorte de trou noir et d' apothéose d' une logique. Trou noir dans lequel ils sont les premiers a être tombé et trou noir d' autant plus hypnotique et troublant que le disque se révèle...une réussite. Une réussite obsédante et gênante. Comment en est-on arrivé là? En fait Temples est une forme de jusqu'au boutisme symbolique et très significatif de notre époque et de l'indie music actuelle. La fin d'une logique déraisonnable. Se couper du terrible présent et ne pas affronter un futur incertain pour se lover dans un imaginaire dépassé, irréalisable et si facilement susceptible de devenir un cocon protecteur douillet grace au format pop. Et les Temples en mettent une sacré couche, bien plus que bon nombre de leurs contemporains psyché. Avec leur naïveté il explose le maniérisme culturel des MGMT et font passer les gentils Jagwar Ma pour d' inquiétants androïdes électroniques venant du futur tel terminator avec leur récupération d'un genre vieux d' à peine... 20 ans!(Madchester) Un non sens ces Temples je vous dis. Les titres sont de la pop-psychédélique pure plus proche parfois de la variété internationale de la fin des 60's que de ce que l'on a appelé depuis des années sa version moderne et alternative, le néo-psychédélisme (Flaming Lips, Animal Collective, Spacemen 3, Primal Scream, Mercury Rev et même Deerhunter). Un truc calibré pour s'emparer des ondes radios de toutes les époques. Couplet-refrain-pont et immanquablement on retournera sur une tuerie de refrain. L' aspect rock progressif Pink Floydien des Tame Impala est évacué comme l'est le machiavélisme modernisateur des australiens en terme de production. Avec Temples on est dans la droite lignée des Procol Harum, Billy Nicholls, les Hollies, les Zombies et les Moody Blues. Les Procol Harum avaient cette vieille scie de "A whiter shade of pale" et bien Temples a aussi sa tuerie pop 60's et ce putain de refrain gluant et jubilatoire aussi bien capable de remplacer la chanson titre du film pop "Le Cerveau" que d' émouvoir votre maman qui se souviendra d'un slow torride avec votre géniteur vers 1971. Et ne parlons pas de l' aspect visuel du groupe. L' attirance est aussi étudiée dans ses moindres détails. Le chanteur avec son maquillage et sa coupe de cheveu évoque tellement Marc Bolan comme dans certains titres que c'est bien simple, j' ai peur qu'il pousse le mimétisme jusqu'à s'emplafonner à un moment ou un autre volontairement dans un poteau à bord d'une austin mini. Ce qui caractérise cette petite réussite qu'est "Sun Structures" est la parfaite synthèse d'une époque, d'un courant et d'une large palette d' artistes . Si leur titres risquent à chaque instant le pastiche ces gamins par leur songwritting et leur connaissances encyclopédiques trouvent toujours le moyen de vous étonner plusieurs fois dans le même morceau. La performance est d' autant plus forte que depuis 50 ans le style musicale et la production semblait tellement datée et mille fois revue que l'on ne pouvait pas s' attendre à cet élément de surprise sans que cela passe par une réactuallisation. D'ailleurs ce qui gène le plus c'est peut-être de se demander ce que ces mecs avec leurs talents et leurs maîtrise dans la composition pourraient bien faire avec des éléments plus modernes. L' électronique ou même l' art des pédales d' effets du shoegaze et du bricolage à la Sonic Youth. Certaines vieilles taupes du rock indie briton ne s'y sont pas tromper en vantant à qui voulez encore un peu les écouter. Nono Gallagher et Johnny Marr des Smiths. Et en matière d' utilisation futée de la nostalgie de l' Angleterre dominatrice des 60's en pop-rock les deux s' y connaissent. La surcharge sonore psychédélique des Temples absente chez les Smiths et leur refus de tomber dans le rock de stade boogie woogie pour hooligans à la Slade comme Oasis en leur temps rapproche ces jeunots d'une autre formation oubliée de la Britpop. Et c'est vrai que si on doit chercher une filiation avec un truc post 1971 chez eux c' est bien du coté de cette satanée britpop et son anglo-centrisme . Quand avait-on osé autant évoquer le psychédélisme 60's sans retenue? Et la réponse fut sacrément ironique et comique. En fait Kula Shaker et la Britpop sont la clé pour comprendre le pouvoir d' attraction des Temples et ce qui a changé depuis les 90's. Pourquoi ce disque porteur de tout ce qui m' ennuie actuellement m' intrigue et au final laisse dans mon esprit un indéfinissable charme. C'est le psychédélisme dans son ensemble la lubie des Temples et c'est pour ça que Kula Shaker intervient. Il faut se souvenir de l' arrivée de Kula Shaker en pleine Britpop. Entre incompression, logique d'un mouvement passéiste et coup de foudre sans lendemain. Les Kula pondait une musique nostalgique que les Blur, Oasis et autres Pulp rechignaient parce qu'elle ne prenait même pas la peine de s' habiller des vêtements de la réactuallisation, sociale comme musicale. La Britpop c'était de la nostalgie de l' âge d' or britannique (les 60's) face aux invasions grunge américaine, la volonté d'un renouveau pop face à une perte de repert provenant de la vague rave et électro et des changements des types de morceaux qui en découlaient. Très déstabilisant pour certains sous l' ère post-Tatcher . Mais par modernisme, ou culpabilité les Damaon Albarn et compagnie tentaient de réactualiser un vieux mythe. Kula Shaker n'en prenait même la peine et c'est pour ça que le retour de bâton fut terrible. Le manque de talent et d' originalité sur la longueur étaient sans doute aussi les raisons. Pourtant le temps de deux ou trois single Kula Shaker avait atteint ce qui fait le charme des Temples. Plus tard ils ont voulu changer leur habillage trop voyant sixties pour ceux plus brut des 90's et la baudruche s' est dégonflée. Temples par leur obnubilation vont plus loin et leur succès critique contraire à celui des Kula Shaker démontre à quel point notre époque est marqué par le sceau du désespoir. Kula Shaker cartonnerait encore aujourd hui et même plus. Serions-nous moins regardant face à autant de nostalgie? Bien sûr tellement nos sociétés sont désespérées . Et plus c'est gros plus ça passe. Un truc curieux se produit. Alors que nous croyions que la surcharge psyché 60's et son coté rétro accentué ne passerait pas et bien c'est tout le contraire qu'il se produit. Le blues-rock des White Stripe, le punk-rock New Yorkais ou des Libertines,le post-punk électronique de LCD, ou la folk de Grizzly Bear, tous prouvaient que la sobriété et le minimalisme semblait l' imparable passe-partout temporel à adopter pour éviter un aspect rétro trop voyant. Temples semble démontrer le contraire. Et va-s'y que je te convoque tous les instruments inimaginables, que les manipulations du son se superposent et se succèdent les unes aux autres. Que je te passe du coq à l' âne avec brio sans que cela devienne indigeste. Pour finir je me demande encore pourquoi j' aime me vautrer dans ce disque qui est l' exact opposé de ce que je recherche dans la musique actuellement? Le futur. Et si finalement la réponse n' était que plus évidente. Temples sont de sacré filous mais surtout un truc plus que logique mais une logique qui n' est pas dans ma nature à première vue. Suffit d' allumer votre télé, votre radio et d' aller sur les sites communautaire pour lire certains commentaires nauséabond. La démarche des Temples n'est juste que le pendent que celle d' autre. Le pendent heureux et libertaire. Certains par peur du présent et du futur, par réaction, regrettent un passé pour de très mauvaise raisons. Et nous voyons un recule sur beaucoup des progrès sociaux offert par les sixties (les antis- mariage pour tous en France et l' avortement en Espagne), retour du racisme et de la peur de l' autre et tout le monde subit le quotidien la tête dans le guidon . Surveillance généralisée sous couvert de protection infantilisante et big brother omniprésent. Temples avec son amour irraisonné du psychédélisme se sont rappelé de ce que ce truc signifia autrefois. L' envie de s' échapper du quotidien et des vieilles valeurs castratrice et liberticides. Alors dans ce sens écouter Temples ne fera pas de vous un affreux "réac". Tout au moins un gentil gars décroché du présent pendant un instant.
- En passant : East India Youth, y-a-t'il une vie après les guitares de l'indie music?
Y'a t-il une vie après les guitares l'indie-music? Ces putains de guitares indie de ma jeunesse qui ne cessent de bafouiller et d' être recyclées à toutes les sauces déjà mille fois goûtées. Ces guitares inscrites dans nos gènes peuvent -elle renaître, se débarrasser de cette foutue nostalgie gluante qui y lui colle à la peau depuis une quinzaine d' année? En l'espace de quelques jours je suis tombé à la fois sur un texte et sur un disque qui répondaient à leur façon à cette épineuse question. Épineuse parce que l'impression que l'indie-music se mord continuellement la queue et l'idée de la laisser tomber dans le caniveau de l' histoire me traverse l'esprit de plus en plus. En attendant qu'une bande de jeune branleur quelque part dans le monde trouve le moyen de réinventer cette instrument un jeune anglais nous apporte des réponses sous la forme d'un des disques les plus passionnants de ce débuts 2014. Pourquoi en 2013 les Oneohtrix Point Never, James Ferraro, Patten, Laurel Halo, Jam City et autres m'ont donné envie de foutre à la poubelle toutes ces nouvelles formations indie à guitares nostalgiques et interchangeables. D'oublier définitivement les héros du passé au profit de ceux de l' avant-garde contemporaine. Pourquoi j'ai envie de sortir un flingue face à tous ces fans snobinards indies vautrés dans le culte de leurs héros 80's et 90's? La peur de vieillir et ainsi de devenir un quadra peureux se contentant et acceptant de s'enfermer dans le formole des références de sa jeunesse? Pas seulement. Ce qui m' a frappé c'est à quel point un fossé se creusait entre cette musique qui me collait aux basques et le monde qui m'entourait. Bien sûr que des artistes comme Kurt Vile, Grizzly Bear ou encore Vampire Weekend nous ont pondu de grands disques mais dès que mes oreilles percevait un court extrait d'un Burial,d'un James Blake ou d 'un Tim Hecker le décalage m'apparaissait encore plus gigantesque et inquiétant. Alors pourquoi en est-on arrivé à ce tel degré de rejet? La première réponse je l' ai trouvé accidentellement dans un forum et malheureusement j'ai perdu la trace de l' auteur de ce texte et n'ayant gardé que la traduction approximative faite par votre serviteur je suis dans l'incapacité de vous donner les références. ET en gros ça disait ça! " La bordélique et mièvre quête d' humanité du "do it yourself" d'une décennies de culture indie - à l'origine en réaction aux rock et à la pop artificiels et pompeux des années 70 et 80 - est à présent utilisée partout dans les médias pour proférer, vendre et servir de bande-son à un certain style de vie promulgué. Et c'est à présent un horrible mensonge, aussi odieux que les bobards sur lesquels les premiers punks crachaient. Comment faire de la musique dans un monde comme celui-ci? Ce qui doit être dit et comment le dire? Ce sont précisément pour répondre à ces questions que la musique du futur est explorée, surtout si les réponses actuelles sont loin d'être concluantes. Une chose est de plus en plus claire, les hommes blancs privilégiés grattant avec nostalgie les guitares ou tournant les mécaniques analogiques en évoquant le bon ancien temps ne sont pas seulement complaisants et ignorants en le privilégiant mais sont en plus une franche infamie face à ce monde de crise financière, de robotiques militaires , de montée de l'extrême droite, de surveillance par la NSA et des incessants avertissements des catastrophes à venir. La musique a besoin d'évoluer rapidement ou risque d' être obsolète et il lui faut donc se tourner vers la technologie et les connotations de la technologie pour ce faire, créer une sorte de course à l' armement face au monde qui l'entoure." Et plus loin l' auteur développait sur le fait que la musique devait aller voir dans l'opposé de ce qu'il décrivait dès la première phrase, "mièvre quête d' humanité" de la culture indie. Les sons que j' écoute actuellement restent humain mais ont la qualité essentiels de ne pas tombé dans cette "mièvrerie". Mes artistes préférés aiment et abusent sans scrupules des nouvelles technologique amenant souvent des sonorité froides, difficile d' accès et des climats oppressants. Le format pop tant affilié à l'indie a vu dans mon système auditif sa part réduite à une peau de chagrin au profit de titres instrumentaux, électro, drone et ambient. Bref, un disque de 10 titres de pop-song même au son crado m'ennuie. A croire que se restreindre à ce format court parait totalement hors de propos.J'ai aussi souvent reproché aux artistes indie leur spectre d'influence finalement trop peu diversifié et restreint à des époques et des courants limités. Tout ce qui m' enthousiaste vient d' autre genre que ce que l'on classe comme indie et on ne peut pas dire qu'il s' agit de musique "conciliantes". La dark-ambiant des Demdike Stare et Haxan Cloak, le footwork de RP Boo et Rashad, l' avant-guarde électro des Ferraro Oneohtrix PN et Halo, la Vaporwave, le noise retravaillé de Pete Swanson et plus classique les Fuck Buttons. Il y bien certains artistes issus de l'indie qui ont su franchir les barrières mais en choisissant des chemins autres que le tout technologique des artistes précédemment cité, These New Puritants, Laurel Halo ou Colin Stetson.Remarquez bien que les trois derniers artistes et groupes alternent dans leur récents disques instrumentaux et pop-song, si on peut encore appeler certaines de leurs oeuvres des pop-song. Pour 2014 malgré tout j'espère encore que l'indie rebondisse. Que ce genre se conjugue à nouveau au mode expérimental , donc avant-gardiste et surtout plus au passé. 2013 m' a donné tout de même de sacrés espoirs de découvrir une musique de tradition indie au format pop classique flirter avec l' expérimentations. Des artistes avec une vue d' esprit large sont apparu. Je pense à la prometteuse Circuit des Yeux, mêlant le folk déchiré d'une Cat Power et l' aspect riott girls de la jeune PJ Harvey avec le noise et et les embardées expérimentales. Une sorte d' Anna Calva tout sauf mièvre. Et que dire de ma joie en découvrant Oliver Wilde, héritier direct d' artistes typiquement indies de ma jeunesse comme Elliot Smith ou de Sparklehorse, un type qui n' hésite pas à échapper à la "mièvrerie" nostalgique en saupoudrant sa pop sensible de bourdonnement bruitiste et dronesque. Et puis voilà qu'est apparu East India Youth. Si le disque pris séparément est une réussite c'est surtout le parcours de son auteur qi''il faut étudier pour comprendre les intérêts en jeu et le rapport avec tout ce qu'il vient d' être écrit même si je reconnais que sa musique affiche une modernité moins évidente et tapageuse comme chez des gens comme Rustie, Jam City et la vaporwave . East India Youth c'est William Doyle, pure rejeton de l'indie anglaise. Ses premiers faits d' arme furent d' abord une première tentative d' album en solo puis une autre au sein de la formation Doyle & The Fourfathers. Si son premier effort solo est introuvable on peut facilement retrouver les traces de son aventure en groupe. Une musique convenu et sans originalités basée sur une instrumentation classique indie, basse-guitare-batterie. Des titres donc typiquement indies mille fois entendues comme ceux des suiveurs qui pullulèrent dans les queues de comètes tel Foals, Grizzly Bear et Fleet Foxes. L' aventure Doyle & The Fourfathers sombra assez vite ne réussissant pas à sortir de la mêlée malgré une petite exposition médiatique due à un ep stigmatisant le consensus général et le manque de critique à l' égard de l' organisation des JO de Londres en 2012. Dans ses interviews outre le fait du manque de reconnaissance critique de ses premières oeuvres et de leur échec commerciale Doyle explique son changement de cap actuel par les aspects contraignants et la frustration qu'il ressentait face aux restrictions induites par l'instrumentation classique indie et la prédominance des guitares. Et quel fabuleux changement de cap. Changement d' abord entamé par un ep détonnant ("Coastal") puis confirmé par un album. Tout au long de son "Total strife forever" l'indie-music à la papa est chamboulée et Doyle alterne sans complexe entre expérimentation et pop-song. Du coup si l' auteur délaisse les instruments organiques pour une technologique plus présente il ne perd absolument rien en humanité. Si ce mélange de pop-song et d' instrumentaux plus longs rappelle le "Low" de Bowie c'est également parce que Brian Eno et une grosse partie du Krautrock (Cluster, Neu!) plane sur sa musique. Mais surtout si le disque est rafraîchissant c'est parce qu'au contraire de tant d" héritiers indie Doyle évoque autant le présent que le passé. Son disque transpire une certaine modernité. Si les nappes de synthé évoquent le krautrock c'est plutot des restes du genre allemand passés par la centrifugeuse à idée d' Oneohtrix Point Never et d' Eméralds. Dès le premier titre l' auditeur indie fan de Foals et Arcade Fire qui avait été accroché par son single pop-song classique un brin "bizarroïde" intitulée "Dripping Down" va se retrouver confronté à des nappes synthés Kosmich répétitives qui aborderont vicieusement les territoires d'un Tim Hecker. Tout de suite après "Total strife forever I" va encore plus bousculer l' auditeur avec ses manières Fuck Buttons. Enfin le fan indie aura droit au format single tant chérie de "Dripping Down". Mais attention, ce bougre de Doyle lui réserve une très sale et génial surprise juste après, "Hinterland", et voilà notre gentil fan d' Arcade face à une espèce de morceau électro planant qui progressivement va atteindre un tabassage hypnotique que ne renierait pas Factory Floor. Les morceaux électro et pop ambiant ne sont pas sans ressemblance avec certains titres d'une Laurel Halo . Devant une tel tempête de styles et et de retournements de situations Doyle se rappelle qu'il aime chanter et automatiquement le spectre de James Blake se pointe et devient une sorte de ligne directrice. Sauf qu' avec Doyle nous avons à faire à un James Blake moins portés sur le dubstep et plus sur l' électro américaine. Moins précieux sur le chant également. Et c'est comme ça jusqu'à la fin du disque. Même si musicalement on en est loin, cette alternance sans complexes de pop et d' expérimentation qui parfois fusionnent m' évoque les disques d'une Julia Holter. Mélanger la pop avec des éléments glitch par exemple n'est pas nouveau, le retour sur le devant de la scène des allemands de Notwist et le récent disque de leur rejeton américains Baths nous le rappelle mais avec Doyle on est profondément touché par le courage du bonhomme de ne pas hésiter à partir dans le tout instrumental et expérimental. Ces titres sont loin d' être des gadgets crossover pour cacher un manque d'inspiration d'indie boy en manque de reconnaissance de la frange électro et de respectabilité artistique. Dans un sens il fait le parcours inverse des Chemical Brothers autrefois et d' un Daniel Avery aujourd' hui, parti des dancefloor à l' assaut des charts pop et des festivals rock. Et c'est peut-être là que réside une grande partie de son charme. Parce que cela a rarement été fait avec autant de talent et d' honnêteté. Pour conclure l' effet donné par East India Youth m' a rappelé un souvenir tenace d'un disque, un mélange de joie et de frustration. C' était en 2009 et lassé par le revival rock je m' étais laissé allé dans un geste de désespoir à découvrir le troisième album des Franz Ferdinant . Les titres typiques Franz défilèrent et la lassitude attendue me gagna jusqu'à ce que la bande à Kopranos délaisse en un seul titre enfin son post-punk dansant à base de guitare pour une plongée sans filet dans l' électro. Un pure moment de jubilation musicale. C'était "Lucid dreams" et j' espérai que leur disque suivant persévérait dans cette direction et cette prise de risque rénovatrice. L' an dernier Franz Ferdinant a pondu son 4ème album et on est forcé de constater que le courage artistique dont ils avaient fait preuve avec "Lucid" n' était qu'un leure. East India Youth a fait le disque que j' attendais d'un groupe tête de gondole indie comme Franz Ferdinant et Foals. Tant pis pour eux tant mieux pour nous.
- En passant : Merveilleuse Holly Herndon
Holly Herndon nous revient (cf ici, et là) avec un nouvel ep chez RVNG Intl et c' est encore une fois une oeuvre magistrale. La belle Holly continue de transporter la voix humaine en terres inconnues via son ordinateur. Elle la fait muter, la dissèque et la passe à la moulinette technologique pour nous offrir une nouvelle idée de l' humanité. Le titre éponyme commence par un dialogue où la voix (provenant souvent d' internet) et l'outil technologique se répondent. Puis les deux s'entrelacent et la magie de son premier album ("Movement") s' empare à nouveau de l' auditeur. C'est une véritable ode à la technologie à propos de laquelle Herndon tente sans arret de nous faire oublier les peurs qui lui sont associée (la déshumanisation ).La belle rousse nous prouve encore une fois qu'elle est l'un des artistes les plus passionnant et novateurs de notre époque au même titre qu'un Daniel Lopatin ou d'une Laurel Halo. On ne peut toujours pas définir ce que fait la belle et c'est ce qui rajoute au charme. Était-ce de la pop, de l'électro, de la pure expérimentation? Peu importe, faut juste savourez cette fenêtre ouverte sur un futur radieux. Le deuxième titre est une nouvelle fois une expérimentation qui repose en grande partie que sur la voix, un travail dans laquelle Herndon justifie et décrit parfaitement l' expression "un flot de parole". Herndon par son massacre des voix fait irrémédiablement penser à l' autre petite dernière génie du dynamitage des habitudes vocales, Katie Gately avec son ep de l'an dernier déjà classé par ici. Même si cette dernière se fait plus rude encore. Chez la rousse la voix (toujours issue d' internet d' après Herndon )semble en effet s' écouler comme l' eau d'un ruisseau et nous emporte une nouvelle fois dans l'inconnu...
- En passant : D/A/D, quand la copie est mieux que l' original.
Attention cette musique peut entraîner chez certains trentenaires et quadras ayant traversé les 80's de violentes réactions allergiques. Si vous êtes plus jeune vous ne risquez rien. Pour les plus anciens une solution existe, oubliez vos préjugés. Derrière le pseudo D/A/D se cache un californien nommé dans le civile Zack Robinson.. Et ce brave Zack a une passion dans la vie. Les années 80. Alors bien sûr vous allez me dire que depuis pas mal d' années les fameux synthés 80's ne cessent de revenir dans l' actualité musicale et que Robinson ne fait que suivre ainsi une déjà longue cohorte de revivalistes. Mais alors que beaucoup ne sont aller piocher que les sons et les tics de production jugés "acceptables" par la nomenclature des rocks critiques le jeune californien poussé par une passion dévorante pour la musique de cette époque ose utiliser des sons, des "manières" que notre cerveau avait rejeté jusqu'ici dans les poubelles mémorielles. A l' instar d'un Ferraro ou d' un Daniel Lopatin (OPN), D/A/D n' hésite pas à aller piocher dans ce qui était devenu synonyme de merde synth pop FM mainstream à nos esprits. Mais à la différence des deux génies cités plus haut, grands adeptes du détournement des musiques en les déplaçant de contexte, Robinson par son seul talent arrive à trouver un résultat convainquant tout en s'approchant au plus près du contexte d' origine (les 80's). Imaginez que vous enfermez les musiciens des BO des séries télés 80's-90's dans un studio (Miami Vice, Beverhills) et que vous les faites diriger par un songwritter de première classe issu de l'indie-music. Ainsi un de ces solos de guitare grandiloquents typiques 80's qui nous ont pourri notre enfance ou qui ont poussé des pauvres âmes égarés à devenir fan de Joe Satriani deviennent d'un seul coup pertinents et facile à digérer comme ceux d'un Johnny Marr. Bien sûr que ce blocage sur une période très précise du passé peut franchement contrarier, bien sûr également la profusion de références connues et toutes déjà assimilées peut ennuyer mais l' imagination du type permet à cette faille spatio-temporelle d' être une vraie réussite et de réserver bien des surprises. On a l'impression que bon nombres d'idées laissées en jachère ou mal utilisées par ses prédécesseurs deviennent entre ses mains de véritables joyaux. Une musique bien plus complexe et séduisante que dans nos souvenirs. Faut juste pas abuser de ce petit plaisir jouissif et un brin coupable. On traverse une décennie d' Italo-disco, de synthpop et d' électronique progressive. Comme une bonne couche de nutella sur une fine tranche de pain. BONUS:
- En passant : Logos. Quand le futur vous gifle le visage il prend les traits de Weightless.
L' hiver a commencé et l' air glacial en provenance du pôle Nord déboule sur nos pays au climat tempéré. Il frigorifie encore plus notre société capitaliste aux aboies et en crise. Pas de souci avec la gifle Logos la bande-son pour affronter la sinistrose en refusant le repli sur soi est toute trouvée et en plus elle nous offre ce que l'on n'ose plus regarder en face, le futur. "Putain !" Voilà mes premiers mots une fois que ce grand disque qu'est "Cold Mission" venait de me perforer les tympans. Tout mon esprit et mon corps ne se remettent pas des blessures infligées par cette sorte de Uzy musical qu'est le premier album de Logos. Bien sûr si j' emploie la pathétique et caricaturale métaphore de l'arme trop souvent associée aux gangs citadins ce n'est pas un hasard. Les ingrédients de la musique de Logos sont déjà fichés et proviennent des zones urbaines d' Angleterre des 20 dernières années. Les ondes radios des émissions pirates qui pullulaient dans le Londres de l' époque sont revenues sur terre et le grime et la jungle se rappellent à notre bon souvenir. Les fans du classique "Boy in da Corner" de Dizzee Rascal (grand disque essentiel des 00's) vont s'y retrouvés sans non plus vraiment identifier certains paysages du territoire exploré par Logos. Tout simplement parce qu' avec le bonhomme on est très loin d'un simple revival déguisé de musique des dancefloors 90's ou 00's. Si Logos s' empare dons d' éléments du passé ce n'est pas pour nous les recracher bêtement à la figure . Par son talent prodigieux dans l' art de détruire pour mieux reconstruire il bouscule les habitudes nostalgiques en y injectant tout ce qui fait ou va faire la Modernité en 2013 et les années à venir. Avec James Parker (aka Logos) le grime et la jungle sont plongée dans de l' azote liquide givrée et se retrouvent confrontés à certaines choses que les lecteurs de Dance with The Noise connaissent que trop bien. Comprenez une bonne dose de sonorités cybernétiques similaires à ce que je nommerai "la bâtarde de l' hypnagogic-pop et de la Vaporwave", la Weightless. Depuis quelque temps certaines correspondances apparaissent entre ces trois courants apparemment éloignés, une musique expérimentale souvent américaine (Oneohtrix Point Never, Ferraro) d' une part, et de l' autre celle en provenance des dancefloors british la plus part du temps. On parle donc de Weightless concernant Logos mais comme le terme est tout récent je préfère attendre quelques temps pour approfondir le sujet. Parlons plutot de la Vaporwave qui elle s' avère à présent plus propice à une analyse précise. LA VAPORWAVE ? Quésaco? Ça faisait longtemps que DWTN voulait faire le point sur ce nouveau genre apparu à la suite de l' hypnagogic-pop et même si elle ne transparaît pas de façon très évidente dans la musique de Logos j' ai décidé que justement "Cold Mission" était l' occasion parfaite. Pourquoi? Parce que justement ce nouveau courant musicale que certains ont voulu trop rapidement cloisonner dans la case "micro-genre pour geeks" voit son influence grandir et certaines de ses caractéristique apparaissent dans d'autres courant apparemment éloigné. Logos en est la preuve irréfutable. Dans la musique de Logos certains éléments et façons de faire Vaporwave tape l'incruste dans ces vieux genres que sont le Grime et la Jungle mais aussi dans ce qui les a suivi et ce qui domine la scène actuellement, l'UK bass. On peut citer Rustie ou Jam City pour l' exemple. Comprenez dans le terme généraliste d' UK Bass (parfois appelé Uk Funky) un gloubi boulga de toutes les nouvelles musique de danse apparu en Angleterre et ailleurs ces dernières années (Dubstep, UK Funky, la wonky music, le maximalism ou encore la purple-sound). Beaucoup de sample synthétiquement trafiqués aux sonorités agressives, cristallines et froides. Des samples provenant à l' origine des vidéo d' entreprise (VHS), des publicité, jeux vidéos, des musiques ambiantes (musak) perçues dans les centres commerciaux et enfin des systèmes d' exploitation informatique. En résumé la Vaporwave détourne et manipule des sons utilisés à l' origine par l' industrie et le commerce pour leurs qualités synonymes de douceurs, relaxation,et d' asepsie. La Vaporwave et certains représentant de l' UK Bass nous les refourguent sous forme de notes très brèves et défigurée qui répondent en écho à d' autres échantillons comprimés et subissant également une très grosse réverbération dans certains cas. Et c'est ici qu' il va me falloir quitter le domaine de la musique pour en aborder d' autres et parler un petit peu de notre société contemporaine. Parce que dans la Vaporwave comme dans "Cold Mission" transparaîent des dimensions autres qu' artistiques qu'il faut bien connaitre pour mieux apprécier ces instants de musiques parfois rugueux et destabilisant à leur contact . La Vaporwave est un genre important parce qu' elle a su capter l' air du temps en pointant le doigt sur l'une de ses plus importantes caractéristique. La Vaporwave chère à James Ferraro et consort ce n'est ni plus ni moins qu' une critique ou une simple constatation anticapitaliste du consumérisme et des travers/mensonges du monde virtuel provenant des technologies et de la culture numérique. Et là je suis encore obligé de m' éloigner encore plus du pure domaine musicale pour vous parler d'une théorie philosophique nouvelle au sujet du capitalisme triomphant actuel. L' accelerationism. Beaucoup voit ainsi dans la Vaporwave le pendent musicale de ce truc dont vous n' avez certainement jamais entendu parlé dans nos contrées sauvages française. L' accelerationnism ! En gros le speach c'est que ce système économique que l'on appelle capitalisme ou néo-libéral (et sa fameuse société du spectacle) se nourrit de tout et qu'il ne tombera que sous son propre poids. Du coup deux réactions sont possibles.Notez bien qu' appliquer cette théorie en musique a des conséquences humaines bien moins catastrophiques que si il était appliqué à l' économie et à la politique. C'est l'un des avantages majeurs de l' art. Donc voilà ces deux réactions. Soit naïvement on affronte frontalement ce capitalisme actuel et ses mensonges en partant par réflexe en quête de ses inverses, l' authenticité et la vérité. C'est l' attitude majoritaire en ce moment. Ce qui se résume peu ou prou à un retour en arrière d' où l' omniprésence actuelle du phénomène Rétro et et ce qui lui est exagérément souvent relié dans les esprits, le culte des techniques lo-fi issues passé (dans l'indie music par exemple). Attitude que l'on peut définir parfois comme "réac" puisque l'on rejette la modernité et la réalité mais qui est surtout une attitude désespérée et utopiste vu que justement, le système ingurgite et dénature tout. A commencé tout naturellement par le passé. Le rock indie devenu un divertissement comme un autre avec un contenu appauvri en éléments de contestation au système (à cause de l'usure du temps?)en est un parfait exemple avec ses multiples revival et ses groupes phares (Arcade Fire ne changera pas le monde, il nous divertira uniquement). Ou bien, et c'est ça l' accelerationism, on estime que s'opposer à ce système est illusoire et qu'il vaut mieux le laisser grossir jusqu'à ce qu'il s' effondre sur lui même. Et tant qu'à faire autant lui donner à bouffer ce qu'il désire. Bref, accélérer ce processus irréversible. Ferraro et ses copains de la vaporwave font exactement ça en musique. Plutot que par désespoir lorgner un peu trop le passé ils veulent accélérer justement le processus, donc anticiper le future et utiliser les sons et les techniques du présent qui quoi que l'on en pense, existe bel et bien et influent sur nos vies. Plutot que le replie et piquer les sons et les moyens techniques du passé jugé "authentique" (guitare, voix naturelles) ils ne veulent plus avoir peur du futur et ainsi récupèrent et détournent ceux hyper modernes du monde virtuel jugés par les tenants de la première solution trop "artificiels" et "inhumains" . Jugement bien souvent influencé par une peur aveugle. Ainsi des sons informatique présumés être "artificiel" à l' oreille sont détournés pour justement dévoiler les mensonges du monde virtuel et du capitalisme. Cette attitude de ne plus avoir peur de la technologie moderne et de son caractère "inhumain" a bien été résumé par Holly Herndon (ici) et ses déclarations passionnées pour le laptop entre autres:"Le portable (l'ordinateur) peut faire des choses qu'aucun autre instrument n'a jamais été en mesure de le faire, et je pense aussi que c'est l'instrument le plus personnel que le monde ait jamais vu" Revenons à la musique. Avec la Vaporvawe ,comme du reste avec sa "maman" l' hypnagogic-pop, on peut distinguer certains élément récurrents. Un semblant de New Age façon électronique, le goût prononcé pour les effets caractéristiques des systèmes de sonorisation des salles de cinéma et les BO, et l' omniprésence déjà abordée plus haut des sons digitaux et informatiques puissants qui vous agressent autant qu'ils vous hypnotisent. Eléments régulièrement présents chez des artistes comme James Ferraro, Rustie et le maximalism, Arca, Gatekeeper, Fatima Al Qadiri, Jam City et bien sûr le génial et visionnaire Oneohtrix Point Never. Comme avec ce dernier ne vous attendez pas à un déluge de mélodies ou de rythmes endiablée sans fin. La musique de Logos se vautre la plus part du temps dans une certaine forme d' abstraction très loin des canons pop et rock. La grande différence entre les artiste typiquement Vaporwave(Ferraro, Macintosh Plus, Club Internet et Saint Pepsi) et ceux proche de la UK Bass (Jam City, Gatekeeper entre autres) réside dans les sensations ressenties à l'écoute de leurs musiques respectives. Avec les premiers c'est une musique tenant à la fois du sacré et de la réalité évoquant les rèves. Les seconds offrent des musique beaucoup plus violentes et agressives, des rêves devenus cauchemars parce plus plus rentre-dedans grace notamment à leurs aspects urbains. Logos se situe entre les deux en déclinant des paysages vaporwave désolés, étranges et glaciales parce que la texture sonore est très "cybernétique". Des songes où le silence est très présent ("Surface Area", ""Ex 101" ou "Swarming") mais qui ,parfois, voient l' intrusion du bruit (de la violence) avec la présence d' éléments en provenance du dancefloor ("Seawolf","Wut it do"). Par exemple le grime (son d' arme à feu et rythmique plus présente). NIGHT SLUGS & FADE TO MIND: les deux labels têtes de pont de la Vaporwave sur les dancefloor. Si un seul nom contemporain est à citer au propos de Logos c'est immanquablement celui du projet de Jack Latham, l' essentiel et futuriste Jam City. Jam City, le grand disque écouté des centaines de fois par votre serviteur et ignoblement oublié dans le top 2012. Jam City est signé sur le label anglais phare de l' UK Bass créé par L-Vis 1990 (cf , Night Slugs. Chez eux on peut retrouver deux vieilles têtes connues des lecteurs de DWTN. Girl Unit et Egyptrixx. Egyptrixx justement, parlons-en. Avec son dernier album ("A/B til infinity") lui aussi lorgne parfois sur son collègue Jam City et donc sur la Vaporwave. Quand à Jam City sa dernière livraison atteint les sommets et on attend avec impatience la suite du déjà devenu un classique, l' immense "Classical Curves". Passons de l' autre coté de l' Atlantique avec l' alter égo US de Night Slugs, Fade To Mind. Label fondé par Kingdom repéré autrefois chez ... Night Slugs bien sûr ! C'est chez eux qu' une vieille connaissance refait parlée d' elle via la sortie d'un ep. Les imprononçables et pourtant géniaux Nguzunguzu. Avec eux le UK garage adopté par Jam City et Logos est confronté une nouvelle fois à la vaporwave mais pas seulement, une autre lubie de DWTN pointe son bout du nez, le footwork! Mais si vous voulez de la vaporwave pure jus Fade To Mind possède aussi un sacré argument, et quel argument. La belle et talentueuse Fatima Al Qadiri dont je vous avais déjà parlé ici. Et comment ne pas passer à coté de cette vidéo pondue pour leur titre "Mecha". Après les superbes oeuvres de Robak pour Gatekeeper et Fatima Al Qadiri c'est au tour de Jude MC d' utiliser l' imagerie des jeux vidéos et leur modernité pour coller à la musique tout autant moderne de Nguzunguzu. Plein les yeux, plein les oreilles ! Fade To Mind fait très fort en ce mois de novembre parce que non seulement le ep de Nguzunguzu est peut-être le meilleur depuis leurs débuts mais en plus ils ont dégoté un nouveau nom qu'il faudra retenir. Toutes ces histoires de futur et de musique urbaine manquait de féminité mis à part Fatima Al Qadiri. C'est chose faite et de quelle manière avec la mixtape tuerie du mois. La géniale "Cut 4 me" de Kelela Mizanekristos. La belle y brille non seulement par son propre talent et son songwritting original mais aussi par les noms des invités venus lui filer un sacré coup de main. Des artistes de la maison (Nguzunguzu), le patron du label (Kingdom) mais aussi ceux du cousin anglais Night Slugs (Girl Unit et bien sûr Jam City). Déjà croisée aux cotés des Teengirl Fantasy (leur dernier ep est bien mieux que leur album récent) la belle prend les manières futuristes de ses petits camarades pour nous offrir un bien curieux r'n'b ensorcelant.
- BEST OF 2013
2013, bonne ou mauvaise année? Si il faut trouver un disque et une journée résumant parfaitement de quoi a été faite l'année 2013 en musique pas comme les autres c'est du coté des dimanches (le jour de la semaine dont on attend en général rien) qu'il faut chercher. Un Dimanche de Février palpitant et surprenant . Le joyeux 3 février. Ce jour là un "truc" que plus personne espérait se produit. Un "truc" que votre serviteur désirait au plus profond de lui sans réellement penser ou espérer que ce petit évènement (à l' échelle mondiale mais gros buzz à l' échelle indie-musique) ne change réellement le cour des choses. Et puis voilà-t-y pas que My Bloody Valentine, le dernier grand groupe à avoir révolutionner la musique avec des guitares, se pointe, et nous balance le trompeur et génial "MBV". Écouter "MBV" en cette fameuse après-midi du 3 Février reste donc dans mon souvenir comme un parfait raccourci du scénario 2013 et des précédentes. Un début de disque qui n' aurait pas juré dans leur monument historique de 1991 "Loveless". Vieux brouillons mis de coté à la sortir de "Loveless" ? Peu importe mais le sentiment qui l' emporta à la découverte des premiers titres était que l'on se retrouvait en face d'une véritable faille spatio-temporelle. Je me revois baisser la tête, apprécier cette heureuse et jouissante rencontre mais, une rencontre gênante dans ses premiers instants. Un peu comme un ancien adolescent rebel à présent assagi qui est forcé de revenir tout penot à la case départ, chez les parents. L' écoute de nombreux disques en 2013 ressembla exactement à ça. Retrouver le cocon protecteur qu'offre le passé, ce que l'on a déjà entendu et en même temps, ressentir au fond de soi qu'il s' agit bel et bien d'une sorte de capitulation tellement les choses paraissent être figées. Sigur Ros, Yo La Tengo, Mazzy Star , Bill Callahan, Daft Punk, David Bowie, Nick Cave, Mendelson et Boards of Canada pour les anciens. Puis des jeunes dont on aimerait qu'ils viennent vous chercher le samedi soir pour une virée mais qui finalement se pointent pour le repas dominical familial et laissent une très bonne impression à votre maman. Votre maman qui autrefois n'aimait pas Kevin Shields trouve à présent ces jeunes faisant de la musique de vieux franchement sympathiques. Le temps qui passe érode toujours les aspérités, même les plus abruptes, Kurt Vile, Vampire Weekend, The National, Jaco Gardner, Foxygen Cass McCombs, Hookworms, Merchandise ou encore Unknow Mortal Orchestra et Speedy Ortiz. Même ceux spécialisés dans la musique électronique et les dancefloors ne font plus peur à votre cher maman qui avait un peu trop regardé ces horribles reportages télévisisés au début des 90's caricaturant le genre en musique de drogués alors que le gosse que vous étiez ne rêvait que d'une chose, l' Hacienda et faire la fête avec des crapules comme Bez et Shaun Rider. Darkside, Daniel Avery et Disclosure avec le trop gentil Nicolas Jaar. Progressivement, la madeleine de Proust qu'est au début "MBV" opère une mutation. On reconnaît certains éléments mais l'ensemble semble échapper à vos vieux repères et un sentiment enfoui d' euphorie et de surprise refait surface. Certains comme My Bloody Valentine au milieu de son disque ont su retrouver en 2013 le truc que le temps érode. Ces gens-là ne seront jamais invités le dimanche chez vos parents tellement leur vitalité, leurs manières brutes de décoffrage, leurs visions du monde un peu trop étrangère à la leur et leur voix trop puissantes risquent perturber vos parents pendant Michel Drucker. Deerhunter, Jon Hopkins, The Knife, Kanye West, Savages, Dirty Peaches, Iceage, Ensemble Economique, Tropic Of Cancer, Oliver Wilde, Jagwar Ma, Youth Lagoon. Ces noms auront tout juste le droit de franchir le pas de la porte de la maison familiale. Et puis il y a les autres et les trois derniers titres de "MBV". Kevin Shields s'emporte, balance le poulet traditionnel du dimanche par la fenêtre et vous tire par la manche hors du cocon, hors du passé. Direction l' aventure, l' inédit, le présent et le futur! Oneohtrix Point Never, Julia Holter, These New Puritans, Dean Blunt, Fuck Buttons, Julianna Barwick, Tim Hecker, The Stranger, Roly Porter et d'autres. Ce bon Kevin vous explique que l' hacienda c'est fini et qu'il a trouvé une nouvelle boite de nuit où on passe de nouvelles musiques aux bpm hallucinants pour danser ou, chose nouvelle, s'imaginer que l'on danse dans un océan de son oèu la rythmique en viendrait même à se liquéfier pour finalement s' évaporer. Le footwork devient de plus en plus important et s'incruste partout,DJ Rashad et RP BOO coté originaux, Slava et DJ Clap pour le footwork malaxé avec d' autres styles. Factory Floor réinvente l' Acid-house et le post-punk pendant que Huerco S, Jaguar Ma, Space Dimension Controller, The Fields, Lust For Life, la clique de Livity Sound, Gardland, le collectif Young Echo(avec Vessel), la française Stellar Om Source s' amuse à vous faire tanguer le corps en brouillant les souvenirs. A certains moment on se demande même si la musique offerte par "MBV" est-elle l'oeuvre d' humains ou de machine? Alors ce sont bien des machines qui font une musique mais une musique réellement humaine puisqu' elles menchantent, me font voyager, bref, me touchent. Kevin Shields avec ses tonnes de pédales d' effets et son amour pour le studio n' a jamais eu peur des machine, de la technologie. Ca tombe bien en 2013 comme depuis quelques temps les progrès technologiques n' effraient plus les nouvelles têtes les plus prometteuses et ainsi plutot qu' une prétendue quête de l' authenticité on regarde à nouveau vers le futur plutot que le passé. Pete Swanson, René Hell et Rashad Becker n'en finissent plus de tritouiller leurs modulateurs pour trouver de nouveaux sons. D' autres encore plus courageux s' empare des sons du numérique et du nouveau monde virtuel pour redéfinir le futurisme. La vaporwave comme le footwork s'infiltre partout. Logos, Jam City, Fatima Al Qadiri, The-Drum, [Physics], Nguzunguzu, Arca, James Ferraro et tant d' autres. Et si finalement coté métaphore et le blabla je laissais tombé My Bloody Valentine résumer tout 2013 en une simple chanson franchement pop? Ce serait "A day's pay for a day work" de Darkside. Titre ô combien évocateur. Rien n'est gagné d' avance et plus que tout il va falloir se montrer intransigeant, curieux et chercheur en quête de nouvelles façon de faire, d' aimer et de parler de la musique. Une chanson que l'on croit avoir entendu mille fois en rappelant le passé glorieux de la pop (avec son piano et ses choeurs dans la lignée des Beach Boys) mais aussi une chanson plus complexe et totalement nouvelle, à la fois bien dans son époque et tournée vers le futur avec ses samples étranges et bancales venu de nul part bousculant les préjugés et les vieilles habitudes . Top 50 albums: 1 ONEOHTRIX POINT NEVER R Plus Seven * 2 THESE NEW PURITANS Field of Reeds * 3 THE HAXAN CLOAK The Excavation * 4 DEAN BLUNT The Redeemer * 5 LOGOS Cold Mission * 6 JULIA HOLTER Loud City Song * 7 LAUREL HALO Chance of Rain * 8 DJ RASHAD Double cup * 9 ROLY PORTER Life cycle of a massive star * 10 MY BLOODY VALENTINE MBV * 11 SAVAGES Silence Yourself * 12. HUERCO S Colonial patterns * 13. ENSEMBLE ECONOMIQUE The Fever Logic * 14 FACTORY FLOOR Factory floor * 15 JULIANNA BARWICK Nepenthe * 16 TIM HECKER Virgins 17 JAMES HOLDEN The inheritors * 18 STELLA OM SOURCE Joy one mile * 19 MILES Faint hearted * 20. RASHAD BECKER Traditionnal music of notional species vol.1 21 THE STRANGER Watching dead empires in decay 22 KANYE WEST Yeezus 23 RP BOO Legacy * 24 TROPIC OF CANCER Restless idyls * 25 JAI PAUL Eponyme 26 THE KNIFE Shaking the habitual 27 CIRCUIT DES YEUX Overdue * 28 GROUPER (Liz Harris) The man who died in his boat & RAUM (Liz Harris avec Jefre Cantu-Ledesma) Event of your leaving * 29 DIRTY BEACHES Drifters/Love is the Devil 30 SLAVA Raw solutions * 31 COLIN STETSON New history warfare vol.3 * 32 JAMES BLAKE Overgrown 33 JON HOPKINS Immunity 34 WOLF EYES No answers-lower floors 35 AUTRE NE VEUT Anxiety * 36 OLIVER WILDE A brief introduction to unnatural lightyears * 37 PURE X Crawling up the stairs * 38 NILS FRAHM Spaces * 39 JAMES FERRARO NYC, hell 3 * 40 DJ CLAP Best night ever * 41 BILL CALLAHAN Dream ever 42 JAGWAR MA Man I Need * 43 FUCK BUTTONS Slow Focus 44 FOREST SWORDS Engravings * 45 [PHYSICS] Spectramorphic iridescence * 46 DEERHUNTER Monomania 47 SPACE DIMENSION CONTROLLER Welcome to mikrosector-50 * 48 SHAPEDNOISE Until human voices wake up & The day of revenge & VIOLET POSON & VIOLETSHAPPED * 49 LIVITY SOUND Compilation 50 YOUNG ECHO Nexus * Plus 20 remplaçants: LUST FOR YOUTH*, THE FIELD, YOUTH LAGOON, VATICAN SHADOW*, GARDLAND, HOOKWORMS, DEAFHEAVEN, PHARMAKON, BATHS, SOLAR BEARS*, ICEAGE*, GROUP RHODA*, RENE HELL, UNKNOW MORTAL ORCHESTRA*, oOoOO, KING KRULE*, CANKUN*, BLONDES, THUNDERCAT, KAREN GWYER*. TOP 15 ep : 1 PETE SWANSON Punk authority* 2 SOPHIE Bipp 3 FIS Preparations 4 DEMDIKE STARE Testpressing série* 5 DJ RASHAD Rollin' 1 I Don't give a fuCk* 6 LAUREL HALO Behind the green door* 7 NGUZUNGUZU Skycell* 8 HELM Silencer 9 MILES Unsecured* 10 KATIE GATELY Eponyme & "Pipes" 11 EVIAN CHRIST Duga 3* 12 INGA COPPELAND Don't look, that's not where you're going* 13 GATEKEEPER Young chronos* 14 JEFRE CANTU-LEDESMA Devotion 15 ex aequo TIRZAH I'm Not Dancing L-VIS 1990 Ballads* Top Mixtape : 1 ARCA &&&&&* 2 KELELA Cut 4 me* 3 HOLY HERNDON Factmix 368* 4 JAMES FERRARO Cold* 5 ZEBRA KATZ Drklng* 6 CHANCE THE RAPER Acid rap 7 DEMDIKE STARE The weight of culture* 8 PETE SWANSON Boiler Room* Top France 3 Limousin: Ils sont de chez moi et j'en suis très fier: MOTIONAL* et ses copains décomplexé de CLAUDIE GURDY NOVO* (l'article les concernant arrive bientot) KERITY *et le gang des PARQKS THE NOISE WE MAKE* avec ses concerts puissants Top 10 Labels: TRI ANGLE (Vessel, Holy Other, Evian Christ,Balam Acab, Aluna George, Clams Casino) RVNG Intl (Holly Herndon, Julia Holter(avant que Domino signe le chèque), Blondes, Sun Araw gendras & the Congos, la série FRKWYS) NOT NOT FUN /100% Silk(Sand Circle, Maria Minerva, LA Vampire,Rangers, Ensemble Economique, Holy Strays, Cankun) HYPERDUB (Laurel Halo, Burial, DJ Rashad, Dean Blunt ) TYPE (Pete Swanson, Zelienople,Vatican Shadow, Sylvain Chauveau) SOFT WARE (Blanck Mass, Daniel Lopatin, Oneohtrix Point Never, Autre ne veut) HYPPOS IN TANKS (Gatekeeper, James Ferraro, Outer Limitz, Ngunzungu,Sleep Over) HOSPITAL PRODUCTION(le label de Dominick Fernow aka Prurient & Vatican Shadow avec Helm, Violet Poison, Silent Servant) NIGHT SLUGS (Egyptrixxx, Jam City, Kingdom, Girl Unit, L-Vis 1990) et son cousin américain FADE TO MIND (Kelela, Nguzunguzu, Fatima al Qadiri) Top 10 des monuments historiques: Aussi beaux que l' architecture moderne même si c'est bien moins révolutionnaire. Mais, ça tient et ça tiendra toujours la route. Surtout, que la jeunesse prenne garde de ne pas y squatter trop longtemps: NICK CAVE AND THE BAD SEEDS* MAZZY STAR WIRE PRIMAL SCREAM* Meilleur album depuis 10ANS !!! OMAR SOULEYMAN DAVID BOWIE "Merde lou m'a encore précédé" BOARDS OF CANADA CLINIC THE NATIONAL STEVE MASON Comme son album est une nouvelle fois passionnant et en plus les rééditions de l'oeuvre complete du Beta Band rendent justice à ce grand groupe novateur . Top 5 des failles spatio-temporelles: Ils sont jeunes (ou parfois vieux) et font de la musique d'une autre époque. C'est franchement bien foutu et même parfois prodigieux mais seulement voilà...Merde !!! On est en ... 2013 et on les aime non sans gène. DAFT PUNK Des quadras se rappellent leur jeunesse. C'est toujours sympa les vieilles histoires des tontons masqués mais à chaque fin de repas dominicale ça lasse à la longue. Audrey Pulvar et Roselyne Bachelot ont dansé dessus. Ca veut tout dire. KURT VILE Comment ne pas oublier sa belle et très symbolique mixtape pondue cette année qui n' avait qu'un seul défaut. 90%des titres avaient plus de 30 ans! JACCO GARDNER *Tombé dans la malle aux trésors de la baroque-pop.En sortira-t-il un jour? FOXYGEN* Mick Jagger a copulé avec Ray Davies. Le sexe chez les personnes agées c'est touchant et émouvant mais franchement passé 60 ans est-ce possible d' élever des enfants? FÖLLAKZOID* et HOLLYDRUG COUPLE* Krautrock pysché façon chili con carne
- En passant : Huerco.S et ses merveilleuses cités d' or. Bref, gros délire.
Alors je sais, utiliser l'imagerie d'une des séries phares de notre enfance peut facilement passer pour de la démagogie ou du populisme nostalgique. Mais il y a franchement longtemps que j' attendais de pouvoir faire un rapprochement entre "Les merveilleuses cités d' or" de mon enfance et la musique écoutée et adorée à l' approche de mes quarante ans. Une musique bien souvent avant-gardiste et "futuriste" qui utilise des vestiges du passé. Et parfois même, d'un très lointain passé. Huerco.S avec son dernier disque me donne enfin l' excellente occasion. Et vous allez voir qu'il n'est pas si déplacé que ça de citer dans un même article Oneohtrix Point Never, Hypnagogic-pop et ...Esteban, Zia, Tao...etc etc. Surtout quand le premier morceau proposé se nomme "Quivira" (explications ici). C' était quoi le sujet de la série animée des 80's ? L' histoire d'un périple à l' époque de la colonisation espagnole des amériques, un groupe de personne en quête d' une légende , une cité construite par une civilisation disparu , l' irruption progressive dans le récit d' éléments proches de la science fiction par l' intermédiaire des extraterrestres et des technologies avancées( les olmèques et le grand condor du peuple de Mu). La rencontre de la mythologie avec la science fiction sur fond de colonialisme. Quand on lit les interviews de Huerco.S (Brian Leeds) on comprend assez vite que produire une musique futuriste passe pour lui par l'utilisation des méthodes issues de l' antiquité avec des sons étrangers à cette dernière. Des sons symbolisant le futur. Son dernier album se nomme "Colonial Patterns", en français "Modèle coloniaux". Brian Leeds s'intéresse non pas aux mayas et autres incas mais aux civilisations pré-colombiennes installées sur les berges du Mississipi bien avant l' arrivée des colonisateurs espagnols puis anglo-saxons, les moins connus Mount Builders. Sous ce nom sont regroupés plusieurs peuples qui nous ont laissé comme uniques traces ces fameux monticules de terres (cf ici). Leeds dit aussi adorer étudier leurs architectures et leurs réseaux urbains (qui étaient comme celle du peuple de Mu dans la série bien plus développées et "modernes" que celles d' Europe à la même époque, 1000 ans avant JC). Vous vous rappelez peut-être des petites séquences pédagogiques et archéologiques à la fin de chaque épisodes de la série. Les architectures inca ou maya et les méthodes de constructions alors utilisés et synonyme d' émerveillement pour les héros y tenaient une place importante. Leeds fait de même et nous explique vouloir dépeindre à travers sa musique le transport et la dispositions des outils nécessaires à la construction des "Mount". Par ailleurs Leeds dit dans ce but être en quête et vouloir utiliser des "artefacts". Le mot artefact est ici à prendre dans deux sens à la fois , celui utilisé en archéologie (mobilier construit par l'homme) et la version électronique/informatique (élément indésirable ou défectueux). Ainsi la musique d' Huerco.S est faite à base de samples provenant du passé avec leurs caractéristiques (défauts), craquement du vinyle et émissions de radios parasitées. Mais aussi du présent, sons informatiques et déformations provenant de bug ou d' enregistrement pourris sur youtube. Toujours dans la comparaison avec la série souvenez-vous du nombre de fois que le personnage de Tao se prend la tête avec les dysfonctionnements des inventions de son peuple d' origine(Mu). Dans son catalogue de sample on peut aussi observer la rencontre choc de musiques organiques ethniques et anciennes (soit une approche très Hauntologique) avec celle issue de la technologie moderne via des réminiscences des dancefloors (techno et house de Detroit). Un peu comme quand le mini documentaire à forte consonance ethnologique de la série succédait aux technologies hyper futuristes des Olmèques du récit De cette rencontre entre le naturel et l' artificiel, le passé et le futur, le mythe et la science fiction, l' auditeur a l' impression de voyager et de découvrir des paysages vierges. La production donnant un son "étouffés" amène l' étrange impression de claustrophobie dans ce périple à travers le temps. Parfois avec sa manipulation des attributs mémoriel accordés par notre cerveau à la techno et ce son "étouffés" Leeds évoque Laurel Halo et Actress. Et qui dit travail sur la mémoire des sons dit immanquablement Daniel Lopatin et hypnagogic-pop (cf ici ) . Pas étonnant donc de retrouver Huerco.S sur Sofware Records aux cotés de James Ferraro (cf ici). A d' autre moment ses méthodes proches de l' Hauntologie et son goût pour les mythes et civilisations du passé rappellent les démarches et les travaux d'une Julia Holter (son amour de l' antiquité greque), The Haxan Cloak et les Demdike Stare (la sorcellerie du Moyen Age). Huerco.S et ses collages sonores ambient qui semblent avoir été enregistrés de l' extérieur d'une boite de Detroit perpétue la volonté affichée d'une partie de l' avant-garde électronique et musicale de repousser les frontières et faire une nouvelle musique en piochant dans un passé et une culture bien au delà du rock et de la pop musique (Laurel Halo, Oneohtrix Point Never, Julia Holter l' hypnagogique-pop et tant d'autres déjà cités).
- En passant: Laurel Halo? Un dancefloor hors du temps.
Et revoilà Laurel Halo qui déboule avec son deuxième album pour le label Hyperdub et encore une fois, la belle américaine estomaque, envoute et nous peinons à trouver des éléments de réponse à sa sorcellerie. C'est aussi Hyperdub qui se voit récompensé une seconde fois ce mois-ci de son flaire et de son goût pour les territoires inconnus après le génial album "Double cup" de Dj Rashad. Toujours sous le charme de "Quarantine" plus d'un an après sa sortie voilà que nous tombe dessus "Chance of Rain" et encore et toujours les mêmes questions: D' où vient cette musique? Qui l' a faite? Comment fait-elle et où Laurel Halo nous emmène-t-elle? Nous avions bien réussi à trouver de maigres éléments de réponses dans "Quarantine" mais avec le dernier certains disparaissent et le mystère Halo demeure encore plus opaque et ...génial. Dans "Quarantine" nous naviguions sans cesse entre d'un coté la technologie et le virtuel, de l' autre, l' humain et le réel. Un voyage parmi une multitude de couches d' électronique planantes évoquant parfois la science-fiction, un voyage avec pour seul repère et guide la voix de Laurel Halo. La relation intime de l' homme avec la machine à l' époque d' internet. Dans ses entretiens elle nous parlait également d' épidémiologie. En pointant un point commun entre la machine(l'informatique) et l'homme, les virus du corps humain à ceux de l'informatique, elle nous démontrait que finalement l' humain était au coeur de tout. Laurel Halo bien plus que beaucoup d' autres artistes a pris en compte internet. Non seulement bien sûr à propos du changement des modes de diffusions de la musique mais également au sujet des conséquences dans notre relation au temps. Aux temps devrais-écrire. Temps informatique et temps humain et leurs différences. Selon certains fans de la belle Laurel sa musique et notamment "Chance of Rain" évoque énormément cela. Du temps version internet , un temps fait de plusieurs instantanés ou tranches de vie que l'on peut prendre séparément donc des éléments dénués de linéarités mais qui peuvent aussi le devenir à cause du flux et de la succession de tous ces instantanés. Et surtout avec la qualité notable de TOUT garder en mémoire. Face au temps internet il y a le temps humain qui est différent, lui aussi semble linaire mais un élément bouleverse tout cela. La mémoire humaine, elle ne retient pas tout et parfois peut même nous induire en erreur. La musique de Laurel Halo prend en compte ces trois notions de temps. Une multitude de couches sonores se superposent, des sons venus de nulle-part nous surprennent alors qu' au même moment s'installe un rythme en complet décalage. Des sonorités d'une époque localisés par votre mémoire se retrouve transposées dans le futur ou le présent. Un peu comme si vous vous retrouviez sur un dancefloor au beau milieu d'un océan. Vous voyez autour de vous une multitude de courants marins sinueux n' ayant pas la même vitesse à l' intérieur desquels vous apercevez des poissons se déplaçant/vivant soit au ralenti, soit en accéléré. Des poisson s' approchant de vous jusqu'à vous frôler pour finalement s' éloigner et disparaître dans les confins de l' océans. Je rappellais que dans "Quarantine" la voix d' Halo pouvait nous servir de guide. On pouvait aussi se raccrocher à certains tics de son art de la composition. Avec "Chance of Rain" oubliez la voix ,absente, et les tics identifiables car cet album est avant tout fruit de ses improvisations live retravaillés en studio donc totalement imprévisible même pour ses habitués. Et nous voilà encore plus perdus dans le monde mystérieux de Laurel Halo. Le seul élément tangible auquel se raccrocher est l' influence de la techno de Detroit. Il est vrai que les productions qui ont succédé à "Quarantine" lorgnent encore plus qu' auparavant en direction du dancefloor . Que ce soit sous son nom ("Behind the green door") comme sous le pseudo de King Félix (avec à noter ses petites tentatives réussies footwork). L' élément dancefloor peut parfois donner à "Chance of Rain" une petite touche d' espoir et d' euphorie. Des sentiments totalement absents sur "Quarantine" où régnait la tristesse et un sentiment de persécution. Par exemple le piano (déjà rencontré sur "Throw" dans "Behind the green door" et point commun avec sa copine Julia Holter) est très présent et apporte un certain confort face à autant d' étrangetés dues aux manipulations dont est victime les sons pourtant identifiés (donc apaisant) de la techno de Detroit. On l' oublie peut-être avec les années mais le piano était un élément important et primordial aux début du phénomène dancefloor et house. Laurel Halo ensorcelle et n' apporte que du bien à qui veut bien faire l'effort d'entrer dans son monde bizarre. Un monde où subitement de vastes et immenses paysages peuvent devenir stressant et oppressant. Une musique qui ne tranche jamais entre l' ambiant et la danse. Une musique mutante et non identifiable mais bel et bien touchante parce qu' elle est humaine. Je reconnais que rentrer dans ce disque n'est pas chose aisée. Il n'y rien de définitif et de prévisible. Son titre décrit cela très bien. "Chance of Rain" soit "Une chance qu'il pleuve". Allez-vous sortir? Prendrez-vous le risque d' affronter des éléments dont vous ignorez la nature? De nos jours la musique qui domine et que l'on nous sert à longueur de temps est une musique qui se veut rassurante et parfois trompeuse grace à certains maquillages imitant le réalisme et l'originalité. Une musique déjà connu, apprivoisée donc totalement inapte à développer l'imaginaire et le goût du changement. Une musique donc anesthésiante volontairement ou pas face à un monde imprévisible parce que nous avons l'impression qu'il est à la fois apathique et secoué de toutes part. Rien ne bouge, rien ne change et pourtant on a tous la sensation d' aller droit dans le mur à certains instants (11 Septembre, les rapports annuels sur le réchauffement climatique). Peut-être est-ce juste une question en rapport avec la notion du temps. Il s' accélère puis décélère pour stagner. Certains veulent la marche arrière. Faudra leur dire que c'est con et surtout ...impossible. Laurel Halo quant à elle réussit à accélérer le temps par son talent et ses expérimentations pour nous plonger dans un inconnu certes étrange mais définitivement ensorcelant.
- En passant : DJ Rashad et l' ascenssion inéxorable du footwork qui démasque l' empereur Pitchfork.
DWTN et le footwork avecDj Rashad c'est une longue et très intense passion. C'est ici, par là, ailleurs et dans ces alentours. Et plus encore, ici, ici avec son fameux top Footwork qu'il me faudra bientôt remettre à jour, et enfin ici. Entre autres... Alors le voilà le tant attendu "premier" album de Dj Rashad après deux ep géniaux pour le fabuleux et innovant label anglais Hyperdub (Burial, The Bug, Kode9,Zomby, Hype Williams et la grande Laurel Halo). Si je mets le mot premier entre guillemet ce n'est pas par hasard. Avant de signer chez Hyperdub et ainsi rencontrer une plus grande notoriété Dj Rashad c'est une multitude d' ep, 4 albums et d' innombrables présences dans des compilations. C'est enfin et surtout pour les fans de footwork comme Dancing With The Noise l'un des créateurs (avec Dj Spinn) du label phare de ce genre, Lit City Trax et sa prestigieuse collection Teklife. Je l' attendais ce putain d' album de Rashad. Le précédent "Welcome to chi" avait un peu souffert de la proximité chronologiquement du chef d' oeuvre de Traxman ("Da Mind of Traxman") et surtout d'une trop grande gourmandise de son auteur (trop de titres parfois anodins). Un disque difficile à digérer sur la longueur. Rashad était pour moi un génie mais un génie atteignant les sommets que sur court format (singles, ep). Curieusement, le tout frais "Double cup" avec son très grand nombre de collaborations (12 titres sur 14) fait à la fois preuve d' une forte cohésion et d'un intérêt constant sans tomber dans les travers ennuyeux de que "Welcome to chi". De plus si on se contente d' écouter les titres en aléatoire ils peuvent vous apparaître bien différents. Mieux vaut les découvrir dans l' ordre d' origine. Rashad du fait du nombre d'intervenants partirait-il trop dans tous les sens? Non ! La monotonie parfois présente dans "Welcome..." et le manque de cohésion disparaissent justement grace à une évolution linéaire et lente de titres en titres. Si le début de "Double cup" est très funky/soul et planant, petit à petit, les morceaux se transforment et deviennent plus rapide et l' électronique bien plus présente. Nous passons de l' héritage de la musique noire américaines des 60's/70's à celui des dancefloors de Chicago des 80's. Cette notion même de passage à travers plusieurs courants et époques est au coeur des raisons de la réussite de ce disque. Ce n'était pas si facile sur le papier mais Rashad et ses potes réussissent haut la main et la raison principale tient tout simplement en un seul mot. Footwork. Et oui, encore et toujours le Footwork. Ce fils putassié du hip hop et des musiques issues du dancefloor que certains s' échinent à traiter de sous-genre tout en expliquant sans même se rendre compte à quel point ce "sous-genre" est en train de bousculer tout sur son passage et ainsi développer une influence grandissante à l' échelon mondial. Allez lire la chronique illogique et carrément stupide des "frileux indie-popeux" de Pitchfork (ici). Les mêmes qui ont attendu bien trop longtemps pour attribuer le label "Best New music" et une réelle prise au sérieux à une production Footwork. Dédain ou manque de flaire et au final "arrivisme"? Ils n'ont même pas chroniqué une seule production du grand inventeur de la cause footwork/juke, Rp Boo. Le pire c'est que beaucoup dans le monde ne se basent que sur Pitchfork, d'où le mépris et la manque de connaissance de la presse française sur le sujet. (Pour plus d'info sur l'effet Pitchfork lisez cet article un peu léger mais tout de même instructif sur le site américains ici). Revenons à Rashad et le footwork en nous éloignons lentement du sujet Pitchfork. Après tout quand on regarde l' histoire de ce site, site créé par un fan indie-rock typique inconditionnel de Pavement, The Replacements et Sonic Youth, l' approche et le retard Pitchforkien est très symbolique du rapport d'une grande partie de l'indie avec les autres courants et notamment ceux en provenance des dancefloors. Ce phénomène a toujours existé mais l' attitude de Pitchfork face au Footwork en est un parfait révélateur. L'indie dans sa globalité n' en a pas fini en 2013 avec son complexe de supériorité avec les dancefloors et toutes sortes de techniques musicales autres que l'instrumentation "classique" rock (Basse, Guitare, Batterie et songwriting à l' ancienne). Pitchfork est symbolique de l'indie version outre-atlantique et il ne faut surtout pas oublier que pour eux le brassage Rock/Dance est plus récent que pour nous. Leur pays a vu l' éclosion de la culture dancefloor(Chicago et Detroit) mais cette culture ne vient que tout juste toucher un public plus large et surtout le public universitaire indie. Pour eux ce que nous avons vécu début 90's (explosion de l' acid-house et Madchester) n'a quasiment pas d' existence (rappelez-vous cette chose étrange arrivée à Coachella le printemps dernier dont je vous ai parlé à la fin de l' article sur Jagwar Ma et d'un probable revival Madchester). Ceci explique pourquoi Pitchfork avec d' autres sont si aptes à s' enthousiasmer pour de la pop ou du rock indie revivaliste façon Kurt Vile ou DIIV et passer complètement à coté ou en prenant avec des pincettes de toutes autres musiques trop éloignées du concept indie-rock des origines. Conclusion, à la fin c'est James Murphy et son brassage d'influences parfois trop voyantes mais bien rassurant qui remporte la première place du podium des musiques de danse. Mais là où Murphy nous pondait un magnifique résumé de tout ce qui s' était passé dans la copulation dancefloor/rock en Europe auparavant (alors quasiment inconnu pour les USA) Rashad et les autres du footwork après avoir adoptés la même démarche avec leur propre culture des dancefloors Chicagoans vont beaucoup plus loin et regarde vers le futur. Le Footwork c' est le fruit d'une lente macération de tout ce qui' s'est fait sur les dancefloor de Chicago. Les résultats d'un travail entrepris depuis longtemps. Un travail fait de multiples recherches, expérimentations et de pratiques. En somme, Rashad et ses potes de Chicago ont construit une énorme raffinerie musicale dans le but de produire le son le plus pure qu'il soit possible. Un son nouveau. Rashad et la clic de Lid City Trax ont beaucoup voyagé et de ces nombreuses tournées ils ont récupéré puis incorporé au footwork de "Double cup" une plus grande variété de rythmes. Le rythme originel du footwork a vu ses lignes de basses se polir sans perdre toute sa force d' attraction très sexy due à l'une de ses caractéristiques fondamentales, les bourrus BPM poussés à plus de 150-160. La raideur du footwork originel s'est assouplie au contact des éléments funk et soul bien plus présents comme d' autres genres, jungle, hip hop et house. Son minimalisme de façade a disparu. L' autre caractéristique du Footwork a aussi subi une mutation similaire. En plus de son rythme et sa rapidité, c'est l' art de la manipulation des partie vocales qui a changé. Les très courtes phrases présents dans les samples vocaux subissent un supplice moins intense qu' auparavant mais ces "bouts" de phrases par la manipulation qui en est faite confèrent toujours au Footwork son rôle de magnifique poésie urbaine novatrice. ("Feelin' " dans sa première version de "Welcome to shi". La version présente sur "Double cup" explique bien toute la mutation apporté dans cet album au footwork) Dj Rashad avec son "Double cup" atteint donc les sommets du footwork mais aussi par l' anti-académisme propre au genre dont il fait preuve sans cesse il nous offre un merveilleux monument musicale érigé en l' honneur de la liberté dans la création artistique. Dans sa chronique un brin "arriviste" (et pas vraiment consciente à vrai dire de ce qui est en train de se passer avec le Footwork et de ce qui y est écrit) Pitchfork a cependant juste sur deux choses. Primo: Dj Rashad et le footwork dans son ensemble sont l' exact équivalent dancefloor et black aux travaux innovateurs de déconstruction du rock opérés dans la région de Chicago par les grands Jim O'rourke (Gastr Del Sol) et Steve Albini (Big Black, Shellac). Deuxio: Rashad et le footwork peuvent être amenés dans un proche avenir à revêtir les apparats de génies révolutionnaires comme leur illustre prédécesseur de Chicago, le grand Franky Knuckles. Quand on sait l'importance du monsieur et des conséquence de son oeuvre on se rend compte à quel point la notation et la vision Pitchforkienne deviennent surréalistes et illogiques. Rashad et son footwork révolutionnaire 8,6. Devancés par les "passéistes" Disclosure (9,1) et "Random acces memories" 8,8 de qui vous savez. Et je ne vous parle même pas du 9,3 attribué au Vampire Weekend et les folkleux de Phosphorescent mieux notés que Rashad avec un surréaliste 8,8. Pitchfork serait-il réac ou populiste et manque-t-il cruellement de courage dans sa ligne éditorial? Et, est-ce que Pitchfork ne favorise-t-il la nostalgie et le phénomène rétro actuel?
- En passant: Circuit des yeux, beauté glaçante.
C'est mon coup de coeur de la journée mais je sais déjà que cette histoire va durer. C'est d' abord une voix. Une voix déchirante et glaçante. Une voix qui peut évoquer un fantôme lors de la première rencontre. Celui d'une blonde allemande croisée il y a très longtemps du coté de la Factory de Warhol. A d' autres moments on pense à Scout Niblet ,Cat Power et PJ Harvey. Cette voix appartient à une toute fraîche diplômée de l' université d' Indiana. Haley Fohr, 23 ans à peine et 5 albums au compteur. La plus part sur le label porté sur l' expérimentation , De Stijl (Wolf Eyes). Ses premières oeuvres possédait le son crado du lo-fi. Mais attention ce n'était pas vraiment par manque de compétence. Juste une question de circonstance. C'est que la demoiselle en plus de son diplôme en ethnomusicologie possède un autre en ...enregistrement. Le 24 octobre sortira son dernier album, "Over Due". Pour ce dernier elle a tout simplement construit son propre studio avec l' aide de Cooper Crain . Si la production se fait un peu plus propre dans l' ensemble la musique de Circuit Des Yeux alterne toujours entre le doux et l' agressif. Elle peut passer en un instant d'une complainte folk à un drone bruitiste ou aux hurlements des riot girls. Moins expérimental que ses premières oeuvres ce disque réserve malgré tout bien des surprises et de l' inconnu. Il s'inscrit tout naturellement dans l' héritage du post-punk,de la no wave et de l'indie-rock. Sous l' étrange pseudo de "Circuit des Yeux", Haley Fohr délivre une musique intense et libre fruit selon ses dires de l' angoisse et du désespoir. Une chose est sûr l' auditeur au cours d' écoute solitaire d' "Overdue" ne ressentira pas ces deux émotions et ressentiments tellement cette musique fait du bien. A suivre donc de très très près!
- En passant: Roly Porter nous parle des étoiles. Et de la vie.
Par un curieux hasard l'ex membre du duo Ved'x et colègue de lbabel du génial Emptyset a toujours été associé à The Haxan Cloak dans mon esprit. Peut-être tout simplement parce que je les ai découvert à peu près à la même époque et que l'on peut sans trop exagérer coller l' étiquette Dark Ambient aux travaux de ces deux artistes. Le premier album de Roly Porter, "Aftertime", avait plus d'un point commun avec l' éponyme d' Haxan Cloak. Un gros travail sur les basse avec la présence de cordes (violon et contre-basse). Bref, un savant mélange de drone, de musique industriel avec un peu de dub. La découverte de ces deux artistes s'était apparentée à une grande et belle surprise. Après Haxan Cloak qui nous a illuminé le début d' année c'est au tour de son compatriote Porter de nous emmener très loin. Comme l'indique son titre, "Life cycle of a massive star", Porter a décidé de nous télétransporter dans l'espace à la découverte des étoiles afin de les observer. De leur naissance jusqu'à leur mort. Ce disque est donc conceptuel et peut aussi être défini comme une odyssée. Et si ce projet audacieux pouvait ressembler à un véritable piège sur le papier l' oeuvre finie est d' hors et déjà à classer comme l'une des réussites de cette année. Porter nous parle merveilleusement bien du cycle de la vie par le prisme de l'immensité, du néant et des forces en présence dans l'univers. Un peu comme ces documentaires utilisant l' imagerie 3D et la simulation notre périple alterne entre le vide interstellaire et la présence massive des astres quand Porter décide de s'y frotter. Entre moment d' accalmie et tempête. Les violons et les nappes synthétiques symbolisant notre traversée du vide et les drones accompagnés de détonations sourdes la proximité d' une étoile gigantesque. Parfois nous sommes dans le minimalisme puis progressivement la musique se fait symphonique. Une étoile ce n'est pas qu'une simple lumière dans le ciel. Ça craque, ça vibre et ça gronde. Un bruit métallique répétitif tournoie puis telle une éruption solaire le magma sonore emporte tout sur son passage pour finalement laisser la place à un silence lourd. Sur les 5 morceaux formant "Life cycle..." c'est bel et bien une musique cosmique comme il était fréquent de rencontrer dans les 70's (Tangerine Dream par exemple) mais dans une version plus réaliste. Moins utopiste et féerique. Plus du tout babacool en somme. Comme les hommes les étoiles naissent, vivent et meurent. Roly Porter les a touché.
- Oneohtrix Point Never: Daniel Lopatin, pourquoi est-il si important?
Début d' année 2013 alors que suis encore en train de fouiner sur le net à la recherche d'une trace de cet animal étrange et passionnant nommé le Lopatin Daniel je tombe sur cette info le concernant, le prochain Oneohtrix Point Never sera sur ...WARP. Première phrase prononcée par votre serviteur: "Il était temps !". Deuxième phrase, "tant mieux pour ce vieux label". Un peu comme Factory Floor pour DFA, Lopatin prenait les traits d'une bénédiction pour un label un peu trop devenu ronronnant. L' arrivée de Lopatin peut considérablement chambouler Warp et lui faire prendre de toutes nouvelles directions artistiques et rien que ça c'est déjà important. L'un des artistes les plus novateurs actuellement sort donc son dernier album sur le label qui dans les 90's symbolisait la modernité absolue (LFO, Autechre, Aphex Twin). Pas vraiment affilié à l' hypnagogic-pop quand cette dernière est apparue, Lopatin est finalement devenu un des plus parfaits représentant de ce style si vicieusement révolutionnaire. "Vicieusement révolutionnaire" l' hypnagogic-pop et Lopatin? Assurément parce que si à leurs débuts l'hypnagogic-pop et la musique de Lopatin pouvaient passer pour une simple relecture hypernostalgique du passé (pastiche?) très vite elles nous ont révélé qu'elle provenaient d'une quête absolue de modernité. Un art du détournement des musiques du passés et de ce qu'elles peuvent symboliser à nos mémoires pour arriver à tout autre chose plus près de nous chronologiquement. Ce qu' illustrèrent si magnifiquement les vidéos (ses premières oeuvres) postées à ses tout débuts par Lopatin sous divers pseudos sur youtube. Les fameuses et dorénavant légendaires "echo jams", ensembles visuels et sonores aux conséquences gigantesques dans l'underground. La vaporwave et sa constatation/critique du consumérisme triomphant pour ne citer qu'une d'entre elles. Quand je tente de chercher la modernité via la découverte de nouveaux artistes ou courants musicaux Lopatin n'est donc jamais très loin comme l' hypna. Récemment je me suis même aperçu qu'il s' agissait de l' artiste parmi les plus cités dans ce blog. Que je m'intéresse à James Ferraro, Ariel Pink, Holly Herndon, Laurel Halo, Julia Holter. Que je me plonge dans l'hypnagogic-pop, la vaporwave, que je me confronte au maximalism d'un Rustie, à Arca, à la musique guerrière d'une Fatima Al Quadiri, Lopatin est là. Même chez Demdike Stare, Haxan Cloak ou Vessel il rode dans les coins. Encore et toujours. Daniel Lopatin est devenu depuis 3 ans LE personnage central de tout ce qui peut s' apparenter à la confrontation d'une certaine avant-guarde avec les musiques dites plus populaires. Ce mec veut savoir à quoi va ressembler l'avenir en observant le présent et un passé récent (l'ère numérique) et rien que pour ça, c'est un artiste essentiel. Mais qui est donc ce type né le 25 Juillet 1982 dans le Massachusetts et domicilié à Brooklyn. J' écoute "R Plus Seven" depuis plus d'un mois et je dois vous avouer que je n'en ai toujours pas fait le tour. Le mystère règne tellement ce disque est étrange. L' étrangeté de la nouveauté. Cette sensation magique face à un disque récent était devenue si rare depuis 15 ans et depuis 5 ans elle devient quasiment systématique avec le barbu de Brooklyn. C'est ce pure frisson fait d' angoisse et de plaisir que j'ai toujours recherché dans ma quête de musiques "nouvelles" depuis mon adolescence. Tomber sur un "truc" qui interpelle, interroge et décontenance mais surtout le "truc" qui ensorcelle. Alors comment dois-je m' y prendre pour vous parler d'un disque qui échappe encore en grande partie à mes capacités d' analyse tellement il se révèle riche et complexe. Un disque qui me captive sans que je puisse expliquer correctement la raison. Reprenons depuis le début et jetons un bref regard sur sa jeune carrière (à peine 5 ans), une carrière qui ressemble à un grand coup d' accélérateur de l' histoire. Ce mec est à mes yeux un "sauveur" dans notre époque trop portée sur le rétro. A première vue Lopatin fait comme la plus part recherche dans le passé. Mais ce n'est surtout pas pour faire "comme dans le bon vieux temps". Comme les Ariel Pink et James Ferraro le bonhomme aime fouiller dans les poubelles de notre mémoire auditive afin de créer quelque chose de nouveau et pour cela il pose les bonnes questions. Ses premières oeuvres (regroupées dans la merveilleuse compilation "Rifts") paraissaient elles aussi étranges même si les territoires visités nous semblaient parfois familiers. Lopatin est l'un des grands artisans de ce retour sur l' avant scène du rétro-futurisme avec ses nappes de synthés planant fortement 70's et 80's. Une musique souvent répétitive et minimaliste complètement à contre courant des habitudes de la musique pop par sa sobriété. Des titres tout d' abord très étincelants et familiers au premier abord puis qui devenaient anormaux par la manie qu'avait Lopatin de les étirer à n'en plus finir. Progressivement Lopatin ne se contenta plus des synthés proche du Krautrock et d' Emeralds pour ,à l'instar d'un Ferraro, aller encore plus profondément dans les poubelles . Pub télé, B.O, bruit de la vie quotidienne, machin new age et musique du monde. Tout était utilisable pour lui dans les "archives" et aussi dans les outils technologiques fruits des progrès 70's et 80's trop rapidement laissés de coté et sacrifiés sur l' hôtel du consumérisme triomphant (CDR,VHS, et même les premiers synthés). On peut noter ainsi que Lopatin adoptait la même démarche fortement portée sur l' art du sample que celle des pionniers de l' Hauntologie (Dj Screw,Focus Group, Leyland Kirby, Stereolab). Il a aussi expliqué qu'il avait une fascination pour le flux sonores et le rythme des conversations et qu'il s'en inspirait pour construire ses morceaux. Merci de sa part pour nous livrer l'une des plus utiles clés pour aborder son oeuvres. Et les disques se succédèrent dans une sorte de marche en avant inexorable et conquérante vers le futur."Returnal" introduisait dans ses drones "synthétiques" du bruit et "Replica" offrait une musique plus accessible avec la prise de pouvoir définitive des ses samples provenant du passé. A chaque fois Lopatin et sa musique se pointaient dans notre quotidien et une grande partie de ce que l'on écoutait à ces moments-là prenait un sérieux coup de vieux. Nos vieilles certitudes et nos vieux modes de pensée sur la musique étaient à revoir et surtout beaucoup d'entre nous recommencèrent un travail de réflexion et critique laissé trop systématiquement sur le coté au cours de la première décennie de se siècle. Une décennie passée pour un grand nombre à réciter uniquement un savoir encyclopédique dénuée trop souvent de réflexion . Ce mec passe sa vie à ouvrir les livres d' histoires musicaux et pourtant, il n' apprend et ne récite pas par coeur, il l' analyse et mélange tout ça puis retire peu à peu le superflu et le reconnaissable pour nous donner les clés du futur. Petit à petit, en parallèle de ses sorties de disques l'homme se livrait en interview et on comprenait que l'on avait pas à faire à un fan de musique lambda coupé du monde faisant mumuse dans sa chambre . Le simple savoir encyclopédique du rock, très peu pour lui. C'est un type qui aime bien se tortiller les neurones en cherchant à comprendre comment les musiques sont apparue plutot que les énumérer bêtement et faire du copié-collé. Il se définit dans les entretiens comme un anthropologue musicale de la vie. Il nous a parlé du biomorphisme et d' art organique. Il nous a annoncé que si l'industrie de la musique était en crise ce n'était pas grave parce que l' essentiel, la musique, "y survivra"! Il nous parlait de liberté, de musique commerciale, d'intégrité et d' indépendance artistique. De la bulle capitaliste dans laquelle nous vivons : "aucun de nous n'a une culture libre et tous à un certain niveau, nous sommes condamnés à devoir s' approcher du populaire, que cela nous plaise ou non". L' énumération teintée de snobisme et de pédantisme des vieux noms et de références purement musicales très peu pour Lopatin et nous grace à lui justement. Petit clin d' oeil malicieux de ma part à certaines mauvaises habitudes des "fans" d'indie music. Avec Lopatin il faut réapprendre l'utilisation de conceptes issus d' autres univers. Les collaborations avec des grands noms de l' expérimental se succédèrent (Clinic, Tim Hecker), plus intéressantes les une que les autres. Il créa avec son pote Ford (de Ford & Lopatin) un des plus somptueux et passionnant label du moment, Software records(Autre Ne Veut,Ferraro,Slava). Les artistes de l'avant-garde récente qui se démarquaient de la masse se sont mis à se réclamer de plus en plus souvent de lui. Holly Herndon, Laurel Hallo, Stellar Om Source. Et nous voici à présent arrivé à aujourd' hui avec ce putain R Plus Seven. Ce monstre de modernisme et de liberté. De "jamais entendu". Ce disque est une nouvelle fois un changement de cap dans la carrière de Lopatin. En écoutant "Inside world" on peut par exemple dire qu'il a beaucoup travaillé sur les voix et qu'il n'est pas par hasard un très proche de Laurel Halo. Si Lopatin inspire ses successeurs il a aussi l' énorme qualité d' observer ses contemporains et tous les fans de James Ferraro, The Gatekeeper, Fatima Al Quadiri et de Vaporwave vont penser tout au long de R Plus Seven à l'immense "Far side Virtual" et sa critique du consumérisme . Tous ces artistes géniaux et novateurs tant de fois abordés ici, ces artistes qui osent en dissèquant la révolution numérique apparue depuis 15 ans à partir de moult expérimentations sur les sons de cette nouvelle culture. Sons informatiques, univers des jeux vidéos, notre relation au virtuel et sa confrontation à la réalité quotidienne, son utilisation par le consumérisme et la société du spectacle triomphante. Je vous racontais que Lopatin parlait souvent de liberté dans la bulle capitaliste, d' indépendance artistique et de sa volonté d' échapper à tout dictât stylistique. Ses actes suivent ses paroles et l'homme atteint ses objectifs en nous offrant un monument en l'honneur de ses valeurs, le gigantesque "Zebra". Les boucles et les motifs sonores arrivent de partout et bousculent sans cesse nos habitudes mais n'y voyait pas dans ce fait un truc gratuit tenant du hasard. Le travail de construction effectué par Lopatin sur R Plus Seven est considérable et marqué par le seau de la méticulosité. A grand coup de détournement de souvenirs des débuts informatiques et digitaux ("America") Lopatin nous offre des paysages sonores formidables et étranges dans lesquels la pop du futur ira piocher dans quelques temps. Sa palette de sons s' est encore plus diversifiée et elle aussi est un symbole de la révolution numérique et des possibilités offerte par un accés plus facile (internet) à toutes sortes de culture (les bienfaits de la mondialisation). Et si parfois des nappes de synthés nous rappelle ses débuts et un orgue d' église réapparaît souvent des "guitares" japonaises ou d' autres motifs tout autant surprenants font irruption en chamboulant les rares habitudes prises avec Oneohtrix. A d' autres moment je reconnais que c'est particulièrement complexe d'entrer dans ce "R plus Seven" et me vient cette vieille petite histoire de tonton Brian Eno qui va vous permettre de plus facilement entrer dedans et ainsi mieux apprécier la musique de l' américain Lopatin et de beaucoup d' autres abordés dans ce blog.. Par ailleurs Eno nous recommande de faire la même expérience que lui pour sortir des carcans de notre culture musicale écrite occidentale et rock'n'rolliennes . L'un des autres charmes majeurs de Lopatin fils spirituel d'un certain post-punk. Un jour, Brian Eno sort de chez lui et décide d'enregistrer les sons d'un parc près de son domicile. Tout y passe pendant une heure. Les chiens, les voitures, les gens. A son retour, lui vient cette idée incongrue. Et s'il ne gardait de son enregistrement que 3 minutes 30, soit la durée d'un single. Pas de problème, il réduit l' enregistrement par un fondu d'entrée puis un fondu de sortie au bout de la période désirée. Que fait-il par la suite? Très simple, il écoute sans cesse ce "morceau" comme s'il s' agissait d'une pop-song. Pendant ses trajets en voitures, ses loisirs, son travail. Au bout d' un moment, il fait ce que l'on fait consciemment ou pas avec une chanson. Il l'apprend par coeur. Cette musique produite par le hasard peut être apprise !? Premier scoop! Deuxième scoop, après un certain nombre d' heures d'écoute, il dit avoir imaginé que chaque élément avait été placés et coordonnés exprès. Comme s'il avait été écrit par un type. Le moteur de la voiture qui monte dans les tours et le chien qui aboie à ce moment là, "excellent!". Comme l'affirme Eno, on écoutera désormais la musique comme on se place pour apprécier une oeuvre d'art, plus uniquement sur le simple mode hédoniste adapté à notre humeur du moment. Tout est dit. Et la musique n'est plus un simple produit de consommation. Pour finir et faire simple : "R plus Seven" est-il un "bon disque"? Assurément. "R plus Seven" est-il un "grand disque" ? Assurément "R plus Seven" va-t-il "changer le monde"? En ce qui concerne les mondes de la musique électronique, d' une certaine pop plus aventurière et expérimentale c'est...déjà fait!
- En passant : Tropic of Cancer enfin en grand format
Cf précédemment ici Les vénérés Tropic of Cancer viennent enfin de nous balancer leur premier album et comme il était prévu, c'est une magnifique vague de froid glacial qui va prendre possession de tout votre corps . Pas de réelles surprises juste une confirmation. Camella Lobo et son pote Juan Mendez mérite amplement le culte dont bénéficiait leur formation grace à la floppée de ep parus depuis 2007. C'est toujours minimal, shoegaze, post-punk et parfois dronesque. Camella par sa voix nous ensorcelle en nous entraînant sur les terres désolées autrefois visitées. Mais attention, Tropic Of Cancer n'est pas un groupe revivaliste de plus. Bien sûr je vous vois venir. Vous allez me dire que ces sombres et lugubres paysages de landes où la pluie fouette vos visages de vieux routards ou de jeunes aventuriers éduqués ont déjà été visités. Darklands" des Jesus & Mary Chains, Wire, le "Closer" de Joy Division, Cocteau Twins, la trilogie séminale de Cure(Seventeen seconds, Faith & Pornography). Tentez l' expérience et vous verrez. A nouveau l' effroi ressenti il y de ça de nombreuses années va s' emparer de vous. Cet effroi que vous croyiez jusqu'à présent enfermé dans la boite à souvenir. Il est bel et bien encore vivant. Vos vieilles émotions vont resurgir. Tremblez brave gens. Revêtiez vos habits noirs de corbeaux parce que ce soir, cette vieille trouille enfantine face à ce toujours suffocant sentiment de solitude va reparaître comme pour la première fois. L' intensité sera la même. "Restless Idylls" nous offre à contempler des parcelles inconnus de ces territoires crépusculaires qui vous paraîtront bien moins familiers que ce que vous supposiez. Tremblez et réjouissez-vous braves gens. Vous n' êtes plus obligé de vous farcir une énième fois l' oeuvre du gros Robert Smith ou de vouer un culte ridicule au pendu de Manchester. L' effroi se conjugue à nouveau au présent et au futur.
- En passant : Pete Swanson live, une certaine idée de l' apocalypse. Et aussi la dictature de l'image
Décembre approche à grand pas et quand il va falloir préparer les classements de fin d' année DWTN va avoir un sacré cas de conscience. Ou plutot une interrogation déjà apparue cet été à la sorti de l' hallucinante mixtape d' Arca (ici). Dois-je inclure dans le top album les mixtape et les live. Le questionnement concernant les mixtape flottait depuis pas mal d' année déjà mais depuis deux jours j' envisage sérieusement de classer cette année un live. Pete Swanson est encore une fois la cause de mon émois. Le site Boiler Room vient de rendre disponible le set qu'il avait donné le 5 juillet dernier à New York. Un live d' à peine une demie-heure mais suffisamment puissant pour tout dévaster sur son passage et vous amener à vous retrouver dans la même situation que Swanson sur la photo ci-dessus. Quand j' ai découvert ces "courtes" 30 minutes 12 cycloniques je n'ai pas pu m' empêcher de mettre en relation cette grosse claque musicale avec l' interview de l'important et tout simplement l' héroïque Robert Hampson dans le NoiseMagazine de cet été. Je vous conseille vivement de vous jeter sur cette entrevue tellement le parcours de l' anglais est fascinant, instructif et exemplaire. En bref si il a commencé par un rock indie fortement noisy et précurseur du shoegaze ( les géniaux Loop) il s'est apperçu que justement le rock s' avérait bien trop liberticide pour ses désirs de création . Du coup Hampton s'en est allé vers l' électronique et les musiques dites plus "savantes" et expérimentales avec Main. Trajectoire que bon nombre de fans et de groupes devraient suivre (même 20 ans après !) pour le renouvellement de la cause indie. Dans l' article Hampson aborde plein de sujets en rapport avec la prestation de Swanson , son incompréhension sur le retard pris par la sonorisation des concerts (simple son en façade) face aux technologies actuelles (comparé aux système de sonorisation des cinémas par exemple) , sa réflexion sur ce que recherche le public rock avec sa focalisation sur un type avec sa guitare sur scène et sur ces habitudes que ce public devrait apprendre à oublier. Il nous parle aussi du pouvoir de l'image (on y revient plus tard concernant ce même pouvoir, le désir d' archiver et de diffuser provenant des nouveaux outils technologiques). Hampson rajoute qu' à son avis les set de drone et de noise devraient être très court. Le set de Swanson ne dure donc que 30 minutes. Juste ce qu'il faut pour pénétrer l' univers de Swanson sans qu'il y est overdose de bruit. Si j' envisage à classer ce live (téléchargeable) c'est que Swanson délivre une musique quasiment inédite. Certains "tics" du bonhomme sont bien sûr présents et par exemple on pense beaucoup à son grand "Live Ends at 30". C' est aussi parce que je considère, et ceci est en rapport avec les propos d' Hampson, qu'il s' agit là de l'une des plus belles porte d' accès pour le public rock ou autre à la furieuse musique expérimentale du bonhomme. Ce boucan ,ne tenant absolument pas d' une fumisterie ou ne demandant pas non plus de prédispositions psychique jugée anormales par le commun des mortels, peut être apprécié comme un bon concert de feu Sonic Youth ou comme ceux de My Bloody Valentine. L' énergie dont fait preuve Swanson est exactement la même que celle recherchée par les "rockeurs". Musicalement c' est du Swanson tout craché, la confrontation réussie du Noise/Drone avec les rythme des dancefloors. J' ai maintes fois abordé le sujet et je ne vais pas trop y revenir mais sachez que ce live est encore une fois une réussite comme tout ce que fait son auteur . Non seulement Swanson nous démontre une nouvelle fois tout son talent et sa maîtrise mais l' intérêt de cette session de Boiler Room nous permet d' aborder un autre sujet plus général en lien avec la musique de 2013. Un sujet très discuté ces jours-ci, abordé également par Robert Hampson dans son interview pour Noise Mag et mis sur le devant de la scène par une décision prise par un festival de musique. Hampson nous parlait donc cet été du pouvoir de l' image et le fait qu'elle avait bien souvent pris le pas sur le son. L' image est résolument partout à l' heure d' internet et la "consommation" de la musique ( au détriment de cette dernière)passe de plus en plus par son biais. Nous découvrons bien souvent des morceaux ou des artistes via la vidéo. Pas un scoop depuis les 80's (MTV) mais cette façon de faire s' est considérablement augmenté avec internet (youtube) . D 'autres nouvelles pratiques se sont mises en place . En surfant sur le net ou en se rendant à des concerts on constate un très fort désir d' archiver. On télécharge jusqu'à en gaver nos disques durs, et surtout les téléphones portables sont devenus les incontournables des concerts. Certains groupes se sont offusqués de cette pratique en expliquant qu'il était à leurs yeux préférable de vivre l'instant présent (une prestation live en communauté), en ne se concentrant que sur la musique et ce qu'il se passait plutot que se laisser parasiter par des motivations comme le besoin de dire "que j'y étais" ou de garder à tout prix un souvenirs à des fins purement personnelle ou collectives(les effroyables vidéos pourris polluant Youtube). Par exemple Dominique A, Savages, Thurston Moore et beaucoup d' autres. Curieusement d' autres artistes adoptent une attitude inverse face aux portables. Après quelques réticences tenant plus de la défense de leurs intèrets et des droits d' auteur face aux piratage ils ont décidé de l' accepter, et même plus, d 'en jouer et de l' exploiter dans leur scénographie. Et très bizarrement( ironie de ma part) , ces artistes sont souvent des artistes dits ..."Mainstream". Le mp3 de la prestation de Swanson est accompagné d'une vidéo, techniquement plutot correcte. Et c 'est en visionnant cette dernière que l'on s' aperçoit d'une évidence trop souvent oubliée, l'image est une menteuse et déforme. Elle perturbe notre relation à la musique. L'image ne pourra jamais rendre les sensations aussi fortes que si on avait assisté au concert et leurs diffusions ne relèvent pas franchement d'un intérêt fort. J' ai téléchargé le fichier mp3 et je l'ai écouté tout de suite. Ce fut une claque. Plus tard j' ai visionné la vidéo et je me suis emmerdé. En constatant la différence entre les deux façons d' appréhender le set et les effets ressentis je me suis dis que j' avais bien de la chance de n'avoir pas commencé par youtube. Robert Hampson :"Contentez-vous d' écouter et faites abstraction de tout le reste". Ma concentration avec la version youtube n' était plus entièrement sur la musique et le spectacle d'un Swanson ,impressionnant tout de même, mais sur l' envirronement. Il jouait au milieu de hipster ne sachant pas trop pour certains cacher leur ennuie ou leur incompréhension devant ce set avait quelque chose de triste. D'autres savent qu'ils sont filmés et essaient en vain de faire bonne figure, de se montrer, de nous dire "putain c'est génial ici et le concert est trop coooool". Efforts vains parce qu'ils sont tellement concentrés sur leur "représentativité sociale" que du coup il apparaît évident qu'ils ne sont pas rentré dans l'univers Swanson. Leurs postures sonnent fausses. Et tout ça réuni peut être pris au mieux pour un spectacle comique, au pire pour une mascarade. Sauf Swanson qui se fout de ce qui l'entoure puisqu'il est dans son monde. Mais la grande perdante dans tout ça, c'est la musique. On se rappellera également de la fameuse compilation des moments pathétique et très drôle de Boiler Room avec mention spéciale pour Tom Yorke (à voir absolument ici). Cette représentativité sociale due à la présence de l' image(la caméra ou le téléphone) et faussant l' instant présent on la retrouve aussi dans les grands festivals d' été via les grands écrans de chaque coté des scènes. Cet été à la Route du rock la réalisation était l' oeuvre d'un type un brin obsédé sexuel. Le type ne cessait de nous balancer des plans de jeunes filles en fleur assistant aux concerts. Il y avait parfois dans ces images quelque chose de fort, de puissant, de vrai! Rien à voir avec le culte de la célébrité ou la manipulation de la caméra. Un truc que l'on peut voir que dans les archives des festivals 60's (Monterey, Woodstock ou Wight). En ces temps là les caméras étaient certes déjà présentes mais le public faisait preuve d' une certaine innocence à leurs contacts. C'est tout juste si il se rendait compte ou pressentait de leurs présence. A Saint Malo parfois l' attitude des spectatrices faisait vraie. Pas travaillée. C' était un vrai bonheur de voir ces être humains captés uniquement par la musique et la prestation scénique. Et puis le moment terrible arrivait. Un regard sur le grand écran ,d' elles ou de leurs proches, et la magie disparaissait. Certaines exprimaient la gène d' être montré au public dans un instant émotionnel fort et à présent perdu quand d' autres surjouaient et devenaient pathétiques. La communion (mélange d' intime et de collectif) entre ce public et les artistes via la musique avait cessé et nous étions dans le divertissement commun et le spectaculaire bas de gamme. Juste parce que la concentration nécessitée par un concert était parasitée voir impossible. Vous préférez que les festivals ressemble à quoi? La photo ci dessous ou cette archive d' Otis Reding à Monterey où une certaine innocence d'un autre âge? On en revient toujours aux même questions. La musique, les concerts ou mix, sont-ils devenu de banales produit de consommation interchangeable comme les couches culottes ou le PQ? Les organisateurs d'un festival vont tenter de répondre à cette question et faire prendre conscience de tout celà. Leur démarche est franchement bienvenue et est tout sauf un gadget pour faire le buzz. Il y a du fond derrière tout cela comme le montre le fort et magnifique texte (ici) sur leur site. Le beau Unsound festival de Kracovie. Le thème de l' édition 2013 est le Parasitage. Chaque année les organisateurs définissent un "concept de base" à partir duquel ils vont construire leur programmation. En gros le texte dit ceci: " En 2013, le thème de Unsound concerne les interférences.Qu' il s'agit de la physique du son, y compris la superposition d'ondes sonores variées et de rythmes, de la distorsion, les fréquences audios, la perturbation sonore, et l'acte d'obstruction ou d'entraver. Plus que jamais, ces éléments sont utilisés dans un large éventail de la musique contemporaine, de la scène noise en développement à la musique de club en constante évolution ". Bon déjà, arrivé ici, je reconnais que l' on a perdu les trois quart des festivaliers français, juste une question de manque d' éducation du public par les organisateurs dans leur ensemble et la presse musicales. Les plus fautifs ne sont pas les festivaliers justement qu'il faudrait cesser de prendre pour de simple vache à lait juste bonnes à écouter des musiques "faciles". La suite est encore plus intéressante et en rapport avec notre sujet du jour. "En outre, le thème sera exploré pour sa signification sociale et culturelle en s'interrogeant sur la signification du terme «underground» dans le monde en réseau d'aujourd'hui, fortement marchandisé et piloté par les données ." Et ça continue et là ça devient beau à en pleurer tellement c' est juste et c'est que l'on a envie d' entendre plus souvent par chez nous en France. "Le thème des Interférences va placer le festival Unsound de cette année, à la frontière entre le divertissement amorphe et l' expérience stimulante, souvent en jouant contre la consommation facile de la musique et en demandant un engagement du publics.Vous ne trouverez pas d'énormes têtes d'affiche. Il ne sera pas retransmis via l'Internet par liens vidéos faciles .Mais pendant une semaine le festival va créer une zone autonome temporaire unique pour le public et les artistes que vous sentirez comme nulle part ailleurs." Et c'est dans ce but qu' Unsound fait beaucoup parler de lui ces jours-ci. Le festival a tout simplement décidé de refuser les accréditations pour les photographes et les cameramans et invite cordialement le public à résister collectivement contre la tentation d' utiliser son portable de la même manière. Belle idée expliquée par ces mots :"Notre objectif est d'encourager notre public à se concentrer sur d'être dans l'instant, et pas détourner les autres de ce moment-là», explique le directeur artistique d' Unsound Mat Schulz. «Nous voulons remettre en question la tendance automatique à placer des photos et des vidéos de concerts en ligne, que ce soit sur les réseaux sociaux, les sites de musique ou des plateformes de streaming vidéo, de mettre un peu petit grain de sable dans le bombardement constant des images, principal outil actuel de communication. L'interdiction ne sera pas contrôlée par des gardes de sécurité, cela va être une action de la communauté - si vous voyez quelqu'un à côté de vous filmer, demander lui poliment de cesser ". Il est à noter que les plus importants médias musicaux mondiaux (presse écrite et sites) en ont parlé mais que cette information a été très peu relayée en France. Si pas du tout. Allez savoir pourquoi. Et si on s'attarde sur la superbe programmation 2013 (du 13 au 20 octobre) alors les fidèles de DWTN vont reconnaitre pas mal des noms et ceci n' est certainement pas le fruit d'un heureux hazard.2013: Rhys Chatham avec Charlemagne Palestine! Laurel Halo!!! Dean Blunt!Demdike Stare! Andy Stott!Forest Swords! James Ferraro!!! Jenny Hval! Julianna Barwick!!!Myckki Blanco! Pete Swanson!!! RP Boo!!!Stellar Om Source!!! et bien sûr Pete Swanson!!!!! Des artistes eux aussi rarement relayés en France et du coup très très râres . Pour en terminer avec l' épineux sujet lancé par Unsound concernant la dictature de l'image et son parasitage de la musique et des concerts je vous propose de découvrir cette vidéo posté sur youtube. Et là on se rend bien compte que l'on arrive à un no mansland de la réflexion et à la quintessence de la marchandisation et du consumérisme dans la culture populaire. Et pour être plus direct, la quintessence de la connerie humaine tout simplement. Un mec (ou une fille?) a filmé le beau Nick Cave pendant la RDR 2013. Enfin pas vraiment le Nick Cave qui était sur scène à 40 mètres de lui. Non. Il a filmé ...le Nick Cave du grand écran! Simple et belle envie de partage? Peut-être, mais sujet à questionnement malgré tout. J' allais publier cet article quand un ami facebookien publia une annonce de concert qui m' interpella puisqu' encore une fois Robert Hampson était à convoquer. Ce coup-ci c'était au sujet du mode de diffusion du son dans les salles de concerts. Hampson pestait du fait que malgré les progrès technologiques et leurs côuts financiers plus abordables, les système multi-canaux font toujours aussi peur et sont sous-utilisés dans les salles de concerts. La sonorisation en façade restant la norme avec ce qui va avec, le folklore rock'n'roll , formidable machine à héroïser n'importe quoi. Un comble pour Hampson et pour certains quand on pense aux systèmes de sonorisation des home-cinémas, des salles de ciné et même, des automobiles récentes. Le post de mon ami était une annonce pour un appel à participation via le site KissKissBankBank pour un projet de concert qui a le grand mérite d' apporter une petite réponse à Hampson.Allez y faire un petit tour c'est passonnant. http://www.kisskissbankbank.com/wilfried-matrice-dispositif-live-immersif PS: Loop et Main c' est ça:














