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- En passant, ANDY STOTT retour gagnant
Deux après la claque gigantesque "Luxury Problems" que pouvait-il bien faire le gars de Manchester? Allait-il poursuivre sa course folle vers les territoires vierges foulés en 2012 et précédemment avec le duo de ep "Passed Me By" et "We stay Together"? Autant vous le dire tout de suite Stott semble avoir un peu freiner ses velléités d' innovation mais pour mieux approfondir celles déjà apparues. "Faith In Strangers" est le petit frère de "Luxury Problems" mais on ne peut pas vraiment dire non plus qu' il ne s' agisse de jumeaux. Par son mode de production le dernier Stott diffère de son prédécesseur. Le mancunien a définitivement quitté le numérique pour l' analogique pour offrir à sa musique une impression Hi-Tech d' un nouveau genre. Les sons cassants s' entrelacent ou alternent avec d' autres plus doux. Les nuances sonores sont encore plus claires et l' ensemble s' enrichit de nouvelles textures. L' auditeur de "Luxury Problems" continue de découvrir de l'inédit mais ce coup-ci avec un léger goût familier. Sa manière de tisser ses titres semble avoir connu de nouvelles façon et Stott continue de développer des idées originales dans les détails. Si on veut vraiment chercher une franche évolution c' est dans au niveau des voix que ça se passe. Élément englobé parmi les autres autrefois elles acquièrent une importance plus grande et les titres de se rapprocher un peu plus de la formule "chanson". Une fois encore c' est Alison Skidmore, la prof de musique de Stott, qui s' y colle et continue de tutoyer les sommets. Une autre évolution notable c' est certains reliquats Jungle ou Hardcore Break métamorphosés que l' on peut sous toute vraisemblance mettre au profit de la collaboration récente de Stott avec Miles Whittaker des Demdike Stare sous les pseudos Millie & Andrea donnant le génial "Drop The Vowels". Disque lui aussi fortement conseillé. "Faith In Strangers" n' a pas l' élément de surprise qu' avait son tonitruant prédécesseur mais confirme tout le talent et le goût de l' aventure de son auteur. Certains moments sont sidérant de beauté glacial et ce disque comme "Luxury Problems" a toute sa place dans la longue liste des monuments musicaux Mancuniens. Perfection totale!
- En passant : Vessel réinvente l' analogique et retrouve l' identité anglaise.
Rappel: ici pour Vessel et par là pour le grand label Tri Angle. Sebastian Gainsborough alias Vessel revient enfin après ses excursions en compagnie du prometteur collectif Bristolien Young Echo (le passionnant "Nexus" de l' an dernier). Accrochez-vous bien bande de branleurs parce que vos vieilles carcasses de petits occidentaux nostalgiques vont être ébranlées une nouvelle fois par le talent de cet artiste d' avant garde. Avec son deuxième album, "Punish, honey", Vessel largue encore plus les amarres et n' appartient plus au commun des mortels. Le petit monde de l' électro s' efface derrière lui et après bien avoir observer le passé, les yeux rivés sur l' horizon, Vessel met définitivement le cap sur le futur. Tout d' abord Gainsborough avec cet album nous balance une salvatrice leçon d' histoire de la musique populaire en ces temps dominés par la technologie informatique. Alors que l'on croyait que le numérique était le meilleur outil pour l'innovation selon le vieil adage, progrès technologique = innovation artistique, le natif de Bristol nous prouve encore une fois qu'il n' est pas nécessaire d' attendre de nouveaux logiciels, des puces encore plus puissantes ou que sais-je encore. L'innovation peut venir simplement de la façon d' utiliser les outils déjà à disposition, peu importe leur ancienneté. Et que ces outils soit des instruments répertoriés "classiques" de musique ou toute autres ustensiles détournés de la vie courante. Pour les neuneux reclus de l'indie rock des 80's & 90's Vessel fait subir à l' électro ce que Sonic Youth et My Bloody Valentine ont asséné au rock en ces temps reculés (25 ans!). Pour les zombies encore plus fossilisés du post-punk ou de l' indus des débuts 80's cette fois-ci on leur rappellera juste le souvenir d' Einstürzen Neubauten et de Coil. Pour les fans de garage rock et bien ...Non ! Rien pour eux si ce n'est qu'ils y reste dans leur putain de garage. Bye bye les puces et les logiciels, bonjour les casseroles, les plaques de ferraille rouillée et un inconcevable vélo en guise de guitare. Et je ne parle pas des instruments tombés en désuétude depuis longtemps et ressortis du musée par cet aventurier sonore. Adieu le digital rebonjour l' analogique. Gainsborough affirme que son choix d' abandonner les machines et les logiciels lui a apporté une plus grande liberté dans l' expérimentation. C'est bien possible mais il faut bien faire attention à une certaine dérive. Ce qui est valable pour l' anglais sur ce "Punish, honey" ne l' est pas pour tout le monde. Revenir aux façons d' autrefois et claquer la porte aux nez des technologies modernes peut vite s' apparenter à ce trop répertoriés actuellement acte anti-progressiste et vain par sa quête d' authenticité au travers d'un âge d'or fantasmé. Le dernier Daft Punk ou le garage rock actuel. Vessel parle de liberté d' expérimenter et s'en sort merveilleusement en créant du neuf parce que dans son esprit un retour à l' analogique ne signifie absolument pas à subir les dictâtes du classicisme et du passé. Vessel ne reprend que les ingrédients des anciens, pas les recettes qu'il interprète à sa façon en collant à son époque. Il est à ce propos saisissant que Vessel ait sorti ce disque organique chez les amoureux du digital et moderniste Tri Angle records( vous savez les vrais héritiers contemporains de Factory Records mais ça je crois que l' avoir dit déjà mille fois vieux con que je suis). Gainsborough n' est pas parti à l' abordage simplement muni de son talent (immense). D' abord "Punish honey" s' appuie beaucoup sur sa culture indus/dark et expérimental des 80's jusqu'à nos jours mais aussi sur les fondations solides laissées par l' électro-acoustique et la musique concrète. Fondations gage de liberté créatrice totale et déjà influences majeurs chez les copains allemands de Blixa Bargeld (héritage musical national oblige, cf Stockhausen ). L' autre grand machin à retenir de "Punish, honey" c'est que ce disque reflète bien ce qui est en train de se passer en électro depuis quelques temps. Bon nombre de producteurs ont décidé de revenir à une musique plus physique en délaissant l' exploration psychologique enivrante alors la norme (Jon Hopkins). Vessel est un grand artiste parce qu'il devance ou tout simplement accompagne l' air du temps. Condition qu' un certain monsieur Richard D James a totalement oublié avec Syro en prouvant que coupé des autres et de l'époque la virtuosité ne suffit pas toujours pour être pertinent à 100%. Le maximalism de Rustie, Pete Swanson, Haxan Cloak, Ben Frost, le retour du grime via les Logos et autre Slackk, la techno agressive de Perc, sans parler des deux jeunots géniaux Powell et Container ou d'une façon plus cool en passant par le tribal léché, James Holden et les Demdike Stare. Gainsborough pousse très loin sur l' impact physique. Il dit à ce propos avoir choisi "Punish, honey" ("Douleur, miel") comme titre pas par hasard. Il explique s' être interroger sur l' étrange relation que nous avions avec les musique à fort retentissement physique. Ces musiques provenant d'une maltraitance (celle des instruments et des matériaux, on pense jamais assez à ce que on leur fait subir à ces pauvres malheureux), ces même musiques fruits de tortures qui nous agressent à notre tour ("Punish"), mais qui aussi bizarrement que cela puisse paraître, nous donne du plaisir, "honey". Gainsborough à l' époque de son premier album parlait déjà des effets de la musique en des termes proches du milieu médicale évoquant ou étant synonyme de douleur, "virus", "maladie". Certains critiques avaient également évoqué le "mal des transport" au sujet de sa techno complètement déstructurée. Pas étonnant donc qu' au détour d'un " Anima" on se retrouve nez à nez avec la musique aliénante et brutale de Suicide et les motifs synthés tout autant perturbant croisés chez Throwbing Gristle. Deux grandes formations spécialiste du sado-masochisme auditif. Beaucoup ont aussi évoqué le "She lost control" de Joy Division au sujet du titre récent "Red Sex", c'est franchement pas faux tellement la rythmique évoque le matraquage mécanique de Stephen Morris. Mais alors dans ce cas doit-on plutot que parler des crispations musculaires dues aux crises épileptiques et aux amphètes gobés par qui vous savez, signaler que "Red Sex" est un "She's lost control" sous mélange de barbiturique et d' alcool. Bref, un Ian Curtis titubant qui gerbe plutot que l' image d' épinal maintefois plagiée par l'indie rock, tremblote à la parkinson et mâchoire crispée. Pour en finir sur avec la thématique musique/corps/maladie chez Vessel il est obligatoire de citer le "Bish Bosh" de Scott Walker avec ses bruits organique issu de la maladie et la vieillesse. Sebastian Gainsborough, toujours très disserte sur son art, invoque à propos de son travail la volonté de trouver un certain âme de la musique anglaise. Ou plus exactement "Qu'est- ce qu' être anglais" signifie dans la musique?" Alors bien sûr faut trouver les racines et rien de mieux que de piocher dans le folklore anglais. Le gars remonte ainsi très loin avec l apparition d'une vielle ou d'un orgue d' église (vielle qui évoque au corrézien que je suis les attachants Claudie Gurdy tullistes). De même cette façon d'utiliser des objets du quotidien à des fins musicales a été de tout temps et pas seulement en Angleterre une habitude dans les musiques dites folkloriques (éléments de base de l'identité nationale quoi qu'on en pense). L' "anglitude" recherchée passe également chez Vessel par un regard sur toute l' histoire de son pays avec ses faîts sociaux les plus marquants. Les percussions métalliques de "Euoi" évoque la révolution industrielle du 19ème, tout comme le titre "Kin to Koal" (Koal= charbon) qui peut tout aussi bien symboliser à nouveau le 19ème siècle et les débuts de industrialisation forcenée que sa triste fin avec la saloperie Tatchérienne envers les mineurs à la fin 70's. Tiens tiens... Restons sur les 70's, le charbon et ce que ça signifie être anglais en musique selon Vessel parce que la réponse à sa question tient en une pochette d'indie music des 90's. Un vieil amour qui par son titre représente ce qu'à voulu chercher Gainsborough, "England made Me". Et bien Vessel en cherchant cette "anglitude" s'est lui aussi intéressé au glam rock comme Luke Haines pour la pochette du premier album de ses Black Box Recorder. On est très proche de cette photo évoquant le paradoxe et la complexité anglaise d'une certaine époque. Opposition des conditions de vie difficiles des mineurs face aux clinquant des stars glam. Truc encore plus bizarroïde et significative de l' identité anglaise quand on pense au glam rock en lui même. D'un coté les lads de Slade et Gary Glitter qui offrait un un boogie rock avec ses chants pour les pub et les kops des stades tout en s' habillant en tenue ambiguë sexuellement. Bref, des gros beaufs hétéros adorant le kroll . Et de l' autres, les raffinés et érudit Roxy Music et Bowie. Roxy Music venaient des fameuses écoles d' arts anglaises où ils avaient pris connaissance des conceptes d' arts les plus avant gardistes et les réinjectaient dans la musique populaire. Truc presque exclusivement anglais. A noter également qu'à l'instar des autres stars glam Roxy Music Gainsborough est allé pioché dans l' instrumentation classique en provenance d'un lointain passé (plutot le baroque avec le hautbois). Pour revenir à "Punish honey", ce disque a vraiment un petit coté glitter dans la sonorité, ce truc "clinquant" dans certains titres que l'on retrouve pas toujours chez les autres artistes dark ambient. J'en avais déjà parler au sujet du dernier Holden. Le glam rock pouvait certes apparaître comme une sorte de retour au source rock'n'roll par la simplicité et la tribalité des rythmes, un retour aux racines rock teinté du folklore (identité anglaise) mais aussi de modernité via la production (Eno et ses machines sur scène, Tony Visconti). Le rock star posant aux cotés d'un mineur symbole de la working class n' était pas une abérration sociale mais tout simplement le dépositaire des troubadours du Moyen âge, des types s' habillant de couleurs tape à l'oeil pour amuser le bon peuple comme les nobles. Comme Bowie et Marc Bolan en 1971. Sebastian Gainsborough réussit à atteindre tous ses objectifs avec "Punish, honey". Il nous offre un grand disque à la fois d' avant garde et profondément ancré dans le présent et significatif du monde (de son pays) qui l'a vu naître. A l' heure ou nos sociétés occidentales sont devenues des prestataires de service en remisant au placard avec violence plus d'un siècle de culture ouvrière il nous démontre qu'il en reste encore des traces et que cette mutation a un prix que nos sociétés n'ont pas fini de payer. Les traders de la city planqués derrière leurs ordinateurs se voit rappeler par ce disque toute la souffrance provoquée par leur idéologie et le décalage qu'il existe par delà les fenêtres de leur petit bureau et le son des pianotages sur leur clavier. L' humain et la vie ne sont pas dans ces quatre murs. D' autres sons les symbolisant existent ou ont existé. Des sons susceptibles de provoquer sur le corps humains des sensations terrifiantes et jouissantes, des effets de bien être et de mal être. Alors que d' autres artistes nous alertent sur les mensonges du libéralisme économique et du monde virtuel par le détournement des outils numériques (Ferraro, Oneohtrix Point Never et la vaporwave) Vessel offre une alternative encore plus crue en utilisant l' analogique et son immense imagination. C'est peut-être bien là toute la fortune de Vessel et la force de ce disque étonnamment futuriste. Sans passer (ou se reposer) par la technologie moderne il s'est interroger et a fait mouche avec un talent hallucinant. PS: Complexité anglaise dans la musique populaire en deux vidéos et une émissions emblématique: Slade et Roxy Music à Top the Pop. Des gros bourrins ancêtres d' Oasis fringué en fille face à des "intellos/arty" fringué de la même manière draguant avec succès les même gonzesses. Et puis tant que j' y suis comment ne pas mettre ce putain de grand morceau visionnaire des Roxy, ce truc vieux de 42 ans qui va foutre à terre tous les fans de Zombie Zombie ou de James Holden. Ce machin immense qui commence comme une BO de science fiction, surprend par son phrasé évoquant de vieux chants gallois, vire bluesy et espagnolade (castagnette). Cette machine à remonter le temps et à explorer le futur, passant des rites du baroque XVI ème aux raves 90's en à peine 6 minutes, LADYTRON !!! L' identité anglaise dans les 90's version Luke Haines
- En passant: L'insaisisable Dean Blunt a encore fait un chef-d'oeuvre.
Précédemment: Ici et là Dans la vie rien n'est clair. Tout n'est pas blanc ou noir. Prenons Dean Blunt par exemple. Un coup il peut apparaître comme un putain de pseudo artiste arty poseur et franchement amateur du foutage de gueule et l' instant d' après, on découvre un type tout simple, hypersensible au monde qui l' entoure, un petit artisan qui creuse son petit sillon dans son coin pour faire pousser de merveilleuse fleures vénéneuses. Mais en ce qui concerne le mystère qui entoure cet artiste une seule évidence demeure depuis ses débuts. Ce type est un génie. Un vrai ! Et il vient de nous offrir encore une fois un chef-d' oeuvre. "Black métal". Dean Blunt vient-il alors de nous offrir son disque le plus abouti avec son dernier "Black Métal"? La question prend une importance considérable quand on connaît le bonhomme et ses œuvres précédentes. Pour ceux qui ont loupé les épisodes précédents je peux juste vous dire que ce mec chamboule tout sur son passage depuis 2010. Que ce soit sous le pseudo Hype Williams ("One Nation",2011), en collaboration avec la complexe Inga Copeland ("Black is beautifull"2012) ou en solo avec les essentiels "The Redeemer" & "Stone Island" l' an passé. A chaque fois il squatte mes tops annuels (discrètement ici, puis à fond ici & là ) et monte dans la hiérarchie. Ce touche à tout s' est attaqué à bon nombre des marottes DWTN. Hypnagogique pop (ici), R&B, ambient, footwork avec le grand "12" (ici), synth pop et dub , crooner urbain (ici) et enfin une réappropriation du Badalamenti qui s' est révélée avec le temps la plus réussie face à la myriade de pilleurs des oeuvre du pote de David Lynch (ici). Qu'allait-il nous offrir après son expédition lo-fi russe qu' était "Stone Island" (enregistrée dans un hotel moscovite et uniquement dispo à l'origine que sur un site inconnu du même pays). Et bien sachez brave gens que Blunt a décidé de nous offrir le plus beau et étonnant album d' indie-pop 2014. Rien de moins. Enfin, "Black Métal" est un album indie-pop qu' à moitié. On est chez Dean Blunt, l' empêcheur de tourner en rond (alors que la majorité des groupes indies ne font plus que ça et devrait se pencher sur son cas histoire de prendre une leçon). A l'instar de bon nombres des grands disques 2014 cet album est encore un truc porté sur la dichotomie. Comme le Iceage, le Protomartyr, East India Youth, Rustie, le futur Arca ou encore le Total Control. A partir du 7 ème titre, "Forever" nous quittons les territoires Twee-pop et ses guitares jangly à la Felt ou Durutti Column pour les dancefloors enfumés de dub pouvant évoquer une descente difficile de fin de soirée en compagnie des Happy Mondays dans l' Haçienda désertée. Factory Records quand tu nous tient. Et le tout avec un tonitruant et languissant saxo qui dicte sa loi. La première partie est donc constituée d' espèces de chansons pop pas vraiment construites sur l' ossature classique du genre. Des sortes de motifs répétitifs où apparaissent tour à tour la voix baryton de l'homme et celle de sa copine Joanna Robertson. Une nouvelle fois la voix de Blunt et son phrasé vont être propice à la blague douteuse de "l'inédit de Bill Callahan" tant elles se ressemblent. Celle de Robertson par ses intervention ce sera plutot le souvenir du grand classique de Felt et Liz Frazer (Cocteau Twins) , génial "Primitive Painters" sur lequel lorgne "50cent". Sauf que loin de l'univers indie-gothic-adolescent 80's Blunt nous parle répression policière et criminalité en taclant le rappeur amateur d' hormone de croissance (attention le cancer des testicules te guette 50 Cent). Dean Blunt nous prévient gentiment que va y avoir le changement de cap "Forever" avec le court "Heavy" par sa cascade répétitive de synthés et ses boites à rythme typique 80's mais le salopard laisse encore planer le doute indie-pop le temps d'un "Molly & Aquifina" somptueux. A partir donc de "Forever" et de "X" (encore une preuve de sa passion pour Badalamenti) nous quittons les structures carrées de la pop ou du folk pour l' expérimentation dub, noisy et jazzy accompagnée d' un énorme travail d' altération de la source sonore. Il fait comme toujours preuve d'une farouche et courageuse volonté à construire avec l' étrange comme matériau de base. D' ailleurs en parlant de source sonore l'un des mystère du charme de la musique de Blunt vient du fait que l'on sait jamais trop vraiment si il s' agit d' échantillons piqués chez d' autres ou de l' authentique création musicale. "Black Métal" est aussi teinté de dichotomie dans ses humeurs et ce que Blunt nous offre de sa personnalité. Tour à tour triste et optimiste, simple et arrogant, arty et terre à terre, résigné et combatif. Bref, le mystère Dean Blunt n' est pas prêt d' être levé au terme de ce grand disque mais comme au début de cette chronique subsistera une seule certitude après l' écoute du disque. Ce type est un pure génie artistique et vient de nous offrir l'un des plus beaux disques de 2014.
- En passant : Grouper, la beauté des ruines.
Il est tellement question de Liz Harris (Grouper) dans DWTN depuis les débuts du blog au point que je vous déconseille fortement de taper son nom dans le moteur de recherche du blog, gros risque de bug interminable. Imaginez que par une sombre journée de novembre vous décidez de prendre un bain en écoutant un de ces merveilleux disques étiquetés comme tristes mais qui ont la qualité contradictoire essentielle au final de vous apporter un parfait bien être. Ces musiques mélancoliques qui rendent heureux à l'image de la musique de Nick Drake, "La" pierres angulaire du genre. Imaginez qu' en plus vous venez d'installer dans votre baignoire un système sonore permettant l' écoute du dit disque au fond de l' eau. Comme une sorte de bain de jouvence dans le liquide amniotique de votre mère après les moult blessures que la vie cette salope vous a offert depuis votre naissance. Alors peut-être, peut- être vous aurez alors toutes les clés pour entrer dans la musique de Liz Harris (Grouper). Et vous aussi vous vous sentirez paradoxalement et merveilleusement bien lové dans le spleen . Depuis ma découverte de Liz Harris avec "Way they crept" en 2005, disque incomplet mais troublant, album surtout grand annonciateur des beautés qui allaient suivre, l'immense "Dragging a dead up a hill" en 2008 et la magistrale paire "AIA" ("Alien observer" et "Dream Loss") de 2011 j' attendaiss sans cesse de ses nouvelles en craignant que la grâce qu'elle nous offre s' effondre sous le poids de l' accoutumance. Il s' est passé un peu de cela l' an dernier quand elle décida de nous refiler certains titres laissés de coté au cours de sa passionnante carrière avec "The man who died in his boat". Mais après un temps de déception et le sentiment de déjà vu cet album s'est mis à briller de mille feux face à la concurrence de 2013. La vieille copine du fêlé bruitiste Pete Swanson revient et va encore marquer au plus profond nos âmes et l' actualité musicale. Et ce, après ses prodigieuses escapades avec l' autre amateur de boucan et d' hypnose Jefre Cantu-Ledesma (Raum) , sans oublier non plus parmi ses nombreux projets l' ambient-pop de Mirrorring en compagnie de Tyni Vipers. Ce "Ruins" est le grand disque de replie tant espéré en 2014 face à la profusion et le battage sonore offert par notre monde. Une oeuvre qui permet un retrait salvateur sans tomber dans le renfermement définitif. Le genre de disque qu'il vous faut pour affronter l' extérieur avec assurance. Une pause sous forme de promenade contemplative. Une flânerie dans nos souvenirs qui permet de se sentir mieux. Le titre résume tout Liz Harris depuis ses débuts. Elle nous propose encore de visiter les ruines de nos sentiments à travers celles de sa musique ambient. "Ruins" enfonce le clou en accentuant l' aspect désertique. L' amoncellement d' immeubles détruits et abandonnés introduit par les nombreuse nappes sonores citadines d' autrefois ont fait place à celles du petit village portugais qu'elle visitait au cours de l' enregistrement en 2011 de ce disque dans le sud du pays. Fini donc les drones shoegaze. C'est presque uniquement un piano droit solitaire qui prend le relais pour accompagner son chant de sirène. J' ai bien dit "presque" parce que Liz Harris a retenu la grande leçon du révolutionnaire 4' de John Cage. Écouter toujours ce qui a autour. La musique est partout pour qui veut bien se donner la peine d' accepter ce fait. Alors les bruits de fonds ont une place essentielle dans son dernier disque. Qu'il soient symbole de la nature et de ses promenades dans la campagne lusitanaise comme du peu de modernité que recelait sa bâtisse, un micro onde. L' écho du piano droit et ces bruits remplacent donc les réverbération des guitares, géniale trouvaille. Le souffle de silence omniprésent renforce l' éternité porté par son enregistrement lo-fi. Liz Harris se penche sur le passé. C'est certes de la nostalgie (trop présente de nos jours) mais une nostalgie qui ne réécrit pas le passé. Qui ne veut pas le faire revivre coûte que coûte. Ses chansons nous disent simplement ceci, "ça s'est fait et c' est comme ça, nous n'y pouvons plus rien". Observons nos souvenirs mais laissons les où ils sont. Comme à chaque disque elle ensoleille notre spleen en verbalisant et en mettant en musique nos regrets. Pour cela Harris fait appel à sa culture minimaliste, Arvo Part et comme le piano est son actuel instrument de prédilection certaines choses vous évoqueront Satie, grand amateur du sentiment de nostalgie. Le rachitisme de l' enveloppe donne encore plus de sens à ses paroles enfin plus compréhensibles. En ouverture de l' album et le titre qui le conclue Liz Harris se permet des instrumentaux qui lorgne bien plus sur l' ambient et le drone que sur les chansons classiques d'inspiration folk qu'il encadre (mais si ces dernières peuvent aussi être étiquetées du même terme). Comme si "Ruins" était bel et bien un énième à-coté dans la carrière de l' américaine qui compte tellement de collaborations mais cette fois-ci un à-coté en solo. Peut-être que ce disque représente une parenthèse dans son oeuvre mais une chose est sûr,Grouper vient de franchir un autre palier et d' entrer définitivement dans le club très sélect de ces fameux "disques tristes qui rendent heureux", entre les Nick Drake et le premier This Mortal Coil .
- En passant: Et Iceage nous offre le grand disque rock 2014. Plus, Lower et Lust For Youth.
Nous sommes le 15 Août 2013, 20 heure, grande scène du Fort Saint Père, Saint Malo. Une horde d' adolescents nordiques viennent de balancer une série de cocktail molotov punk hardocre à nos faces de vieilles fripouilles d' indie boys & girls. La foule n' était pas immense mais nous venions de voir l'un des meilleurs concerts de cette édition. Une grande formation avec un putain de chanteur au charisme impressionnant et à l' assurance digne d'un Liam Gallagher. Des gamins nous balançant avec la grande classe des dandys les tripes et boyaux putréfiés de leur génération perdue, elle-aussi. Succès mitigé autour de moi mais les raisons ne venaient pas des danois déjà si adorés dans ce blog (cf ici ). J' écrivis quelques jours après mon ressenti face à ce rendez-vous manqué avec une grande partie du public : "La petite scène à une heure avancée de la nuit quand l' euphorie fait place à la déprime et à la gueule de bois aurait été préférable à la grande scène sous un soleil de plomb. Le message a eut du mal à passer, dommage"(cf ici). Et je pensai sans l' écrire (on devrait toujours écrire ce qui nous passe par la tête quand on chronique ) que leur place aurait dû être avant ou juste après le grand concert de ce soir-là, Nick Cave & The Bad Seeds. Qu'il y avait quelque chose en commun entre les jeunots et l' australien, le son abstrait du hardcord punk une fois évacué laissant sa place aux climat sombres et désespérés que les deux concerts avaient en commun. Octobre 2014. Iceage sort son 3ème album et pour l' annoncer nous a balancé depuis 3 titres confirmant mon intuition/évidence d'un an auparavant. Ces types sont bien des conteurs de notre époque comme d' autres auparavant. Ils s'inscrivent dans la grande tradition des prêcheurs foutraques que le rock ne nous avait plus offert depuis le grand Nick. Ce groupe est gigantesque. Alors bien sûr l' aficionados de la RDR peut se la raconter en balançant que la rencontre des chansons orchestrée du Nick avec la fiévreuse jeunesse danoise date de cette édition mais le phénoménal virage artistique avait déjà été repéré dans le précédent "You're nothing" avec l'apparition d'un piano dans le punk-blues "Morals". Piano peu fréquent dans le hardcore punk ce qui m'avait amené à parler de post-punk pour cette liberté prise avec les codes du genre. De plus Ronnefelt racontait s' être inspiré pour cette chanson d'une vieille balade 60's de Mina Mazzini. Nous n' avions pas à faire à des gamins post internet à oeillères comme tant d' autres actuellement. Plus tard Iceage sortait un single nommé "To The Commerade" très hardore sur la face A mais qui avait la particularité d' offrir une reprise en face B, et quelle surprenante reprise, le "Jackie" de Sinéad O'Connor. Pas celui de Brel. Quoique. Il va être question de notre Belge plus tard. Une chanson belle et à la fois hargneuse avec derrière l' irlandaise le soutient d'un ex Japan, un ex Adam & The Ant et Marco Pironi des Banshees. Les liens et la bonne connaissance des Iceage pour la diversité post-punk (new romantic, gothic & punk-blues à la Birthday Party/Gun Club) se confirmaient. Immanquablement la figure du grand Nick devenait omniprésente. Il ne manquait plus que l' amour affiché du chanteur Ronnefelt pour le cinéma de Herzog et les musique de Morricone et la gamme artistique du groupe ne pouvait que s' étendre considérablement à l' avenir. Ainsi les danois avaient toutes les armes en mains pour s' attaquait à cet écueil qu'est un troisième album. Tant de groupes se sont échoués sur ce fameux "3ème album". Par exemple Ride et leur virage raté britpop ou Interpol bafouillant en choisissant de répéter vitae éternam la même formule et enfin Oasis sombrant dans la coke et leur boogie gros sabot plus Statu-co/Slade que le coup de génie du Nono qu'était "les Sex Pistols reprennent les Beatles" de leur grande époque. Tiens ! Oasis encore une fois alors que je parle de Iceage, groupe danois post-punk-hardore ... Vous allez voir on n' a pas fini d' être surpris d'ici la fin de cet article. Donc c' était clair Iceage choisirait un éventail plus large en terme de style et d' instrumentation. Bonjour donc le piano, mais aussi les altos, la mandoline et les trompette western/latine à la Morricone et Love (grand amour de Nono Gallagher, Oasis 3 ème!). Mais ça fait pas tout la forme, faut du fond. De plus le format des chansons subit aussi une mutation importante. Le 2ème album c'est 12 titres en 28 minutes chrono. Punk. Avec ce tout frais "Plowing into the field of love" c'est 12 titres mais en 47 minute, donc titres d' environ 5 minutes durant lesquels il faut tenir. Réussite totale! Iceage est capable en un seul morceau de vous faire tomber dans les enfers puis remonter jusqu'aux cieux, ces montagne russes permettent de garder l' énergie présente sur les deux premiers albums sans sombrer dans l' ennuie. La haine et la puissance sonore vous sautent à la gueule avec accélération du tempo sans que l' aviez prévu tellement titubant que vous étiez par le chant d' alcoolique dandy rigolard du chanteur juste avant. On est passé des petits cocktails molotov aux armes chimiques de destruction massive. Ce disque est angoissant et monumental, une tragédie sociale et intime. Les paroles de Ronnefelt n' épargnent personne par leurs rages et violences. Se réservant d' ailleurs les plus vives saignées à lui même. Du Brel faisant un doigt aù monde comme on peut penser quand on entend ces putains de paroles "Whatever I do, I don't repent, I keep pissing against the moon". Les marins d' Amsterdam ont fait des bâtards dans les ports danois. Enregistré en Suède on ressent les ambiances glauques et obscures du Millénium de Stieg Larson et des Kurt Wallander de Hennig Mankell, romans policier si prennant également en version télé nordique. C'est tout ça ce disque. Et même plus. Du Sonic Youth sur les titres plus classiquement Iceage des débuts, de la country parfois, et même des excursions dans le boogie et les choeurs Britpop pour stade. Si si ! Quitte a se torchait la gueule par désespoir et beuglait de toutes ses tripes on peut aussi le faire dans un stade avec nos congénères que dans une ruelle désertée par une flippante et glaciale nuit nordique. "Abundant living" c'est du boogie à la Noel Gallagher qui a torché son abruti de frère pour sonner comme Shen Mc Gowan. Et l'intro du dernier titre, "Plowing into the field of love", "Supernova" ou "Life Forever" réécrit par Brel. C'est plus "Champagne supernova" mais un "10/10 supernova" en tachant de bien uriner pour que ça atteigne ces salopes d' étoiles qui narguent sans cesse les pauvres et misérables humains fétides que nous sommes. Et pour finir et enfin se vautrer à terre et comater il nous faut une chanson. Une grande chanson définitive. Le machin qui dit tout en moins de 5 minute. Une chanson qui est la vie à elle toute seule. Je croyais que Iceage l' avait déjà avec "Ecstasy" . Et bien Iceage en a deux des "Classiques" absolus. Je vous laisse avec "Forever", le troisième single, et si vous ne chialez ou ne beugler pas, c'est que vous êtes sourd ou inhumain. PS: Irrésistible Danemark Quoi de neuf chez les copains danois d' Iceage dont je vous avais déjà parlé?(cf lien plus haut) Les Lower continuent leur petit bonhomme de chemin post-punk toujours très Dead Kennedy/Wire/Joy avec un album nommé "Seek Warmer Climes". Un bon petit disque qui casse pas trois pattes à un canard mais qui a le mérite d' être honnête et très agréable. Les suédois émigré à Copenhague de Lust For Youth (cf ici) quant à eux continue leur mutation synthpop passionnante. Sur leur troisième album il délaissent l' approche post-punk de Joy Division et la production bordélique lo-fi symbole de fin de soirée désespérée et alcoolisée mais toujours avec ses voix lointaines (évoquant les délires de Shaun Rider des Happy Mondays). En faît depuis ses débuts Hanns Norvide décale le moment pour écouter ses oeuvre dans la soirée. Le premier était fait pour le petit matin quand il n'y a plus personne parce qu'il se retrouve seul dans sa chambre avec ses petits moyens instrumentaux, le deuxième vers 3-4 heures pour les endurants à 4 grammes et celui-ci ce sera pour le coup de feu de minuit, heure à laquelle le public plus large veut du facile pas trop glauque. Bienvenue chez les Pet Shop Boy, Depeche Mode et New Order version Ibiza avec une production plus lèchée et des titres beaucoup plus simples dans leur construction. Certaines petites touches baggy-madchester-Screamadelica sont également visibles et on comprend que ces suédois continue à reluquer le Manchester de toutes les époques. Il y a même un titre qui m' évoque...(attention prenez votre respiration), notre Désireless nationale, mais en mieux je vous rassure. Bref peut-être moins sous le charme que pour leur précédent et gavé par leur coté rétro ce dernier disque m' a tout de même charmé vu le nombre de fois où je me suis surpris à l' écouter pour danser avec fiston. Toujours mieux que les incompréhensivement surestimé en France, Whomadewho. Une énigme pour moi tant leur musique est ennuyeuse. La tuerie baggy/madchester 2014! La tuerie Désireless 2014 Et la tuerie New Order/Depeche Mode 2014
- En passant : Grumbling Fur, des druides pour notre époque
Je sais les enfants. Ce monde est un gros ramassis d' immondices qui fonce droit dans le mur en nous emportant de gré ou de force avec lui . Réchauffement climatique, extrémisme crétin de tout poil comme seul réponse à notre crise de civilisation, capitalisme libéral triomphant à deux doigts d' écrabouiller son trône doré fait à la sueur des peuples. Des peuples qui se soulèvent par de vif accès de violence et de délires incontrôlés quand ils se abrutissent pas devant une putain de partie de baballe. On a envie de s' enfermer dans sa coquille en croyant que ça ira mieux. Et si une solution existait à l'image de tout ces citadins occidentaux effectuant un retour à la ruralité, à mère nature et nos vieilles croyances occultes. Imaginez. Par une belle nuit étoilé, vous et quelques uns êtes regroupés dans une clairière d'une forêt inconnue. Le feu au milieu du groupe crépite et réchauffe vos coeurs et vos âme. Ce même feu qui inévitablement évoque les brasiers fruit d' émeutes qui envahissent toutes les cités modernes de notre monde. Ces brasiers que l'on peut percevoir de votre lieu d' exile bucolique. Et pour encore mieux oublier sans toutefois renier ce qui arrive à votre ancienne civilisation vous avez quis l' aide de deux druides au savoir gigantesque et possédant la sagesse de ceux qui ont exploré les tréfonds de l' âme humaine. Et autour de ce feux ils vous ont concocté des mixture faite de ce que nous a offert Mère Nature pour aider à aller mieux et ainsi, trouver une solution. Une potion magique aux effets hallucinogènes garantis. Ces druides ce sont les Grumbling Fur, anglais auteurs de l'un des plus bel album psychédélique de cette année. La résurgence de musique psychédélique bat son plein depuis quelques années. Tame Impala en grands ordonnateurs et une multitude de groupe garage et/ou indie qui suivent avec plus ou moins de réussite. Mais il ne faut surtout pas classé à la va vite les Grumbling Fur à leurs coté. Enfant d'une très vieille tradition psyché britanique (Folk ou pop buccolique à la XTC ou Syd Barrett fin de carrière) ils délaissent volontiers les grosses guitares avec leurs pédales de distorsion et évitent le rentre-dedans nostalgique rock. Leur truc c' est plutot une musique psychédélique plus sophistiqué et délicate. Guitares absentes, en lieu et place nappe de synthés, cordes et chants grégoriens teintés de chamanisme. Ils n'ont pas oubliez non plus que le psychédélisme est un voyage à travers l' âme humaine. Un voyage au cours duquel il n'est pas seulement question d' hallucination multicolore où les fraises volent et les éléphants sont roses. Un périple narcotique dans les tréfonds de l'âme, le bien comme le mauvais. Entre vision paradisiaque et cauchemardesque. Accepter les deux faces pour une renaissance. La différence du projet de ce duo constitué d' Alexander Tucker et de Daniel O'Sullivan peut s' expliquer en grande partie par leur parcours. Fans de hardcore métal à l' origine, ils ont goûté à tout. Jazz, musique expérimentale, post-rock, doom métal et drone. Ils ont même collaboré avec les grands Sunn o))). Au tout début Grumbling Fur n' était pas résumé qu'à ces deux gugus. D' autres se joignaient à eux pour des improvisations live bien éloignées des aspiration pop du nouvel album ("Preternatural") et de son prédécésseur ("Glynnaestra"). On peut d' ailleurs découvrir à quoi ressemblait la musique première période de Grumbling Fur sur leur premier long format, "Furrier". "Furrier" est constitué en grande partie de pastilles dronesques contemplatives faites de son électro glitch et d'autres acoustiques pastoraux . Une fois enfin seul, Tucker et O'Sullivan continuent leurs aventures en prenant un virage résolument plus pop tout en gardant ce qui faisait la singularité et l' aspect mystérieux de leur musique. Ma découvert en début d' année leur "Glynnestrea" sorti en 2013 fut une claque. Leur assemblage sonore lorgnaient donc plus vers le psychédélisme pop que ses prédécésseurs plus expérimentaux et m' évoquait parfois le savoureux souvenir des légendaires Beta Band tant adulé par ici. Notamment avec ces deux pépites pop psyché, le rêve éveillé "The Ballad of Roy Batti" avec ses claquements de mains et l' électropop "Protogenesis" avec son petit coté post baggy/madchester qu' avait aussi les écossais du Beta. Mais attention. Le psychédélisme à la Madchester était produit bien souvent à des fins purement hédonistes. Les gamins recherchaient l' extase dans les nouveaux sons électro (l' acid house) tout en se référant à l' histoire du rock via le psychédélisme heureux de la fin des 60's. The Stone Roses avaient beau inclure dans la fiesta des éléments sociaux, Shaun Ryder par sa poésie spéciale nous faire entr'apercevoir indirectement l' aspect glauque c'était l' euphorie qui régnait. Avec "Preternatural" les Grumbling continuent leur rencontre avec la beauté et les tréfonds de l' âme. Et le tout en prenant un virage encore plus pop. Comment est-ce possible? D'abord l'intro du disque. Ce "Neil Ferguson Fanclub" qui commence par le grincement d'une porte, des cliquetis aigus évoquant des talismans de sorcelleries suspendus aux branches d'une foret lugubre puis des rires terrifiants féminins. Hommage parfait au fameux Ferguson que tous les aventuriers musicaux et artistiques connaissent sous le pseudo de Génésis P Orridge (Throwbbing Gristle, Psychic TV). L' instrumental se clôture à nouveau par cette porte qui se referme. Et ...bang! Décollage pour les étoiles avec cette merveilleuse pop-song "All The Rays". Comment passer de la foret du "Projet Blair Witch" à la fumette dans un pré fleuri par un doux et beau mois de Mars. Mais attention, les voix sortis d'on ne sait quels tréfonds clôturent le titre. Et l' aller retour entre espoir et frayeur reprend de plus bel avec l' autre tube, "Lightinisters", collaboration avec le Dorian Grey de l'indie-music britanique, l' éternel beau gosse rescapé de Madchester et de la Britpop, TIM BURGESS ! 47 ans au compteur et je connais plus d'une jeunette qui en ferait son 4 heures. Les Grumbling Furs nous expliquent avoir enregistrer leur disque dans une maison Victorienne pourvue d'un magnifique jardin située à Tottenham, banlieue Londonienne marqué fortement par les émeutes d' Aout 2011. Entre buccolisme et émeutes sociales. Ce lieu équivalait à leurs yeux à une sorte d' îlot paradisiaque. Et pour l' étrange dans leur paradis les Grumbling nous précise que la fameuse maison est décoré d'une grande collection des oeuvres du peintre spécialiste de l' occulte Austin Osman Spare. Spare était aussi magicien à ses heures perdues. Leurs chansons prennent donc des apparences paradisiaques et très simplistes avec ce virage pop mais le truc est bien plus subtile en fait. Leurs entraînantes chansonnettes pop à deux voix atteignent toujours à un moment où la mélodie semble s' écrouler et se briser en mille morceaux. Cette pop fragile par instant est entourée de pastille abstraites plus complexes en ligne directe avec leurs débuts. On peut voir dans les deux derniers disques des Grumbling Furs le lien entre deux mouvements très présents et intéressant en ce moment. Le psychédélisme donc,Temples, Jagwar Ma, Tame Imapla, Jacco Gardner , et, le coté obscure et sombre de la Dark Ambient souvent teinté d' occulte des Demdike Stare, d' Haxan Cloak, Vessel et Raime entre autres. Le spectre de Génésis P Orridge est omniprésent, par conséquent celui aussi d'un autre grand aventurier des tréfonds de l' âme humaines sous psychotropes et autres substances risquées. William S Burrought. Beaucoup moins fun que les éléphants roses. Ce mélange de facilité d' accès et d' étrangeté m' évoque un autre grand disque de 2014 déjà abordé ici, le pourtant éloigné "Typical Controle" de Total Control. Pas si éloigné que ça d' ailleurs, puisque à l' instar des Australiens fans de post-punk nos deux druides britanique tapent allègrement dans la Kosmiche Music (Harmonia,Cluster, Neu!) depuis leurs débuts. Saint Brian Eno doit approuver les pastilles ambient du disque. "Preternatural" se termine par l' entraînant et flippant "Pluriforms" avec encore ces voix venus d' outre-tombe au contact des chants spacieux et angéliques de Tucker et O'Sullivan. "Pluriforms" résume bien les messages de ce magnifique disque. On peut à la fois expérimenter en recherchant l' étrange sans pour autant ne faire que dans le sombre. Il faut laisser une place à l' optimisme sans tomber dans la béatitude non plus, se confronter à l' inexplicable et l'inconnu, devenu trop souvent synonyme de nos jours de peur et de pessimisme. Merci les druides.
- En passant : Total Control, le post-punk à l' australienne
Total Control m'avait déjà estomaqué avec leur premier album "Hunge Beat". Admiration partagées dans ce blog par ici . Leur suivant, "Typical System" sorti en plein pendant les congés de DWTN en a remis une couche. Suffisamment pour que j' éprouve encore l' envie féroce d'en parler 3 mois après sa sortie. Tout l' été ce disque fut mon compagnon. Une véritable drogue. Mais tout d' abord, avant le blabla, voici LA raison de ma dépendance à cette tribut australienne. Tout simplement le "tube" indie de 2014. Si vous ne craquez pas ou si vous faites preuve de réticences c'est à s' inquiéter grave de votre système auditif parce que des titres comme ça, y' en a pas 10 par décennie. Avec le premier album on pouvait encore taxer Total Control de revivaliste post-punk ou pire, de tribute band à Wire tant l'influence du groupe british transpirait par tous les pores de ces types de Melbourne. A la longue ça en devenait presque gênant mais un fait était clair, rarement on avait vu des suiveurs le faire aussi bien. "Hunge beat" était envoûtant mais pouvait également un simple pastiche d'une unique formation du passé si on ne prenais pas le temps de bien écouter avec plus d' attention que ce genre de disque nécessite en temps normal. Il y avait bien ces petites intrusions électro bordéliques à la Suicide ou synth pop glacée de Gary Numan mais l' ennuie se pointait parfois. Manquait un truc et l' idée d'un deuxième album prenait les apparence d'un sacré pari, bref ça passait ou ça cassait. La solution la plus simple à prévoir pour leur salut était qu'il sorte de l'emprise unique des Wire pour aller titiller des formations fortement post-punk de leur époque (Iceage ou Savages à l' époque, Ought et Protomartyr à présent). Devinez ce qu'ils ont fait? Ils ont enfoncé le clou mais ces gars là sont particulièrement malins et ne sont absolument pas les pasticheurs/copieurs que l'on pouvait être amené à croire. Du Wire sur ce "Typical system"? Bien sur qu'il y en a musicalement mais c' est surtout l' état d' esprit des anglais artistique et politique qui est d'avantage marqué. Les Wire c'était une déclaration de libertés, politiques et stylistiques (s'inspirer de Syd Barrett donc de Pink Floyd tant honni par les punks juste après 1977 n'était pas chose aisée et même un truc révolutionnaire). Comment s'y sont-ils pris et d' où vient leur talent pour relever ce défi? Tout d' abord il faut découvrir ce qu'est Total Control. Qui sont ces membres par exemple. Déjà une caractéristique saute aux yeux. Ce n'est pas un groupe précisément comme on l' entend mais plutot un collectifs d' artistes aux parcours et aux cultutres diverses et variées.Certains viennent de l' électronica, d' autres du hardcore et du psychédélisme. Il y en a même qui ont bossé (quelle drôle d' idée) avec les chiantissimes Thee oh Sees. Le chanteur est un étudiant en philo et peut faire office de producteur chez DFA(Lace Curtain). Ce ne sont pas de simples perdreaux indie bavant devant les tops historiques de Pitchfork et du NME. Plutot des gars qui en ont dans la caboche, cherchant non pas à faire du Wire pour faire du Wire mais qui préfèrent retenir la mentalité Wire pour faire une musique certes ressemblante mais plus en adéquation avec leur présent. Leur truc à eux avec Wire et l'idéologie post-punk en simple maître à penser, pas à copier. Post-punk ils le sont avec leur immense liberté stylistique absolue (truc que bon nombre de copistes sont incapable). Post-punk dit politique, ils le sont aussi. Volonté de foutre le bordel pour voir ce qu'il adviendra parce que de toute façon "ça ne peut plus durer". Désir délibéré de confusion par justement une alternance de titres très différents les uns aux autres. Chose déjà entr'aperçue chez les Protomartyr de Detroit depuis. L' entame du disque annonce cette alternance anti-confort indie. D'abord "Glass", très planant, motorick et Gary Numan/Ultravox(John Foxx) , puis cette fameuse alternance diabolique, des Buzzcocks avec accélération et ralentissement déboulent avec "Expensive Dogs" et enfin on se retrouve face à l'ogre "Flesh War". Cette batterie Joy Divisionnesque qui martèle son rythme martial puis cette nappe de synthé cinématographique échappée de chez Magazine (Howard Devotto est omniprésent sur ce disque en plus des Wire) et enfin le refrain magistral New Romantic/Synth pop Ultravox . Il y a tout dans ce monstre de "Flesh War" et même même, une certaine idée iconoclasse de New Order!!! La boucle Manchester est bouclée. Et que font Total Control après cette tuerie pop, ben "Systematical Fuck", du post-punk bien bourrin à la "Pink Flag" et à la Swell Maps. Ce coq à l' âne est jouissif et vous ballotte jusqu'à la fin du disque. L'ennuie est congédié face cette dichotomie, ce disque à la fois bizarre et accueillant. Chaque titre , je dis bien chaque titre de ce disque ne peut pas passer inaperçus dans le flot des productions actuelle. Ils sont tous porteur d' une force, une puissance et une évidence qui croient à chaque écoute. Le faussement pépère "Liberal Party" très Devotto donc très Bowie via un saxophone bienvenu, la montagne russe "Two less Jacks" alternant ses violents virages cachés, ses descentes endiablées et ses montées angoissantes. Vous êtes à peine descendu du manège que vous voilà embarqués dans le pétaradant et endurant "Black Spring". Et que dire de ce "The Ferryman" que renierait pas la belle Group Rhoda ou encore ce "Hunter" à faire aller se coucher les Lust For Youth de honte. 3Safety net" peut bien clôturer l' ensemble une seule envie vous prend: RE-COM-MEN-CER !
- En passant: Clap! Clap! Italia ! Deuxième partie
Après les tifosis de la musique brésilienne, Ninos du Brasil, passons à l' autre grand disque italien de 2014. Si les Ninos sont allés explorer les terres de l' autre coté de l' Atlantique, Christiano Crisci, aka Clap! Clap!, s' est contenté de traverser la Méditerranée. Mais, à la différence de beaucoup de faux explorateurs, il ne s'est pas arrêté sur les côtes déjà mille fois fouillées. Lui est allé au plus profond de la culture musicale africaine. Il s' est enfoncé dans les territoires les plus reculés. Bien sûr je vois déjà les culs-bénis se rappliquer et nous balancer leur cynique et réac sentence. "Colonialisme musicale". Truc déjà apparu au sujet de Cut Hands, artiste abordé dans le premier épisode d' "Italia !". "Truc" si hypocrite par rapport à l' histoire du rock que ça ne vaut même pas la peine de s'y attarder. Le seul fait sur lequel on peut s' attarder dans le domaine pillage culturel c'est que Clap! Clap! ne s'est pas accommodé simplement de la version "Graceland" de Paul Simon de l' Afro-pop. Non, son truc à lui ce sont tous les ingrédients. Pas de reliftage pour que ça passe partout. A l'instar de son ep "Tambacouda" Crisci réussit avec son album "Tayi Bebba" une synthèse virevoltante sonnant tout sauf "trop" artificielle. Il y a bien trop d' amour irraisonné derrière tout ça. Avant tout, ce qui le sauve c' est cet énorme travail hauntologique à l'origine de sa musique. L' italien ne s' arrête pas sur une seule culture africaine, sur une seule région géographique, sur une seule époque. Il a pris son temps et est allé au fond des choses. Pas de snobisme reposant sur presque rien et on rêve aller fouiller dans sa collection à la recherche d' ensorcelant trésors. C'est une musique d' avant garde qu' il nous offre. Entre simple travail d' archéologue et d' anthropologue toujours connecté au présent. Ainsi, il lui arrive dans certains titres de nous désigner les résurgences du passé africain dans notre présent. Toutes les polytrythmies issues de la ruralité africaine sont passées à la moulinette de la musique urbaine occidentale. A certains instants un fait nous saute aux yeux. La musique urbaine occidentale et plus particulièrement celle issues de "ghetto" est elle aussi fille de l' afrique. Et peu importe que Crisci tape dans le hip hop, le jazz, la jungle, la culture dancefloor ou autre. Le disque commence par des chants sur fond d'un rythme aquatique (enregistrement d' une lessive collective au bord d'un cours d' eau ?) puis un beat issu d'une boite à rythme moderne prend le relais avec des sonorités électros démultipliant les effets hypnotiques dont étaient pourvues ces polyrythmies à l' origine. Le mariage des deux parait tellement naturel et évident, que jamais, le mot anachronisme traverse votre esprit. Plutot une simple évidence je vous répète. Par exemple certains samples issus du quotidien africain remplacent très logiquement le son de l' armement des uzis symbolique du grime quand Clap! Clap! flirte justement avec ce style à nouveau sur le devant de la scène dans une version futuriste (Logos,Visionnist, Mumdance et Slackk). Clap! Clap! donne une grande leçon d' histoire, musicale, sociale et politique. On doit tant à ce continent. L' écueil du pillage colonialiste est envolé. Et devinez quoi? Quel autre style urbain se retrouve confronté à ses origines africaines? On est chez DWTN alors... Footwork et sa mère putassière, la juke !!! Évidemment. Comment Crisci pourrait faire autrement. C'est aussi un album concept rafraîchissant et surtout pas prétentieux. Le disque est accompagné d'un livret où chaque titre est expliqué avec la carte de cette île déserte imaginaire que l'italien nous propose de visiter, Tayi Bebba. Un titres illustre soit un endroit, un rites ou un évènement de cette île voyageuse qui ne cesse ses allés et venues entre les continents, le passé, le présent et au final, le future. A noter pour les chanceux que Ninos du Brasil et Clap! Clap! seront à l' affiche des Trans musicales de Rennes.
- En passant : Ninos du Brasil, Italia ! première partie.
70 D'abord, la métaphore sportive. Autrefois les amateurs de football nous expliquaient que les Français étaient les Brésiliens d' Europe , théorie souvent accompagnée de son opposé, le foot Italien. Ce dernier étant présenté comme étant t un jeu fermé, hyper opportuniste, pas toujours inventif et où le cynisme et la filouterie régnaient en maîtres. Bref un jeu anti-spectacle très efficace mais chiantissime. Bien sûr ce n'était pas toujours vrai. Et en musique? On ne peut pas dire qu'en rock tout comme en électro l' Italie a brillé sur la scène internationale et le français de base va leur balancer à leur tronche de ritals bouffeurs de spaghettis notre éternel cache-misère bling-bling , Daft Punk. Oui mais voilà, nous sommes en 2014 et ce qui valait le coup il y a de ça 10 ans n'est plus justifié depuis belle lurette. Voici une petite série de deux articles qui vont démontrer que si vous voulez de la fraîcheur, de la joie, du frisson et de la modernité, c'est dorénavant de l'autre coté des Alpes qu'il faut aller. Mais attention, oubliez les mandolines, Rome avec ses temples, l' Italian Disco ou les chanteurs de charme. L' Italie est devenu l' endroit de l' établissement d' une base secrète pour décoller à la conquête et l' exploration des son du monde du 21ème siècle.On l' oublie trop souvent mais autrefois l' Italie a été elle aussi un pays d' aventurier (Marco pollo) et malheureusement aussi une puissance coloniale avec tout ce que celà comportait comme pillage . Ce pays perçu dans l'imaginaire collectif comme magouilleur et un brin fermé sur lui peut parfois receler dans son peuple des individu ouvert d' esprit et possédant un goût prononcé pour la découverte de territoires inconnus. Des individus qui savent s'ouvrir aux cultures étrangères, se les approprier sans que cela ne devienne donc un énième pillage culturel par l' Europe à des fins pas très honnêtes. Première partie: Ninos du Brasil L' italien est , d' après Saint Thiérry Rolland, joueur et farceur. Les deux individus dont on va parler justifient un petit peu le philosophe de la baballe. Etre italiens, nommer un groupe Ninos du Brasil, faire donc dans la percu "do Brasil" et le comble, sortir ses disques chez ...Dominick Farlow. Samba et Batucada chez le pape du dark et de l'indus abrasifs et flippants. Signature donc sur Hospital Production, label si souvent cité dans ce blog . C'est un peu comme si Carlos (le chanteur) avait signé chez Factory Records. Derrière ce pseudo trompe-l'oeil se cachent Nicolas Fortuni et Nico Vascellari, deux jeunes tifosis de culture brésilienne, amoureux -fou de ses rythmes fruits de l' héritage africain de ce pays. Leur "Novos mistérios" réussit l'inimaginable. Les rythmes brésiliens que l'on associe si souvent aux clichés "Soleil-plage-carrioca-string" sont arrachés aux stéréotypes populaires et footballistique pour se retrouver confrontés à l'ère post-industriel européens. Avec eux c'est carnaval dans les usines abandonnées. Si les percussions made in Brasilia semblent être les grandes ordonnatrices de chaque titres nos deux italiens évitent le piège des stéréotypes occidentaux par un travail très subtil dans l'utilisation des sifflets et des voix d'une part et de l'autre l'emploi magistral d'une techno modelant parfaitement l'ensemble. Les voix par exemple, sans chercher à imiter leurs homologue sud américaines, transfigurent la transe originelle de cette musique avec leur coloration dark (donc Hospital Production) et punk . On a l'impression parfois de se retrouver face aux fantôme de ce post-punk que l'on nomma le "tribal revival" porté par les Slits et le Pop Group dans un premier temps puis parfois les fantômes d' Adam The Ants et des Bow wow wow passent dans la pièce. La magnifique pochette du disque avec cette fille de type européens vêtu d'une peau de bête devant un paysage tropical résume bien l'ensemble. Pas de triche, c'est bien des européens qui jouent mais avec respect et en tentant d' apporter leur propre culture (la scène techno hardcore Punk est depuis longtemps très forte en Italie) sans que cela dénature profondément l'originelle. Ce ne sont évidemment pas les premiers a se plonger dans les multiples musiques brésiliennes comme nous le rappelle le titre "Miragem" avec sa rythmique évoquant fortement le Gainsbourg de la BO du film "Le Pacha". En écoutant ce "Novos mistérios" faisant se rencontrer percussions brésilienne et les ambiances dark et noise croisées chez Hospital Productions on ne peut pas éviter de parler du projet Cut Hands de William Bennett, l' échappé de l' asile Whitehouse légendaire formation noise-indus-électro des 80's. Lui aussi est à la recherche de l'hypnose collective comme le sont si souvent les musique originaires d' afrique et les Ninos. On attend avec impatience le troisième volet de ses travaux avec sa musique terriante mariant les traditions de percus d' Afrique Centrale et du folklore Haïtien à son héritage noise. Un résultat à l'impact physique et inconscient énorme. Dans les notes de son dernier single William Bennett y a inclus cette phrase:"Il est dit que les dieux de la mort demandent de vous engager rituellement à chaque battement brulant et intense du tambour de cérémonie".Quoi de plus facile avec Ninos du Brasil et Cut Hands pour se retrouver enfin en transe tout nu dans votre salon. Plus efficace en tout cas que le foot. A ce propos et pour finir évidemment par le cliché ultime et commun au Brésil et à l' Italie. Devant la terrible déconvenue du foot brésilien avec ses stars aux coiffures si travaillées, leurs escadrons de sponsors et leur apolitisme revendiqué, joueurs au football si indigne de celui de leurs aînés ("Faut se réveiller, le foot samba c'est fini depuis près de 20 ans" Didier Roustan Mercredi 8 juillet 2014) voici une petite piqure de rappel signé Ninos du Brasil. En 1982 j' avais 8 ans et le mundial espagnol a marqué l' enfant que j' étais. A part bien sûr l' équipe de France et la fameuse soirée de Séville une autre me fit rèver jusqu'à ce que l'italie ne l' élimine. Il s' agissait bien sûr du Brésil de Zico. Le vrai foot samba. L' autre star de l' équipe c' était Socrates. L' antithèse absolu des joueurs actuels brésilien , technicien/magicien, classe, fêtard et surtout un type politisé qui avait conscience qu'une star du foot a un rôle a jouer autre que celui de pancarte publicitaire et sujet des pages people. Les Ninos ne l'ont pas non plus oublié: Mais maintenant que la boite des souvenirs est ouverte je me rappelle que si. Une fois! L' Italie et son football avait déjà réussit à m'enchanter et évoquer un état second. C'était juste après Séville et la défaite française face aux allemand. En finale ils affrontèrent l' Italie qui se chargea de venger Platini et les siens. On parlait d' état de transe au sujet de la musique des Ninos? Que dire des fameuses images de Tardelli après son but face à ce "salop" de Schumacher.
- En passant: HOLLY HERNDON, encore et encore
Que dire de plus sur l'immense Holly Herndon. Quoi rajouter à ce que je vous ai raconté depuis 3 ans. Ici, par là ou encore here ne sont que quelques exemples. Donc, voilà, la belle Holly est réapparue aujourd' hui. Presque à l'improviste, comme d' habitude. Et une nouvelle fois, le choc est énorme. Gigantesque. Cela s' appelle "Home" et ça parle de la surveillance des peuples et des individus par les appareils d' état via les nouvelles technologies. Mais cessons les bavardages inutiles et place au futur ! Ce single succède à celui issu de sa collaboration avec l' artiste Cauahtemoc Peranda où il était encore question des liens actuels du corps (les mouvements en lieu et place de la voix habituellement) avec l'ordinateur. Quand l' avant-garde tutoie les sommets. Et tant qu'on y est, allez faire un tour du coté de son site, c'est pas mal non plus. http://call.hollyherndon.com/
- Les immanquables, Janvier-Août 2014
Comme vous vous en êtes certainement aperçus DWTN était en pause histoire de recharger les batteries. Afin de palier le retard accumulé voici une petite succession de tops regroupant ce qu'il ne fallait surtout pas louper dans les sorties 2014. Tops prenant en compte la période de janvier à août 2014. Pour la suite on va reprendre nos bonnes vieilles habitude via des chroniques. Mais tout d'abord me voilà bien emmerdé. Par mauvaise habitudes les tops concoctés par bon nombre de fans de musique séparent en règle général les ep des lp et est malencontreusement sous-entendu une supériorité du format long sur les plus courts. Mais cette année y a comme une couille dans le pôtage, une faille à ces préjugés digne d'un bibliothécaire acariâtres coincé du cul . Et quel faille! La faille signée Demdike Stare. A la question "quel est le meilleur disque," je réponds non pas par un album dit classique mais par leurs 6 récents ep's. 6 ep, deux titres chacun, soit 12 titres. 12 putains de titres révolutionnaires, aventureux et bousculant nos habitudes d'auditeur. Bien sûr les fans du duo de Manchester vont me rétorquer que leur série des Testpressing a débuté il y a tout juste un an et que j' avais déjà classé les 4 premiers numéros dans le top de fin d' année. Mais seulement voilà, ces 4 premiers ep ont été suivis par deux autres encore plus fort. Les numéros 5 et 6 apportent à l'ensemble encore plus de relief et un éclairage nouveau. Qu' ai-je donc fais alors pour en remettre une couche? Tout simplement je les ai compilé dans un seul fichier pour mon lecteur mp3 et c'est révélé le truc ! Alors qu'il ne s' agissait à l'origine qu'une suite d' enregistrements effectués en plusieurs sessions échelonnées sur un laps de temps plus long que celui d'un album dit classique, une accumulation de pistes de travail pas toujours proches les une des autres stylistiquement, la série des testpressing frappe par sa cohérence, la force et le talent ainsi démontrés. Demdike Stare ne sortira pas d' album cette année (quoique avec eux on est jamais sûr de rien) mais l'ensemble peut former à coup sûr un album susceptible d' être pour beaucoup l' album de l' année. Mais trêve de blabla, que Demdike Stare soit un énorme groupe on le savait déjà depuis leurs premiers disques et DWTN va donc très prochainement revenir sur l' oeuvre déjà colossale offerte en à peine 5 ans, et bien évidemment, sur l' influence gigantesque sur leurs contemporains et le futur. Influence qui transparaît plus que jamais dans les tops qui suivent et la petite compile qui va avec. OBLIGATOIRE : DEMDIKE STARE TESTPRESSING #1,#2,#3,#4,#5 & #6 ACTRESS Ghettoville THE BODY I shall die here COPELAND Because i'm worth it FENNESZ Bécs JERRY PAPER Feels emotions PURE X Angel TRAXMAN Da mind of traxman vol.2 SUN KILL MOON Benji BEN FROST Aurora SWANS To be kind FATIMA AL QADIRI Asiatisch SD LAIKA That's hara kiri TODD TERJE It's album time MILLIE & ANDREA Drop the vowels CARLA BOZULICH Boy WILD BEASTS Present tense PERC The power & the glory EOMAC Spectre EAST INDIA SOUTH Total strife forever NINOS DU BRASIL Novos mistérios PATTEN Estoile naiant GOOD WILLSMITH The honeymoon workbook THUG ENTRANCER Deaft after life III PROTOMARTYR Under color of official life TOTAL CONTROL Typical system OUGHT More than any other day SHABAZZ PALACES Lese majesty FKA TWIGS LP1 YOUNG FATHER S Dead GRUMBLING FUR Preternatural LAWRENCE ENGLISH Wilderness of mirrors UNTOLD Black light spiral STREET GNAR Blue healer RUSTIE Green language JAMES FERRARO Suki girlz Ep's CONTAINER Adhesive HOLLY HERNDON Chorus ONEOHTRIX POINT NEVER Commissions I VISIONIST I'm fine part 2 SEVENDEATH Concreté misery POWELL Body music SOPHIE Lemonade SCAMMERS Songs of suspect origin TRIPLETRAIN Lights of the city EVIAN CHRIST Whaterfall SHACKLETON Freezing opening thawing DJ RASHAD We on 1 MUMDANCE Take time LEE GAMBLE Kuang BOK BOK Your charizmatic self HELM The Hollow organ DAT OVEN Icy lake LIL JABBA Gully Plus 5 mixtape, compilation, reéditions et live: TASO Teklife till tha next life TONSTARTSBANDHT Oversens V/VM (LEYLAND KIRBY) The deaf of rave HYPERDUB 10.1 EQ WHY Chitokyo mixtape Bonus: Le disque bourrin mille fois entendu qui vole pas haut mais qui est totalement jouissif et surprenant par endroit. La faille temporelle écoutée des dizaines de fois dont j'ai honte mais qui est si jouissive avec ses 4 ou 5 tubes imparables. TEMPLE "Sun Structure"
- ROUTE DU ROCK 2014 : Retour aux racines.
Satanée Route du Rock. Voilà 19 ans qu'elle me pousse chaque année à me taper 1200 km, à braver la chaleur et la poussière (si si c'est arrivé !) , les coups de soleil, et parfois. De temps en temps. Brièvement. Subrepticement.Un soupçon de boue, de pluie et de froid. Mais voilà, chaque année c'est plus fort que moi faut que je traîne mes guêtres et mes vieilles kickers dans le Fort Saint Père. Avant même qu'elle ne débute l' édition 2014 avait une saveur bien particulière et ma motivation pour m'y rendre me sembla passablement émoussée. La RDR ce n'est pas seulement pour moi une vieille coutume à respecter via une petite virée ludique estivale , c'est aussi une sorte de retour au source nécessaire. Un truc vitale. Renouer avec mes racines d'indie-boy du début 90's, avec ma jeunesse, ce trop bref et essentiel instant ou bien des choses se mettent en place pour une vie. Mais cette année une sale inclinaison apparaissait. C'est que cette petite salope couvait aux tréfonds de mon cerveau depuis quelques année. Petit à petit. Lentement mais sûrement. Cette sale chose que l'on nomme la lassitude. On change en 20 ans. Les goûts, les envies, la prise de recule que produit le vieillissement. Le moment de tourner la page était-il venu ? Une dernière "pour la route" et puis la RDR devait rentrer au cimetière des souvenirs? La sensation peu enthousiasmante que cette année je devrai tellement faire preuve d'indulgence tellement ça s' annonçait tranquillou. La raison? Des artistes aux styles trop connus et entendus par le vieil indie-boy. Un multitude groupes revivalistes entre-coupé de bons moments trop prévisibles. Pas vraiment blasé votre DWTN, tout juste désireux de bien plus de surprises, de grosses claques, d' autres sonorités, mais seulement voilà. Ces derniers temps, elles provenaient d' autres musiques absentes en grande partie à la RDR. Doit-on blâmer les géniaux organisateurs? Non. La programmation 2014 était parfaite parce que totalement représentative de la scène indie actuelle. Et c'est déjà une bonne chose et pas si courant. Pas de grosse faute de goût dans la programmation pour attirer le chaland. J' étais donc partagé entre la tristesse de n'être plus trop raccord avec ce festival qui m'a vu évoluer, qui avait participer à mon éducation musicale et ainsi jouer un grand rôle dans mes passions actuelles si éloignée en apparence. Mais. Les vicieux organisateurs se chargèrent de me faire revoir ma copie. De me bousculer. Chose essentielle quand la quarantaine se pointe. Ma participation cette année (comme les plus récentes) m' évoqua donc ce que l'on ressent en rencontrant le temps d'un enterrement votre vieux copain d' enfance resté au village pendant que vous parcouriez le monde. Lui vous attend au bord du ruisseau qui a vu vos premiers jeux, vos premiers coup de coeur, et vous par de nouvelles rencontres, la découverte de contrée inconnue vous aviez changé. Mais c'est votre "pote", votre village. Pas toujours raccord mais un sentiment profond d' attachement à ce putain de village et à votre pote qui ne vous lache pas. Vous leur devez tant! On cherche toujours un peu qui on est à 40 ans, ce retour au source redevenait plus qu'une évidence. Le coup vicieux des organisateurs de la RDR intervient ici. Était aussi présente cette année la fille que vous et votre copain avait vainement tenté de séduire autrefois. Un amour de jeunesse comme disent les gens. La seule capable de foutre la merde dans votre solide amitié d' enfant. Et cette édition pris du coup une saveur toute singulière. Beth. Beth la fille inaccessible venu de Bristol. Beth et ses deux copains. Qu' étaient-ils devenus ces êtres humains qui vous avaient tant bouleversé autrefois? Ébranlé au point que très certainement dans vos envies, vos désirs, vos coups de coeurs qui suivirent il y avait toujours un peu d' eux. Portishead... Quand, parfois, émotions, franchise et expérimentations touchent tous les publiques. Il y avait aussi cette année les autres anglais de Readings. Ceux que les autres gamins du village trouvaient un brin chochottes à l' époque mais que vous et votre pote adoriez fréquenter, discrètement, pour ne pas vous taper la honte. Et puis d'autres nouveaux venus dans le village se sont chargés d'enfoncer le clou. Et ce qui devait n'être qu'une vieille habitude de vieux con un peu blasé et déçu que la musique qui le branche actuellement ne soit pas représentée est devenue une divine surprise. Et un éclairage sur le rapport de mes coups de coeurs du passés tant de fois rencontrés dans ce vieux fort et ceux du moment. Le point commun? L'émotion et la sensibilité ressenties face à la musique de ceux qui ne trichent pas, ne pose pas ou ne se contentent pas de répéter grossièrement ce qui a déjà été dit sans vraiment aller au fond des choses. Ceux qui innovent ou ceux accroché un peu trop à un passé glorieux mais qui ont la sincérités des fous un peu largués. Ceux qui vous enrichissent et vous rendent la vie encore plus savoureuse qu'elle ne l'est. Qui, même parfois, sauvent des vies. Un regard. C'est parfois juste ce qu'il faut pour se sentir vivant. Un simple regard qui ne vous est même pas adressé. C'est que je retiens du premier concert de cette RDR 2014 lors de la soirée inaugurale à La Nouvelle Vague. La bouille et les yeux perçant de Tim Beeler nous balançant à la tronche avec assurance ses chansons teintée à la fois d'une tristesse et d'une euphorie contagieuse . Une espèce de mix physique du chanteur des Undertones et de Jarvis Coker. Sa voix y fait aussi et les ombres de Tom Verlaine (Television) et de David Byrne (Talking Heads) planèrent un bon moment sur la scène. Encore une fois une jeune formation désirant ne pas offrir un énième pastiche indie a puisé dans le post-punk pour coller aux temps présents et ne pas sonner faux. Comme Savages et Iceage les années précédentes, l'aspect politique et sociale du moment vous saute à la gueule sans que ce soit réellement affiché (ils ne sont pas chez Constellation pour rien). Morceaux raccourcis ou accélérés, bassiste hallucinant, leur bouillie lorgnant sur Talking Heads et Gang of Four évoque les grandes heures du post-punk. Et ce putain de violon à la John Cale du Velvet qui rapplique de temps en temps histoire de atténuer le charisme omniprésent de Beeler et ainsi d' ajouter un peu plus de complexité. Un certain trouble. Ought, première grande révélation scénique de 2014. Et voici que déboule l'un des plus grands chanteurs de notre époque pour nous offrir ses oeuvres en solo, Hamilton Leithauser des Walkmen, . Là pas de surprises, concert envoûtant grace à cette façon si particulière de chanter. Sa volonté de sonner comme un crooner jazzy à la Paul Newman malgré une voix frêle et fragile qui évoquerait bien plus une formation punk. Un Frank Sinatra toujours à la limite de partir dans des vocalises à la Yoko Ono. La musique quant à elle perdit justement son aspect jazzy au profit d'un son plus lo-fi/rock. Bref plus Walkmen sans que cela fasse non plus du Walkmen de deuxième main. Parfait. Pour finir la soirée d'ouverture vint le tour de François & The Atlas Montain. Deuxième tentative personnelle d' être convaincu en live par leurs chansons évoquant bien trop un Dominique A s' accouplant avec Animal Collective et de temps en temps "!!! " (quand l' électro prend le pas sur les percussions traditionnelles). Bon ben, deuxième rendez-vous manqué, et toujours cette impression d' avoir en face de moi un jolie patchwork de multiples influences bien trop identifiables et assemblées trop grossièrement. Et ce malgré quelques rares bons moments quand le groupe décide de s' assagir. Le brave François a beau tellement se démener qu'au bout d'un moment sa volonté de communier avec les spectateurs le poussa à en faire trop sur scène et me fit penser (par un simple petit air de ressemblance physique surtout ) au ...Claude François des début qui compensait sa petite taille par une démonstration saut de cabri. Toute proportions gardées bien sûr. Et vas-y que je te saute partout. Usant à suivre par contraste quand la musique vous semble mille fois entendue ces dernières années. Le jeudi ce bon vieux fort Saint Père nous ouvrait ses portes sur une mer de boue. Retour en enfance garanti avec l' irrésistible plaisir de patauger dans la mélasse et les flaques grace à l'une des plus grandes invention de l' être humain, la botte! J' arrive juste à temps pour déguster le premier concert, celui d' Angel Olsen. Agréable en live, moins fragile que sur disque, plus rock et belliqueux. Pas Pj ni Cat Power comme certains hypsters publicitaires/journalistes nous l'avait annoncé mais juste Olgen Olsen nous offrant son folk-rock et c' était déjà bien de rester soi-même et de ne pas chercher à être une autre. Surtout avec une serviette grotesque sur la tête pendant le concert. Et voilà la séquence du festival la plus appréhendée par votre serviteur progressiste-moderniste .The War on Drugs-Kurt Vile-Real Estate-Thee oh Sees. L' américana 70's Dylannesque/Neil Young à la sauce cool californienne trop prononcée des deux premiers me faisait frémir d'angoisse. Allais-je m'ennuyer fermement devant cette musique certes bien foutu mais mille fois entendu des WOD, devant le songwritting lui aussi si parfait mais si gentillé et ressassé de Vile? Ce dernier a fait son truc et je me suis fait chier pour la faire simple. C'est bien fait, ça c'est sûr, mais il aurait pu aussi bien être remplacé par bon nombre de ses contemporains que l'on aurait rien à trouver à redire. Interchangeable, le défaut de la plus part des formations dites indies de nos jours. Seule la fin de son concert prit une toute autre dimension. Cette grande gigue aux cheveux long se secoua un petit peu. Plus concentré sur le son que sur le spectacle sur scène je sursauta. Enfin il se passait un truc! Un coup d' oeil sur la grande scène et je compris la raison de mon petit regain d' intérêt. Adam Granduciel de la précédente formation de Vile(les War on Drugs) l' avait rejoint. Fin de set plus intéressante car du coup plus rugueuse et improvisée. Merci Adam. Mais surtout mille fois merci pour ta prestation et celle des War on Drugs qui offrirent eux aussi une dimension plus importante et forte à cette musique sinueuse mais sans réelles surprises sur disque. Les deux autres formations de cette succession de redite et de revival en tout genre n'atteignirent pas la réussite des War on Drugs. Real Estate me gava de leurs tricotages de guitares et me fit regretter encore plus les regrettés Sneetches qui savaient alterner de vraies tueries et douceurs jangle-pop des plages. Mes chouchous de Pure X auraient pu très bien faire l' affaire, frisson garanti. Quant aux inexplicablement acclamés par beaucoup, Thee oh Sees ils ont réussi l'impensable, me faire regretter Hanni El Kathib et son garage lambda. Bon j' exagère mais si leur concert chiantissime nous a été utile c'est juste pour nous prouver deux ou trois évidences. Leurs titres garage confirment que ce style s' apparente dorénavant à du touche-pipi de garçon trop longtemps restés solitaires chez maman. Un truc trop coupé du présent et qui malgré toute l' énergie qu'ils y mettent devient une sorte d' artefact du passé glorieux rock'n'rollesque. Le psychédélisme à contrario est toujours bien plus passionnant en 2014 tant les titres du genre sauvèrent ce qui pouvait l' être de ce bordel niais et pastiche. Tercio, un solo de saxo me rappela l'une des raisons pour lesquelles le garage m'emmerde. Le garage n'est plus synonyme de rebellion et d' aventure. Un solo si sâge au point de vous faire passer une impro de Charly Oleg ou Richard Cléderman pour le free-jazz félé de "l' Assencion" de Coltrane. Le salut du garage passera par plus d' expérimentation et de prise de risque. N'est pas Ty Segal qui veut. C'est donc la tête basse que je quittai la grande scène sous la bouillie light des Thee oh Sees pour me présenter devant ces espèces d' hooligans politisés de la Fat White Family. "Du bon vieux rock à la sauce The Fall". Je sais, dans ma bouche et après ce que j' ai dit des précédents ça fait bizarre mais ces affreux branleurs ont un truc. Drapeau et badge Palestiniens sur scènes. Torse nu, acte très punk s'il en est et surtout à portée moins caricaturale et anticonformiste indie en Angleterre qu'en France. Des groupes anglais torse-poile sur scène c'est pas si fréquent que ça au pays de la pose vestimentaire et du total look en une du NME. L'anglais est pudique. J'avais bien vu autrefois le Bretounet de Suède se caresser le téton aux Trans mais si c'était sensé être "sensuel" ça devenait franchement rigolo et un brin pathétique. Revenons à nos fouteurs de merdes du jour. Critique ouverte et judicieuse de la société, donc contenu politique sans tomber dans la démagogie que nous avons connus que bien trop chez nous et surtout une puissance et une présence gigantesque sur scène. Un groupe capable de mettre l' anarchie à tout moment et d' entraîner votre grand mère dans une guérilla civile. Le chanteur a lui aussi le truc comme celui des Ought avec son regard ensorcellé. Torse poil donc, assez vite il bouscula la foule, une foule qui inconsciemment n' attendait que cela après les gentillesses nostalgiques supportées auparavant. Et ainsi, devant autant d' innocence et de sincérité revigorante les premiers rangs de la petite scène prirent les allures du kop d' Ansfield à Liverpool dans les 70's. Vague humaines et choeurs reprenant les paroles du groupes. Grand moment de communion collective (parfois ça fait du bien) qui avait le mérite de faire oublier la vacuité des Thee oh Sees. La vraie tête d' affiche pouvait enfin s' emparer du fort. Caribou ! Set parfait, carré et jouissif même si une nouvelle fois les morceaux les plus pop avait tendance à faire retomber mon engouement. Mais super concert tout de même. Au sujet du projet de Dan Sneith petit avertissement. Le prochain disque risque en déboussoler certains avec son petit coté r'n'b et son aspect fourre-tout. Darkside clôtura cette première soirée et malgré un début plus pêchu que sur leur disque surestimé à mon goût (eux aussi tout sauf réellement aventureux, on veut DEMDIKE STARE ou Tim Hecker !!!, ça au moins c'est l' aventure), Jaar et son pôte ne réussirent pas à me retenir et je quittai le fort pétrifié par le froid . Vendredi 15 aout 2014. Pour tous les aficionados de la RDR ce jour là restera gravé comme l'une des dates phares dans l'histoire de ce festival. Avis d' expert j'ose dire. C'était un peu prévu mais ça dépassa mes espérances. Ce deuxième jour avec sa succession de formations légendaires et de nouveaux venus prometteurs s' annonçait gargantuesque et ce le fut! Et comme tout moment légendaire ça commença par de l'imprévu. Ouverture des portes tardive et foules grincheuse qu'à 18h35 au lieu de 18h. Dommage pour les Cheathas qui entamèrent leur set devant trois pelés et un basque. Cette formation so 90's-shoegaze me surprit bien plus sur scène que sur leur disque un tantinet trop scolaire, jolie travail de vacance pour la classe préparatoire section MBV-Teenage Fanclub. Convaincu et même plus par ces Londoniens. Le shoegaze avec cette passion et cette honnêteté ça passera toujours ! Pour une bonne soirée légendaire il faut en plus de l'imprévu et l' effet montagne russe(on félicitera la paille disposé sur la boue du fort qui rajoutait un petit air de souvenir d' enfance campagnard) . Histoire de bien apprécier les sommets qui nous attendait. Et pour cela faut donc de la médiocrité, les bas que malheureusement la musique peut nous nous offrir. Dès l'entame du deuxième concert un bon ami basque me lança cette remarque à propos de la chanteuse qui se présentait à nous : "Elle est jolie mais tu ne trouves pas qu'elle a une bouche bizarre????". Cette phrase me hanta pendant toute la prestation d' Anna Calvi renommée par le contingent Gorrèzien "Annie Calva". Et c'est vrai qu'à l'image de l'alcool normand ce concert me laissa dans un état proche de celui après un abus d'un tord boyaux en version frelaté bas de gamme. Trop fort en degré et sans saveur. Et puis cette bouche. Cette bouche tordu quand elle nous assène ses vocalises plus que de raison. Cette mimique du visage qui vous donne l'impression que votre interlocuteur est trop sûr de lui en vous assénant son savoir faire et ses vérités toute faites. Annie Calva sait qu'elle chante bien et qu'elle est virtuose de la guitare. Et c'est ça son problème. Je n'ai rien contre Annie Calva mais cette fameuse torsion m' évoque (toute proportions gardées bien sûr) celle d'un homme politique français d' extrême droite que vous connaissez tous que trop bien. Cette espèce de dédain de l' autre et cette arrogance qui transpire à travers ces lèvres. Chez Anna Calvi cette torsion était amplifiée par un trop plein de rouge à lèvre. Et bien la description de la bouche de cette nana va très bien pour celle de son concert et sa musique. Quand je pense que l'on nous la vendit pour un mélange de Jeff Buckley et de Pj Harvey. Quel horrible mensonge. Si une petite partie du public s' égara les phrases chocs et sentencieuses giclèrent tout au long de son set autour de moi. "parfaite pour The Voice","Starac", le "c'est charmant au début puis casse-couille" qui résume bien la tournure que prend sa carrière, "Anna Satriani" devant ses solos inutiles et cache misère. Parce que c'est bien cela qui me surprit au point que ce qui devait rester dans le domaine de l' anecdotique rencontra ma colère. Colère face à ces chansons assénées de gré et de force, chansons tape à l'oeil passéistes dénuées d' émotion véritable. "Elle trouvera un bon producteur et touchera le grand public". Propos juste et probablement prophétique. Il y a des concerts qui vous bousculent par leur puissance, celui d' Anna Calvi m'a agressé par son aspect "marchande de poisson" à la criée. Pauvre bon vieux fort Saint Père. Il n' avait pas mérité ça ce Fort tant chéri. Fort outragé, Fort brisé, Fort martyrisé, mais Fort libéré ! Libéré par lui même et, avec le soutien de nos alliés ricains de la "Motor city"(Detroit). Manchester pour nous raconter sa misère post-indus avait The Fall & Joy Division et bien la cité bien mal en point et si représentative des tensions sociales de ce grand pays et de son rève illusoire, celle qui a enfanté le MC5 et les Stooges a dorénavant Protomartyr. Cherchez pas. Avec Ought et Total Control (oublié malheureusement par la RDR ) les Protomartyr ont pondu l'un des trois meilleurs disques "post-punk moderne" en 2014. C'est sans chichis, les titres déjà fort sur disque voient leur puissance démultiplié et là aussi à l' instar de Ought le chanteur par sa seul présence y fait beaucoup. Petit costume à Mark E Smith, mimiques épileptique/alcoolique mais plus contenues que chez Ian Curtis et Mark E Smith, canette collé à la main pendant que l'autre est au fond de la poche. Cette voix au lyrisme envoûtant pas si prévisible dans ce style punk et fortement inspirée par la littérature du 20ème siècle (comme chez Mark E Smith). Entre agressivité et nonchalance. No compromis. L' antithèse de ce qui les avait précédé, l' aboyeuse de cabaret. Simple, tout sauf excès de virtuosité, énergie non surjouée scéniquement comme chez Thee Oh see. Grand. Très grands les Protomartyr avec leur alternance de titres sous amphets, leur petit penchant Wire/pop et ces rythmes de batterie répétitifs Joy Divisionnesque à faire palir Stephen Morris. Et comble, la basse évite judicieusement de faire trop "Hookie". Et voilà! Les 15000 personnes présents ce soir-là venaient de prendre la direction des étoiles avec la détonation nécessaire au décollage des artificiers de Protomartyr. A peine remis de tout ces jets encaissés nous voilà traversant les nuages shoegaze de la stratosphère à la rencontre des pépites des Slowdive reformés. Le moteur principal s' était décroché et les deux auxiliaires prenait le relais pour pour de progressive mais puissante accélération. Enfin je les voyais. 20 ans d' attente. Les franges sont plus courtes pour cacher le regard , le look shoegaze 90's a disparu mais l' émotion est bel et bien la même que celle espérée quand l' ado que j' étais fantasmait dans sa chambrette au son de leur musique une impossible rencontre live. Pas d' inédit ou de relecture modernisée. Peu importe. Ces chansons, ce son (parfait), ce mélange jubilatoire de sensibilité adolescente et d'envolée noisy demeure fantastique. Et dire que Slowdive avait mauvaise presse à leur début. Trop "moux" à ce qui parait. Pfffff. Même 20 ans après cet argument était revenu devant leur prestation à Primavera. Foutaise ! Bel revanche et beaucoup parmi la foule ne connaissant que peu ou pas cette formation, trop longtemps restée dans l' ombre de My Bloody et de Ride, prirent une sacrée claque. Justice est faite. Merveilleux. Et après la stratosphère , c' est l'espace, les étoiles et son éternité. 1998-2014. 16 ans séparent ces deux années. Quand on me demandait mon meilleur souvenir de 19 ans de RDR je répondais : 1998! PJ Harvey, Spiritualized et Portishead. Vous n'avez qu'à lire mes souvenirs par ici http://dancingwiththenoise.blogspot.fr/2012/06/48-56-88-n-1-92-57-o-troisieme.html . Mais 16 ans c'est long, nous avons le temps de changer, nous et eux, ces trois humains en provenance de Bristol. Et la crainte s' empara de moi. Ce ne pouvait pas être aussi fort qu'en 98. Impossible et du coup une légère déception viendrait et je serais obligé tel un vieux con de dire "c' était mieux avant". Et puis ils arrivèrent au son du Badalamenti de Twin Peaks. Le longiligne derrière ses machine, le gaillard derrière sa guitare et ...elle. ELLE. Ce petit être caché dans son sweet à capuche qui pourrait passer inaperçu sauf que. Elle a tellement à nous raconter la Beth. L' amour de notre jeunesse à moi et mes potes. La revoilà donc. Inchangée et cette simplicité, cette fragilité et cette émotion qui balaye tout sur son passage. Comme en 98 les même images, les même sensations. Ces fêtard bourrés qui dessaoulent pour finalement chialer en cherchant leur mère. Ces centaines de regards autour de moi hypnotisés par autant d' humanité. Ces couples qui éprouvent le besoin de se serrer l'un à l' autre pour vivre ensemble le grand moment. Cette musique qui est tout. TOUT. Un profond silence religieux s' est abattu sur 15000 personnes. La même communion collective qu'en 98. Une seule différence. C'est encore mieux artistiquement en 2014. Les titres de "Third" y sont pour beaucoup par leur diversité. On est parfois bercé de douceur qui émane d' elle puis bousculé par ses blessures et par la tension qui se dégage de leur musique. Les vieux morceaux retravaillés discrètement explosent toujours dans notre corps, au plus profond de notre âme, boostés qu'ils sont par les plus récents. Il y a même un que je n' ai pas identifié, une sorte de truc électro à la Factory Floor avec le chant de Beth. Imparable (un inédit? je sais pas et je m'en tape!). Certes très carré et à la fois profondément HUMAIN ! Vivre l' instant présent. Penser à ses deux amours restés à la maison et ce dire que vous êtes impardonnable de ne pas les avoir amené pour ce grand moment de VIE. Et à la fin? A la fin Beth passa toucher les mains des premiers rangs sans que cela fasse "showbiz" et dans les yeux des chanceux ce n' était pas de l' idolâtrie stupide mais juste le sentiment de réconfort qu' un enfant ressent quand il revoit ses parents après une trop longue séparation. Merci Portishead. Et ce n'était pas fini ! Manquait un brin de folie et de rites sorciers d'un autre âge. Pas de problème. les Liars déboulèrent avec ce grand dadais énervacé d'Angus Andrew. Visage caché par une cagoule de catcheur latino plus ou moins raccord avec la pochette du dernier Lp. A mes cotés un "méga" fin connaisseur de la cause musicale depuis longtemps tique et maugrée (quand je pense que ce salop a vu les Cocteau Twins en 84 à Bourges). L' excentricité vestimentaire d' Andrew lui rappelle une pochette de Cabaret Voltaire, celle du visage masqué par des bandes. Je devrais dire une nouvelle fois, depuis leur virage électro, les Liars évoquent à lui comme à votre serviteur la légendaire formation de Sheffield. Tout au long d'un concert typique du groupe, démarrage lent puis solide montée en puissance jusqu'à atteindre la transe, les rythmes martiaux et les incantations d' Andrew citeront les Voltaires mais également les DAF. Et dire qu'un pauvre critique à coté de la plaque (pour rester poli) avait défini ces rythmes de: "Bass music de stade". Donc DAF et Cabaret Voltaire musique de stade, doivent bien se marrer les teutons et les anglais. Ce poseur scribouillard devrait se contentait de nous donner son avis via le vocabulaire météo, "Ensoleillé", "pluvieux", "maussade". Vocabulaire qu'il manie très bien au demeurant. Les Liars et leur musique nous égarent donc par instant une nouvelles fois, mais rien de plus logique chez eux car on retrouve face à leur live le néant spirituel (thème récurrents chez eux), les pertes de valeurs et de sens de notre époque. Le "méga" vieux routiers a raison, "Mess" n'est certainement pas LE disque électro de l'année et ne fait pas preuve d' originalité (on pense aussi souvent au Factory Floor des débuts) mais les Liars sont un grand groupe parce qu'avant tout intègre et foncièrement post-punk. Se réinventer sans cesse, oser l' aventure et surtout, eux aussi ont su capter parfaitement leur époque et l' actualité musicale. Devant Young ce soir-là j'ai pensé à tout ces trucs dark que j' adore écouter depuis des mois, les Demdike Stare, Vatican Shadows, Perc, Container, Eomac, Powell, Haxan Cloak entre autres. Si les Liars jettent une oreille dessus alors ça peut faire très mal. Ou très peur. Avant eux Metz nous balança leurs larsens et leur rage à la tronche mais anéanti par tout ce qui était déjà arrivé je n'écouta que d'une oreille , suffisamment pour constater que bizarrement et anormalement le courant ne passe pas entre leur musique et moi. Et enfin cette folle soirée se termina par Moderat. Une clôture trop gentille tellement la réunion de Modeselektor et d' Apparat ne me convainquit toujours pas et me fit regretter encore plus de ne pas les revoir live chacun de leur coté. Le dernier jour arriva bien trop vite. Encore sonné de la veille je passa un excellent moment familiale pendant le set de Pégaze sur la plage Bon-secours. Concert agréable mais sans surprises. Retour au fort et une peste américaine me balance une grosse mandale punk dans ma tronche de quadra. Comme si la veille n'avait pas suffit. Meredith Graves et ses Perfect Pussy assurent sur scène et confirment tout le bien que l'on pensait de leur album bourrin mais terriblement jouissif. Court et puissant, tout ce qu'il faut. La paille avait séché et donc c'est tranquillement affalé par terre que je dégusta la suite. Après l'intensité de la veille fallait bien ça pour s'en remettre. L' idole clownesque indie Mac Demarco et sa musique se révélèrent parfaits. Son songwritting est tout ce qu'il y de plus classique mais sous le soleil et le traditionnel passage de montgolfières au-dessus de la scène il était tout à fait adéquat. Mais je ne comprend toujours pas à l'instar des War On Drugs et Kurt Vile l'engouement qu'il suscite chez certains. Le songwritting est parfait mais toujours cette sensation que cette musique amène plus une sorte d' enfermement qu'une épanouissante joie de vivre et envie de bouger. Baxter Dury lui succéda et tout ce que je peux vous dire de ce que j'ai retenu c'est le costard de son guitariste, la jeunesse de ses choristes, et surtout que sa pop so chic est parfaite pour les apéritifs dînatoires. Bref, vite mangé, vite oublié et limite bourratif. M' échappant de ma léthargie dans laquelle les deux derniers concerts m'avaient plongé je me dirigeai vers la petite scène pour aborder le cas Toy. Petite scène encore cette année quasi inabordable à cause de son succès chez les spectateurs de la RDR bien plus assoiffés de nouveautés et de découvertes musicales qu' ailleurs. Si je désigne Toy par le terme de "Cas" c'est parce que vraiment avec certaines personnes ils furent sujet à palabres, débats et réflexion sans fin. Concert réussi qui rattrapa ma petite déception produite par leur deuxième album. Mais ce groupe a au moins le mérite de chercher et comme vous le savez "on ne fait pas d'omelette sans...". Si Toy se gaufre un peu sur disque la scène nous prouva qu' avec un peu de chance ils peuvent un jour taper très fort en réinventant l'union du krautrock et du psychédélisme. Mon réveil corporel et cérébral enfin obtenu il était temps de se préparer à ce qui allait suivre. Et ce qui allait suivre fut une nouvelle fois sujet comme Toy à palabres et polémiques mais avec encore plus d'intensité. Et surtout à beaucoup, beaucoup de réflexions à n'en plus finir. Temples, gros gros sujet que ces gamins perdus dans une faille spatio temporelle (déjà abordé dans ce blog). Le concert? Parfait et même plus que parfait. L'un des meilleurs de la RDR 2014. De toute façon face à de telles chansons, à ce niveau au-dessus de la moyenne de songwritting comme ne pas craquer. Faut être de mauvaise fois. Cette formidable capacité à surprendre et à nous faire décoller avec des éléments que trop bien connus depuis des lustres. Faire du neuf avec du vieux est-ce possible? Oui quand on a donc le talent et la compétence en terme de songwritting et surtout, surtout, l' honnêteté des fous. Est-on dans le pastiche? Oui mais alors le pastiche élevé au rang d'oeuvre d' art. Pour moi les Temples vivent dans un no man's land inconnu jusqu'à présent. Un territoire abstrait qui séparerait la pop et le rock de ces courants tant chéris et abordés ici que sont l' Hauntologie (Demdike Stare, Leyland Kirby,Focus Group, Belbury Poly) et l' hypnagogic-pop (James Ferraro, Ariel Pink). Deux courants qui abordent franchement notre relation actuel avec le pesant passé de la pop-music. Et puis cette idée qui flottait au-dessus d'un public scotchée devant cette commémoration d'un "âge d'or". Une fausse idée qui voudrait nous faire croire que cet âge d' or musicale (les 60's) est lointain , inaccessible. On a beau savoir qu'il y eut bien d' autres choses depuis mais dans l' inconscient collectif cette période portera en elle le charme trompeur des premières fois réussies. Quand la pop music changea le monde. Avec leur total look Pink Floyd 68/T-rex 71 ces type peuvent passer pour des pauvres fêlés simple imitateur. Les Parick Sébastien du psychédélisme. Mais des fêlés géniaux. Le phénomène revival tant honni par votre serviteur touche là son summum mais à la fois trouve une certaine justification. Tant que n' apparaissent pas une quinzaine de Temples suiveurs maîtrisant beaucoup moins les influences. Les Temples ne sont pas des faiseurs, juste les Robert Johnston du revival (ce dernier ne se gênait pas pour piller le répertoire Beatles). Petite réflexion. La réaction du public fut tranché, on aime ou on aime pas ce truc psyché nostalgique des 60's. D'ailleurs, y'a-t-il de la nostalgie? Non, pas vaiment, je crois que les Temples ne se posent même plus la question tellement ils sont à fond dans leur truc. Et me voilà le temps d'une soirée devenu le défenseur de la cause revival à la stupéfaction de certains. Temples l' exception à la règle? Mais je voudrai interroger mes contradicteurs d'un soir. Pourquoi vos arguments je ne les ai pas autant entendu pendant The War On Drugs, Kurt Vile, Thee oh Sees, Anna Calvi, Real Estate, les Cheathas, Perfect Pussy, Baxter Dury, Toy, Mac Demarco? Je vous trouve bien de mauvaise fois vous qui vous vous vautrez à la moindre occase pour aller voir pour la 45 ème fois les Pixies ne jouant pendant près de 10 que les titres de leur âge d'or. Si ça c'est pas nostalgique et être un petit peu coupé de notre présent. Parce que toutes les formations citées présentes à la route du rock, absolument toutes, sont à classer sous les termes de revival/rétromanie. Toutes tapent dans des référence vieilles d' au moins 30, 40 ans. L' an dernier le hollandais Jacco Gardner n' avait pas autant sucité autant de levée de bouclier. D'ici quelques semaines tout le monde va aller se vautrer dans le prochain Foxygen avec moins d' état d' âme. Quelle différence avec les Temples? Peut-être trop lookés? Peut-trop anglais? Quelle est la faute des Temples? Simplement de choisir une période à peine plus éloignée de 10 années des autres, mais un style tellement caractéristique et donc tellement caricaturé plus ou moins mal depuis des années, un machin que bien trop facilement assimilable à son époque (je répète, que nous regrettons, consciemment ou pas, à tord ou à raison). Osent-il un sacrilège à vos oreilles? Ils s' attaque donc aux 60's que la plus part d' entre nous n' avons pas connu. Et ils assument totalement comme ne savent le faire que les fous. Des fous géniaux qui par leur folie et leur insouciance(inconscience?) arrivent par instant à tutoyer les sommets purement d' écriture de leurs illustres aînés (à l'instar des Tame Impala). Des fous géniaux qui ne cherchent pas à cacher la vieillesse de leurs influences sous le verni de la modernité ou du bon goût labellisé "indie" si galvaudé. Il semblerait que dans l' inconscient collectif s' oppère aussi une autre chafouinerie bizarre. Comme si certains genres musicaux avaient le droit et d' autres pas. "Tu as le droit de piquer ce qui a fait ma jeunesse de vieux quadra mais uniquement celà" je suis tenté de dire. Franchement vous avez vu les Diiv avec leur look 90's et leurs musiques si Cure/Jangle pop. La musique électro 90's de Disclosure et de Daniel Avery. Vos groupes garage nous balançant leurs kilomètres et kilomètres de musique mille fois entendues. Et votre sempiternelle phrase :"je sais ils inventent rien mais c'est bien foutu". Perdu dans mes pensées pour expliquer tout ceci une dernière réflexion m'est venu en écoutant les réactions négatives. Ou bien, je dis bien ou bien? Est-ce leur petit coté "variétoche" 60's comme je l' ai souvent entendu autour de moi ce samedi soir-là qui agace? Dans le style pop-song radiodifusable à l' époque de Guy Lux les Temples avaient largement leur place. Leurs influences sont connues du grand publique, passés dans le domaine de l'héritage populaire à tous, même vos papas et mamans les ont peut-être écouté. Les Beatles-Pink Floyd-T-Rex. Je crois bien que c'est là où réside le truc ! Peut-être finalement que certains ont oublié qu'une certaine musique dite de "qualité" avait en son temps touché le grand publique et qu' ainsi à leurs yeux ce revival a moins de charme et d' excuses que les revival classiques que connait l' indie musique. Les Temples font une musique en son temps populaire, ils ne vont pas chercher leurs influences dans l'underground et les zones indies/alternatives désertées par le grand publique. Zones plus si inaccessibles que ça puisque disponible à tout le monde 24h/24h sur internet. Et Miley Cyrus de reprendre les Smiths en concert et un One Directions de se trimballer avec un t-shirt Stone Roses comme Avril Lavigne avec son "Doolitle" il n'y pas si longtemps (si si je vous jure). Serait-ce une de ces salles petites manies "snobinarde" provenant d'une autre époque qui ont toujours existaient dans l' indie? Tiens tiens, d' ailleurs, pourquoi n' a-t-on toujours pas eut un vrai revival grunge/nirvana ? Pourquoi il n' a pas pris et pourquoi à la place une multitude de groupes vous refourguent son aspect bien moins populaire et connu, le coté slacker des Pavement, le shoegaze/noise 90's, le songwritting hyper classique de DeMarco par exemple et ce, sans rencontrer le même refus que les Temples? Si la rétromanie est omniprésente dans la culture mondiale post internet reconnaissez que c'est trop souvent dans l'indie-music. La nouveauté est toujours un ancien genre qui a muté. Pas qui s'est répété. Alors dans ce cas on ne sera jamais d' accord, la variété n'est pas un gros mot pour moi quand elle a la classe et l'aspect grand public sans honte des Temples (j'ai bien failli écrire "aspect âge tendre et gueule de bois de retraité). Temples qui je le répette encore, écrasent de leur maîtrise en écriture bon nombre des revivalistes indies de tout genre. Oui ils atteignent parfois les sommets des aînés. Quelqu'un m'a dit ce soir là que celà était facile avec le recul en 2014. Non je ne suis pas d'accord. Interpol l' avait réussi en 2001, puis s'est essoufflé assez vite et répéter. MGMT et ses albums très inégaux. Ils ne sont pas si nombreux les formations revival a atteindre ce degré de perfection dans cet art. De plus Temples à la RDR était une évidence tant l' histoire de ce festival s' inscrit en parallèle avec le courant nostalgique que fut la Britpop des Blur, Oasis, Suède et compagnie. Courant où les réussites sur long format tel celle des Temples ne furent pas si légion que ça. Noel Gallagher les acclament. Il a raison Nono. Temples c'est même un ton au-dessus de lui car forcé de reconnaitre qu'il y avait toujours du déchet dans les deux premiers Oasis. A moins bien sûr que vous snober également les deux brothers neuneus. Temples pour la suite, on verra. Avec eux je reconnais avoir un regret, toujours le même face aux bons revivalistes, devant autant de talent j'aimerai qu'ils se tournent vers le futur de la musique pour faire avancer les choses. Comme leurs références en somme. Il était temps de se lâcher et de danser. Jamie XX avec un mix à la fois jouissif et exigeant s'en chargea. Toujours ce défaut de l' avoir trop préparé à la maison mais le résultat fut plus convainquant. Et Todd Terje mis fin à cette merveilleuse éditions avec ce que l'on attendait de lui. Un set parfait. Au fait mes chers contradicteurs dur Temples, le revivaliste Todd Terje avec ses manies disco/prog électro/lounge, il ne vous gène pas? Et Hot Chip et leur amour irraisonné des 80's l'an passé? Il était enfin temps de rejoindre mon quotidien et quitter ce bon vieux fort qui connait tant de moi. Sous les étoiles avec la musique hypnotique et space de Trje derrière moi, grand moment solitaire, je me suis dit que la RDR, ça valait toujours le coup! Le retour aux racines vers vos potes d'enfance et le village qui vous a vu grandir, c'est toujours enrichissant et revigorant. Et bien pour moi c'est ce putain de festival depuis bientot 20 ans! Merci la Route du Rock! En résumé mes tops de 2014: Portishead, Ought, Protmartyr, Jamie XX, Temples, The Fat White Family, Slowdive. Les flops: Thee oh sees, Annie Calva. PS: Et qu'est ce que j' écouta au retour de mon séjour Breton? Le futur of course, faut pas perdre les bonnes vieilles habitudes avec l'un des plus truc entendus cette année!! C'était le moment , jusqu'à la prochaine. En espérant qu'à l'avenir des Demdike Stare, Pete Swanson, Laurel Halo, Rustie, les dj footwork, Oneohtrix Point Never, les sonorités crystalines de la vaporwave, du maximalism de Rustie, de la nouvelle UK Bass(Jam City,Arca), les labels Fade To Mind & Night Slugs, le R&B alternatif de FKA Twigs, Autre Ne Veut, FKW Twigs, la bublegum Bass de Sophie et bien d' autres choseencore ,dont la grande Holly Herndon bien sûr, fouleront la terre bretonne et que moi et mon pote d' enfance ont parle un peu plus du présent et ...du future. Comme autrefois.
- En passant, virage Sophisti-Pop pour HTRK.
C 'est la grosse surprise du moment. Les australiens de HTRK nous reviennent après trois ans d' absence. Ceux qu' on avait découvert il y a 5 ans avec le très Post Punk Indus "Marry Me Tonight" pour ensuite nous glacer le sang avec le minimal "Work (Work, Work)" change de stature et de style en ce début 2014 et offre un grand disque. Pas le trop le temps de vous parler de ce duo et ce disque merveilleux mais à coup sûr "Psychic 9-5 Club" est d' hors et déjà l' un des bijoux de cette année. Il semble que Jonnine Standish et Nigel Ryan ont définitivement digéré la disparition de leur bassiste Sean Stewart. Pour conjurer le coup du destin le précédent "Work (Work, Work)" les avait donc vu abandonner les terres Post Punk à guitares pour se vautrer dans une Minimal Wave portée sur le sexe. Changement stylistique courageux sans être réellement révolutionnaire qui à mes oreilles créa une tendresse particulière en regards à certains de leurs congénères répétant ad nauseam la même soupe. "Psychic 9-5 Club" développe les penchants Dub observés plus tôt mais cette fois-ci la production flirte avec l' aspect raffinée de la production sophisti-Pop. Plus pop HTRK l' est assurément mais sans perdre de leur personnalité underground atypique. La chanteuse Jonnine Standish confirme ses progrès et devient encore plus ensorcelante. A titre personnel elle réussit un petit miracle en évoquant Sade mais dans une version bien plus proche de mes goûts. Bref il y a une petite senteur Dream Pop avec leurs volontés Pop qui sont de plus en plus influencées par l' Ambient. HTRK tape très fort en faisant se dresser vos poils de frisson d' une manière assez originale face à la scène indie d' où ils étaient apparus au milieu des These New Puritans et autre Liars. Un disque sobre à souhait qui va certainement ravir les fans de Tropic Of Cancer et d' Ensemble Economique sans toutefois trop y ressembler .
- En passant : Alan Watts, tabassage industriel (plus : Perc & Untold)
Les Alan Watts refont enfin parler d' eux et c'est avec joie et petite émotion que l'on va se plonger dans les eaux glaciales de leur "Ara". Vous ne les connaissez pas? Mais si, souvenez vous, Alan Watts c'était tout simplement le premier article de Dancing With The Noise d' où la petite larme à l'oeil de votre serviteur (voir ici). Et vous savez quoi d' autres? C'est toujours autant génial. Je n' espérais plus rien et pire, à chaque fois que je me souvenais du nom d' Alan Watts des regrets et un manque déchirant s' emparaient alors de moi. Mais que devenez mes adorables types inconnus de Brooklyn auteurs de cette tuerie de 2011 qu' était"Spectral void". Un putain de vaisseau noisy-shoegaze-danse sous haut patronage de Factory Records et au final très dark ambient.. Ils avaient bien sorti un deuxième ep successeur à Spectral Void mais il était passé inaperçu. Leur nom était resté introuvable sur le net et cela prenait à mes yeux les apparences d'une totale injustice. Apparu après Demdike Stare dans le grand retour de la dark ambient et du dark dub ils se faisaient dépassés par toute une horde de jeunots britanniques, les Helm, Raime, Helm, Roly Porter ou Young Echo. A si seulement j' étais tombé sur leur "...is the fantasy band" de 2012. Le merveilleux "Africa Beat", du Happy Mondays virant gothique et noisy, ce terrifiant et hypnagogic-pop "A" . Le reste lorgnait franchement sur du shoegaze et toujours avec leur petit coté dark et industriel les Alan Watts pouvaient évoquer une sorte d' A place to Burry Stranger en moins agité, plus dub. Signé chez Godmode j'ose espérer qu' avec "Ara" les Alan Watts bénéficient à leur tour d'une plus grande notoriété comme les british. Ce ne serait que justifié. Tout au long de leur 7 nouveaux titres on redécouvre ce groupe au top de sa forme et surtout adepte de nouvelles manières. Moins haçienda/Happy Mondays, plus Throbbing Gristtle/"Closer". Encore plus industriel, des sonorités en dessous du zéro et des rythmes martiaux de boites à rythmes gothiques éjectant définitivement toutes velléités dub.dans un tombeau. Un Alan Watts qui n' hésite plus à tabasser une techno d' après fin du monde. "Salus malus" avec ses synthés au début vire vite à un déluge noisy guidé par la basse de Peter Hook. Le titre d' après ils délaissent leur salle de répet' pour aller sur le dancefloor d'une usine désaffectée("920"). Ça se confirme avec "Bogoditus" malgré sa guitare trompeuse. Une brève accalmie ambient/noisy avec "Harma" et c'est reparti pour l' éclate avec "Jean Michel" et on terminera avec une espèce de house gotique qui m' évoque le "French Kiss"de Lil Louis post nucléair. Alan Watts se sont donc mis a tabassé sec en incrustant dans leur dark-ambient beaucoup d' éléments techno et une chose est à remarquer en ce début 2014 , c'est loin d' être les seuls . C'est même depuis quelques jours le trait commun partagé par deux autres bons disques très en vue quant à eux dans la presse mondiale, le "The power & the glory" de Perc et le "Black Liht Spiral" de Untold. Si Perc traque pas mal sur les terres d' Alan Watts en hésitant pas à maltraiter la house à grands coups de techno que dire de la plongée chaotique dans la musique de Untold qui s' empare de toutes les musiques issues des raves du passé pour vous le refourguer façon puzzle en pleine face. Du Lee Gamble dopé aux amphètes. Au moment d' en finir avec Alan Watts une hypothèse un brin farfelue s'invite dans mon cerveau malade. Je me demande si ces new-yorkais n' ont pas réussi un truc bizarre et intriguant sur le papier. Ils sont entrés dans le cerveau malade de Dominick Farlow et ont réussi l' audacieux pari de réunir les deux personnalités de ce satané schizophrène de Farlow. Le martial et glacial son de Vatican Shadow avec l' abstraction noisy de son autre projet, Prurient. Et chose encore étrange...C'est une vraie réussite. Bonus:
- En passant : L' étrange et magique monsieur Patten .
L' étrange Monsieur Patten dans DWTN c'est ici, un peu par là, et beaucoup là. En 2014 il va être beaucoup question de cet étrange individu qui se baptise Patten. De lui on ne sait quasiment. Ni sa réelle identité, ni le fond de sa pensée tellement ses interviews sont énigmatiques. Dancing With the Noise vous a déjà parlé de cet artiste depuis deux ans mais jamais en profondeur. C'était toujours trop furtivement à mon gôut. Je vais tenter de réparer cela. Patten sortira donc en 2014 son second album officiel chez Warp. Sa signature sur ce légendaire label est un gage de reconnaissance et surtout d'une plus grande notoriété comme le démontre sa plus forte exposition sur la toile et la sphère médiatique depuis son premier ep pour le label britanique en Décembre dernier. Mais Patten depuis son apparition chez No Pain in pop auparavant a déjà écrit une longue histoire loin d' être anecdotique. Quiconque qui est tombé sur les titres de GLACJO XAACSSO en 2011 s'est vu confronté à un mystère passionnant. Un mystère qui en a marqué profondément plus d' un et plus particulièrement votre serviteur. GLACJO XAACSSO m'est apparu comme une sorte de purée sonore à la fois déstabilisante et passionnante. Un monstrueux gloubi boulga de références, de sons et d'univers assemblés par un esprit complexe, génial et joueur. Un de ces rares disques dont on éprouve sans cesse le besoin de s'y replonger pour percer les mystères. A chaque fois avec plus de plaisir mais aussi plus de frustration parce qu'en définitive l' auditeur n'en trouve jamais la clé. La critique dans son ensemble y avait repéré un lourd héritage Warp et résuma GLACJO XAACSSO comme un simple enfant des années Warp. Il est vrai que cette musique portait en elle des traces évidentes d'une passion pour les artistes symboliques du label et de ce que l'on nomma l' IDM. Autechre, Aphex Twin étaient les plus souvent cités. Les autres influences revenant de temps en temps étaient la Drum & Bass (Goldie) et le hip hop expérimental (Flying Lotus). Des artistes eux aussi rapprochés régulièrement à l' univers Warp. Parfois on parlait d'une House-music tordue. Mais la musique de Patten était bien plus complexe que cela. Certains ont évoqué Boards of Canada et on ne pouvait que leur donner raison face aux penchants hauntologiques de Patten, grand fan par ailleurs de Stéréolab et du Focus Group. Boards of Canada, ces faiseurs d'une IDM ambient géniale qui eurent la particularité non négligeable (dans le cas présent) de séduire en leur temps (la fin des 90's) les fans transis d'un shoegaze alors à l' arrêt et pas encore sujet au revivalisme.Comme la musique des BOC celle de Patten apparaissait ainsi à la fois vaporeuses et bruitiste. Donc captivante pour les éternels shoegazers. Mais si l' adjectif vaporeux est souvent synonyme de langueur chez d' autres avec Patten nous étions aussi confronté à une débauche de samples souvent très courts se succédant ou s' additionnant les uns aux autres sous formes de couches hyper complexes et riches. Les sonorités souvent "froides" semblaient étouffées parce que le bonhomme abusait sans cesse de la compression des sons. Ses rythmes discrets provenant d'une batterie rachitique évoquèrent du coté de ses contemporains des gens comme Actress en premier lieu. Une batterie rachitique perdue au fond d' un océan de sons tourneboulant tout autour d'elle comme chez Andy Stott. Mais plus on se penchait sur son cas et ses sonorités "étouffées" et plus une évidence apparaissait. Si Patten charmait certains c' était bien souvent parce que sa musique contenait des similitudes flagrantes avec un courant étranger à l' aventure Warp et bien plus récent, l' hypnagogique-pop. En un sens les premières œuvres de Patten évoquent des artistes souvent proches eux aussi de l' hypnagogic-pop ou qui lui ont succédé. Par exemple je pense à des gens adorés ici tel Huerco S et Sand Circle en premier lieu. Cette idée à première vue exagérée et fausse qui consistait à tracer un lien entre Patten et les Ferraro, Ariel Pink, Lopatin et autres trouva un heureux écho dans l'une des interviews du type quand il expliqua vouloir travailler "dans un état subliminal entre la veille et le sommeil". Pile poile ce que l' on appelle l' état de conscience hypnagogique. Petit clin de la part de ce facétieux en interview(il avait répondu à une autre interview qu'en balançant des liens wikipédia et autres). Si quelques-un parlèrent de Patten au moment de la sortie de son premier album ce fut bien souvent en négligeant ce fait et ainsi prirent son disque avec des pincettes. En gros l' accueil critique était loin de l' enthousiasme dont certains profitent avec des premiers albums évident donc logiquement facile à assimiler. Avec Patten si une chose est à retenir absolument c'est que le mot "évidence" est à proscrire de votre vocabulaire. C'est vrai que GLACJO XAACSSO pouvait se révéler difficile d' accès à cause de la relative abstraction qu'il offrait. La musique de Patten s' apparentait au cours des premières rencontres à un gros bordel fait d' égarements et de moment de grâce. On pouvait à la fois se sentir complètement rejeté et par instant totalement hypnotisé. A la suite de son album c'est encore à un véritable jeu de piste que les fans durent se livrer. Mais cette fois-ci ce ne sera pas directement au travers de l'oeuvre musicale du bonhomme mais par le biais de mixtape incluant d' autres artistes et par la création d'un label. Deux de ses mixtapes traînant sur la toile sont fondamentalement instructives sur l' état d' esprit du bonhomme et sa musique. Patten est un historien révolutionnaire de la musique. Quelqu'un qui en effet s' appuie sur une connaissance encyclopédique de l' histoire WARP et de l' IDM mais qui en plus se révèle être un véritable boulimique de toutes les musiques et un chercheur à tout va. Grosses cultures électro fatalement, mais aussi indie, post punk et rock pour ne citer que quelques unes. Un type qui sait ce qu'il doit aux grands noms du passé mais qui n' hésite pas non plus à maltraiter ses influences pour en tirer de la nouveauté. Comme Daniel Lopatin il s' accapare des choses parfois très référencées, les change de contexte puis les transporte dans un univers totalement inédit. La mixtape la plus emblématique de son état d' esprit est celle qu'il délivra il y a bientôt 3 ans. Sa Factmix 285 (voir ici ) nous dévoile un petit peu les secrets de ce musiciens si mystérieux et énigmatique. Dès le début il s' empare d'un titre des Pixies et à coup de burin, maltraite jusqu'à rendre totalement méconnaissable ce classique ("Bone Machine") pour finalement le transformer en vaisseau spatial et prendre la direction des étoiles. La liste des artistes subissant les outrages de Patten est un suite de grands noms tous aussi géniaux les uns que les autres. Ce type a tout simplement fouillé dans notre collection et arrive, là où tant d' autres ne font qu'une redite, à nous surprendre. Le mystère et le génie Patten avait encore frappé. Même Joy Division et le fantôme de Ian Curtis ne s' en sont toujours pas remis. Peut-être le travail le plus shoegaze de sa carrière jusqu'à présent. En Décembre dernier il publie donc chez Warp son premier ep pour le label, "Eolian". Peu de changement par rapport à GLACJO XAACSSO si ce n'est par moment l' abandon de la froideur de l' IDM pour une certaine forme de psychédélisme un peu plus chaude. Si "Eolian" ne surprend pas le fan de la première heure le bonhomme répond via une nouvelle mixtape prodigieuse et révolutionnaire à nos doutes et à certaines critique survenues avec son premier album. Beaucoup lui reprochait son petit coté "je pars dans tous les sens". L' aspect fourre-tout et zapping endiablé de sa musique. Patten balance une putain de mixtape intitulé, "45 minutes (Atomexetyne mix)", geste tout sauf anodin. Atoméxétyne quésaco? Il s' agit ni plus ni moins d'un médicament contre les troubles de l' attention et de l' hyperactivité chez l' enfant et l' adolescent. Et nous voilà confronté donc en 45 minutes à 45 titres à peine liés entre eux. Et à nouveau c'est une addition de référence ultimes et Patten nous bouscule encore une fois. Patten sans aucun travail de mix à proprement parlé nous prouve que ce travail est inutile et que l'on peut faire du neuf avec du vieux juste en isolant certaines partie de titres et en les collant bout à bout le plus simplement possible. Nous nous retrouvons face à une masse d' influences et de références, cette fois non maltraitées, mais inexplicablement ensorcelantes. Les univers apparemment éloignés s' entrechoquent et de cette confrontation quelque chose de nouveau apparaît. Des paysages que nous avions jamais vu. Comme si Patten nous offrait à voir une nouvelle dimension. Comme dans sa musique de Patten. On passe d' Autechre (Warp/Idm 90's) à Ariel Pink (hypnagogic pop 00's), de l' électro d' avant-guarde de Laurel Halo à ce bon vieux chantre de la répétition Steve Reich pour se retrouver confronter à un vieux fantasme de notre adolescence, le légendaire et super pop-mainstream "Manchild" de Nene Cherry. (Mixtape dispo ici ). Et nous voilà enfin arrivé en Février 2014 et la sortie de ce nouveau monstre d' étrangeté et de magie, "Estoile naiant". Un disque autant espéré que craint. Trésor ou ratage? Allait-il s' empêtrer dans ses idées et ses références ou trouvera-t-il les clés du paradis? Autant vous le dire tout de suite c' est le disque le plus passionnant que j' ai écouté depuis des semaines et m' étonnerait pas qu'il en soit ainsi pendant un bon moment. Comme je l' écrivait "GLACJO XAACSSO" pouvait sur la longueur perdre son auditeur parce trop de tout, trop d' idées, trop de couches sonores, trop de sons. Avec "Estoile naiant" c'est tout autre chose. Plus concis, méticuleux. Un chef-d' oeuvre raffiné. Après plusieurs écoutes on comprend ce qui fait la force de ce disque par rapport au précédent. Il est plus compact et laisse une trace indélébile par son étrangeté toujours immense. Les multiples strates de sons brillent toujours par leur nombre mais apparaissent à présent moins bordéliques et hasardeuses. Et Patten confirme tout ce qui a été dit juste avant. Ce type, comme avec ses mixtapes, utilise son savoir encyclopédique des musiques qui ont compté sans que l'on ait une seule fois le sentiment de déjà connaître. C'est rare les artistes comme lui de nos jours. Tout ce que l'on croyait savoir devient étrange. Il bouscule les idées reçues et nous offre une musique d' avant-guarde inédite. Patten fait vraiment ce que beaucoup d' autres aimeraient sans jamais y arriver, faire du neuf avec du vieux. Faire à la fois une musique complexe et jouissive. Pour le cerveau et pour le corps. Le passé est donc encore moins identifiable à part quelques manières à la Autechre et à la Aphex Twin. Mais des manières déformées, les façons de faire mais version quatrième dimension. Sur la lancée du ep "Eolian" Patten nous offre le psychédélisme du 21ème siècle, un psychédélisme où la chaleur s' entrechoque avec de l'air glacial . Entre les chimères vaporeuses d' Actress et de l' hypnagogique-pop et les sons virtuels quasi réel d' Onéohtrix Point Never. Mais avant de vous y jeter sachez une chose braves gens. Le fameux mystère de monsieur Patten ne vous sera pas encore dévoilé mais par contre, vous en ressortirez totalement hypnotisé et vous trouverez le quotidien bien morose.














